15 mai 2013
Le français qui s'écrit à l'Université
En 2004, la revue Le Débat a publié des écrits d’élèves de classe de 6e. Ce ne sont que phrases inintelligibles, mots déformés, réponses aberrantes, comme si, pour ces élèves, le français était fait d’hiéroglyphes. Les autorités s’évertuent à nier ces faits. Il est vrai qu’ils sont si effrayants qu’on comprend que la connaissance en soit réservée à quelques happy few. Pour mesurer la profondeur du gouffre dans lequel s’abîment l’école de France et la langue que l’on y parle ou que l’on y enseigne, il faut aller aux causes premières, id est à ceux qui forment les maîtres ou qui ont conçu leur formation. Ils sont professeurs des Universités ou directeurs de recherche au CNRS. Certains d’entre eux exercent des fonctions officielles, telles la présidence de la commission nationale des programmes ou l’évaluation des recherches faites à l’Université ou le jury de l’agrégation des lettres modernes. Soit quatre documents, que la nécessité ou le hasard a obligé l’auteur de ces lignes à lire. Ce sont : a) un « avis » de la Direction de la recherche du Ministère de l’Education nationale, daté de 2003; b) la « tribune libre » rédigée par un professeur de littérature de la Sorbonne qui a présidé la CNP (commission nationale des programmes) et publiée dans le quotidien Le Monde en 2001 (elle est intitulée « le français, discipline cruciale »); c) la profession de foi d’un professeur des Universités qui a été candidat en 1999 à un conseil national du CNRS; d) un texte publié sur le site « éducation » du gouvernement français, émanant du jury de l’agrégation de lettres modernes et exposant les aménagements de l’épreuve de « français moderne » de l’agrégation. Leurs auteurs traitent de questions relatives aux savoirs. Ils ne font pas avancer la connaissance, mais ils l’évoquent ou ils définissent les conditions propres à la faire éclore. Ils s’adressent à des chercheurs (avis a) ou à des professeurs (profession de foi c) ou au public cultivé que forment les lecteurs du Monde (tribune libre b) ou à de futurs agrégés de lettres. Le contenu est anodin, les formes verbales, en revanche, ne le sont pas : ce sont des tissus d’erreurs de langue qui attestent clairement le désastre. Il faut les analyser comme on le ferait de n’importe quel objet d’étude. Pour que la démonstration soit convaincante, on ne tiendra pas compte des lapsus, fautes d’orthographe ou autres broutilles, tel le fait d’écrire en chiffres les déterminants du nom nommés aussi adjectifs numéraux cardinaux.
1. Et moi, et moi, et moi
L’enfant que les sciences de l’éducation ont placé au centre du système scolaire tient du client roi du commerce de proximité et du roi soleil de la monarchie absolue. Nouveau roi de l’école, tout gravite autour de lui, aussi bien les programmes que les évaluations, l’institution que les maîtres mués en courtisans, mal gré qu’ils en aient. De l’école où il trône, l’enfant a pénétré dans l’université. Après l’avoir investie, il a fini par l’envahir. Ce fait n’est jamais évoqué dans les discours, ce sont les formes qui le révèlent. De ce point de vue, les formes sont plus éloquentes que les discours. Elles montrent que des professeurs des universités, titulaires de chaires prestigieuses, qui président des commissions nationales, sont candidats à un conseil du CNRS, évaluent les activités de centres de recherche, écrivent enfantin. Les sujets qu’ils abordent sont savants, puisqu’ils traitent de questions inaccessibles aux enfants, mais les formes qu’ils donnent à leur langue sont puériles.
L’enfant ramène le monde à ce qu’il est ou croit être. Il répète « et moi, et moi, et moi », comme si le seul fait de dire « moi » épuisait ce qui peut en être dit. Ainsi la profession de foi (document c), est centrée, comme les discours infantiles, sur le « moi ». Citons-en un extrait : « J’ai également une licence d’anglais, une licence et une maîtrise de français, j’ai étudié l’allemand pendant huit ans, un peu de néerlandais et d’hébreu à l’université et plus ou moins d’autres langues, chose que je ne regrette nullement même si cela prend un peu de temps car cela permet en tant que linguiste d’avoir des points de comparaison sur le fonctionnement des langues. Les recherches (...) que je mène avec mes chercheurs doctorants portent sur des langues éloignées ou non (japonais, chinois, coréen, arabe, polonais, allemand, anglais, espagnol, etc.) en comparaison avec le français entre autres pour des applications dans le domaine du Traitement Automatique des Langues ». Les phrases commencent par « je » ou contiennent un « je » : « j’ai », « j’ai étudié », « je ne regrette pas », « je mène », « mes chercheurs ». Le professeur se place au centre du système universitaire, comme s’il était l’enfant roi du système scolaire. Il s’approprie aussi les étudiants. Dans « mes chercheurs », « mes » est abusif. Il est mis pour les « étudiants dont je dirige les recherches ».
Voici un autre extrait : « Je dirai en quelques lignes qui je suis et comment je vois la linguistique en général et plus particulièrement le Traitement Automatique des Langues qui est l’axe dans lequel je fais mes recherches actuellement ».
Cette phrase, où les incorrections de forme fourmillent, comprend cinq occurrences de « je », dont une se cache dans le possessif « mes ».
2. S’exprimer sans entrave
Ce qui caractérise le parler enfantin, c’est la libre expression. L’enfant s’exprime pour s’exprimer, id est pour sortir de lui-même, sans tenir compte des formes instituées par lesquelles les adultes, du moins ceux qui ont appris à maîtriser l’expression et qui, de ce fait, ne sont plus des enfants, s’expriment. Il tient pour nuls l’autre, les règles, les contraintes, les formes. De ce point de vue, la profession de foi c) est une caricature involontaire de parler enfantin. Ainsi dans « j’ai également une licence d’anglais, une licence et une maîtrise de français, « avoir » est employé de façon abusive à la place de « je suis titulaire » ou « j’ai obtenu ». Dans « j’ai étudié (...) plus ou moins d’autres langues, chose que je ne regrette nullement même si cela prend un peu de temps car cela permet en tant que linguiste d’avoir des points de comparaison sur le fonctionnement des langues », « plus ou moins », pour ce qui est de la connaissance du français, ce n’est pas « plus », c’est « moins ». Que reprend « chose » dans « chose que je ne regrette pas » ? « J’ai étudié » ? « Etudier » réfère à un phénomène, pas à une chose. La phrase « même si cela... car cela » a une syntaxe bizarre. Que reprend « cela » ? « Chose », « étudier », n’importe quoi ? La phrase « cela permet en tant que linguiste » viole les normes. « Permettre » se construit avec deux compléments indirects : permettre à quelqu’un de faire quelque chose. L’enseignant chercheur qui est aussi linguiste aurait dû écrire « cela permet aux linguistes de comparer des langues ». Quoi qu’il en soit de la syntaxe du verbe, il n’aurait pas dû employer permettre qui signifie « autoriser ».
Les puérilités se lisent à livre ouvert dans cette profession de foi : « De formation linguistique depuis la licence jusqu’au doctorat d’état en passant par une maîtrise, un DEA et une thèse de troisième cycle, mon opinion est qu’il ne peut y avoir d’application sérieuse sans études théoriques l’accompagnant ». La phrase « de formation linguistique... mon opinion » est incorrecte. C’est « je », et non pas l’opinion, comme cela est écrit, qui a reçu une formation. Formée de la préposition de suivie d’un nom et d’un adjectif dit « de relation » (comme dans « de religion chrétienne » ou « d’origine étrangère »), la construction prédique une qualité constante à un individu, pas un accident (ce qu’est une formation). Il aurait fallu écrire : « ayant suivi (ou reçu) une formation en linguistique ». S’il n’avait pas été un enfant, cet enseignant chercheur aurait dû écrire : « ayant reçu une formation en linguistique,... je suis convaincue (ou j’ai acquis le conviction que) que ... ». Application sérieuse signifie « appliquer son esprit de façon sérieuse à quelque chose », alors qu’il est fait allusion à l’application de théories à un champ d’étude. Le pluriel dans « sans études théoriques » ne s’imposait pas. De toute façon, ce n’est pas étude qu’il aurait fallu dire, mais réflexion. Dans « l’accompagnant », le pronom l représente-t-il « opinion » ou « application » ? Au choix ? Plus bas, l’auteur conclut : « c’est ainsi que je pense qu’il faudrait défendre notre langue ». Ainsi ne porte pas sur « je pense que » mais sur « défendre » le français. Il aurait dû écrire : je pense qu’il faudrait défendre ainsi notre langue. En réalité, chacun a compris que cet éminent linguiste ne défend pas notre langue, mais qu’il la saborde, comme si les formes qui y donnent une charpente ou un corps étaient mortes.
3. Au hasard des mots
Ces puérilités formelles font apparaître une réalité qui, plus que les phrases mal coupées des élèves de 6e, devrait effrayer les clercs qui tiennent à ce qu’il y ait une vie intellectuelle en France et à ce que le savoir et l’étude y fleurissent encore : Alma Mater s’est muée en Al Maternité. Elle est une pouponnière où des adultes infantilisés continuent à être allaités à on ne sait quel sein. Ce qui, en théorie, distingue les adultes des enfants, c’est que, pour les adultes, le réel existe et que la langue est un ordre symbolique grâce auquel le réel peut être nommé, puis analysé et compris. Elle ne se ramène pas à une libre expression. Elle a une réalité faite de règles, de codes, de normes, de contraintes, de rituel. Un enfant peut s’en affranchir, pas un adulte et encore moins un clerc.
Dans l’avis a) de la direction de la recherche, est exprimé, à propos des activités d’un centre de recherche, ce jugement : elles sont « en qualité et en quantité très notables ». La formation de l’adjectif « notable » (verbe + suffixe able) et son sens « qui peut être noté » interdisent qu’il varie en degré et qu’il soit modifié par l’adverbe « très ». « En qualité et en quantité notables » est correct du point de vue grammatical ; « très notables » ne l’est pas. Le plus inquiétant est que l’avis a) est laudatif. Que signifie l’éloge, quand il s’exprime dans des formes aussi puériles ? Rien.
Soit la tribune libre b) du professeur de littérature de Paris. Il faut ne jamais avoir consulté les dictionnaires pour affirmer, comme il le fait, qu’ils « perpétuent une norme de la langue calquée sur un modèle écrit littéraire » et il faut n’avoir lu aucun livre publié de nos jours pour y lire ce qui ne s’y trouve pas, à savoir un « modèle écrit littéraire ». Si ce professeur de littérature de la Sorbonne nouvelle consultait un dictionnaire, il apprendrait que « vingt ans », ce n’est pas le « rythme » (comme il l’écrit), mais la « durée » d’une kermesse, que la croissance n’est pas « à proportion de l’échec scolaire », mais « proportionnelle à l’échec scolaire ». Au lieu de disserter sur la « discipline cruciale » qu’est le français, le président des programmes ferait mieux d’inscrire au programme des classes de 6e de la grammaire. Il ne crucifierait pas le français. Dans « leur conséquence est claire », le possessif leur est abusif. Il aurait fallu écrire « la conséquence en est claire » (il s’agit de la conséquence de faits).
4. L’impropriété reine
Les impropriétés consistent à employer, par ignorance ou inattention, un mot dit impropre à la place du mot propre. Elles sont courantes dans le parler enfantin ou dans la conversation ordinaire, où il arrive qu’allocation soit confondu avec allocution, éruption avec irruption, éminent avec imminent, ou inversement. Les grammairiens épinglent volontiers les termes impropres. Ce n’est pas ce point de vue qui prévaut ici. L’histoire de la langue nous apprend à relativiser la gravité des impropriétés, lesquelles, au fil de siècles, ont contribué au bon usage actuel. Ainsi, De Gaulle a donné à quarteron (de généraux en retraite) un nouveau sens, celui de « quatuor ». Chez les clercs, surtout à l’écrit, elles sont inquiétantes. Un des fondements de l’activité intellectuelle, sans lequel il est impossible d’élaborer la moindre connaissance, est, comme Platon le fait dire à Socrate dans le dialogue intitulé Cratyle, « la justesse des dénominations ». Il ne peut y avoir de science digne de ce nom si n’importe quel mot remplace n’importe quel autre mot, si un concept est désigné au hasard par tel terme ou par tel autre, si tout se vaut en matière de formes.
Soit l’avis a) émanant la Direction de la recherche, sise rue Descartes, Paris Ve. L’auteur énumère les domaines de recherche d’une équipe d’accueil (ou EA) habilitée dans une université de province. Il est « crucial » que les différents domaines du savoir soient désignés par des termes justes, précis, reçus ou propres. Si un spécialiste de physique quantique apprenait que, dans un rapport officiel, il était biologiste, il émettrait des doutes sur les connaissances de celui qui le désigne ainsi. Or, l’auteur de l’avis a) ne respecte même pas ce principe élémentaire. Ainsi l’EA « évaluée » serait composée « d’antiquisants », « de spécialistes de la Renaissance et du classicisme », de « modernistes ». Un antiquisant est un artiste qui s’inspire de modèles antiques. L’EA dont il est question ne comprend ni peintre, ni sculpteur ; seulement des spécialistes des littératures latine et grecque de l’Antiquité. Faut-il rappeler que les modernistes sont partisans d’une Eglise ou d’une foi modernes et que cette EA n’en comprend aucun, du moins ès qualités, mais des spécialistes de littérature moderne ? Comment qualifier un expert qui confond l’Eglise et la littérature ? La langue française n’a pas de mot pour cela, parce qu’il n’est jamais venu à l’idée de nos ancêtres ou prédécesseurs que de tels experts, même à l’époque où Rabelais et Molière se moquaient des faux maîtres et autres Diafoirus, pussent exercer dans l’Université. Dans la même phrase, les compléments du nom spécialistes, à savoir « de la Renaissance » et « du classicisme » n’appartiennent pas au même ordre d’entités. La Renaissance, avec un R majuscule, est une époque, alors que le classicisme est la « doctrine classique ». L’EA ne compte pas de spécialiste de la doctrine classique, mais des spécialistes de la littérature classique ou de l’époque classique, ce qui n’est pas la même chose. L’auteur de l’avis constate que l’EA a noué des liens avec des « scientifiques » espagnols. Ces liens existent, mais ils n’unissent pas des Français à des physiciens espagnols, mais à des spécialistes espagnols de langue et littérature françaises.
L’auteur de l’avis a) a pris soin de dénombrer les colloques que cette EA a organisés en huit ans, ainsi que les ouvrages qu’elle a publiés durant la même période. « On dénote, écrit-il, 17 colloques et 34 publications ». Il a écrit « dénote » et non pas « dénombre ». Or, ces deux verbes réfèrent à des opérations qui n’ont rien en commun. La dénotation consiste à nommer une réalité du monde, le dénombrement à compter les choses (colloques, navets, carottes, etc.), quelles que soient ces choses, incluses dans un ensemble, limité ou non. Qu’un éboueur les confonde ne porte guère à conséquence. Si la confusion est le fait d’un clerc chargé d’évaluer les activités d’autres clercs, elle est d’un tout autre ordre. Ce n’est plus une erreur de langue, c’est une forme qui jette le discrédit sur le système, d’autant plus que l’évaluateur officiel a sans doute atteint le sommet de la carrière. Qu’est-ce qu’une Direction de la Recherche où l’on tient les philologues pour des peintres et les spécialistes de Genet pour des mangeurs d’hostie, et qui fait du dénombrement une dénotation ?
5. La pensée interdite
Quand le réel ne peut plus être nommé, il n’existe plus. Dans l’Al Maternité, la pensée a déserté. Il ne reste que les puérilités. L’enfant répète ce qui se dit partout ailleurs. Il égrène la doxa, l’adulte l’évite ou tente de l’éviter.
L’auteur de la profession de foi c) est un petit Poucet qui sème la doxa sur le papier. Voici un autre extrait : « L’ouverture vers les autres pays et les autres langues : Si l’on regarde la discipline linguistique dans le contexte actuel de mondialisation, il faudrait essayer de profiter des apports des autres pays. Le TAL fait partie des disciplines qui doivent plus particulièrement ne pas hésiter à s’ouvrir vers l’extérieur. L’ouverture mondiale est-elle un bien ou un mal ? Peu importe, les langues doivent rester vivantes et ne pas disparaître. Il est important que chaque pays se soucie d’analyser sa langue (ses langues) en fonction des autres langues pour ne pas la voir disparaître (...) Il serait probablement intéressant d’exporter le plus d’informations possibles sur la langue française pour qu’elles soient utilisables non pas uniquement en France mais également dans les autres pays afin que ces derniers, en cas de besoin (pour raisons économiques, culturelles, pour la recherche ou autres), n’hésitent pas à puiser dans nos analyses, nos formations pour toutes sortes de recherches ou applications. C’est ainsi que je pense qu’il faudrait défendre notre langue. Ce n’est pas en refusant les autres langues que l’on impose une langue mais en exportant nos modèles d’analyses pour d’éventuels emplois pour ou avec d’autres langues ».
On imagine mal un professeur préconiser la « fermeture » de son université aux autres universités du monde. « Il faudrait essayer de profiter ». Entre le conditionnel (éventuel) et la nécessité (falloir), entre l’injonction (il faudrait) et l’atténuation timide exprimée par « essayer », les modalités sont divergentes. Profiter de et tirer profit de n’ont pas le même sens. On profite d’une occasion, d’une situation, d’un rapport de forces ; on tire profit de quelque chose que l’on vous donne ou vous apporte, d’une leçon, de résultats publiés, d’un enseignement. L’adjectif mondial à la place de « du monde » est impropre. « L’ouverture mondiale » (ce qui est dit) n’est pas « l’ouverture au monde » (ce qui est signifié, semble-t-il). « Les langues doivent rester vivantes » : il n’y a aucune relation de quelque nature qu’elle soit, de finalité, comme c’est dit dans ce texte, ou autre, entre l’analyse que l’on peut faire d’une langue et sa disparition ou sa non disparition. Pendant des siècles, on n’a pas cessé d’analyser une langue morte ou à demi morte (le latin). « Pour ne pas » est incorrect : il aurait fallu écrire « de peur de ». Quel est le sens d’intéressant dans « il serait intéressant d’exporter des informations » ? Profitable, utile, d’un grand intérêt ? « Exporter des informations » est impropre. Le verbe propre est « diffuser ». Les informations dont il est question ne sont pas des nouvelles mais des résultats de recherches. « Exporter » suppose que ces résultats soient diffusés hors de France. La phrase contient des finalités en cascade (pour qu’elles soient utilisables..., afin que ces pays ..., pour des raisons.., pour la recherche..., pour toutes sortes de recherches...) qui finissent par obscurcir le sens (si tant est qu’il y en ait un).
La pensée évaporée ou rendue impossible, seule surnage l’idéologie. « Ce n’est pas en refusant les autres langues que l’on impose une langue ». Cette assertion puérile atteste surtout une ignorance totale de la politique linguistique de la France (ou de tout autre pays), laquelle ne consiste pas à « imposer une langue » (même dans les colonies, cela ne s’est pas fait), ni, bien entendu, à « refuser » les autres langues.
L’auteur du document b) « français discipline cruciale » exhibe titres (professeur de littérature) et fonctions (président d’une commission des programmes). Un lecteur naïf, les lisant, en conclut qu’il pense. Il n’en est rien. Contrairement à ce qui est affirmé, Jules Ferry n’a pas « mis en place l’école », pour la seule raison que l’école existe depuis plus de deux millénaires. Il a seulement institué, en faisant voter une loi qui porte son nom, l’instruction publique, qu’il a rendue obligatoire aux garçons et aux filles âgés de six à treize ans. De plus, cette loi est caduque. En 1934, à l’instar de ce que les fascistes italiens avaient décidé en 1923, des politiciens qui se sont couverts de gloire à Vichy, ont remplacé « instruction publique » par « éducation nationale », toujours en vigueur. La loi Haby votée en 1975 a mis fin à la loi Jules Ferry et Jospin en faisant voter en 1989 la loi qui porte son nom a rendu impossible tout essai de ressusciter l’instruction publique, telle qu’elle a été conçue en 1882. Malgré cela, Jules Ferry est rendu responsable des malheurs des collégiens et des lycéens d’aujourd’hui. Lui intenter un procès est aussi vain que d’accuser Satan, les juifs, les noirs, etc. quand les choses vont mal. La loi qu’il a fait voter ne porte ni sur les collèges, ni sur les lycées, ni sur le latin, ni sur les études classiques, et encore moins sur l’université. La réforme de l’université a été imposée sans vote, ni délibération, par l’empereur Napoléon Premier dans deux « décrets » qu’il a édictés en 1806 et 1808.
Le président des programmes veut mettre en place une « formation citoyenne », objectif qui aurait fait hurler de rire les écrivains des siècles passés. La citoyenneté a fait l’objet d’une formation en URSS, en Chine, dans le Cambodge des Khmers rouges, à Cuba, dans l’Allemagne du socialisme national, dans Afghanistan des talibans, etc. où des présidents de commission ont dressé des millions de malheureux à obéir à la « rhétorique générale » des tyrans marxistes, nazis, musulmans. En revanche, il faut tout ignorer de ce qu’a été la rhétorique pendant vingt-cinq siècles, à savoir persuader autrui même de l’erreur, embellir, orner, abuser, tromper, aveugler, pour croire qu’elle peut former quiconque à la citoyenneté. Ou alors, l’objectif est de dresser les citoyens à bêler les slogans du régime en place.
On peut s’étonner aussi qu’un président des programmes ignore les rudiments de l’histoire de l’école. Le collège « pour tous » ou collège unique a été institué après la loi (et non avant cette loi) qui a porté de quatorze à seize ans la scolarisation (et non pas « l’instruction »). « Une école de la réussite pour tous, écrit-il, exige des crédits massifs ». En douze ans, les crédits ont quasiment doublé, alors que les élèves sont de moins en moins nombreux. Les dépenses d’éducation (budget de l’Etat, budget des collectivités locales, dépenses des familles, etc.) dépassent 600 milliards de francs, plus d’un tiers des recettes fiscales de l’Etat. S’il avait été un esprit libre, le président des programmes aurait écrit que « l’école de l’échec pour tous est un tonneau des Danaïdes ».
Dans sa conclusion, il révèle involontairement ce qu’est pour lui Alma Mater : « La difficulté majeure niche (sic) dans les routines de pensée (au lieu de « de la pensée ») et quelques fantasmes ». Une pensée routinière est tout ce que l’on veut, routière, tourière, rouée, niaise, etc. sauf de la pensée. Il aurait fallu écrire les « scléroses du discours ». Pour cela, une condition est nécessaire : penser. Hélas, dans le système, ce n’est plus dans les cordes du très bourdivin président des programmes.
Dernière tératologie. L’auteur du document c) conclut ainsi sa profession de foi : « Je terminerai avec ma définition d’un bon chercheur : c’est est une personne de bonne culture générale dans la discipline au moins et capable de mener une recherche de pointe. Il serait peut-être intéressant en tant que CNRS de partir à la recherche de ceux qui travaillent sans faire de bruit ». Cette hénaurmité de pouponnière ne mérite pas d’autre commentaire qu’un hénaurme éclat de rire.
Dans ces documents, la puérilité des formes, l’impropriété reine, l’inanité de l’expression révèlent qu’Almaternité s’abîme dans un gouffre. Que, dans le classement des universités effectué en Chine, on ne compte que cinq universités françaises dans les cinq cents universités évaluées et, dans les cent premières, deux ou trois seulement, est dans l’ordre des choses. Les auteurs de ces documents occupent des postes en vue, ils sont introduits dans le sérail, ils côtoient le pouvoir, ils prescrivent le Bien, le Juste, l’Exact, le Correct. Les choses étant ce qu’elles sont au sommet du système, on ne s’étonnera plus que, pour des élèves de 6e, le français soit une langue étrangère. Leurs connaissances réelles sont l’ombre portée de la pyramide.
6. Le sommet
Mais de ces documents, c’est le d) qui mérite le pompon. Il suffit de lire attentivement ce texte de « grammairien » pour y relever de très nombreuses erreurs de langue et de style.
Dans « (la question) pourra conserver sa forme actuelle, en proposant aux candidats quatre mots (avec un barème d’un point par mot) », l’emploi du gérondif n’est pas conforme à la règle. Ce qu’enseignent les grammairiens, c’est que le « sujet » du verbe au gérondif doit être le même que celui du verbe conjugué et que la construction présente le procès du gérondif comme concomitant de celui du verbe conjugué. C’est peut-être la question qui « conserve », mais elle ne « propose » rien : c’est le jury ou le rédacteur des questions qui propose aux candidats d’étudier (verbe qui a été oublié) quatre mots. De plus, il n’existe pas en bonne logique de relation de simultanéité entre « conserver » et « proposer ». Que peut signifier « conserver en proposant » ? Il aurait fallu écrire : « la question pourra être formulée comme elle l’est depuis quarante ans (environ) » et « on proposera aux candidats quatre mots à étudier ».
Dans « étude d’une séquence d’ampleur variable dans laquelle les candidats sont invités à faire toutes les remarques de morphosyntaxe qu’ils jugent nécessaires », l’auteur ministériel semble avoir oublié les règles qui régissent l’emploi des pronoms relatifs. Ceux-ci doivent se trouver immédiatement à la suite de leur antécédent. Le pronom relatif « laquelle » reprend « une séquence » (mot qui ne veut rien dire : il aurait mieux valu écrire « suite de mots » ou, plus simplement, « phrase ») alors que, en bonne logique, il représente « étude ». Les candidats ne sont pas invités à faire des remarques dans la séquence, mais dans l’étude.
Les erreurs de langue les plus communes viennent de mots qui sont employés dans un sens qu’ils n’ont pas. Il en est ainsi de « précédemment ». « Les candidats auront à étudier séparément deux mots (sur deux points) et à présenter une étude synthétique d’ampleur plus restreinte qu’avec les consignes précédemment citées ». Ces « consignes » n’ont pas été citées antérieurement : deux ou trois ans auparavant par exemple, ou plus, ou moins, mais dans deux ou trois lignes plus haut. Il aurait fallu écrire « citées ci-dessus ».
Le futur simple situe le procès du verbe dans un moment postérieur au moment de l’énonciation. Dans « l’épreuve écrite de français moderne (portant sur un texte postérieur à 1500) sera soumise à quelques aménagements à partir de la session de 2005 », le futur « sera » est impropre, puisque la décision d’aménager l’épreuve a été prise avant que la notification officielle en ait été faite aux candidats. En revanche, ces aménagements seront effectifs en 2005, soit huit ou neuf mois après que la décision a été prise. Il aurait fallu écrire : « L’épreuve (…) est soumise à quelques aménagements qui seront effectifs à la session de 2005 ». De même, dans « ils concerneront à la fois la répartition des points entre les différentes questions qui composent le sujet, et l’orientation de certaines questions », le futur n’est pas approprié : il aurait fallu « ils (les aménagements) concernent »…
« Orientation » signifie, entre autres acceptions, « direction prise par une activité, une action » : une enquête policière par exemple. Entendu ainsi, ce nom est impropre dans l’emploi qui en est fait. Les « questions » ne sont pas une « activité », ni une « enquête policière ». En fait, le jury a décidé de modifier l’intitulé de certaines questions. Il aurait fallu écrire « les aménagements sont relatifs à la formulation de certaines questions ». A moins que, hypothèse possible, « orientation » ne soit entendu dans le sens de « tendance politique ou idéologique ». Auquel cas, on aimerait savoir quelles tendances idéologiques le jury exige des candidats. L’aménagement de l’épreuve ne porte pas sur la répartition (comme cela est écrit) des points entre les questions. En fait, le changement porte sur le barème, c’est-à-dire la décision d’affecter (ou d’attribuer) x points à telle ou telle question, de 6 à 8 points à l’étude de style, alors que, jusqu’alors, cette question était notée sur 8 ou sur 10.
Dans « le sujet se présentera comme suit : études de lexicologie : 4 points », le pluriel « études » est impropre. « Etude », quand il est employé au singulier, signifie « examen approfondi » ou « analyse ». Faire une analyse lexicologique, c’est ce qui est demandé aux candidats. Au pluriel, « études » désigne un cursus, comme dans « suivre des études de lettres ». Il aurait fallu écrire ou continuer à écrire « étude de lexicologie » ou « étude (et non « études ») de morphosyntaxe ». Dans le titre, le nom « aménagement » est employé de façon adéquate. Aménager un texte de loi, c’est l’adapter à une situation nouvelle. En revanche, le pluriel ne se justifie guère. Ce qu’annonce ce texte, c’est un aménagement de l’épreuve.
« Cette question (de lexicologie) pourra désormais se présenter sous différentes formes ». La forme sous laquelle se présente cette question ne change pas : c’est toujours une question (étudiez tel ou tel mot) qui se présente sous une forme écrite. Ce qui change, c’est la formulation de la question, comme l’exprime clairement l’auteur de ce texte.
L’adverbe « précisément » est employé trois fois dans le texte. Dans « étude (…) à partir d’une catégorie ou d’une notion précisément définie », « précisément » a le sens de « avec précision » : la « notion » est définie « de façon précise » (du moins, c’est ce que les candidats sont en droit d’espérer). Cet emploi correspond exactement au sens de « précisément » en français. Mais dans « elle pourra, plus précisément, conserver sa forme actuelle, en proposant aux candidats quatre mots (avec un barème d’un point par mot) », « précisément » est un adverbe d’énonciation qui ne porte pas sur le procès du verbe « conserver », mais sur la manière d’énoncer ce qui est dit. Il aurait fallu écrire « pour dire les choses précisément, la question pourra conserver sa formulation actuelle » (en fait, sa formulation habituelle). « Avec » dans « avec un barème d’un point par mot » ne peut pas exprimer l’accompagnement. Il aurait fallu mettre un point final à la phrase qui précède et écrire : « Le barème sera d’un point par mot ».
Les emplois approximatifs sont presque aussi nombreux que les impropriétés. Les grammairiens, qui ne prennent pas un mot pour un autre, parce que, selon eux, tous les mots ne se valent pas, tentent de fixer l’emploi des verbes et locutions verbales « concerner », « se rapporter à », « avoir trait à », « être relatif à »… Ils jugent pertinent de réserver « concerner » aux humains : « en ce qui concerne Flaubert, le président de la République, l’auteur de ces lignes » ou « les aménagements concernent les étudiants de lettres » et d’employer, à propos des choses, les autres verbes ou locutions verbales. Il aurait fallu écrire : « ils se rapportent ou ils sont relatifs à la répartition ».
« Perspective » est employé trois ou quatre fois dans ce texte et chaque fois, sans doute, de façon abusive. Dans « (la question de vocabulaire) pourra adopter une perspective synthétique, avec des consignes du type : étudiez, dans le texte, les mots composés ». Affirmer d’une question qu’elle « adopte une perspective » n’a pas de sens. La « perspective » (c’est-à-dire de « l’aspect sous lequel on envisage une question ») relève de la décision du candidat. Quant à la synthèse, elle n’a rien à faire dans une analyse. Il n’est pas demandé aux candidats de réunir dans un tout cohérent des connaissances diverses, mais d’étudier un fait de langue – très exactement : de vocabulaire : les mots composés par exemple – qui est attesté dans le texte par plusieurs occurrences. Dans « les candidats, dans ce cas, auront à étudier séparément deux mots et à présenter une étude synthétique (?) d’ampleur plus restreinte qu’avec les consignes précédemment citées », il aurait fallu écrire, pour éviter l’oxymore « ampleur restreinte », « portée plus restreinte » : mais peut-on concilier ce qui est antinomique, « synthétique » et « restreinte » ? Dans « elle pourra aussi porter, selon (suivant) les spécificités du texte proposé (les particularités du texte), sur deux notions mises en perspective », l’invocation de la perspective n’a pas sa place : ce texte ne traite pas de peinture, ni d’architecture. Il aurait fallu écrire « deux notions étudiées conjointement ». On conçoit que les lecteurs exaspérés par tant de perspectives en viennent à regretter les bas-reliefs égyptiens qui en sont dépourvus, d’autant plus que les « notions » dont il est fait état dans ce texte officiel ne sont pas des notions : ni la narration, ni la description ne sont des « notions ». L’énonciation est peut-être une notion, mais la prose, qu’elle soit « poétique, comique et pathétique » n’en est pas une.
Flaubert a bien amusé ses lecteurs avec « le char de l’Etat qui navigue sur un volcan ». Les métaphores de ce texte l’auraient fait hurler de rire. La métaphore lexicalisée de « soumettre » dans « soumettre une épreuve à des aménagements », au sens de « aménager – c’est-à-dire adapter - une épreuve » est indigne de quelqu’un dont l’activité est de commenter les grandes œuvres du patrimoine littéraire de la France. Qu’un didacticien ou un scribe en use est dans l’ordre des choses. Une consigne est « instruction formelle » donnée aux militaires. Faire d’une « question de vocabulaire », du type « étudiez tel ou tel mot », une « consigne » est, à proprement parler, un abus de langage. Ce n’est pas parce que les didacticiens occupent une position dominante dans l’EducNat que les grammairiens doivent accréditer leurs usages. « Cette rubrique, comportera, comme par le passé, une étude approfondie d’un ensemble de données livrées par le texte à partir d’une catégorie ou d’une notion précisément définie ». Que veut dire « le texte livre des données » ? Seul Monsieur Homais s’exprime ainsi. « Cette étude, quand la consigne le précisera, pourra inclure une perspective d’histoire de la langue » : les haïssables consigne et perspective devraient être proscrits de quelque texte que ce soit.
« Etude de style : 6 à 8 points. Il ne sera plus demandé (en réalité, il n’est plus demandé) aux candidats de conduire une étude de style complète du texte proposé, mais de présenter, sous une forme rédigée, l’étude stylistique d’un phénomène précisément identifié par la consigne ». « Conduire une étude », qu’est-ce que ça veut dire ? Existe-t-il un « code » pour cela ? « La consigne identifie précisément le phénomène » est la phrase qui résume le mieux la façon haïssable dont on écrit désormais à l’Université. On croirait lire un cadavre exquis. Pourquoi pas « l’épreuve épuise l’approche » ?
Le dernier paragraphe concentre en trois lignes tous les types de fautes relevées ci-dessus. « Dans tous les cas (il fallait écrire « en tout cas » ou « quelle que soit la question »), le candidat devra prendre en compte les deux pôles de l’approche (néologisme sémantique pour « démarche ») stylistique : analyse précise des formes concernées (par quoi le sont-elles ? avec quoi sont-elles mises en relation) et interprétation des observations (pour faits observés ou analysés) rendant compte d’une convergence des effets. « Prendre en compte » n’est relevé ni dans le Trésor de la langue française ni par Littré dans son Dictionnaire de la langue française. « Tenir compte de » est attesté au sens de « prendre en considération », « se rendre compte de » et « rendre compte de » au sens de « s’apercevoir » et « expliquer ». Sont attestés encore « prendre à son compte quelque chose » au sens de « s’attribuer la responsabilité de » et même « prendre compte de » au sens de « tenir compte de ». Le sens de « prendre en compte les deux pôles de l’approche » est d’autant plus obscur que nul ne sait ce que sont dans la réalité les « deux pôles » d’une « approche » et si une « approche » est pourvue ou non d’un pôle, de deux pôles (comme la terre ou comme une borne électrique) ou de plus de deux pôles.
Pendant un siècle ou plus, les agrégés de grammaire, lettres, lettres modernes, les professeurs de classes préparatoires « littéraires », etc. ont défendu et illustré la langue française, non pas par un souci élitiste de distinction sociale (comme dirait Bourdieu), mais parce qu’ils savaient que le « haut langage » est une des formes dans lesquelles la culture se manifeste, même chez les peuples primitifs, et que les expériences humaines les plus émouvantes sont dites dans une belle langue, ou elles ne sont rien. De fait, ils ont résisté à l’affadissement de la langue et de l’expression, ils ont refusé les facilités démagogiques de l’expression orale et écrite, ils ont cultivé l’immémoriale filiation des langues pour que vivent dans l’esprit de ceux qu’ils formaient les grandes œuvres du patrimoine de l’humanité. Pour eux, c’est aussi une affaire de déontologie : commenter Montaigne, Corneille, Pascal, Racine, Hugo, Baudelaire, Mallarmé, Aragon, qui sont des maîtres ès lettres françaises, c’est aussi s’efforcer par la qualité de la langue que l’on parle ou que l’on écrit de s’approcher de la langue de ces maîtres. Leur être fidèle, c’est aussi les imiter dans leur art. La littérature fournit des modèles d’expression, une langue vivante, des modèles pour tous. Un commentaire qui consiste à plaquer sur leurs œuvres du charabia n’a plus de validité. Il vaudrait mieux oublier nos grands écrivains plutôt que les martyriser. Qu’ils reposent en paix. Un jour peut-être, des générations les ressusciteront.
Pendant des siècles, le latin a été la langue de la culture en France et en Europe, jusqu’à ce que, au XVe et au XVIe siècles, les maîtres prennent conscience que leurs étudiants ne savaient plus cette langue ou qu’ils ne l’apprenaient plus et que, plutôt que de continuer à la martyriser, il valait mieux l’abandonner. C’est aussi ce qui arrive au français : les étudiants le martyrisent, les maîtres aussi, et même les formateurs de maîtres. Quant aux élites, elles préfèrent baragouiner l’anglais plutôt que le français. Est-ce là le signe annonciateur d’une inéluctable disparition de notre langue ?
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11 mai 2013
Les ministres et la langue française
Le vent de l’Histoire souffle sur la langue française
Le 25 avril 2013, M. le Premier Ministre a signé la circulaire n° 5652/SG. Cette circulaire de trois pages porte « sur l’emploi de la langue française ». Deux grandes lois y sont citées qui ancrent la circulaire dans l’histoire : l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539) et l’article deuxième de la Constitution, révisée en 1992, de la République, aux termes duquel, pour la première fois dans l’histoire, est donnée au français une place dans un texte fondamental.
De cette circulaire, dont le premier ministre croit qu’elle sera historique, il suffit de lire l’en-tête pour se convaincre que si empreinte historique il y a, l’empreinte est imperceptible, car le premier ministre ne s’adresse pas aux Français, ni aux associations politiques, ni aux fonctionnaires, mais aux seuls ministres et ministres délégués. On dénombre soixante six millions de Français, mais la circulaire n’est destinée qu’à trente-sept d’entre eux. Les pédagos ont inventé la « centration sur l’enfant » ; le pédago premier ministre la centration sur le ministre. De nombreux verbes ont pour sujet ou complément « nous » : « l’histoire nous a légué », « nous disposons », « il importe que nous fassions un outil » (à mettre dans la boîte idoine ?), etc. La chose étant nouvelle, il est dans l’ordre de cette chose que l’on dénombre dans ces trois pages trente occurrences des possessifs « notre » ou « nos ». Il n’y a quasiment pas de nom qui ne soit pas précédé de « notre » ou de « nos ». Notre langue est répété sept ou huit fois. Outre langue, ce sont pays, tissu social, démocratie, pacte social, expertise, constitution, culture, savoir-faire, représentants, frontières, points de vue, intérêts, administrateurs, interlocuteurs, etc. Jadis, le Roi usait du nous de majesté ; le ministre Ayrault use du nous de communauté. Ces trente-huit ministres, dont personne ne se souviendra dans dix ans, ne font ni un peuple, même pas une avant-garde, encore moins l’Histoire. On dénombre quatre occurrences de notre pays, ce qui est beaucoup, surtout si on y ajoute des désignations telles notre démocratie, notre tissu social, notre pacte social, qui désignent une partie de ce tout qu’est le pays. Le pays n’est jamais explicitement nommé, sinon une fois, dans un emploi secondaire de complément circonstanciel, à propos de « réunions et de conférences organisées en France à l’initiative de l’Etat ou d’un de ses établissements » (p 3). C’est une manière assez inélégante d’exprimer le mépris que l’on voue à la France que de ne pas la nommer ou bien une manière élégante de laisser aux ministres la latitude de mettre sous le nom pays la patrie de leur cœur, quelle qu’elle soit, Maroc, Guyane, Bretagne, Saint-Herblain, Tulle chef-lieu de département, Algérie, Corée, Antilles, etc.
La circulaire porte sur « l’emploi de la langue », mais elle révèle d’abord le mauvais emploi qui y est fait de la langue. M. le Premier Ministre ne se satisfait pas des nos et notre de communauté, il abuse aussi des ses et sa ambigus. Quand il écrit « placer la langue française au cœur de la politique de modernisation de l’Etat, en développant et valorisant ses ressources », à quelles ressources réfère-t-il ? Celles de l’Etat ou celles de la langue, d’autant plus que la suite ne lève pas l’ambiguïté : « en lui donnant les meilleures chances de prospérer dans l’univers numérique » ? Dans l’univers numérique prospère aussi bien la langue que l’Etat. Il en est de même de cette assertion : « organiser la dimension linguistique de l’action publique contribue à sa modernisation ». Quand on connaît la propagande dont se gargarisent M. Hollande et ses ministres, il semble que la modernisation soit celle de l’action publique. Mais rien n’empêche de penser que sa renvoie à « dimension linguistique ». Soit cette autre phrase : « mieux mettre en évidence la dimension par nature interministérielle de la politique du français ». La « nature », quelque sens que l’on donne à ce mot, n’a rien à faire, ni à voir dans ces choses, qui sont toutes de culture. Ce n’est pas le seul mot de la phrase qui soulève des difficultés. M. le Premier Ministre rappelle sans cesse dans la circulaire qu’il incombe à chaque ministre d’appliquer les lois et règlements qui régissent l’emploi du français en France. Cette politique ne résulte pas de concertations ni de tractations entre les trente-huit ministres et leurs cabinets : elle n’est donc pas « interministérielle ». Comme elle concerne tous les ministres, elle est, hasardons un néologisme, pan-ministérielle. Au sujet de chacun, les lexicographes indiquent que ce pronom désigne « des hommes ou des femmes » : c’est « toute personne, qui que ce soit, tout le monde, on » (Littré, 1872). Il est inutile d’écrire « chacune ou chacun d’entre vous », sauf à soumettre la langue aux oukases de l’idéologie féministe. D’ailleurs, M. le Premier Ministre semble hésiter sur ce point, comme sur bien d’autres, puisqu’il écrit p 3, s’adressant à ses trente-sept ministres dont dix-neuf sont des femmes, « chacun d’entre vous », préférant se plier aux règles de la langue plutôt que de plier la langue à l’idéologie du jour. Dans certaines phrases, aux impropriétés se mêlent des propositions absurdes. Ainsi dans « en privilégiant systématiquement l’emploi de la langue française dans les différents outils de communication dont elles disposent (site internet, signalétique, nom de marque, campagnes publicitaires…), vos administrations contribuent à l’épanouissement de la relation de confiance entre la langue et le citoyen », est impropre l’emploi du verbe privilégier. On ne privilégie pas l’emploi de la langue française, on le favorise ou mieux, si l’on est ministre, on rappelle les lois et règlements qui, depuis l’An II de la République, rendent obligatoire l’usage exclusif de la langue française dans les administrations et on exige que soient sanctionnés les auteurs des infractions constatées. Pourtant, le pire est dans la fin de la phrase. Une relation de confiance est, par définition, réciproque quand elle s’établit « entre » deux entités. Dire que le citoyen a confiance dans la langue de son pays a un sens. Mais qu’est-ce que la confiance de la langue dans le citoyen ? Quoi qu’il en soit, ce n’est pas la confiance du citoyen que nourrit l’emploi du français dans l’administration, mais la confiance des citoyens dans les administrations.
Ceux qui écrivent l’anglais des media, des administrations, des institutions de pouvoir, etc. préfèrent, est-il souvent remarqué, les noms dérivés de verbes aux verbes eux-mêmes. L’essence du français est d’utiliser les verbes pour exprimer des actes ou des processus. Le rédacteur de cette circulaire, lui, préfère les noms aux verbes : épanouissement à épanouir ou faire épanouir, valorisation à valoriser, organisation à organiser, interprétation à interpréter, traduction à traduire, application à appliquer, promotion à promouvoir, modernisation à moderniser, engagement à s’engager, etc., comme s’il « essentialisait » les actes ou les processus. Un Premier Ministre rompu à l’emploi de la langue française n’aurait pas écrit « dans un souci de valorisation de la diversité linguistique », souci étant impropre et le nom d’action valorisation inutile. Il aurait écrit « pour valoriser la diversité linguistique ». De plus, « s’exprimer dans la langue maternelle d’un interlocuteur » chez qui l’on est reçu n’a rien à voir avec la « diversité linguistique », à valoriser ou non : c’est une affaire de courtoisie ou de savoir-vivre ; et la France est réputée pour être ou avoir été le pays de la courtoisie, ce que M. le Premier Ministre semble ignorer. Il est un emploi étrange, c’est celui d’interprétation : « dès lors qu’une interprétation dans notre langue est disponible » (pour « dès qu’un interprète est disponible »), « lorsque le statut de notre langue le permet (comprendre : lorsque l’usage du français est prévu par des conventions internationales), exiger cette interprétation, afin d’avoir l’assurance d’être compris » (pour « exiger les services d’un interprète »). Certes, ce mot a pour sens « traduction » depuis le XIVe siècle, mais ce n’est qu’une signification secondaire, que les lexicographes actuels tiennent pour « ancienne » ou désuète. Si toute la circulaire avait été écrite dans une belle et haute langue, cet emploi subtil ou littéraire d’interprétation n’aurait pas déparé, mais il détonne dans un texte aussi mal écrit.
Venons-en aux questions de fond. L’emploi de la langue française, à l’exclusion de toute autre langue, est obligatoire dans l’Etat et dans les établissements qui dépendent de l’Etat, dans les administrations, locales, départementales, régionales, dans les services publics. Des lois et règlements régissent cela depuis 1794 : lois Bas-Lauriol, loi Toubon, article 2 de la Constitution. Ces lois s’appliquent, comme un impératif catégorique, aux ministres. Or en prenant connaissance du contenu de cette circulaire (dont le but est « de favoriser l’usage » du français en France même), les Français apprennent, ébahis, que les ministres contreviennent à ces lois ou qu’ils ferment les yeux sur les innombrables infractions de leurs administrations. Les extraits suivants le disent éloquemment : « on ne saurait défendre et promouvoir le français hors de nos frontières sans en favoriser l’usage dans notre pays lui-même, à commencer par l’ensemble des représentants de l’Etat » (comme si les représentants de l’Etat étaient « hors de nos frontières » et inclinaient à employer en France même une autre langue que le français) ; « veiller au respect des textes qui encadrent l’emploi de notre langue dans la société » (il ne s’agit pas de « respecter » ces textes, mais de les appliquer) ; « privilégier systématiquement l’emploi (de la langue française) dans les différents outils de communication dont disposent les administrations » (ce qu’elle ne faisaient donc pas) ; « mise en place d’une interprétation dans les réunions et conférences organisées en France à l’initiative de l’Etat ou d’un de ses établissements » (ce qui signifie que la langue en usage dans ces réunions et conférences n’est pas le français).
Il est humiliant que l’Etat soit incapable d’appliquer ou de faire appliquer les lois. Pour convaincre les ministres « de favoriser l’usage du français » en France, que reste-t-il au Premier Ministre, qui, hélas, n’est pas le meilleur expert qui soit en matière d’emploi du français, comme l’atteste la circulaire qu’il a signée ? L’idéologie, la propagande, le rappel de quelques dogmes de la nouvelle religion ! On n’utilise plus la langue pour dire les réalités, mais pour montrer que l’on pense comme il faut penser. D’où un grand nombre de propositions absurdes, telle la référence à un nouveau « droit à », le « droit au français », dont les citoyens ne jouissent pas, mais dont ils « tirent parti dans leur vie quotidienne » : ce droit « participe de notre démocratie » (apparemment, pas de celle des ministres) ; « il garantit un égal accès à l’information et au savoir », etc. La circulaire est toute tissue de propositions bizarres, incongrues, maladroites ou encore plus évidentes que les portes grandes ouvertes. Citons « notre pays s’est construit dans un rapport étroit à la langue française » ; l’usage du français par l’administration « contribue à la cohésion de notre pays autour d’une langue partagée » ; faire du français « un outil de l’ouverture au monde » (ce n’est pas une boîte qu’il faut à M. Hollande, mais un conteneur, tant il a d’outils à sa disposition) ; « c’est notre tissu social qui est fragilisé si ces textes (sur l’usage du français en France) ne sont pas strictement observés » ; « l’interprétation et la traduction favorisent la circulation des idées et des savoirs » ; ou encore la confiance relative accordée à l’encontre de la « traduction automatique » des textes.
A sept ou huit reprises, M. le Premier Ministre désigne la langue française d’un autre nom que le sien. Notre langue, répète-t-il. Oui, effectivement, c’est leur langue – non pas la langue des Français, mais la langue des ministres. Comme ce notre langue est apparié à République ou à républicain (à deux reprises sont invoqués de mystérieux principes républicains pour justifier que le français soit employé en France), cette langue est le républicain, et non le français. C’est une langue que l’on pourrait nommer le ministrin ou le ministrais, la langue des ministres ; ou comme, au lu de cette circulaire, ces ministres ne sont pas grand-chose, le minustrin ou minustrais.
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04 mai 2013
Boîte à outils
M. de Hollande a une boîte à outils, laquelle, depuis quelques semaines, est célèbre et même encore plus célèbre que son auguste possesseur. Il entend s’en servir. « Incessamment sous peu », diront des humoristes. Pourtant on ignore ce qu’elle contient et si elle est vide ou pleine ou si elle contient quoi que ce soit, conformément à la nature d’une boîte qui est de faire fonction de contenant.
Est outil, écrivent les académiciens, « tout instrument dont les artisans, les laboureurs, les jardiniers, etc. se servent pour leur travail » (DAF, 1694, 1762, 1798, 1835, 1932-35). Pour Littré (DLF, 1863-77), c’est « tout instrument de travail dont se servent les artisans ». En quatre ou cinq siècles, rien n’a changé pour ce qui est de la chose désignée. Le seul changement, c’est la pompe dont les modernes enrobent la définition du mot. Sans doute n’ont-ils jamais utilisé d’outils. C’est « tout objet dont on se sert pour effectuer un travail manuel ou mécanique, accomplir une tâche déterminée ou en faciliter l’exécution » (DAF, neuvième édition, en cours de publication depuis 1994) ou « tout objet fabriqué, utilisé manuellement, doté d'une forme et de propriétés physiques adaptées à un procès de production déterminé et permettant de transformer l'objet de travail selon un but fixé » (TLF, 1971-94).
M. de Hollande n’est ni artisan, ni laboureur, ni jardinier, mais il a des outils. On n’aura pas l’insolence de lui opposer la sagesse populaire, car quelques proverbes s’appliquent assez bien à sa situation. « Un méchant ouvrier ne saurait trouver de bons outils » : on espère pour la France et les Français, mais sans se faire d’illusion, que M. de Hollande n’est pas un « méchant ouvrier ». « Un bon ouvrier se sert de toute sorte d’outils » : M. de Hollande prouverait qu’il est un « bon ouvrier » s’il ouvrait enfin sa boîte pour que les Français voient ce qu’elle contient, rien, un ou plusieurs outils, mais personne ne lui demande de montrer son outil, laissant ce soin-là à sa maîtresse, Mme de Maintenant : le changement, c’est elle.
Oublions ces plaisanteries. Pendant plusieurs siècles, outil n’a eu qu’un seul et même sens, un sens propre ou « matériel ». La modernité a changé tout cela : les outils des artisans sont devenus des concepts d’hommes politiques. Chacun a compris que la boîte présidentielle ne contenait pas de marteau, ni de tenailles, ni de limes, ni de scie à métaux, mais tout autre chose, car outils est entendu par M. de Hollande et par tous ceux qui répètent ses bons mots dans ce sens figuré moderne. C’est « ce qui permet d’obtenir un résultat » ou ce qui permet « d’agir sur quelque chose » (TLF, 1971-94). Est outil « tout moyen d’action, de ce dont on se sert pour parvenir à un résultat, pour tirer parti de quelque chose » (DAF, neuvième édition). Si les outils de M. de Hollande sont des « moyens d’action » (des lois, des mesures, des règlements, de la bureaucratie, etc.), il n’a pas besoin de « boîte » pour les ranger ; et la boîte à outils dont il se targue n’a rien de tangible. Elle n’a aucune réalité. Ce n’est pas une boîte, ni une caisse ; elle ne contient rien, d’ailleurs M. de Hollande n’a pas de contenu qu’il puisse y ranger ; sa boîte est un leurre ou un ersatz ; de la mauvaise rhétorique, qui n’abuse que les pigeons qui trouvent du plaisir à se laisser abuser… En grammaire, un outil grammatical ou un mot outil est un « signe linguistique plus ou moins vide de sens » (TLF, op. cit.). C’est exactement ce que sont les outils et la boîte à outils présidentiels. Ils sont vides et même vides de sens. Parce que le sort de la France est en jeu, on ne va pas s’exclamer ironiquement à propos de M. de Hollande ce que l’on dit, par plaisanterie, dans les milieux populaires, à propos « d’une personne ou d’une chose qui n’est bonne à rien » : « Voilà un bel outil ! » ou « Quel outil ! » (DAF, neuvième édition), mais c’est à coup sûr ce que s’exclameront, quand la représentation du Dîner de cons sera terminée et quand ils se gausseront du président des années 2012-2017, les Français malicieux.
18:00 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
01 mai 2013
Morale laïque ?
M. Payons, ministre de la boutique et des boutiquiers, a décidé d’introduire un enseignement hebdomadaire de « morale laïque » dans les écoles de France, de la classe de onzième à la classe terminale : ça commencerait à 6 ans, ça se terminerait à 18 ans. Personne, évidemment, même pas M. Payons, ne se fait d’illusion sur le contenu de cet enseignement : ce sera une heure de propagande par semaine, ni sur son efficacité : ce sera l’occasion de chahuts, de bavardages, d’école buissonnière ou pis d’insultes dont seront la cible les préposé(e)s à cet enseignement, lequel sera fourgué au dernier arrivé dans le bahut ou à la bonne sœur ou au frère ignorantin membres du GODF ou du PS.
La seule question que soulève ce nouvel enseignement qui viendra couronner la fabrication de crétins est la compatibilité entre le nom « morale » et l’adjectif « laïque ». On ne sait pas trop ce qu’est la morale, sinon que c’est en rapport avec les mœurs et que c’est lié à l’existence du mal, la morale apprenant à distinguer le bien du mal. En revanche, on sait ce que signifie « laïque ». Cet adjectif ou nom, qui s’écrit lai, laïc, laïque, a pour étymon l’adjectif latin laicus qui a été d’abord en usage dans l’Eglise et qui est emprunté au grec laikos, dérivé du nom laos signifiant "peuple". La forme peut varier, mais pas le sens. Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762), est laïque ce « qui n’est ni ecclésiastique ni religieux ». Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) le définit comme ce « qui n’est ni ecclésiastique ni religieux » et ce « qui est propre aux personnes laïques ». Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1935 et neuvième édition, en cours de publication), les deux sens distingués par Littré sont définis : l’ancien, celui que l’histoire a légué (« qui n’est ni ecclésiastique, ni religieux, ni du clergé séculier, ni du clergé régulier »), et le nouveau, celui qui a été introduit par l’institution de la laïcité en 1882 et en 1905 : « qui est étranger à toute confession ou doctrine religieuse ».
Selon Chateaubriand, « le nom laïque fut inventé pour distinguer l’homme qui n’était pas engagé dans les ordres du corps général du clergé ». C’est le cas des maîtres des écoles publiques : aucun n’est prêtre, rabbin, pasteur, imam, gourou… Comme cet enseignement de morale est destiné à être dispensé dans les écoles publiques, celles qui dépendent de l’Etat, et que ces écoles sont laïques, c’est par pléonasme qu’il est qualifié de laïque : il ne peut pas être autre chose que laïque.
Payons aurait dû annoncer qu’il imposait un enseignement de morale. Il était inutile d’ajouter qu’elle serait laïque. A moins que cet adjectif ne soit un leurre ou une étiquette frauduleuse, les socialos étant experts en affichages mensongers. On répète laïque, laïque, laïque, des milliers de fois, mais on dispense un enseignement imprégné de cette nouvelle religion d’Etat qui a supplanté les anciennes mœurs de la France et des Français. C’est ce que laisse entendre M. Payons, quand il évoque le déjà fameux « vivre-ensemble », le « métissage » obligatoire (métisser, au XIXe siècle, c’était mélanger une race inférieure à une race supérieure afin d’améliorer la race inférieure), le respect des différences à condition que celles-ci ne soient pas indigènes. Ce vivre ensemble et tout ce qu’il charrie sont la morale laïque des banlieues. On vit ensemble après avoir chassé du territoire que l’on occupe ceux qui ne sont pas d’une race pure, on partage les mêmes valeurs (le butin de la nuit), on prie de concert et de conserve, on a les mêmes rituels.
16:20 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
27 avril 2013
Alignement
Ce nom, dérivé du verbe aligner, lequel est dérivé de ligne, ne soulève pas de véritables difficultés sémantiques dans les emplois qui en sont faits actuellement. Il s’est dit dès le début du XVe siècle des maisons, bâtiments, rues et de la voierie en général. C’est ainsi que Furetière (1690, Dictionnaire universel) définit alignement : « action par laquelle on met les choses en ligne droite, soit avec la règle ou le cordeau, soit en se servant de points marqués par des rayons visuels ». Il précise que le mot « se dit aussi du plan que donnent les voyers et architectes pour construire la face (comprendre la « façade ») des maisons qui sont sur la rue, pour en marquer les longueurs, les angles, et autres dispositions suivant lesquelles on est obligé de bâtir à peine de démolition ». Comme l’alignement relève de la loi ou de règlements d’urbanisme, un alignement défectueux ou non conforme peut être sanctionné. C’est pourquoi, ajoute Furetière, « les officiers de Justice assistent les voyers dans les alignements qu’ils donnent pour les maisons des coins des rues ».
Des choses aux hommes, plus particulièrement aux soldats. Alignement s’est employé pour désigner les lignes droites que doivent former les soldats lorsqu’ils défilent ou qu’ils présentent les armes. Signifiant « action d’aligner ou de s’aligner », il « s’emploie surtout en parlant d’une troupe », indiquent les académiciens (DAF, 1835). Littré (DLF, 1863-77) décrit alignement dans des termes semblables : « l’action d'aligner, en parlant de soldats », qu’il illustre de cet exemple « après chaque mouvement, on rectifie l’alignement » et de cet emploi « alignement ! Terme de commandement militaire pour régulariser l’alignement ».
Le sens figuré, à savoir « adhésion, volontaire ou forcée, aux idées, à la conduite d’une personne, d’une collectivité, d’un État » (DAF, neuvième édition, en cours de publication ; exemple : l’alignement sur les positions d’un parti politique) est tout récent et tout à fait conforme aux oukases de la modernité. Les académiciens l’ignorent dans la huitième édition (1932-35) du DAF et les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) y consacrent une courte entrée. Par analogie avec l’emploi en urbanisme (la ligne droite) et dans les armées (former une seule ligne), alignement prend le sens de « conformité à une règle rigide » dans le domaine de la morale, de l’esthétique, des finances publiques (ah bon ?) et de la politique.
Ce sens figuré est l’oriflamme de la modernité triomphante. Mais qu’est-ce que la modernité ? Question presque aussi vaste que le programme « mort aux cons », remis au goût du jour par Sa Majesté le SM.
Pour ce qui est de l’essence de la modernité, la langue, elle, « ne ment pas ». Le sens originel d’alignement n’est pas celui des voyers (ou « officiers préposés pour avoir soin de raccommoder les chemins à la campagne et faire garder les alignements dans les villes », DAF, 1694), mais celui des généalogistes. C’est La Curne de Sainte-Palaye qui évente la mèche dans le dictionnaire historique de la langue française qu’il a commencé à établir au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle. Pour lui, alignement signifie non seulement « lignage », mais « par extension, vertu héréditaire, et qui indique le lignage d'un homme, la ligne dont il descend ». Pour cela, il se fonde sur cet emploi : « On disait figurément en parlant de ceux qui n’avoient pas hérité de cette vertu qu'ils étaient lignée délignée, qu'ils n'avoient point d'alignement ». Il illustre ce sens de ce poème du début du XIVe siècle : « Elle est trop en mœurs déparée / Et de ces devanciers sevrée / Qui se menèrent noblement. / Ils sont lignée délignée / Contrefaite et mal alignée / En eux n’a (il n’y a) point d’alignement ».
En somme, l’alignement, entendu dans le sens figuré qu’il a en politique ou dans la morale, c’est la volonté de s’accrocher ou se raccrocher à un lignage ou de se fondre dans une lignée - une « race », aurait-on dit au XIXe siècle, c’est-à-dire de se chercher des ancêtres, non pas ceux dont on a tout hérité et que l’on a reniés, mais de nouveaux ancêtres, tout purs, parfaits, sans tache ni souillure, auxquels on s’empresse de jurer fidélité. La modernité célébrée des partis communistes, écolos, gauchistes ou socialistes ou de la « morale laïque » à Payons ou de son vivre-ensemble ou du pourtoussisme de M. de Hollande a tout des archaïques mœurs féodales, suivant lesquelles chaque vassal devait s’agenouiller pour baiser l’anneau du suzerain.
11:00 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
24 avril 2013
Pour tous !
Personne n’est dupe. Jamais le « mariage », dit « pour tous », ne sera réellement « pour tous ». Il n’est pas pour les polygames, encore moins pour les polyandres, ni pour les vieillards qui voudraient épouser des fillettes âgées de six ans ou des bébés, ni pour les mineur(e)s, ni pour des frères et des sœurs, ni pour les amateurs de parties carrées ou de partouzes, ni pour les zoophiles, ni pour les choses (une femme mariée à son lit ou inversement), ni pour les animaux de compagnies (la mémère à son petit chien), ni pour plusieurs : six hommes ou six femmes ensemble, etc. Du moins pas encore. Quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limite.
En attendant qu’il devienne réellement « pour tous », examinons ce que le sens de ce tous, qui est la véritable oriflamme de la loi, dévoile de l’imaginaire ou du paradigme dogmatique de M. de Hollande, de la baronne Bitaura, de MM et Mmes Ayrault de Saint-Herblain, Delanoë de Carthage, Valse de Catalogne, de la femme-lige de Sa Majesté M6, etc. Ce que dit « tout(e,s) » ou « tous », qu’ils soient adjectifs ou pronoms, c’est un résumé du système idéologique du Pouvoir. La définition du XVIIe siècle (Dictionnaire de l’Académie française, 1694) condense ce que pensent, font, décident, imaginent les socialos, écolos, gauchos, cocos : « qui comprend entièrement, universellement et sans exception, les différentes parties, les différentes qualités de la chose dont on parle, les différents individus d’une espèce, les différentes espèces d'un genre, les différentes unités d’une multitude, d’un nombre, etc. ». En somme, tout et tous sont contre l’exclusion, comme la loi homonyme qu’a fait voter Dame Aubry en 1998 ou 1999, Jospin étant le premier des ministres. Le mariage, dit « pour tous », est une extension au code civil de la loi contre l’exclusion.
Pour illustrer ce sens, admirablement « moderne », à moins que les socialos ne soient de simples blocs chus de la Monarchie absolue de droit divin, les académiciens citent les exemples suivants : « tout l’univers », « tout le monde », « toute la terre », « tous les hommes », « tous les animaux », « toutes les plantes », « tous les êtres créés », « tout le peuple », « toutes les nations de la terre », etc. Rien n’échappe à tous ; tous englobe tout, ce qui ne signifie pas nécessairement que tout est dans tout et réciproquement, mais que, pour le pouvoir en place, il n’y a pas de limite, pas de mesure, pas de barrière, pas de borne, pas de différence : c’est le règle de l’indifférenciation généralisée. Comme les enfants de six ans qui veulent posséder tout ce qu’ils voient, le désir qu’expriment les hommes de pouvoir est de tout promettre à tous.
Féraud (1788) résume le sens de tout ainsi : « il se dit de l’universalité d’une chose considérée en son entier » et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) de cette manière : « qui comprend la totalité, l’intégrité, qui ne laisse rien en dehors ». Il n’y a pas d’égalité là-dedans, mais un grand pastis. Ces définitions révèlent à la fois l’idéologie du pouvoir et l’imposture de cette idéologie du « pourtoussisme », car le mariage, dit pour tous, ne sera jamais pour tous, mais pour les seuls millionnaires qui ont assez d’argent et d’entregent pour faire les lois ou les acheter : ce qu’ils veulent, c’est préserver leur fortune. Ce n’est pas le mariage pour tous, mais pour quelques happy few. De même, il n’y aura pas de croissance pour tous, ni de prospérité pour tous, ni de travail pour tous (seulement du chômage pour tous), ni de changement pour tous, ni de vacances pour tous, ni de culture pour tous, ni de bonheur pour tous, ni d’école (digne de ce nom) pour tous, mais tout cela sera réservé aux seuls mêmes nantis et privilégiés du socialisme…
11:13 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
19 avril 2013
Part d'ombre
"Nous avons tous notre part d’ombre", dixit M. le comte de Cahuzac, ex futur premier ministre et ex futur président de la République, tombé dans la fange médiatique pour avoir voulu échapper à l’enfer fiscal en lequel lui-même et ses camarades ont transformé la malheureuse France. « Nous avons tous notre part d’ombre, première, deuxième, troisième génération… », voilà un beau slogan pour manifestants écervelés.
M. de Cahuzac, au demeurant le meilleur homme qui fût au gouvernement, a répété six fois en vingt-cinq minutes part d’ombre, faisant de ces mots à la fois l’explication de ses malheurs et l’absolution de sa « folle bêtise ». Il n’est pas le seul à parler d’abondance de part d’ombre. Une journaleuse du Monde a marché sur les brisées de Cahuzac, lequel avait marché sur les brisées du Robespierre de Médiapart (ce part final – et pas très finaud - n’est pas celui de part d’ombre, mais celui de partisan, M. Plenel étant un partisan et un tireur assez peu franc) et antérieurement du Monde (qui se ressemble s’assemble), quand il avait écrit sur les parts d’ombre de la carrière de Mitterrand, carrière publique qui fut totalement claire et limpide, du moins pour ceux qui avaient fait l’effort de la connaître. La ou les part(s) d’ombre semble(nt) être la spécialité des hommes « de gauche », surtout quand ceux-ci doivent se justifier de leurs vilenies.
Pourtant, cette profusion de parts d’ombre « à gauche » n’explique en rien d’où viennent toutes ces parts d’ombre. Les mots évidemment, pas la chose. S’ils viennent de quelque part, ce n’est pas de la langue française, car ils ne sont relevés dans aucun des grands dictionnaires (DAF, Féraud, Littré, TLF), et cela bien que les emplois figurés du nom ombre soient innombrables et occupent plusieurs colonnes : ombres du tombeau, la vie des hommes passe comme l'ombre, les grandeurs du monde ne sont qu’ombre et que fumée, suivre quelqu’un comme l’ombre fait le corps, être l’ombre de quelqu’un, avoir peur de son ombre, faire ombre, porter ombre à quelqu’un, l’ombre d’un puissant maître le met à couvert, attraper bien des gens sous ombre de dévotion, sous ombre de piété, il n’y a pas ombre de doute, ombre de douter, prendre l’ombre pour le corps, les ombres des mystères et des vérités, l'ombre d’Alexandre, de César, du grand Pompée, le royaume des ombres, etc.
Part d’ombre est de l’allemand. Ces mots viennent de Carl, pas Karl Marx, mais Carl Jung, celui de la psychologie des profondeurs (la psycho qui a dépassé les profondeurs de la bêtise : en allemand, ce n’est pas difficile, un des principaux junguiens ayant été Göring, c’est tout dire) et celui de l’archétype. La part d’ombre, selon Jung, est tout ce que la conscience a écarté, parce que cette part d’ombre serait incompatible avec le beau moi, le moi idéal, le moi parfait qui rend si fiers d’eux les hommes « de gauche », et pas seulement Plenel, Chemin, Cahuzac, Mitterrand. Evidemment, quand on est « de gauche », on a le droit de revendiquer, pour quelque sujet que ce soit, ce charabia sorti des latrines des sciences sociales… D’ailleurs, quand on est « de gauche », on a tous les droits ! C’est ce qui définit la gauche.
La langue française, elle, pue moins que l’allemande. La consultation de l’article ombre du Dictionnaire de l’Académie française (1762) est un plaisir pour l’intelligence. L’ombre, c’est « l’obscurité causée par un corps opposé à la lumière » ; poétiquement (« les ombres de la nuit », « les ombres de la mort »), « les ténèbres » et la « mort ». C’est sans doute cela, du moins en français, qui attend ce malheureux cerf aux abois qu’est M. le comte de Cahuzac déchiré par ses camarades aux dents acérées : les ténèbres sociales et la mort civile. Chassé du PS, de l’Assemblée nationale, de la franc-maçonnerie (qui n’est pas très franche sur ce sujet), de l’ordre des médecins, de l’équipe de XIII de Villeneuve, etc. Il va lui être notifié bientôt l’interdiction de respirer. Désormais, tout lui fait ombre et il va devoir se défier de tout le monde, surtout de ses anciens amis. Ils seront sa part d’ombre, mais une grosse part. Il est vrai qu’il leur faisait beaucoup d’ombre, étant le seul, parmi les élus et les ministres socialistes et écolos, qui sût compter jusqu’à dix ! Il a donc perdu leur ombre (leur protection, leur faveur), ce qui doit lui faire une belle jambe.
Ouvrez les dictionnaires. Vous y lirez des centaines d’emplois du nom ombre qui illustrent tous cocassement les malheurs de M. de Cahuzac et de ses anciens amis.
17:36 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
13 avril 2013
Transparence
Dans toutes les éditions publiées du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1935, la définition de transparence est expédiée en une courte phrase : « qualité de ce qui est transparent », laquelle ne fait que gloser la formation de ce nom dérivé de l’adjectif transparent (« diaphane, au travers de quoi l’on voit les objets », DAF 1694-1935), et elle est illustrée du même exemple « la transparence de l’eau, du verre ».
L’adjectif transparent, dont est dérivé le nom, a, il est vrai, un sens « transparent ». Il est composé, en latin du Moyen-âge, de la préposition trans, qui signifie « à travers », et du participe du verbe parere, « apparaître ». Même Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française (1863-1877), répète cette définition, qu’il illustre de quatre citations d’écrivains classiques.
Au XXe siècle, tout change. Le nom transparence s’étend à d’innombrables réalités, comme l’atteste l’article transparence du Trésor de la Langue française (1971-1994). Dans la dernière édition publiée (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, l’article transparence s’étend sur moins trois lignes ; dans le Trésor de la Langue française (1971-1994), il fait près de deux pages de grand format et quatre colonnes. D’un coup, le mot devient moderne. Les sens techniques sont plus nombreux. Le mot est en usage en peinture (« couleur, motif, etc. vu(e) à travers une seconde couche transparente » et « l’impression de luminosité, d’immatérialité que produit l’application de couches transparentes »), en optique, au cinéma (« procédé consistant à projeter par derrière sur un écran transparent un plan qui sert de décor et à filmer une scène jouée devant cet écran »).
Pourtant, ce qui fait la modernité de transparence, ce n’est pas la technique, mais la morale ; ce sont ses emplois figurés, étendus aux êtres, aux institutions, à la presse, à la politique, à la société. La transparence est l’idéal d’une société qui n’a plus ni secret, ni zone d’ombre, ni refuge, ni asile, idéal qui ne tient pas de la démocratie, quoi qu’on en dise, sinon dans les discours, mais d’une organisation totalitaire. C’est la « qualité d’une personne dont les pensées et les sentiments sont faciles à comprendre, à deviner » et surtout la « qualité d’une institution qui informe complètement sur son fonctionnement, ses pratiques », comme dans et exemple : « au niveau de l’entreprise de presse, l’esprit a été de concevoir, dès 1936, une réglementation par laquelle serait obtenue la « transparence » (connaître le véritable responsable et les véritables ressources), condition de la loyauté ». Non seulement les êtres et les institutions doivent être transparents, bien entendu aux yeux des inquisiteurs qui fourrent leur nez partout, mais aussi le style et les discours ont pour qualité la transparence : c’est la « qualité de ce qui est facilement compréhensible, intelligible ». La transparence n’est plus une propriété physique, c’est une affaire de morale. Les revenus et les impôts sont aussi touchés par la nouvelle exigence : la transparence fiscale est un « régime fiscal particulier de certaines sociétés qui ne sont pas assujetties à l’impôt sur les bénéfices, mais dont on impose les activités comme si elles étaient directement le fait des associés ».
Pendant trois siècles, du XVIIe au XXe siècle, transparence ne se disait que de la matière, verre ou eau. Le nom est resté sans prétention, jusqu’à ce que la Restauration socialiste se l’approprie pour en faire une exigence de morale publique. D’un coup, il s’est opacifié et est devenu trouble, obscur, inquiétant, à l’opposé du sens dont il a été longtemps porteur. D’ailleurs les exhortateurs à la transparence, eux, ne s’y trompent pas, qui refusent de s’y plier. Le baron Bartolone juge que la transparence n’est bonne que pour les adversaires, pas pour les siens. Sa « terreur », comme l’écrit Féraud en 1788 à propos des Anglais, « est de voir son administration devenir transparente et ses mystères dévoilés aux étrangers ». Il ne se laisse pas abuser par les mots d’ordre qu’il lance aux citoyens et se garde prudemment d’appliquer à lui-même et aux siens ce qu’il exige des citoyens normaux. Les journaleux font de même : ils veulent tout savoir des autres, mais ils tiennent à ce que leurs sources soient protégées, évoquant la déontologie, parlant de secret – de leurs secrets enfermés derrière les hautes murailles de la forteresse des rédactions, etc. En bref, la transparence n’est rien d’autre que l’ample et archaïque manteau qui couvre tous les vices.
18:29 Publié dans Chroniques de la Restauration, Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, france
10 avril 2013
Moralisation, moraliser
Moralisation, attesté dans la première moitié du XIXe siècle, est tenu par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77 ; il n’est pas dans les huit premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française), pour un « néologisme » et il le définit comme « l’action de moraliser, de rendre moral, de donner des principes moraux ». Si l’on rapporte le nom moralisation, tel qu’il est employé par MM. de Hollande et Ayrault de Saint-Herblain, grands vertueux devant l’Eternel et sermonneurs prolixes, et tel que le répètent les perroquets des media à tête de linotte (« choc de moralisation », « moralisation de la vie politique », « moralisation du gouvernement », etc.), aux milieux de la politique, le seul prononcé de ce nom suppose que les hommes politiques n’ont aucun principe moral, puisqu’il est urgent de leur en donner, comme s’ils étaient des enfants, et qu’ils mettent à la charge des finances publiques l’existence immorale ou amorale qu’ils mènent. Ces sermonneurs vertueux se défendent d’accuser les hommes politiques d’être « tous pourris ». Or, c’est l’accusation que porte « le choc de moralisation », c’est-à-dire la politique qui consisterait à rendre « moraux » les hommes politiques.
Littré illustre le sens de moralisation de cet exemple qui suinte la condescendance de la bonne conscience : « la moralisation des masses par l'instruction ». Ce qui est supposé, c’est que les « masses » (id est les classes populaires) sont immorales, parce qu’elles sont ignorantes. Ces deux propositions sont évidemment fausses, mais elles révèlent une vérité ou une seule vérité : le mépris sans limite que les concepteurs de cette campagne de moralisation (M. de Hollande, ses conseillers, ses ministres, etc.) vouent à leurs collègues députés ou sénateurs et au peuple que ceux-ci représentent, à moins que ce « choc » ne soit de la « poudre » qu’un pouvoir aux abois jette « aux yeux » du bon peuple de France.
Du temps de Littré, moralisation était un néologisme : il ne l’est plus aujourd’hui. Il est dans le Trésor de la Langue française (1971-94) et dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication depuis 1994), dont les définitions sont assez semblables : « action d’élever l’homme dans l’ordre de la morale, résultat de cette action » et « action de rendre une chose conforme à la morale, soumission à des règles morales » (TLF) ; « action de moraliser, de rendre moral ; résultat de cette action » (DAF). Arouet souhaite beaucoup de courage à ceux qui veulent élever députés, sénateurs, ministres, élus locaux, présidents de ceci et de cela, conseillers en tout genre et de tout genre, etc. dans l’ordre de la morale. Il leur en faudra (du courage, de la persévérance, de la lucidité : pas de panique, la choc de moralisation, ce ne sont que des mots), surtout de l’inconscience.
Dans l’article qu’il consacre à moralisation, Littré ajoute ceci, en guise de remarque : « autrefois on disait : « le théâtre est une école de mœurs » ; un néologue dirait « une école de moralisation » ». Cet ajout révèle que moralisation a un autre sens, que les auteurs du TLF glosent ainsi : « (par métonymie) réflexions morales, développements moraux ». Ce sens, relativement rare, est dû au verbe moraliser, dont dérive moralisation. Ce verbe, attesté au milieu du XIVe siècle, a longtemps été « intransitif ». Il s’employait de façon absolue, sans complément. On faisait des réflexions morales, on ne cherchait pas à moraliser son voisin ou son semblable, ni même la « société ». Le seul sens que distinguent les académiciens de 1694 à 1798 est « faire des réflexions morales », que ceux-ci illustrent de cet exemple : « il y a bien de quoi moraliser sur les événements qui arrivent tous les jours dans le monde ». C’est dans ce sens que le théâtre (aujourd'hui, la politique, comme école de moralisation", a remplacé le théâtre") serait, selon les néologues cités par Littré « une école de moralisation », c’est-à-dire une occasion de faire des réflexions morales. C’est dans l’édition de 1835 du DAF, postérieure à la Révolution (1789-1815), période où chacun était contraint d’afficher sa soumission à la vertu publique et où, en conséquence, l’hypocrisie était reine, qu’est enregistré l’emploi transitif de ce verbe, dont les académiciens précisent qu’il est « familier » : « activement et familièrement, moraliser quelqu’un : lui faire de la morale ou une morale ». L’exemple illustrant ce sens et qui suinte la condescendance est éloquent, surtout s’il est appliqué à la situation désespérante ou inamendable de M. de Hollande et de son gouvernement : « on a beau le moraliser, il n'en continue pas moins son train de vie ». Littré (1863-77) relève lui aussi cet emploi transitif. Moraliser quelqu'un, c’est « (familièrement) lui faire de la morale ou une morale » ou « (néologisme) rendre moral, perfectionner l’homme au point de vue moral ».
Cet emploi transitif et le sens qu’il prend dans la langue sont des marqueurs de la modernité, c’est-à-dire qu’ils révèlent ce qu’elle est vraiment, non pas dans les discours hâbleurs des sciencieux de l’homme et du social, les panseurs, ceux qui couvrent la réalité de pansements pour éviter qu’elle ne soit pensée, mais quand cette modernité s’affiche d’elle-même, sans chichis ni contrainte, dans la langue même. « Faire, donner une leçon de morale à quelqu’un dans le but de l’instruire ou de le réprimander » ou « rendre l’homme moral ou plus moral, l’inciter à agir moralement, l’élever ou l’aider à s’élever dans l’ordre de la morale » ou « rendre conforme à la morale, soumettre quelque chose à des règles morales » (TLF), c’est un condensé des politiques que fixent les prophètes, les guides et autres chefs de parti, conducator, ayatollah, premier secrétaire, duce, führer, des organisations politiques modernes, c’est-à-dire totalitaires : prendre en charge non pas le monde ou les institutions, mais les hommes eux-mêmes, leur intimité, leur existence, leurs mœurs et faire en sorte que tout cela soit conforme aux normes que ces organisations imposent.
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08 avril 2013
Choc et chocs en séries
Le nom choc, dérivé du verbe choquer, est attesté au XVIe siècle comme terme militaire. Un choc, c’est la rencontre de deux armées.
Jusqu’au milieu du XXe siècle, ce qui caractérise les emplois de ce nom, c’est la stabilité sémantique. En 1762, les académiciens distinguent quatre sens : « heurt d’un corps contre un autre corps », « rencontre et combat de deux troupes de gens de guerre » et « figurément (…) malheur, disgrâce qui arrive dans la fortune d’un homme » et « quelque attaque fâcheuse (de) santé » (DAF, 1762). En trois siècles, rien ne change vraiment, puisque ces sens se retrouvent quasiment tels quels, avec quelques extensions, dans la neuvième édition du même DAF, en cours de publication depuis 1994. Un choc, c’est la « rencontre brusque d’un corps avec un autre », la « rencontre et le combat de deux troupes qui s’affrontent ou qui se chargent », un « conflit, une opposition plus ou moins violente », un « état aigu et préoccupant comportant une insuffisance circulatoire soudaine », un « (figuré) évènement malheureux qui porte atteinte à l’équilibre physique et moral » et une « (familier) émotion violente causée par un fait inopiné ».
M. de Hollande, l’homme du socialisme restauré, n’a que le mot choc à la bouche. Il ne promet plus monts et merveilles (les promesses, c’était « avant »), il ne promet plus que des chocs (le choc, c’est maintenant) : choc de compétitivité, choc de simplification, choc de moralisation. Bientôt ce sera le choc de remaniement, le choc de dissolution, le choc de démission, etc. Tous les chocs sont possibles.
Soit les chocs des derniers jours : compétitivité, simplification, moralisation. Dans quel sens faut-il entendre choc ? « Etat aigu et préoccupant comportant une insuffisance circulatoire soudaine » ? « Evènement malheureux qui porte atteinte à l’équilibre physique et moral » ? « Emotion violente causée par un fait inopiné » ? M. de Hollande promettrait-il des événements malheureux ? Sans doute. Annoncerait-il un « état aigu et préoccupant » ? C’est fort possible. Voudrait-il ébranler les citoyens en leur causant des émotions violentes ? C’est probable. Ou bien il ne sait pas le français, ce dont les habiles ont pris conscience, à moins qu’il n’emploie choc dans un sens que Littré (1863-77) glose ainsi : « atteinte, revers subit » et qu’il illustre de cet exemple, inutilement insolent si l’on pense aux malheurs de M. de Hollande et de ses ministres : « ce choc ébranla sa fortune ». Oui, tout ce que dit (ou ne dit pas), décide (ou ne décide pas), pense (ou ne pense pas) M. de Hollande se retourne contre lui. Quand il traitait son prédécesseur de sale mec, de salopard, de l’Autre, il a lancé dans les airs, comme un personnage du Dîner de cons, un boomerang qui, quelques mois plus tard, lui revient au visage : c’est ça, le vrai choc.
19:30 Publié dans Chroniques de la Restauration, Dictionnaire critique de la NLF, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
02 avril 2013
Stigmatiser
Stigmate, stigmatiser, stigmatisation
En latin, stigmata, ce sont des « marques au fer rouge » et des « marques d’infamie ». Le nom stigmate qui en est emprunté est attesté au milieu du XVe siècle pour désigner « les marques des cinq plaies faites par la crucifixion sur le corps de Jésus », puis des « marques semblables à celles des plaies de Jésus, portées par des saints » ou « marques des cinq plaies du corps de Jésus-Christ miraculeusement imprimées sur le corps de certains saints ».
Pour les auteurs des anciens dictionnaires, stigmates est parfois uniquement un terme « de piété ». Richelet (1680, Dictionnaire des mots et des choses) le définit ainsi : « marques des clous des mains et des pieds de Jésus-Christ qui ont été imprimées sur le corps de quelques personnes saintes ; les glorieux stigmates de Saint François ». Il en va de même chez les autres lexicographes, tels Furetière (1690, Dictionnaire universel : « terme que les cordeliers ont mis en usage pour exprimer les marques et impressions que Notre Seigneur avait fait de ses plaies sur le corps de leur séraphique père saint François »), Corneille (1694, Dictionnaire des arts et des sciences : « aujourd’hui ce terme n’est plus en usage que pour signifier les marques des clous des mains et des pieds de Notre Seigneur, qui ont été imprimées sur le corps de saint François et d’autres personnes saintes »), les académiciens (1694 et 1762, DAF : « Marques des plaies de notre Seigneur Jésus-Christ », Féraud (1788, Dictionnaire critique de la langue française : « en français, ce mot est peu employé dans le langage ordinaire, et l’on ne s’en sert guère qu’au pluriel en parlant des stigmates de St. François, de qui l’on dit aussi qu’il a été stigmatisé »).
Au XIXe siècle, la nouvelle religion commence à effacer la vieille transcendance chrétienne. Dans les articles de dictionnaire, à l’exception de celui de l’Académie française, le sens religieux de stigmates, qui est le premier à être attesté dans l’histoire du mot, est dégradé au troisième ou au quatrième rang des sens recensés par le positiviste Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77), le premier étant celui de « marque que laisse une plaie » et le sens religieux n’étant qu’un emploi particulier, propre à la religion. Littré va jusqu’à mettre en doute la réalité physique du phénomène des stigmates : « particulièrement, les marques des cinq plaies de Notre-Seigneur Jésus-Christ qu’on prétend avoir été imprimées, par faveur du ciel, sur le corps de saint François d’Assise ». Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) enfoncent le clou et confirment le choix de Littré. Le sens de stigmate est « marque durable sur la peau », « les cinq plaies de Jésus crucifié » ou « les mêmes plaies portées par certains mystiques » n’étant qu’un avatar de ce sens, mais borné à la seule religion.
Ce serait une insolence que de penser que les consciencieux du social, petits et gros ou autres sociologueux, scienceux de l’homme, politiqueux, médieux, cultureux et sociaux cultureux, associateux, etc. qui emploient à tout instant le verbe stigmatiser et le nom stigmatisation, aient présent à l’esprit ce sens religieux, pourtant historiquement avéré, et tiennent les Roms, les innombrables Mohammed, les musulmans, les arabes, les Noirs, les Africains, les bambaras, les Papous, les Inuits et les lapons établis légalement ou illégalement en France pour de nouveaux Christs ou de nouveaux saints François, et les Français ou la France pour ces soldats romains qui ont cloué le Christ sur sa croix et enfoncé leur lance dans son corps sanglant.
En réalité, ce à quoi se réfèrent les sciencieux du social, c’est au sens judiciaire et moral de stigmates qui se développe à partir du XVIe siècle : « trace honteuse que laisse dans le coupable une faute morale » et « marque imprimée au fer rouge ». Furetière (1690) relève en partie ces sens : « chez les Anciens, stigmates était une marque qu’on mettait sur l’épaule gauche des soldats qu’on enrôlait » et stigmatiser, c’est « marquer une personne au front. On stigmatisait autrefois les serfs fugitifs ». Ce sens est exposé dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-64 : « (Histoire ancienne) signes ou caractères dont on marquait ordinairement les esclaves qui avaient été fugitifs... On se contentait quelquefois de leur mettre un collier ou un bracelet, sur lequel on gravait le nom du maître »), par Féraud (1788 : « Marque empreinte sur le corps d’un homme, d'un animal. On le disait des anciens Esclaves »), par les académiciens (1835 : « Les stigmates de la justice, les marques du fer rouge imprimées sur l’épaule des voleurs »). A partir de ce sens se sont développés des emplois figurés propres à la morale : « Figuré et familièrement, il en porte encore les stigmates se dit d’un homme qui vient d’être maltraité publiquement, d’essuyer en public des reproches humiliants ; figuré, un stigmate flétrissant, honteux, une note d’infamie » (DAF, 1835, 1879 ; Littré, 1863-77). Dans la huitième édition du DAF (1932-35), les marques au fer rouge étaient laissées sur la peau des « galériens » et non plus des « voleurs » : « Les stigmates de la justice se disait des marques du fer rouge sur l’épaule des galériens », sens propre à l’Ancien Régime selon les rédacteurs du Trésor de la langue française, lesquels recensent les emplois modernes et victimaires de stigmates : « Par analogie ou au figuré, littéraire, généralement au pluriel, marque visible, signe apparent de quelque chose de pénible, d’accablant ou d’avilissant » (stigmates de l’alcoolisme, de la douleur, du vice, de souffrances intérieures). Alors que le verbe stigmatiser est attesté dans un sens religieux au XVIIIe siècle encore (« qui porte des marques semblables aux plaies de Jésus », Dictionnaire de Trévoux), il est relevé dans les dictionnaires dans son sens judiciaire : « marquer une personne au front ; les esclaves fugitifs étaient autrefois stigmatisés » (Corneille, 1694) ; « marquer une personne avec un fer rouge ou autrement » et « il signifie figurément blâmer, critiquer quelqu’un avec dureté et publiquement » (DAF, 1835) ; « marquer avec un fer rouge ou autrement, on stigmatisait autrefois les esclaves fugitifs » et « figuré, imprimer à quelqu’un un blâme sévère, une flétrissure publique » (Littré, 1863-77) ; « marquer d’un stigmate » et surtout « au figuré, blâmer, critiquer, ridiculiser quelqu’un avec dureté et publiquement » (Trésor de la langue française, 1971-94), ce dernier dictionnaire relevant aussi le nom stigmatisation : « (histoire) opération consistant à marquer d’une façon indélébile le corps d’une personne pour lui imprimer un signe distinctif, une marque d’infamie » et « au figuré, accusation sévère et publique, flétrissure morale portée à l’encontre d’une personne, de ses actes, de sa conduite » et rappelant aussi les sens religieux et « pathologique » de ce nom : « (religion) fait de recevoir les stigmates du Christ crucifié » et « (pathologie, psychologie) stigmatisation mystique, plaies rappelant les blessures infligées au Christ au cours de la Passion et qui peuvent s’observer en pathologie mentale chez les pathomimes et les simulateurs ».
Ce que cherchent les consciencieux du social et les politiqueux à la Wieviorka, Liogier, Mucchielli, Dubet, Aubry, Duflot, Besancenot, et autres grands stigmatisateurs de la France et des Français, c’est faire accroire que les musulmans, les clandestins, les Roms, les noirs, und so weiter, sont marqués au fer rouge par ces garde-chiourmes cruels et inhumains que sont les Français. Ces accusations sont tellement grotesques qu’elles peuvent être retournées comme une crêpe. Les stigmatisés ne sont pas les Roms, encore moins les mahométans, mais les seuls Français ; et par qui sont-ils stigmatisés ? Par les bons médias bien pensants, les gros consciencieux du social, les cultureux de toute sauce et les politiqueux à leurs bottes.
09:33 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
30 mars 2013
Crispations, peurs et autres fantasmes
Crispations
Le mot, attesté au milieu du XVIIIe siècle, est relativement récent et, comme la plupart des mots apparus au cours de ce siècle, c’est un mot savant et de savants, chirurgiens et médecins. Jean-François Féraud (1788) note que c’est un « terme de médecine, fort à la mode ». Dans le Dictionnaire de l’Académie française, à compter de 1762, il est défini ainsi : « resserrement qui arrive aux parties extérieures des choses qui se replient sur elles-mêmes par l’approche du feu » et « il se dit encore en médecine d’un effet à peu près pareil qui arrive dans les entrailles, dans les nerfs, etc. ». Ces deux sens « physiques » sont glosés ainsi dans la neuvième édition, en cours de publication depuis 1994, du DAF : « rétraction qui plisse ou ride la surface d’un objet sous l’action d’un agent physique ou chimique (la crispation du cuir sous l’effet de la chaleur) » et « contraction involontaire, parfois à peine perceptible, de certains muscles, notamment sous l’effet d’une émotion ou d’un état de nervosité » (crispation des muscles de la main, du visage, d’un membre).
C’est en 1835 qu’est relevé pour la première fois l’emploi figuré de ce nom, celui-là même dont il est fait usage, dans des formes quasiment obligées ou attendues ou contenues, dès qu’il est question d’islam ou d’hostilité à l’islam. Ce sont les « organes », c’est-à-dire l’appareil idéologico-politique bien pensant (Le Monde, NO, Libération, service public « d’information » (comprendre : de propagande), Marianne), qui opposent à cette hostilité croissante le nom crispations, toujours employé au pluriel et souvent coordonné aux noms peurs et fantasmes. De cet emploi, les académiciens précisent en 1835 que crispation « se dit quelquefois (aujourd’hui, c’est « toujours »), par exagération et familièrement, en parlant de ce qui cause une vive impatience ou un grand déplaisir », comme dans ces exemples banals : « sa lenteur me donne des crispations » et « la seule vue de cet homme lui cause des crispations ». Selon Littré (1863-77), au figuré, causer des crispations, donner des crispations, c’est « causer une vive impatience, une vive irritation », les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) et les académiciens (neuvième édition, op. cit.) se contentant de faire suivre cet emploi du seul synonyme : « vif agacement ».
Le mot est condescendant, non pas le mot en lui-même, mais l’emploi qui en est fait par les organes, quand ils s’évertuent à discréditer, puisque telle est leur obsession, les Français, dès que ceux-ci osent porter un jugement retenu ou non dithyrambique sur l’islam, les musulmans, la grande civilisation islamique, qui est, comme chacun sait, supérieure à tout ce qui existe, a existé ou existera dans l’univers. La raison d’être de ce crispations méprisant est de disqualifier tout Français audacieux ou assez audacieux pour faire usage de la liberté d’expression et de pensée qui est pourtant garantie par les Constitutions et autres textes fondateurs de la France, de la République, de l’Europe, etc. Comme il n’est pas possible de faire taire ceux qui pensent ou ceux qui ont une connaissance raisonnée du monde, ce qui serait imiter les nazis ou les communistes, leur jugement est tenu pour nul et les lecteurs, auditeurs et autres téléspectateurs sont incités à tenir ces « crispations » pour de simples réflexes conditionnés de vieillards bornés, etc.
10:24 Publié dans Chroniques de la Restauration, Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
26 mars 2013
Aubain, aubaine
Bien que le mot soit sorti de l’usage, il est encore enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française (huitième et neuvième éditions, 1935 et depuis 1994) et dans le Trésor de la langue française (1971-94), suivi d’une définition élémentaire : « (droit ancien) étranger vivant en France et non naturalisé » (DAF, neuvième édition) et « étranger, qui est étranger » ou « étrangers, soumis comme tels à un ensemble de déchéances et particulièrement au point de vue successoral » (TLF).
Le mot, attesté au XIIe siècle, est ancien. C’est son origine, « obscure » (selon les modernes que nous sommes), qui a nourri les commentaires des lexicographes : latine ? francique ? autre ? Quoi qu’il en soit, ils s’entendent tous sur le sens, qui a été figé dans le droit ancien. La définition la plus claire est celle de Richelet (1680) : « C’est un étranger qui n’est pas né fort loin des pays qui sont sujets au Roi de France et qui, s’étant venu établir dans son royaume, y a acquis du bien et n’a point pris du Roi de lettres de naturalité » ou celle de Furetière (1690) : « Etranger qui habite dans un pays où il ne s’est point fait naturaliser ». De nos jours, cet état est fort commun, mais les étrangers ne sont plus nommés aubains, ce qu’ils sont pourtant. Certes le mot est désuet, mais ce qui l’a fait tomber en désuétude, c’est le changement du droit. Ce qui caractérisait les aubains, c’est le droit d’aubaine : ce droit n’était pas leur ; il était propre au souverain. Richelet expose clairement en quoi consiste ce droit d’aubaine : « (terme de jurisprudence française) c’est un droit par lequel le Roi succède aux étrangers qui se sont établis dans son royaume, qui y ont acquis du bien et n’ont pris aucunes lettres de naturalité du Roi, qui seul les peut donner ». Il est une autre explication, plus claire encore, celle de L’Encyclopédie (1751-72, d’Alembert et Diderot éditeurs) : « si l’aubain meurt en France, ses biens sont acquis au roi, si ce n’est qu’il en ait fait donation entre vifs ou qu’il laisse des enfants nés dans le royaume ». L’auteur de cet article indique que « les enfants d’un Français qui a séjourné en pays étranger n’y sont point aubains », que « quelques peuples alliés de la France ne sont point non plus réputés aubains » (Suisses, Savoyards, Ecossais, Portugais et Avignonnais) ou qu’un « étranger qui ne séjourne en France qu’en passant et qui ne s’y domicilie point, comme un marchand venu à une foire, un particulier venu à la poursuite d’un procès, un ambassadeur pendant tout le temps de sa résidence, ne sont point censés aubains », etc. En bref, le droit d’aubaine « est le droit qui appartient au souverain exclusivement à tout autre, de succéder aux étrangers non naturalisés, morts dans le royaume ». Les académiciens, dans les éditions successives de leur dictionnaire, se contentent de « (terme de chancellerie et de palais) étranger qui n’est pas naturalisé dans le pays où il demeure » et Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) de « étranger qui n’est pas naturalisé et qui est sujet au droit d’aubaine ».
M. de Hollande et son régime de la Restauration Socialiste sont aux abois et à l’affût de nouvelles recettes, pour combler ces tonneaux des Danaïdes que sont les budgets publics. La restauration du droit d’aubaine, ce serait pour ces budgets une aubaine. Voilà une suggestion (ironique) qu’ils sont capables d’entendre sérieusement et d’en ôter toute l’ironie. Les chefs d’escadrille se reconnaissent à ce que le quatrième ou le cinquième degré est, dans leur esprit, toujours un premier degré.
11:19 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : société, france, politique
22 mars 2013
Extrémiste, extrémisme
Avec ces deux mots, attestés en 1915 (extrémiste) et en 1918 (extrémisme), en pleine guerre à outrance, laquelle s’est imprimée, dans ce qu’elle a pire, dans les significations et emplois de l’un et l’autre de ces deux mots dérivés de l’adjectif extrême, emprunté au latin extremus, qui a un sens « superlatif », maintenu en français, nous sommes en plein Modernistan. Ils sont même « emblématiques », comme on dit dans le charabia des media, de la modernité : ils en sont l’étendard et ils en ont les ingrédients : violence, imbécilité, politique, social, etc.
Ils ont fini par supplanter dans les emplois politiques l’adjectif et nom extrême qui leur sert de base. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) relevait les divers sens ou emplois d’extrême : « porté au dernier point, au plus haut degré », « parti extrême (on dirait aujourd’hui extrémiste) parti violent, hasardeux », « qui est éloigné de l’état modéré », « qui outre, qui n’a point de mesure, en parlant des personnes ». Selon Littré, le contraire d’extrême est modéré, à moins que modéré n’en soit le cache-sexe ou la version présentable, comme dans ces célèbres musulmans soi-disant ou prétendument modérés, modérés en public, mais extrêmes en pensée, ou dans ces oxymores, dont la seule raison d’être est d’anesthésier les citoyens : islam modéré ou islamisme modéré. Ils sont modérés dans l’islamisme ou ils sont modérément islamistes : ce sont des extrémistes qui montrent patte blanche.
Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1932-35), il est indiqué qu’extrémiste s'emploie surtout dans la langue politique pour caractériser ou désigner « celui ou celle qui est partisan des idées et des résolutions extrêmes », Mme de Beauvoir par exemple, qui fait cette confidence éloquent : « j’étais extrémiste : je voulais tout ou rien » (Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958). Elle n’était pas rangée, mais dérangée. Aussi a-t-elle fait des risettes aux autorités « françaises » sous l’Occupation et à tous les camarades extrémistes de Chine, d’URSS, de Cuba, d’Egypte, etc. Dans le Trésor de la langue française (1971-94), l’extrémisme est « la tendance à adopter des opinions, des conduites extrêmes ». C’est ce petit lait qui nourrira les jeunes gens dans les années 1930-90, et aujourd’hui les fanatiques des banlieues islamisées.
Les académiciens sont manichéens dans le choix des exemples qui sont censés illustrer extrémiste dans la neuvième édition (en cours de publication) de leur dictionnaire : « un extrémiste de droite ». Pour eux, il n’existe pas d’extrémiste de gauche, ni même d’extrême gauche, la gauche étant exonérée de tout ce dont la « droite » est accablée. A moins que leur manichéisme ne soit l’expression d’une prudence de Sioux, car ils savent que la « gauche », extrémiste par nature, est vindicative, hargneuse, coupeuse de têtes et peuplée de purificateurs ethniques, sociaux, intellectuels, etc.
16:26 Publié dans Chroniques de la Restauration, Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, islam, france
15 mars 2013
Embaumer
Dérivé du nom baume, ce verbe est attesté dans la seconde moitié du XIIe siècle et dans l’ancienne langue française, il est employé dans ce sens que relèvent les académiciens dès 1694 : « remplir de baume et d’autres drogues pour empêcher la corruption » (« il ne se dit que des corps morts »).
D’une édition à l’autre du Dictionnaire de l’Académie française, la définition se fait plus précise et « descriptive », sans doute pour compenser par quelques détails la désuétude dans laquelle est tombée la pratique de l’embaumement : « remplir un cadavre de substances balsamiques, de drogues odorantes et dessiccatives, pour empêcher qu’il ne se corrompe » (1835). Ou bien ce sont les exemples qui transforment le dictionnaire en petite encyclopédie : « les anciens embaumaient leurs morts par l'emploi de goudrons, de substances aromatiques et balsamiques » (DAF, neuvième édition, en cours de publication depuis 1994). Littré, conscient de la disparition de l’embaumement en Europe, a compris la nécessité d’en expliquer le principe : « remplir un corps mort de substances balsamiques, pour le préserver de la putréfaction » (Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Les exemples cités par Littré relèvent d’un dictionnaire de choses : « le moyen le plus habituel employé par les Égyptiens pour embaumer les corps était d’en saturer chaque partie avec de l’asphalte » ou « les substances les plus employées aujourd’hui pour embaumer sont le deutochlorure de mercure, une solution d’acétate ou de chlorure d’alumine poussée par les artères, ou de chlorure de zinc avec addition d'hyposulfite de soude ».
Le totalitarisme païen et ses pompes ayant plus ou moins disparu dans le monde, on aurait pu penser que l’embaumement, qui y est étroitement lié, disparaîtrait lui aussi. Eh bien non. Il prospère chez les progressistes à tout crin et chez les révolutionnaires dernier cri, les progressistes de chez progressiste et les révolutionnaires de chez révolutionnaire. Ils ressuscitent l’embaumement : voilà donc Lénine, Staline, Kim Il Sung, Mao et le tout dernier de la liste, Chavez, embaumés, comme s’ils étaient de vulgaires pharaons de l’Egypte antique, celle de l’esclavage à outrance et du cléricalisme obtus. Les progressistes et les révolutionnaires seraient-ils d’affreux réactionnaires qui se vêtent de l’ample manteau du progressisme pour tromper les dupes ?
Quoi qu’il en soit, ces embaumements, qui ne sentent pas bon, ont une raison d’être, qui est de santé publique : couvrir les mauvaises odeurs qui se dégagent des révolutions en putréfaction. Car, ce verbe a un second sens, qui apparait dans l’histoire de la langue quelques décennies après le premier. C’est « parfumer, remplir de bonne odeur » (DAF, 1762). L’exemple qui illustre ce sens est il vient une odeur de ces oranges qui embaume toute la maison. Embaumer un autocrate, quel qu’il soit, mais seules les « révolutionnaires », sinon dans les actes, du moins dans les discours, sont embaumés, c’est tenter en vain de mêler aux odeurs de putréfaction qu’exhale le régime que le cadavre a mis en place des parfums d’encens, quitte à vaporiser sur la charogne d’abondants volumes de parfum.
12:44 Publié dans Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, religion
12 mars 2013
Omerta sur un livre
Enyo, Anatomie d'un désastre. L'Occident, l'islam et la guerre au XXIe siècle, Denoël Impacts, 2009.
La collection chez Denoël dans laquelle est publié ce livre a pour titre "Impacts". D'impact, ce livre n'en a guère eu, peut-être parce que le pseudonyme de l'auteur est trop opaque, Enyo étant le nom de la déesse grecque des batailles, mais aussi parce que les journalistes culturels ou politiques et autres hérauts des médias, qui auraient dû ou pu en rendre compte, sont incapables d’entendre ce que Mme Enyo écrit, de sorte qu’ils ont préféré le silence ou l’omerta à tout commentaire, même critique. Un impact, il mériterait d’en avoir un, ne serait-ce que pour les quatre derniers chapitres - les six premiers reprenant dans des développements de seconde main des savoirs généraux sur l’islam (la religion) et l’Islam (la civilisation) qui ne sont même pas nécessaires pour asseoir la ou les thèses du livre.
Quelles sont ces thèses ? Pour Mme Enyo, l’Occident et plus particulièrement les élites de cette aire de civilisation ne comprennent rien à l’islam et rien aux projets dont les musulmans sont les porteurs, se contentant de faire de l’islam un miroir de l’Occident, mais en retard de deux ou trois siècles, et se forgeant des musulmans des représentations à leur image. Les néo-fondamentalistes, comme les islamistes, sont instruits : ils sont ingénieurs, techniciens supérieurs, médecins, informaticiens, etc. Ils ne sont ni pauvres, ni désespérés, ni laissés pour compte, ni exploités. Ils sont porteurs de projets politiques. Ils maîtrisent la technique, l’informatique, la science, qu’ils ont dépouillée de ses fondements moraux, éthiques, épistémiques – en bref ce que l’on nomme la « modernité », qu’ils peuvent s’approprier ou accaparer pour l’islamiser.
Les Occidentaux sont sourds ou aveugles et ils n’entendent pas ou ne veulent pas entendre ce que disent les musulmans qui font le djihad. La guerre peut être faite les armes à la main, mais aussi symboliquement, en s’attaquant aux principes, aux valeurs, aux idées, aux symboles, aux fondements moraux, à la culture, pour les saper et les faire se désagréger... Elle est donc totale et elle sera longue, et d’autant plus facile à mener que les Occidentaux refusent de concevoir jusqu’à la possibilité d’une notion de guerre.
Ce que ces militants de l’islam ont compris, c’est que l’affaissement des Etats et des Etats-nations consécutif à la mondialisation, au libre échange, au discrédit de la politique, etc. leur ouvre d’immenses possibilités de conquête, l’islam se passant d'Etat et pouvant organiser les hommes sans libre débat, sans politique, sans démocratie, sans même leur demander leur avis. Pour cela, ils bénéficient aussi du soutien des idiots utiles, tenants du relativisme, sectateurs du multiculturalisme, Occidentaux minés par la repentance et la haine de soi. Sur les quatre cents pages de ce livre, il y en a moins deux cents qui sont lumineuses et instructives, mais qui sont écrites hélas dans un français Sciences po poussif qui est celui des amis du Désastre et des habitués de l’Aveuglement volontaire.
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06 mars 2013
Populisme, populiste
Chaque jour, des intellos de Sciences Po ou des media ou des Hautes Etudes, intellos au QI de grenouilles voulant se faire plus grosses qu’un troupeau de bœufs et persuadés d’être d’un sang supérieur, dissertent du populisme sans jamais définir le mot populisme.
Populisme ni populiste ne sont pas enregistrés dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française (de 1694 à 1935), ni dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré publié dans la seconde moitié du XIXe siècle. Ce sont des mots modernes. La première attestation de populisme date de 1912 dans l’ouvrage intitulé La Russie moderne et le nom populiste est attesté en 1907 au sens de « membre d’un parti prônant en Russie des thèses de type socialiste ». En 1929, populiste est en usage pour qualifier des romanciers qui refusent de représenter des bourgeois ou des aristocrates et qui, pour atteindre cet objectif, situent l’action de leurs romans dans les milieux populaires, au sens ancien de ces deux mots, et non dans le sens euphémique où Besancenot de Pellepoix entend aujourd’hui quartiers populaires (comprendre « islamisés »). Le populisme est une « école littéraire qui décrit avec réalisme, dans des romans, la vie des milieux populaires » (Trésor de la Langue française 1971-94). En 1937, le prix du roman populiste a été décerné en 1937 à Sartre Jean-Paul pour La Nausée, grand populiste s’il en fut. Dans ces mots et dans ce qu’ils désignent ou ce qu’ils signifient, il n’y a rien qui mérite le pilori, le gibet ou la potence, qui sont pourtant promis à ceux à qui le crime de populisme est imputé.
Pour ce qui est de l’histoire, populisme et populiste sont des mots russes. Ils ont été fabriqués en Russie dans les années 1860 pour désigner un « mouvement politico-social qui voulait entraîner l’ensemble de la paysannerie, du peuple, dans la lutte contre le pouvoir tsariste ». Les populistes étaient souvent des jeunes gens, issus de très bonnes familles et ayant fait de vraies études, qui voulaient en finir avec l’apartheid russe. Pour cela, ils allaient vers le peuple et apprenaient à lire et à écrire aux moujiks, aux portefaix, aux manœuvres, aux domestiques. Il y a dans les romans de Tolstoï des populistes qui sont éminemment généreux et qui sacrifient leur destin social au bien-être du peuple. Le comte Tolstoï lui-même, cet écrivain de génie, était de toute évidence populiste. Or, à partir du moment où Lénine et les bolcheviks ont réussi leur coup d’Etat, ils ont fait des populistes leurs ennemis et les ont donc éliminés, les thèses de ces nouveaux Satan effaçant la lutte des classes. De fait, populisme et populiste sont devenus en URSS des mots suintant la haine que les tyrans vouent au peuple ; et comme ils étaient des mots de haine en URSS, ils le sont devenus tout naturellement en France, où sociologues, vigilants, intellos de tout poil ont avalisé, le doigt sur la couture du pantalon, l’oukase du Parti Communiste de l’Union soviétique.
Dans le Trésor de la langue française (1971-94) qui est aussi, hélas, le trésor de la langue des engagés, le populisme est par extension « tout mouvement, toute doctrine faisant appel exclusivement ou préférentiellement au peuple en tant qu’entité indifférenciée ». Cette entité indifférenciée n’est pas de la langue française, mais de la logorrhée idéologico-politique engagée et enragée. Pour en entendre le sens, il faut la décrypter. Tenir le peuple pour une « entité indifférenciée » n’est un mal que pour les marxistes. C’est que, dans indifférencié, les classes sont niées et que la lutte des classes est impossible avec une « entité » de ce type. Les exemples cités attestent que populisme est défini à partir de la détestable idée que les marxistes se font du peuple : « le populisme est dénoncé comme l’idéologie du « petit producteur » utopiste et réactionnaire ; il nie la lutte de classes et substitue au matérialisme historique et dialectique une sociologie subjectiviste ». Ce charabia est dans le Trésor de la Langue française, que ses auteurs transforment, dès que l’occasion s’en présente, en encyclopédie soviétique, c’est-à-dire en monument de la Bêtise à la gloire de la stupidité marxiste. Extrait d’un ouvrage intitulé Marxisme (1982), il est reproduit tel quel, sans rire ni ironie, ce qui fait de nos glorieux lexicographes nationaux, CNRS et tutti quanti, les perroquets de l’idéologie soviétique.
Aujourd’hui, en mars 2013, ceux qui sont accusés de populisme (donc de fascisme, de racisme, d’anticommunisme, de xénophobie, d’islamophobie, etc.) sont italiens. Or qu’observe-t-on ? Les élus du « Mouvement 5 étoiles » sont jeunes ; ils sont âgés en moyenne de 37 ans ; ils ont de dix à quinze ans de moins en moyenne que les élus du camarade PCI Bersani et du Commissaire politique Monti ; ils sont tous ou quasiment tous diplômés de l’enseignement supérieur (92% d’entre eux sont Bac + 5) ; près de 40% d’entre eux sont des femmes ; c’est leur premier mandat ; ils ont refusé de passer à la télé. Ces élus et ceux qui les ont élus sont jeunes, instruits, cultivés, majoritairement des femmes, « modernes » sur tous les plans ; et ce sont eux qui sont accusés, contre toute réalité, de « populisme ». L’accusation n’a aucun fondement : elle vaut les « fascistes » ou les « sales youpins » éructés par les communistes et les nazis (et inversement) de naguère. Populisme n’est plus que le « Vade retro Satanas » des nantis, assoiffés de pouvoir et d’argent, qui s’accrochent avec l’énergie des morts-de-faim à leurs rentes de situation.
14:55 Publié dans Mythologies communistes, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
03 mars 2013
Indignation
Surtout ne vous indignez pas, laissez cela au pape du vertuisme Hessel. Hessel mort, BHL fera l'affaire.
En latin comme en français, dès le XIIe siècle, ce mot (indignatio en latin) a le même sens, lequel n’a guère changé en huit siècles, comme en témoignent les articles du Dictionnaire de l’Académie française, de la première édition en 1694 (« colère que donne une chose injuste et indigne ») à la sixième en 1835 (« sentiment de colère et de mépris, qu’excite un outrage, une injustice criante, une action honteuse, etc. ») et à la neuvième (en cours de publication depuis 1994 : « sentiment de colère qui peut être mêlé de mépris, qu’excite une injustice criante, une action honteuse ou injurieuse, un spectacle ou un propos révoltant ») ; du Dictionnaire critique de la langue française (Féraud, 1788 : « l’ indignation est une colère que donne une chose indigne, injuste, contraire à la raison, à la vertu ») ; du Dictionnaire de la langue française (Littré, 1863-77 : « sentiment de colère et de mépris qu’excite une personne ou une chose indigne ») ; du Trésor de la langue française (1971-94 : « sentiment de colère et de révolte suscité par tout ce qui peut provoquer la réprobation et porter plus ou moins atteinte à la dignité de l’homme »), dans lequel apparaît une nouvelle notion, « dignité de l’homme », aussi vague qu’indigne ou indignité mais chargée de plus de moraline bonne nuit les petits suintant le progressisme progressiste.
C’est dans les anciens dictionnaires qu’est dévoilée la véritable nature de l’indignation. Qu’est-ce qu’une chose ou une personne indigne, sinon la chose ou la personne que l’indigné juge indigne, c’est-à-dire différente de lui ou de sa caste ou de sa classe sociale ou de sa race ? Pour qu’il y ait de l’indignation, il faut d’abord que soit distinguée une chose ou une personne, qu’elle soit isolée d’un ensemble, parce qu’elle est contraire ou hostile à tout ce que croit l’indigné ; ensuite celui-ci peut dénier à ce qu’il a étiqueté comme indigne le droit d’être ou d’exister ou de continuer à vivre ; en bref, le moteur de l’indignation ou ce qui en est le préalable, c’est, comme disent les consciencieux du social, gros ou petits, la stigmatisation. Le barrage ayant cédé, les flots d’indignation peuvent alors s’écouler.
Ce que fait l’indigné, c’est un départ entre le Mal (la chose ou la personne qu’il étiquette comme indigne) et le Bien, c’est-à-dire lui-même, ses valeurs ou ce qu’il croit être des valeurs, son clan, sa caste, sa race. L’indigné par excellence, c’est Savonarole, Khomeiny, Goebbels, Trotski, Lénine, Souslov, Mao, Pol Pot, Buffet, Besancenot, Royal… Il définit le Bien, il est le Bien, il commande l’armée du Bien. Furetière (Dictionnaire universel, 1690) dit explicitement que l’indignation est l’affaire des « gens de bien », mot qu’il écrit sans majuscule à l’initiale : « colère qu’ont les gens de bien contre l’injustice et les méchantes actions ». Mais de tous les anciens lexicographes, le plus lucide est Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) : « déplaisir qu’on ressent lorsqu’il arrive du bonheur à celui qui ne le mérite point ». Autrement dit, la source de l’indignation, c’est l’envie, le désir non satisfait, la jalousie ; en bref, les pires de sentiments humains.
Les spécialistes de rhétorique, qui connaissent les ressorts cachés du cœur humain, comme on disait au XVIIe siècle, et qui étaient spécialistes de la « posture », du masque, des vices cachés, de l’hypocrisie, etc. l’ont compris, qui ont isolé une « figure » du « discours », qu’ils nomment indignation et qu’ils définissent ainsi : « figure de rhétorique, par laquelle un orateur invective et s’écrie contre quelque action ou quelque personne indigne » (Furetière, op. cit.) et surtout : « les rhétoriciens appellent indignation une figure de rhétorique par laquelle l’orateur témoigne la colère qu’il a de quelque chose, exagère l’indignité de quelque chose » (Académie française, 1694), comme un cabotin de théâtre de boulevard, ajouterai-je.
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28 février 2013
Hessel
Le voyage en Indignistan d'Orimont Bolacre (J’y crois pas !, David Reinharc, 2011, 32 pages).
Orimont Bolacre a 31 ans ; Monsieur Hessel en a 93. Orimont Bolacre est tantôt chômeur, tantôt travailleur précaire, allant de petits boulots en petits boulots et de CDD en CDD ; Monsieur Hessel est retraité de la très haute fonction publique, nationale et internationale. Orimont Bolacre sait ce qu’est la nécessité ; Monsieur Hessel ne connaît que le superflu. Orimont Bolacre vit dans un petit deux-pièces d’un immeuble de « quartier suburbain » ; Monsieur Hessel, après avoir hanté les ors des palais de la République, jouit de ses rentes. Tout les oppose donc – et d’abord l’échelle sociale, l’un tout au sommet, l’autre tout en bas ; et pourtant l’un et l’autre s’indignent, le nanti de la façon dont va le monde où, pourtant, tout lui sourit, le travailleur des indignations du rentier du haut de l’échelle.
On sait – et il est sans doute utile de le rappeler – à quel point la posture « anciens combattants » et « héros de Verdun » a empoisonné la vie publique dans les années 1930, au point de faire du « Vainqueur de Verdun » le « Sauveur de la France », c’est-à-dire celui qui l’a conduite aux abîmes. Les anciens de la France libre auraient pu, ayant accédé au pouvoir en 1958, étaler leur vanité d’anciens combattants. Instruit par l’histoire et mû par de hautes ambitions, De Gaulle s’y est refusé, préférant la politique à la manipulation des esprits. Stéphane Hessel, 93 ans, n’a pas ces scrupules – et ceux qui le manipulent encore moins, car, sans une logistique capitaliste digne d’une armée en campagne, ce « tract payant » qu’est Indignez-vous n’aurait jamais été tiré en quelques jours à des centaines de milliers d’exemplaires, traduit dans cinq ou six langues – ou plus encore -, déposé en des centaines d’exemplaires dans tous les points de vente de France (et même du monde où l’on parle le français), sans la moindre rupture de stock.
Que répondre à Hessel ? Et fallait-il répondre à la campagne de désinformation à laquelle il sert, la bonne conscience repue, de caution ? Par des haussements d’épaules ? Par un ricanement à la Muray : « sois rebelle et tais-toi » ou « laisse tinter le tiroir-caisse » ? Par une argumentation serrée ? Mais que peut-on arguer à une émotion larmoyante de grenouilles de mosquée ? Orimont Bolacre a opté pour une solution élégante, ne serait-ce que par respect pour le très grand âge : faire semblant de prendre au sérieux ces indignations et les confronter à la réalité des choses. C’est de la naïveté à la Candide ou de l’ironie à la Socrate, mais le résultat est désopilant – et dévastateur pour les innombrables marionnettistes qui font s’agiter le rentier.
Orimont Bolacre a perdu la journée où il a lu Indignez-vous en démarches à la caisse de Sécurité sociale de sa ville, à la C.A.F. et au Pôle emploi : formulaires à remplir, attestations à demander, pièces justificatives à montrer, files d’attente, etc. Nulle part dans ces lieux il n’a vu les populations étrangères refoulées, persécutées par la police, interdites de guichets, etc. comme l’affirme Hessel l’indigné : au contraire, partout, dans les bureaux de la Sécurité sociale, de la C.A.F., du Pôle emploi, elles viennent en très grand nombre jouir des droits que la République accorde à tous, qu’ils soient français ou étrangers, sans discrimination. Monsieur Hessel s’indigne aussi que la presse et les médias soient aux mains des nantis – ce qui indigne à juste titre Orimont Bolacre, car, dans la presse qu’il lit et dans les médias, radio ou télévision, qu’il écoute et regarde, il n’entend à chaque instant que les mêmes discours de nantis, ceux-là mêmes que tiennent Hessel l’indigné et tous ceux qui s’indignent de conserve avec lui, au point que les Français sont devenus dans leur for intérieur des traducteurs, habitués à transposer dans un français clair la langue de béton (« jeunes », « quartiers populaires, » « zones sensibles », « cités en difficulté », etc.) par laquelle les indignés à la Hessel cachent aux Français la réalité du monde. Monsieur Hessel s’indigne de l’existence d’une circulaire sur l’Education signée en 2008, mais jamais il ne s’indigne, lui qui a bénéficié dans sa jeunesse d’un enseignement d’excellence, de la disparition de tout enseignement digne de ce nom dans les écoles, collèges et lycées, cela sous la houlette de son pote Jospin et de ses potes socialos et gauchistes – enseignement dont n’a pas pu bénéficier Orimont Bolacre, qui s’en indigne à juste titre. Monsieur Hessel, né à Berlin, de parents allemands, s’indigne que l’Etat juif d’Israël mène une politique agressive, violente, fasciste ou même raciste à l’encontre de ses voisins. Ce qui indigne Orimont Bolacre, c’est l’israélophobie de Monsieur Hessel, une obsession anti-israélienne qui se double d’un silence assourdissant sur les dictatures qui mettent aux fers les peuples voisins d’Israël. Un Ambassadeur de France n’aurait-il aucune information sur les violations systématiques des droits de l’homme en Syrie, en Arabie, en Egypte, en Libye, en Tunisie, en Algérie – violations qui ne suscitent chez lui ni ire, ni réprobation, ni condamnation ? Il n’y a pas deux poids et deux mesures, mais un poids unique et pas de mesure du tout. Hessel fait dans l’outrance mensongère : plus la charge est lourde, plus il est béat.
L’éditeur de Monsieur Hessel a trouvé dans l’indignation un filon qui va rapporter gros. Cet éditeur, dont la maison de commerce est à l’enseigne des Editions Indigène, est un vieux cheval de retour. Militant stalinien (comprendre « communiste »), puis maoïste (comprendre « hyper stalinien ») dans les années 1960, pote à l’inénarrable Sartre, il a fait, non pas dans la négation, mais dans l’apologie du crime contre l’humanité : quatre-vingt dix millions (au minimum) de morts, quatre génocides, des massacres à la pelle, l’esclavage rétabli, des délires racistes, ce qu’il essaie d’oublier par l’indigénisme. Lui et sa femme ne jurent plus qu’aborigènes, autochtones, indigènes, cultures en voie de disparition, Tibet, peuples exotiques et lointains : c’est leur nouvelle raison sociale. Hessel est né à Berlin, de parents allemands, de grands-parents allemands. En France, il est tout, sauf un indigène, toujours du bon côté du manche et toujours prompt à défendre les droits des colons contre les indigènes qu’il condamne au silence et couvre de honte. L’indigène Orimont Bolacre a eu au moins le courage de lui répondre.
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22 février 2013
Carence
Ce nom est emprunté au « bas » latin ou au latin tardif carentia, signifiant « privation » ou « indigence » et dérivé du verbe carere, « manquer de quelque chose ». Il est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française à compter de 1798 comme un « terme de pratique », c’est-à-dire de droit ou de jurisprudence. L’emploi qui en est fait ou en serait fait alors se limite au « syntagme » procès-verbal de carence : « procès-verbal qui constate qu’un défunt n’a laissé aucun bien » (1835, 1879). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) élargit le procès-verbal de carence aux constats d’huissier : « procès-verbal qui constate qu’un défunt n’a rien laissé ou qu’un débiteur est sans ressources ». En 1935, les académiciens notent, comme Littré, que le mot est employé en dehors de ce seul syntagme : « absence totale ou presque totale d’effets mobiliers dans une succession ou de meubles dans une saisie d’huissier » et « par extension, (le mot) désigne l’insolvabilité d’un débiteur ».
C’est dans la langue moderne que ce terme de droit, prenant le sens général de « manque », « insuffisance », « absence », s’étend à d’autres réalités que les procès-verbaux de notaire ou d’huissier : à l’éducation (« les incroyables carences d’éducation dont souffrent certains parmi ceux qui entrent dans nos facultés ? », 1966), à l’armée (les carences du commandement), aux devoirs (les carences d’une institution), à la médecine (carence de vitamines), à la psychologie (carence affective, maternelle, familiale) et surtout à la législation sociale, comme l’indiquent les lexicographes du Trésor de la langue française (1971-94) : « délai de carence (à l’occasion d’une interruption ou d’un arrêt de travail), délai pendant lequel le travailleur salarié ne perçoit pas les indemnités normalement servies par les assurances sociales ».
Cet emploi « hypermoderne », que les ministres de la Restauration socialiste ont remis au goût du jour, n’est pas relevé dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Pour les académiciens, il existe, pour carence, un emploi propre au droit (« absence de biens meubles saisissables lors d’une saisie d’huissier ou d’un inventaire »), à la morale et aux devoirs (« le fait pour une personne, un organisme, une autorité, de ne pas remplir ses devoirs, de manquer à ses obligations »), à la psychologie (« insuffisance de la présence morale des parents au cours de l’éducation d’un enfant »), à la pathologie (« insuffisance ou absence de certains éléments indispensables à la nutrition, au développement ou à la survie de l’organisme »). Que de carences ou les carences sont partout !, pourrait-on conclure, ce qui est fort paradoxal dans une société d’hyperconsommation et de surabondance. C’est au moment où les Français ne manquent de rien qu’ils font un usage étendu et quasiment illimité du mot carence, employé au pluriel, sans doute pour exagérer les manques et faire passer ceux qui se plaignent pour des victimes.
C’est d’ailleurs ce que les « nantis » de France, à savoir les fonctionnaires, ont réussi à faire accroire à leurs ministres fonctionnaires ou à leurs fonctionnaires de ministres. Entre fonctionnaires et socialistes de surcroît, il est facile de gober ou de faire gober les mêmes fables. Supprimer le (seul) jour de carence, c’est favoriser la croissance illimitée de l’absentéisme, donner le coup de grâce aux finances publiques qui sont à l’article de la mort et bien entendu discréditer la politique : tout pour les copains et les crétins. La vicomtesse Lebranchu, de la bannière socialiste des Côtes-du-Nord, a été maoïste quand elle avait vingt ans ou plus : elle sait comment conduire un pays jusqu’au fond de l’abîme. Les fonctionnaires croient dur comme fer qu’ils seront préservés de la catastrophe, sans doute par un tour de magie. Les naïfs, ils ne comprennent pas qu’ils creusent leur propre tombe et celles de leurs enfants à qui, comme les défunts sans le sou ou comme les faillis sans ressource, ils ne laisseront rien. Alors le procès-verbal de la France en carence, c’est-à-dire en faillite, dans le sens que le mot avait au XIXe siècle selon Littré, pourra être dressé.
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16 février 2013
Abrutis !
Abrutis ! Voilà un mot qui, prononcé à l’Assemblée nationale (sise dans l’ancien palais de ces ducs de Bourbon qui ont appris la politesse et à la courtoisie à la France – leçons dont M. le baron Bartolone, de la noblesse d’empire, a été apparemment privé), du « perchoir » et par le président en personne de cette assemblée d’élite, résonne comme un programme politique et peut servir d’emblème ou même d’étendard (« nous sommes tous des abrutis, première, deuxième, troisième génération ! ») au camp de celui qui le profère. En bref, il est, comme on dit, emblématique.
Le mot, adjectif ou nom, est une forme (le « participe », dit « passé) du verbe abrutir, attesté au XVIe siècle et qui, dès qu’il entre dans la langue française, en concurrence avec abêtir d’abord, a le sens que lui donne sa formation (il est dérivé de brute) : « rendre (quelqu’un) comme une bête brute » ou "rendre stupide comme une bête brute" (Dictionnaire de l’Académie, de 1694 à 1935). Les causes de l’abrutissement sont l’alcool, le vin pris avec excès, le bruit, une chaleur très forte, une émotion violente, l’excès de travail, les sévices, la propagande, etc. Si l’on choisit le baron Bartolone, ce sous-orateur de cabaret, comme sujet d’observation, c’est la politique ou la passion partisane ou l’esprit militant qui rabaisse l’homme au rang de la bête stupide. Evidemment, les lexicographes actuels affinent la définition de ce verbe qui leur paraît, à juste titre peut-être, trop brute. C’est « diminuer les qualités physiques, intellectuelles ou morales de quelqu’un » ou « s’abaisser jusqu’à ressembler à une bête par le visage, par un amoindrissement important de son activité intellectuelle, de ses qualités morales » ou même « diminuer par un effort excessif ou mécanique sa valeur humaine et notamment intellectuelle » (Trésor de la langue française, 1971-94) et c’est « amoindrir les facultés intellectuelles », « rendre incapable de réflexion personnelle, abêtir » ou même « fatiguer, étourdir » (Dictionnaire de l’Académie, neuvième édition, en cours depuis 1994).
L’adjectif et le nom abruti (e, s, es) sont d’un usage fréquent depuis le XIXe siècle et toujours dépréciatifs. Ce sont des injures « modernes ». Injures ? N’exagérons rien. Dans la bouche de M. le baron Bartolone, abrutis n’est pas une injure, mais un miroir. C’est de lui-même et de ses gentils camarades qu’il parle. Les Français traités d’abrutis par cet individu devraient être flattés de constater qu’ils obligent par leur seule présence la Bête stupide (ou immonde ?) à sortir de sa tanière et à se montrer au grand jour. L’abrutissement ne suffit pas, il faut aussi que le monde entier soit informé de cet état.
08:10 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
11 février 2013
Dégager
Le verbe dégager employé à la deuxième personne du singulier de l’impératif, « dégage ! », est devenu le nec plus ultra de la pensée politique « engagée » (dégager va de soi quand on est engagé) ou le slogan préféré des musulmans et des gauchistes ou, pour faire court, des islamo-gauchistes. C’est l’injonction comminatoire adressée à la France par des fous furieux : « la France, dégage » ou « Hollande dégage » (du Mali ou de Tunisie) ou adressée par les gauchistes français ou par les musulmans français à l’encontre du juif et fils d’immigré Sarkozy « Sarko dégage ». C’est aussi le slogan qui s’est répandu comme la peste à Tunis, au Caire, en Lybie ou en Syrie lors des prétendues révolutions « arabes » ou pendant le cosidetto « printemps arabe ». De printemps, il n’y a pas eu, non plus que de révolution, mais il en est resté le slogan répété par les foules atteintes de psittacisme, que ce soit en France, en Europe, au Proche-Orient ou en Afrique. Voilà un verbe devenu mot d’ordre politique en arabe et qui connaît un destin hors du commun, ce qui en rend nécessaire l’examen.
Rien ne prédisposait ce verbe à devenir un slogan politique et encore moins à entrer dans la langue arabe, cette langue qui est supérieure, de milliers de coudées, à toutes les langues qui existent, qui ont existé ou qui existeront sur la Terre, parce que c’est la langue d’Allah en personne et de son messager « chair et os ».
Ce verbe est attesté au XIIe siècle et le premier sens dans lequel il est employé est celui de sa formation : dérivé du nom gage, il signifie « retirer ce qui était en gage » (chez l’usurier ou au Mont de Piété ou au Crédit Municipal). « Retirer ce qu’on avait engagé » (une terre, des pierreries, un manteau), écrivent les académiciens (1694), et « retirer ce qui était engagé, ce qui avait été donné en hypothèque, en nantissement, en gage » (de 1762 à 1935 et à la neuvième édition, en cours de publication). D’autres lexicographes reprennent cette définition : Littré en 1863-77, les linguistes du Trésor de la langue française (1971-94), lesquels notent cependant qu’entendu ainsi, dégager est ou serait « vieilli ». Ce qui ne laisse pas d’étonner, c’est l’ampleur de l’éventail des sens de ce verbe dans la langue moderne. Il est en usage en chimie, en mathématiques, en météorologie, dans les finances, dans des sens figurés (dégager sa parole, dégager un soldat : « ne plus payer ses gages, le congédier »), en médecine, dans le vocabulaire de l’escrime et de la danse, et même du vêtement… En bref, c’est un feu d’artifice. Pourtant, aucun des lexicographes cités ne relève l’emploi injonctif et absolu (sans complément) de ce verbe dans le vocabulaire de la politique, sinon les linguistes du TLF, qui expriment volontiers leur fierté d’avoir conçu un dictionnaire « exhaustif », qu’ils ont nommé, pour cela, trésor, et qui se targuent de cet anticonformisme qui leur fait accepter tous les emplois, même les plus récents ou les plus bizarres, mais qui citent cet emploi dans une « remarque ». « En emploi absolu et à l’impératif, le verbe est fréquent en langue populaire ». Et de citer un extrait du Feu (1916) de Barbusse : « Dégagez, vous autres ! Ben quoi, dégagez, que j’vous dis ! (...) Allons, oust, la fuite ! J’veux plus vous voir dans le passage, hé ! ».
L’exposé des académiciens (neuvième édition, en cours) est sans doute plus complet. Cet emploi injonctif dépend du sens « faire qu’une chose ne soit plus obstruée, encombrée, dissimulée, etc. ». On dégage un couloir, un passage, une porte, un monument, la voie (ferrée) ; et, dans la langue populaire, qui n’est pas nécessairement celle du peuple, mais qui peut être, comme elle l’est aujourd’hui en France, celle des nantis et des élites : « dégager les lieux ou, elliptiquement, dégager, vider les lieux, s’en aller ». C’est désormais dans ce sens que le verbe « dégage » est en usage en arabe :
دﺟاج
Sans doute faudrait-il écrire le premier ﺟ avec trois points souscrits, au lieu d’un seul. Peu importe d’ailleurs. Le fait essentiel est l’appropriation par les arabes de cette injonction (ce qui prouve la profondeur de leur pensée politique et la grandeur de leurs ambitions), qui est devenue l’alpha et l’oméga de l’imaginaire politique de la Tunisie, de l’Egypte, de la Libye, de la Syrie et bientôt du Maroc, de l’Algérie, de l’Arabie, du Qatar ? A moins qu’elle ne devienne, comme elle semble y être destinée, l’horizon unique des quartiers, cités ou autres banlieues (à qui est adressée l’injonction ? A ceux à qui elle est proférée ou à ceux qui la profèrent ?), et même des partis politiques extrémistes, du type NPA ou PdG ou SFIC ou PC, qui s’empressent tous de répéter l’injonction, comme les valets répètent les ordres de leurs maîtres.
14:54 Publié dans Mythologies communistes, Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, tunisie
06 février 2013
Procréation, Assistance, Médecine
Dans le syntagme figé « procréation médicale (ou médicalement ?) assistée », tous les vocables font difficulté.
Dans le Dictionnaire critique de langue française (1788), Féraud remarque au sujet de procréation et de procréer, qui signifient « génération » et « engendrer », que ces deux mots « ne se disent sérieusement qu’en style de pratique » (ce sont des termes en usage au Palais (de justice) dans les procès) et que « hors de là, on ne peut s’en servir qu’en plaisantant ». Avec la procréation des socialos, il est évidemment hors de question de plaisanter : ce serait un crime de lèse-majesté. Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-74), la procréation, terme de jurisprudence, « est la génération des enfants ; c’est un acte qui est du droit naturel et qui est commun aux hommes avec tous les autres animaux ». Les socialos, écolos et autres gauchos veulent faire basculer ce terme du « droit naturel » vers l’artifice, c’est-à-dire la négation du droit, sous le prétexte que la procréation peut être effectuée par la technique médicale. Pendant huit siècles, puisque procréation est attesté au début du XIIIe siècle, en 1213 justement, le mot a signifié « génération » ou « action de procréer » - rien d’autre – et la chose était de la seule responsabilité d’un homme et d’une femme, qui n’avaient pas besoin d’un médecin manieur d’éprouvette pour faire cela. La seule question soulevée était celle des limites à mettre à la procréation, étant entendu qu’il n’était pas du destin des femmes de mettre au monde vingt enfants en vingt ans. Mais, apparemment, cela est en train de changer. Le syntagme figé procréation médicalement assistée est enregistré dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994).
En latin, il n’est pas d’équivalent du nom assistance, mais seulement le verbe adsistere, qui a deux sens : « se placer auprès de quelqu’un, s’arrêter auprès de quelqu’un » ou « s’arrêter en se tenant droit, se tenir debout ». Le sens moderne « venir en aide à quelqu’un » n’est pas exprimé par l’équivalent du verbe latin assistere. En 1680, pour Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses), l’assistance est ou bien une « assemblée de personnes qui sont présentes à une action publique » ou bien une « aide », un « secours » ; assister, c’est « être présent, être spectateur de quelque chose, se trouver en un lieu » et c’est aussi « aider, secourir ». De même, Furetière (1690, Dictionnaire universel) : « prêter secours à quelqu’un » et « être présent ». Ce sens, ainsi que le nom assistentia, sont propres à la langue latine de la chrétienté. Saint Augustin emploie assistentia au sens d’« aide ». Autrement dit, assister dans le sens d’aider et assistance dans le sens d’aide sont deux mots chrétiens ; et depuis un siècle ou plus, ces mots sont dévoyés, dans la procréation assistée par exemple. Le monde est plein d'idées chrétiennes devenues folles, disait un sage : encore une. Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-1877) note que le nom assistance s’étend à tout ce qui est social ou y ressemble : « assistance publique, ensemble de l’administration et des établissements qui viennent au secours des malades et des nécessiteux ». Le sens social se développe au XXe siècle, grand siècle de la religion sociale. Dans la huitième édition (1932-35) du Dictionnaire de l’Académie française, il est relevé les emplois suivants : œuvres d’assistance, assistance judiciaire, assistance privée (ou « secours de tout genre donné par les sociétés particulières »). Le développement du sens social entraîne la lente disparition du vieux sens de « présence », mentionné comme rare ou vieilli dans le Trésor de la Langue française (1971-94). Même le sens ancien attesté au XVe siècle, « action d’aider quelqu’un dans ses fonctions », a vieilli, au profit du sens, « action de secourir quelqu’un », propre à la législation sociale. Ainsi, chez Jaurès : « les dépenses vraiment communes et humaines, dépenses pour les travaux publics, pour l’instruction à tous ses degrés, pour l’assistance et l’assurance sociales, ne représentent encore qu’une faible fraction des budgets d’Etat ». En un siècle, tout ce dont Jaurès notait l’absence est devenu présence massive : la « fraction des budgets d’Etat » est presque le tout ; le social qui était réduit à la part congrue est devenu l’essentiel : assistance éducative, judiciaire, médicale gratuite, psychiatrique, publique, et même dans le domaine international : assistance technique des Nations Unies, internationale, nucléaire, maritime. Même les sociétés d’assurance vendent de l’assistance aux personnes dans le monde entier. En un siècle donc, le mot a été accaparé par les juristes et autres spécialistes du social et la chose qu’il désigne fait la seule activité des « acteurs sociaux ». Même la procréation relève de l’assistance et même la médecine. Naguère, il était entendu que le but de la médecine était de soigner les malades ; aujourd’hui, c’est à elle qu’il incombe d’offrir du confort ou de satisfaire des envies puériles.
Voilà qui donne une image fidèle de l’ordre nouveau de la France ou, comme on voudra, des rets dans lesquels, peu à peu, elle agonise.
19:53 Publié dans Chroniques de la Restauration, Récits, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
02 février 2013
Gestation
En latin, le nom gestatio, dont a été emprunté au XVIe siècle gestation, est dérivé du verbe gestare, qui signifie, entre autres sens, « porter çà et là », « porter sur soi », « transporter » et « se faire porter en litière ». Ce nom latin désigne l’action de porter ou la promenade en litière ou en voiture. C’est dans ce dernier sens qu’il survit dans la langue de l’ancienne médecine de la Renaissance sous la forme gestation : « sorte d’exercice propre à stimuler les forces ». Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot, 1751-72), ce terme de « gymnastique médicale » est défini ainsi : « sorte d’exercice d’usage chez les Romains pour le rétablissement de la santé ; il consistait à se faire porter en litière, en chaise, ou à se faire traîner rapidement, soit dans un charriot, soit dans un bateau sur l’eau, ainsi de donner au corps du mouvement et de la secousse ». Les médecins anciens, comme Celse, ont prescrit cet exercice pour traiter les « maladies chroniques ». Les encyclopédistes ajoutent (c’est très sérieux, ils ne plaisantent pas !) : « nos médecins modernes recommandent aussi la gestation dans des voitures un peu rudes, et non pas dans celles qui mollement suspendues indiquent des sybarites dans une nation guerrière : toute gestation où l’on se sent à peine mouvoir ne peut produire aucun effet ». A Rome, les malades y préféraient la « promenade à pied » ou la promenade d’après-dîner.
C’est ainsi que les auteurs de dictionnaires définissent la gestation : « sorte d’exercice en usage chez les Romains pour le rétablissement de la santé ; il consistait à se faire porter en chaise ou en litière, à se faire traîner rapidement dans un chariot ou dans un bateau, afin de donner au corps du mouvement et de la secousse » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798, Littré 1863-77). C’est Féraud (in Dictionnaire critique de la langue française, 1788) qui le premier indique le sens moderne, qui concurrence le sens ancien : « grossesse des animaux ». Féraud précise : « Pour les femmes, on dit grossesse ». A partir de 1835, les académiciens enregistrent le sens moderne : « état d'une femelle qui porte son fruit et le temps que dure cet état » (la femelle pouvant être une femme : la gestation de la femme est de neuf mois), tandis que le sens ancien disparaît peu à peu. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) fait de gestation un « terme d’histoire naturelle » : c’est « l’état des femelles des mammifères qui ont conçu ; durée de cet état », sans préciser si cet état se dit aussi des femmes. En 1932-35, les académiciens franchissent le pas et incluent les êtres humains dans la gestation : « état d’une femme enceinte, d’une femelle qui porte son fruit, et le temps que dure cet état » (Dictionnaire de l’Académie française). C’est aussi ce qu’en disent les auteurs de dictionnaires actuels, le Trésor de la langue française : « activité physiologique ou état d’une femelle vivipare à partir du moment où elle est enceinte jusqu’à l’accouchement » (synonyme (en parlant d’une femme) grossesse) et l’Académie (neuvième édition, en cours de publication) : « (physiologie) état d’une femme enceinte ou d’une femelle vivipare gravide ; le temps que dure cet état, entre la conception et la naissance ».
La grande affaire des petits amis et très riches marquis de M. de Hollande et de son gouvernement, c’est la cosidetta « gestation pour autrui ». Une femme, car seule une femme peut le faire, les hommes n’en sont pas (encore) capables (mais cela ne saurait tarder, si M. de Hollande y fait travailler ses juristes et communicants), porte l’embryon d’une autre femme et donne naissance à l’enfant de cette autre. La première, dite « mère porteuse », généralement très pauvre, compte sur son ventre pour ne pas mourir de faim ; la seconde, qui ne porte pas encore de nom (mère par procuration, par substitution, par transaction ?), généralement très riche, y trouve le confort. Comme les anciens très riches et très décadents Romains, elle paie (sans doute mal) des porteuses qui la promènent en litière. Remake des reines fainéantes des vieux livres d’histoire. Tout cela pue le fric, le fric, le fric. On rétablit l’esclavage pour le confort de quelques-uns et –(z)unes, tou(te)s LGTB, (non ?) « gendré(e)s », tou(te)s fervent(e)s admirateur(trice)s des milliardaires PB ou autres. Ces très riches marquis sont « de gauche » ou se disent « de gauche » ; ils sont progressistes à tout crin ; ils achètent des corps pour assouvir des désirs enfantins, mais la baronne Taubira du Moroni, Dame Duflot et le sieur Ayrault de Saint-Herblain les approuvent, les soutiennent, les financent sans doute. Les enfants pour soi nés à la suite d’une gestation lucrative à l’étranger seront même automatiquement français, a décidé la Baronne. Qu’en pensent ses amis guyanais ? La gestation, c’est, mais pas pour tous, la promenade de santé en litière tandis que le « travail » est fait par les malheureuses du tiers-monde qui ont besoin de quelques centimes d’euros pour nourrir leurs enfants et qui sont soudain réduites au statut de femelles. Et tous ces marchandages plus immondes que la Bête du même nom n’existent que pour satisfaire les caprices des homos et des homos(es) !
13:18 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
26 janvier 2013
Otage
Dans la langue française, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le mot otage n’a jamais désigné les actes barbares que sont aujourd’hui les prises d’otage ou le sort indigne qui est réservé aux otages. Il est dérivé du nom « hôte » et il a désigné d’abord une maison ou une demeure où était accueilli un hôte. Au XIesiècle, prendre en ostage quelqu’un, c’était l’héberger. L’otage n’était donc pas chez lui, mais chez autrui, celui qui lui offrait l’hospitalité et l’accueillait pour garantir l’exécution d’une promesse ou d’un engagement ou d’un traité. C’est ainsi qu’il est défini dans le Dictionnaire de l’Académie française, dès la première édition de 1694 : « Gage qu’on donne pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention » (exemple : « on a donné six seigneurs en otage ») et le mot « se prend aussi pour les personnes qu’on met en otage ». Dans l’édition de 1762, la définition est plus claire. Un otage est « la personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc. remet à ceux avec qui il traite, pour la sureté de l’exécution d’un traité, d’une convention ». Les académiciens ajoutent : « il ne se dit proprement qu’en parlant d’affaires d’État ». Autrement dit un otage n’est jamais retenu contre son gré ; il est toujours volontaire ; il atteste par sa bonne volonté que les engagements pris par son camp seront tenus au iota près. Il sert donc de garantie au respect de la parole donnée ou des engagements pris. Dans L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72), le terme otage relève du « droit politique » et le sens qui y est donné est celui que l’on peut lire dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française : « un otage est un gage de la sureté d’une convention ; l’on joint quelquefois aux traités de paix, pour sureté de leur exécution, des otages, des gages ou des garants. Les otages sont de plusieurs sortes, car ou ils se donnent eux-mêmes volontairement, ou c’est par ordre de leur souverain, ou bien ils sont pris de force par l’ennemi… »
Le sens moderne, à savoir « personne que l’on arrête et détient comme gage pour obtenir ce que l’on exige », commence à être attesté dans un mélodrame de La Martelière qui a été joué pendant la Terreur. Les événements politiques d’alors (massacres dans les prisons, génocide en Vendée, exécutions pour simple divergence d’opinion, etc.) ont sans doute favorisé l’apparition de ces actes immondes, comme l’atteste cet emploi, cité par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-72) : « loi des otages, loi rendue sous le Directoire et en vertu de laquelle les parents des émigrés étaient responsables de la fuite et des complots de ceux-ci ». Pourtant, les auteurs de dictionnaires, pendant tout le XIXe siècle, n’ont pas jugé bon d’enregistrer ce sens. Ils ont préféré s’en tenir à la définition « chevaleresque » de l’otage : « la personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc., remet à ceux avec qui il traite ou qu’il exige qu’on lui remette, pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention » (DAF, 1835) et « sûreté qu’on donne à des ennemis ou à des alliés, pour l’exécution de quelque promesse, en remettant entre leurs mains une ou plusieurs personnes » (Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77).
Il faut attendre le XXe siècle, ce sinistre siècle des ténèbres, pour que soit glosé le sens moderne : dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) : « il se dit encore de personnes que l’on arrête et que l’on détient, comme une sorte de gage, pour obtenir ou pour arracher ce que l’on exige », dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « personne dont on s’est emparé et qui est utilisée comme moyen de pression, de chantage ».
Il suffit de comparer la définition de la neuvième édition du DAF (en cours de publication depuis 1994) : « personne, choisie en général arbitrairement, que des individus détiennent de force et menacent de tuer, pour contraindre une collectivité, un État à céder à leurs exigences », laquelle décrit parfaitement ce que font musulmans, islamistes, djihadistes, etc. partout où ils sévissent, à celle de la quatrième édition de 1762 : « personne qu’un général, un prince, un gouverneur de place, etc. remet à ceux avec qui il traite, pour la sûreté de l’exécution d’un traité, d’une convention », pour prendre conscience que, dans ces affaires-là comme dans tant d’autres, la civilisation, dont les modernes sont si fiers, a surtout régressé et que le progrès s’est fait sans doute, mais vers la barbarie.
09:32 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, islam, france
24 janvier 2013
Consistant
Oui, M. de Hollande a déclaré, il y a quelques jours, à propos de la cosidetta « manif pour tous » du dimanche 13 janvier, qu’elle était « consistante ». Oui, consistante. M. de Hollande parle le français de M. Prudhomme ou de M. Perrichon, mais on ignorait qu’il le parlait aussi mal ou, pour employer ses mots, de façon aussi peu consistante.
Consistant est attesté comme adjectif au XVIe siècle, mais l’emploi premier qui en est fait, comme forme du verbe consister, est antérieur. Dans les quatre premières éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de 1694 à 1762, il n’est même pas défini (dans les éditions ultérieures, le sens en est paraphrasé par « qui consiste ») mais seulement illustré par ce même exemple, répété jusqu’en 1835 : « une terre consistante en bois, en terres labourables, prés, etc. ». A la fin du XVIIIe siècle, est relevée l’esquisse du sens moderne de consistant, sens qui est propre d’abord aux sciences physiques d’alors (quelque peu balbutiantes, à dire vrai) : « en physique, il signifie qui a quelque degré de solidité » (1798, 1835).
C’est Littré qui, le premier semble-t-il, donne à la définition de cet adjectif un peu de consistance : « qui a de la consistance » (un système consistant, un homme consistant), « qui a une certaine cohésion » (les corps consistants, des sirops consistants), « qui consiste en, qui est composé de » (un domaine consistant en bois, terres labourables, etc., une escadre consistant en vingt vaisseaux) (Dictionnaire de la langue française, 1863-77).
Les divers synonymes que proposent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) sont, se rapportant à des choses (sol ou terrain), compact, dur, ferme, solide ; à des liquides (gelée, graisse, huile, pâte, bouillie), épais, pâteux, visqueux ; à des repas ou au petit déjeuner, abondant, copieux, important, solide ; à quelque chose d’abstrait (apparence, image, caractère, plaisir) ferme, résistant, solide, stable. Aucun des emplois de cet adjectif ne se rapporte à des personnes qui se rassemblent pour défendre une opinion.
Ou bien, M. de Hollande est un grand logothète, capable d’inventer de nouveaux mots ou de nouveaux emplois, auquel cas, il mérite d’entrer au Panthéon des Grands Hommes ; ou bien, il connaît admirablement bien le français. En français classique et dans la langue de la religion, les consistants étaient des « pénitents qui, chez les premiers chrétiens, assistaient aux mystères sans pouvoir communier » (Littré, op. cit.) – définition qui pourrait assez bien s’ajuster aux personnes qui protestaient contre le mariage homo. Mais il suffit d’écouter M. de Hollande, orateur médiocre, bien en-dessous de M. Prudhomme, pour se convaincre que ces deux hypothèses (logothète ou grand connaisseur de la langue) forment un costume bien trop grand pour M. de Hollande. On s’en tiendra au premier constat : il parle comme un pied.
10:10 Publié dans Chroniques de la Restauration, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
14 janvier 2013
Homo
Homo est, disent les linguistes, un morphème qui sert à former d’autres morphèmes, adjectifs, noms, verbes, tels homogénéiser, homothétique, homogamie, etc. mais qui, à la différence des noms, verbes, adjectifs qu’il contribue à former, n’est pas autonome et ne peut donc pas être employé seul. S’il l’est, comme adjectif ou nom, comme dans « le mariage homo » ou « les homos ont décidé que… », c’est qu’il n’est plus un « élément formant », ni un morphème autonome, mais un adjectif ou un nom.
Jusque là, pas de difficulté. L’intérêt de ce morphème non autonome est le sens qu’il a aussi bien en français qu’en grec. Homo, en grec et en français, signifie « semblable », « même », « pareil ». C’est une façon de désigner l’identité, non pas au sens d’ipséité, mais au sens de mêmeté. Etre homosexuel(le), c’est préférer le même, le pareil, l’identité, celui ou celle qui est du même sexe que soi, comme d’autres préfèrent leurs frères à leurs cousins, leurs cousins à leurs voisins, leurs voisins à ceux qu’ils ne connaissent pas, ceux qu’ils ne connaissent pas, mais qui sont leurs compatriotes, aux étrangers et, pour couronner le tout, s’ils sont aryens ou musulmans, les aryens aux juifs ou les musulmans aux mécréants…
Il n’est rien de plus banal, ni de plus commun dans le monde. C’est même la grande loi qui régit l’humanité.
Même les bien pensants qui larmoient au quotidien Le Monde, même, et surtout devrais-je écrire, les hiérarques socialos ou écolos ou encore les activistes qui avancent à la sauce raciste préfèrent un membre de leur famille à un étranger et, s’ils exercent un semblant de pouvoir, ils sont prêts à prodiguer avantages, passe-droits, sinécures, privilèges aux leurs au détriment des autres et des étrangers. M. de Hollande procède ainsi, comme n’importe quel tyranneau arabe. Il se plie à la grande loi – ce en quoi il fait preuve d’intelligence, puisqu’il sait y adapter ses décisions.
Le problème, car il y en a un, est que ces militants de l’homo – du pareil, de l’identique, du même – et de la préférence accordée au même sont aussi ceux qui dispensent au monde entier de belles leçons sur l’Autre (qu’ils écrivent avec un A majuscule), sur l’urgente nécessité de s’ouvrir à l’Autre, d’accueillir l’Autre, de se faire Autre. Pure comédie, habituelle tartufferie, simulacre de pantomime, direz-vous. J’en conviens. Le fait est, incontestable, que la différence majeure dans l’humanité, celle qui est la plus malaisée à affronter et à accepter, est la différence sexuelle. La grandeur est de la préserver, pas de la nier ou de la haïr. Or les promoteurs de l’homo, du mariage homo, de l’homophilie et de l’homogamie, etc. haïssent l’Autre, l’hétéro, la différence. Ils sont altérophobes et hétérophobes ; ils ne sont que cela. Ils ne comprennent même pas ce qu’ils font, ni qui ils sont.
19:50 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Récits, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
11 janvier 2013
Utopie
En 1516, a été publié un ouvrage dans lequel est décrite une île imaginaire régie par des règles qui alors ont paru idéales ou proches de l’idéal. L’auteur en est Thomas More et le titre Utopia, du nom éloquent que More a fabriqué pour désigner cette île et le système qui la caractérisait. Dans le Complément au DAF (1842), le terme est mentionné comme relevant de la philosophie et il lui est donné une origine inexacte : « Pays supposé par Rabelais ; c’était le royaume de Gargantua. Selon les commentateurs, Rabelais aurait eu en vue le royaume de Navarre, alors presque entièrement envahi par le roi d’Espagne ». En fait, Rabelais, en 1532, emprunte ce mot et la chose à Thomas More : il n’en est pas l’inventeur. Pour de bons humanistes du XVIe siècle connaissant le grec, ce nom était transparent. Ils y ont reconnu le nom grec topos, qui signifie « région » ou « lieu », et le mot de sens négatif « ou ». Autrement dit, ce que dit ce nom du pays qu’il désigne, c’est que ce pays n’existe pas : c’est un non lieu, un lieu de nulle part, une pure fiction. Pourtant, il est des philologues qui ont pensé que la première syllabe « u » n’était pas de sens négatif, mais qu’elle représentait l’adjectif « eu », que l’on trouve dans « euphorie », « Eugène » ou « euphonie » et qui signifie « agréable ». L’utopie, étymologiquement, ne serait pas un non lieu, mais un lieu agréable. Cette double étymologie annonce à la fois l’intérêt et les débats qu’a suscités l’utopie.
Quoi qu’il en soit, le mot et la chose ont connu un immense succès et une vraie ferveur pendant tout le XVIe siècle. Les occurrences du mot sont innombrables. Huguet (Dictionnaire de la langue française au XVIe siècle) en cite près d’une centaine dans la littérature de cette époque. Celle-ci par exemple illustre parfaitement le besoin d’utopie qui a nourri les hommes au XVIe siècle : « La république d’Utopie, œuvre grandement utile, démontrant le parfait état d’une bien ordonnée police, traduite du latin de Thomas More, chancelier d’Angleterre, lequel sous une feinte narration d’une nouvelle île d'Utopie, a voulu figurer une morale république et très parfaite police ». « République morale » et « très parfaite police » (c’est-à-dire « politique »), on croirait entendre parler M. de Hollande et son acolyte de la Bannière socialiste, M. Ayrault de Saint-Herblain.
Les académiciens enregistrent le mot à compter de la quatrième édition de leur dictionnaire (1762), distinguant le nom propre ou « titre d’un ouvrage » (celui de Thomas More) de l’emploi figuré qui désigne le « plan d’un gouvernement imaginaire, à l'exemple de la République de Platon ». La définition de l’édition de 1798 est beaucoup plus positive. Il est vrai que la France est en pleine révolution et que, partout, fleurissent des plans de gouvernement idéal : « plan de gouvernement imaginaire, où tout est parfaitement réglé pour le bonheur commun, comme dans le pays fabuleux d’Utopie décrit dans un livre de Thomas Morus qui porte ce titre ». Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) distingue deux sens, correspondant à deux emplois, l’un comme nom propre (« pays imaginaire où tout est réglé au mieux, décrit dans un livre de Thomas Morus qui porte ce titre »), illustré par l’exemple « chaque rêveur imagine son Utopie (avec majuscule) », et l’autre, comme nom commun de sens figuré : « plan de gouvernement imaginaire, où tout est parfaitement réglé pour le bonheur de chacun, et qui, dans la pratique, donne le plus souvent des résultats contraires à ce qu'on espérait (avec une minuscule) ». C’est aussi chez Littré que le nom utopie est cité, déterminé par des adjectifs de sens négatif, comme dans l’exemple « de vaines utopies », ce qui incite les académiciens en 1879 à rappeler l’étymologie (« il signifie ce qui n'est en aucun lieu, nulle part ») et en 1932-35 à distinguer deux sens figurés, l’un neutre : « conception imaginaire d’un gouvernement, d’une société idéale », l’autre étendu et défavorable : « par extension, il se dit d’une chimère, de la conception d’un idéal irréalisable ». C’est aussi, dans ses grandes lignes, la définition que l’on peut lire dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « plan imaginaire de gouvernement pour une société future idéale, qui réaliserait le bonheur de chacun » ; « système de conceptions idéalistes des rapports entre l’homme et la société, qui s’oppose à la réalité présente et travaille à sa modification » (« le système travaille à (sa) modification » - celle de la réalité présente : on croirait lire de la propagande PC ou Front de Gauche) ; « idées qui participent à la conception générale d’une société future idéale à construire, généralement jugées chimériques car ne tenant pas compte des réalités ».
Dans les dictionnaires, il n’est cité aucun exemple faisant référence aux utopies réelles et effectivement réalisées dans des sociétés données : l’URSS, la Chine, la Corée (du Nord), le Cambodge (de Pol Pot), Cuba, etc. Pourtant, le XXe siècle a été le siècle des utopies, non pas les utopies livresques, mais les utopies devenues réalités, et toutes ces utopies ont produit comme mêmes effets des meurtres de masse, des malheurs innombrables, l’esclavage. Si l’humanité a été heureuse dans les utopies, mais personne ne peut le prouver, c’est dans l’au-delà. Les utopies font de la vie un enfer et de la mort un paradis.
21:36 Publié dans Mythologies communistes, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, politique, société
05 janvier 2013
Sultan
Le sens de ce mot, emprunté à l’arabe où il signifie « pouvoir, autorité, domination », ne soulève pas de difficulté. Attesté dans l’ancienne langue française sous la forme soudan (« prince souverain mahométan »), puis à compter du début du XVIe siècle sous sa forme actuelle, il désigne le souverain de certains pays musulmans. Richelet (1680, Dictionnaire français des mots et des choses) et Furetière (1690, Dictionnaire universel) relèvent les deux formes : le sultan, « c’est le grand seigneur », le soudan, « un prince souverain de quelque pays et qui faisait hommage au grand seigneur » (Richelet) ; le sultan est un « titre qu’on donne aux empereurs d’Orient » (« ce mot est turc et signifie Roi des Rois »), le soudan ou soldan, un « prince mahométan » (Furetière). Les académiciens n’enregistrent que sultan : « titre qu’on donne à l’empereur des Turcs et à tous les princes de la religion mahométane » (DAF, 1694, 1762 et suivantes ; Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77). C’est aussi, à peu de choses près, la définition que l’on peut lire dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « dans les pays musulmans ou fortement islamisés, chef temporel puis souvent également spirituel, souverain d’un État plus ou moins important » et « souverain de l’Empire ottoman » (synonymes Grand Seigneur, Grand Turc).
A partir de cet emploi objectif et de pure désignation s’est développé dans la seconde moitié du XVIIIe siècle un sens figuré ou étendu : « despote, tyran ». Le fait que ce sens figuré se soit développé à partir de la façon tyrannique dont le pouvoir est exercé au nom de l’islam et par les musulmans illustre ce qu’est l’autorité ou la domination « en terre d’islam ». Les auteurs de L’Encyclopédie (d’Alembert et Diderot éditeurs, 1751-72) sont les premiers à porter un jugement, sans doute hostile ou méprisant, mais assez juste à dire vrai et fort lucide, sur la réalité des pays musulmans : « Le sultan, est-il écrit à l’article portant ce titre, exerce sur ses sujets l’empire le plus despotique ». Suit un exposé argumenté qui justifie le despotisme attribué à ce pouvoir : « selon la doctrine des Turcs, leur empereur (à savoir le sultan) a le privilège de mettre à mort impunément chaque jour quatorze de ses sujets, sans encourir le reproche de tyrannie, parce que, selon eux, ce prince agit souvent par des mouvements secrets, par des inspirations divines (comprendre : allahiques), qu’il ne leur est point permis d’approfondir ». Ce despotisme n’est guère efficace, les sultans étant souvent « exposés à la fureur et à la licence d’un peuple furieux et d’une soldatesque effrénée qui les dépose et les met à mort, sous les prétextes les plus frivoles ». Bien entendu, l’étiquette met entre les sultans et leurs sujets la plus grande distance possible : « on n’aborde le sultan qu’avec beaucoup de formalité ; nul mortel n’est admis à lui baiser la main (de peur qu’elle ne soit mordue ?)… Le sultan n’admet personne à sa table ; nul homme n’ose ouvrir la bouche sans ordre dans son palais ; il faut même y étouffer jusqu’aux envies de tousser ou d’éternuer ; on ne se parle que par signe ; on marche sur la pointe des pieds ». Le pouvoir exercé par le sultan est absolu et sans limite : « les résolutions prises par le sultan passent pour irrévocables, quelque injustes qu’elles soient ; il ne peut jamais se rétracter. Ses ordres sont reçus comme s’ils venaient de Dieu même (comprendre : Allah), et c’est une impiété que d’y désobéir ; quand il veut faire mourir un grand vizir, il lui signifie sa sentence par écrit… Le vizir obéit sans hésiter, sans quoi il serait déshonoré et regardé comme un impie et un excommunié ».
Au XVIIIe siècle, les « intellectuels » ou ce qui en tenait lieu ne se prosternaient pas devant les tyrans. Ils n’essayaient pas non plus d’abuser leurs contemporains en leur racontant des histoires à dormir debout sur les lumières de l’islam, sur « notre ami le Roi », sur l’émir du Qatar ami de la France, sur la modération et la tolérance des Séoud qui se succèdent sur le trône d’Arabie, sur Bouteflika ou Saddam Hussein, etc. etc. etc.
Le sens figuré de sultan est relevé dans les éditions de 1798, 1835, 1879 du DAF : « il se dit figurément et familièrement d’un homme absolu, tyrannique », dans le DLF de Littré (« figuré, par extension, il se dit d’un prince absolu comme les sultans » ; « figuré et familièrement, homme absolu, tyrannique ») et dans le TLF : « vieilli, homme qui, par son état, sa situation, ses actes, présente certaines caractéristiques propres à un sultan ».
Il fut un temps, bien révolu hélas, où les intellectuels ne se berçaient d’aucune illusion sur la brutalité tyrannique des pays et communautés islamiques, comme s’il était dans la nature de l’islam d’engendrer un pareil despotisme, non éclairé évidemment, sauf par les musulmans dits « modérés », quand il ont trop picolé au H. Cette insolence ancienne est en train de disparaître. Dans le TLF, le sens despotique est tenu pour vieilli et les académiciens en 1932-35 (huitième édition du DAF) ne l’enregistrent pas, ouvrant des brisées sur lesquelles marchent aujourd’hui tous ceux qui pensent bien. C’est pourquoi l’Elysée et Matignon viennent d’attribuer le grade de chevalier de la Légion d’honneur à un des thuriféraires établis en France de ces pouvoirs tyranniques, le sinistre imam Obrou. En matière de prosternation devant le despotisme incarné, il est difficile de faire plus servile.
10:55 Publié dans Chroniques de la Restauration, Récits, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
02 janvier 2013
Métèque
Ce nom est attesté en français à compter du milieu du XVIIIe siècle et avec le sens que metoikos (en latin metoecus) avait en grec : « étranger domicilié à Athènes ». Les académiciens, qui l’enregistrent à compter de la septième édition (1879) du DAF, le présentent comme un « terme d’antiquité » : « nom à Athènes des étrangers domiciliés qui jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques » (1879), « nom donné en Grèce aux étrangers domiciliés qui jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques » (1932-35) et, propre à l’antiquité grecque, « nom donné, sans valeur péjorative, aux étrangers établis dans une cité, qui jouissaient des droits civils, mais non des droits politiques » (neuvième édition, en cours de publication depuis 1994). Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) en fait un terme propre à l’antiquité grecque : « à Athènes, étranger domicilié », formé, écrit-il, d’un mot indiquant changement » (meta) et « d’un autre signifiant maison, demeure » (oikos – c’est donc quelqu’un qui a changé de résidence et qui, de chez lui, s’est établi à Athènes) – ce que confirment les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « (Histoire grecque) étranger domicilié dans la cité, protégé par la loi et soumis, d’une façon générale, aux mêmes obligations militaires et fiscales que les citoyens, sans être admis, toutefois, à la citoyenneté ».
C’est à quelques détails près le statut juridique des étrangers qui aujourd’hui résident légalement en France, mais qui ne sont pas soumis à des « obligations militaires » - les Français non plus d’ailleurs. Pourtant, il ne viendrait à l’idée de personne de désigner ces étrangers du nom de métèques. La prudence a rendu ce mot tabou ; il est désormais banni du vocabulaire, bien qu’il n’ait rien d’infamant. Ce qui en rend l’emploi impossible, c’est sa valeur péjorative. Au début du XXe siècle, métèque, utilisé hors de ce contexte de l’antiquité grecque, a désigné péjorativement des étrangers : « il se dit, en mauvaise part, d’étrangers séjournant dans un pays » (DAF, 1935) : « par extension, péjorativement, personne, souvent étrangère, dont l’aspect exotique, l’allure, le comportement n’inspirent pas confiance » (TLF, 1971-94 ; ou encore : « par extension (métèque) s’emploie parfois, dans une intention insultante, pour désigner un étranger ou une personne d’origine étrangère » (DAF, neuvième édition).
Voilà comment un nom qui désignait objectivement des personnes sans porter sur elles le moindre jugement est devenu inemployable. Il n’est pas le seul de ces mots parfaitement honorables qu’un usage abusif a relégués dans les culs de basse fosse de la langue : les bien pensants et dominants actuels en éliminent ainsi des dizaines chaque mois.
14:26 Publié dans Chroniques de la Restauration, Dictionnaire critique de la NLF, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : france, société, politique
01 janvier 2013
Voeux
Arouet le Jeune souhaite à ses lecteurs tout ce qu'il est de règle de souhaiter un premier janvier : réussite, bonheur, santé, plaisir, etc.
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30 décembre 2012
Retoquer et toquer
Le verbe toquer, attesté au début du XVIe siècle, est, selon les académiciens (DAF, 1740, 1762, 1798, 1835, 1879, 1932-35) un « vieux mot, qui signifiait autrefois « toucher, frapper » : il ne se dit plus que dans cette phrase au figuré qui toque l’un, toque l’autre pour dire qui offense l’un, offense l’autre ». Dans la huitième édition du DAF (1932-35), il est ajouté ceci : « le participe passé toqué s’emploie très familièrement comme adjectif et signifie « qui a le cerveau fêlé, qui est un peu fou » (il est toqué) : il s’emploie aussi substantivement : un toqué, une vieille toquée ».
De ce verbe toquer est dérivé le verbe retoquer, attesté en 1807, dans un dialecte de l’Est de la France, avec le sens de « être refusé » (au baccalauréat, à un examen, à un concours). Les académiciens ignorent ce mot, mais Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) y consacre une entrée, dans laquelle il donne à ce « terme familier », qui est surtout employé au passif (« être retoqué ») le sens de « refuser à un examen », comme dans l’exemple : « il se présentait à Saint-Cyr ; mais il a été retoqué ». Il s’emploie aussi au sujet des candidats à la députation qui ne sont pas élus. Les rédacteurs du Trésor de la langue française (1971-94) relèvent retoquer comme « argotique », « populaire » et « vieilli » (cela fait beaucoup pour un seul verbe) et ils y donnent le même sens que Littré : « refuser à un examen » (synonymes coller, recaler).
Retoquer est dérivé de toquer, comme refaire de faire ou représenter de présenter. En théorie, entre un verbe et un autre verbe qui en est dérivé avec adjonction du préfixe re -, il existe des rapports de sens. Il semble qu’il n’y ait pas de lien sémantique entre « toucher » ou « frapper » et « échouer à un examen » ou « refuser (quelqu’un) », à moins que retoquer ne soit lié au sens figuré de toquer (« avoir l’esprit dérangé ») et que les personnes retoquées l’aient été parce que les examinateurs ou les électeurs les avaient tenues au préalable pour des toquées. Ce lien sémantique éclaire la décision récente du Conseil Constitutionnel qui a retoqué trois articles de la loi budgétaire qui semblaient avoir été rédigés par des toqués et sous la pression de toqués.
Le Trésor de la langue française est récent et quasiment exhaustif ; pourtant, il n’enregistre pas l’emploi politique de retoquer, en parlant non pas d’une personne, mais d’un projet de loi, et plus particulièrement d’un projet de loi refusé par le Conseil constitutionnel (c’était fort rare il y a vingt ans) ou d’un projet de loi repoussé par l’Assemblée nationale ou le Sénat. Il est vrai que les membres du Conseil Constitutionnel sont, pour beaucoup d’entre eux, des retoqués du suffrage universel : Sarkozy, Giscard, Chirac (deux fois) et qu’en matière de retoquer, ils y entendent beaucoup. Quoi qu’il en soit, un projet de loi, voté par les représentants du peuple français, a été refusé par neuf ou dix individus que personne n’a élus ou qui ont été retoqués à plusieurs reprises, comme si ces individus tenaient les élus du peuple pour des potaches que l’on peut faire échouer pour une virgule mal placée à un examen auquel personne n’échoue.
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20 décembre 2012
Repentance
Ce nom, dérivé du participe présent du verbe repentir et formé de ce suffixe – ance qui retrouve depuis quelques années (gouvernance, maltraitance, impédance, etc.) sa productivité passée, est attesté depuis le XIIe siècle. C’est le regret des fautes ou des péchés commis. Dans L’Encyclopédie (1751-1772, d’Alembert et Diderot éditeurs), est citée, à l’article repentance, terme de théologie, la définition qu’en donne un des pères de l’Eglise, Clément d’Alexandrie : « La repentance, c’est de ne point retomber, s’il est possible, dans les mêmes péchés, mais d'arracher radicalement du cœur tous ceux que nous connaissons pouvoir nous priver du salut ». L’auteur de cet article, le chevalier de Jaucourt, ajoute, parce qu’il estime que la citation épuise le sens de ce mot, que L’Encyclopédie « ne souffre pas de plus grands détails » et « n’admet en ce genre que des définitions simples et vraies ». Dans toutes les occurrences relevées, par exemple celles-ci « en la fin ont eue confession et bonne repentance de leur méfait » ou « le prophète… commande à ceux qu’il exhorte à repentance d’avoir un nouveau cœur », repentance a le même et unique sens, glosé tantôt par « repentir » (Richelet, 1680), tantôt par « action par laquelle on se repent » (Furetière, 1690), tantôt par « regret » ou « douleur qu’on a de ses péchés » (Dictionnaire de l’Académie française de 1694 à 1935), tantôt par « douleur qu’on a de ses péchés, de ses fautes » (Littré, 1863-77), tantôt par « regret douloureux que l’on a de ses péchés, de ses fautes et désir de se racheter » (Trésor de la langue française, 1971-94). Les exemples qui illustrent ce sens sont tous en relation étroite avec la religion catholique : « avoir repentance de ses péchés » (1680), « il ne se faut présenter au tribunal de la confession qu’avec une vive repentance de ses péchés » (1690), « il est mort avec beaucoup de repentance, avec une grande repentance de ses péchés (DAF, de 1694 à 1935).
En 1680, Richelet (Dictionnaire français des mots et des choses) remarque que « le mot est un peu vieux » et il recommande d’employer l’infinitif substantivé repentir. En 1694, les académiciens jugent qu’« il vieillit » et dans les éditions suivantes, ils en limitent l’emploi au vocabulaire de la dévotion : « on ne s’en sert guère qu’en termes de dévotion » (1718, 1740, 1762, 1798, 1835) ou de la piété : « il ne s’emploie guère que dans le langage de la piété » (1879, 1935). Féraud (Dictionnaire critique de la langue française, 1788) résume assez clairement à quel point est restreint l’emploi de repentance : « on ne s’en sert qu’en termes de dévotion et en parlant des péchés », alors que repentir, qui a un sens moins étroit, « est plus noble ». « Vieilli ou littéraire », jugent les auteurs du TLF qui en font un mot spécifique du vocabulaire de la religion, sans préciser quelle religion ils désignent (catholique, chrétienne, protestante, juive peut-être, mais en aucun cas islamique). Ils illustrent ce sens d’exemples tirés de Joseph de Maistre et d’un extrait de Judaïsme d’Epstein traduit par un dénommé L. Jospin en 1959 : « le Jour du Grand Pardon est un jour de « tourment de soi » (abstention totale de nourriture et de boisson) et de contrition, de repentance et de confession ». Si le traducteur L. Jospin est celui dont parlent les gazettes depuis 1981, la traduction d’un ouvrage sur le judaïsme par un trotskiste, qui ne croyait ni à Dieu, ni à diable, mais à Lutte des Classes ou à Révolution permanente, mérite d’être lue – serait-ce pour s’en gausser. Que les plus téméraires d’entre vous s’y hasardent et fassent part de leur sentiment.
Pendant huit siècles, le mot est resté massivement stable et quasiment immuable. Or, depuis quelques années, depuis que les Français se sont mis à se cracher dessus ou, plus exactement que des Français, souvent des néo-Français, ont trouvé leur plaisir sadique dans la haine de la France ou des Français, comme si les Français étaient de pauvres colonisés, repentance « a bougé », comme on dit dans la branchouille gauchisante. Naguère, c’était un terme de « dévotion » ou du « langage de la piété ». Tout cela est terminé. La dévotion et la piété se sont amuïes, remplacées par les mises en examen et les accusations sans preuve. Aucun des dictionnaires cités ci-dessus n’enregistre les emplois actuels et modernes, c’est-à-dire politiques et sociaux, de repentance : à savoir les mises en demeure comminatoires de tyrans ou d’organisations racistes qui obligent la France (et les Français) à se repentir d’exister et de refuser le sort des Arméniens de 1894 à 1923 ou celui des Juifs de 1933 à 1945. C’était l’un des derniers mots qui ait conservé un sens religieux. Il a basculé, comme militant, manifestation, création, organisation, propagande dans le social, le sociétal, le sociologique et, bien sûr, l’inévitable culturel – toutes réalités qui ont pris la place de la religion. Ce en quoi la repentance est désormais haïssable, c’est que, d’individuelle et privée, elle est devenue collective et publique. Dans la religion, elle touche une personne. Le social a collectivisé tout ça. Désormais, c’est un peuple qui est contraint de se repentir de crimes imaginaires, celui d’exister par exemple, dont, bien entendu, il est totalement innocent et que même ses très lointains ancêtres du paléolithique n’auraient pas eu l’idée de commettre ; et c’est l’ineffable M. de Hollande, « président de la République », qui parcourt le monde entier, non pas pour flageller les engagements nauséabonds de son propre père, mais pour que des masses chauffées à blanc puissent baver leur haine sur la France et les Français.
15:03 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, religion
17 décembre 2012
Minable
Minable est une mine qui a explosé
L’adjectif minable est attesté au début du XVe siècle. Pour en comprendre le sens, à savoir « susceptible d’être détruit ou attaqué par une mine » (Godefroy, Dictionnaire de l’ancienne langue française et de ses dialectes…, 1881-1902), il faut le rapporter au verbe miner dont il est dérivé et qui est défini ainsi par Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « anciennement, creuser le dessous d’une muraille pour la faire écrouler ; aujourd'hui, creuser le dessous d’une muraille, trouer un roc, pour y loger une mine » (et donc faire exploser cette muraille et ce roc). C’est dans ce sens que minable est employé dans une Histoire de Charles VI (1411) : « Si mit le siège devant le châtel et (il) fut trouvé qu’il était minable ; et pour cela on commença à miner à l'endroit de l’une des tours » et c’est ainsi qu’il est défini par Littré : « susceptible d’être détruit ou attaqué par une mine ». M. Ayrault de Saint-Herblain, chef de la bannière socialiste, ne croyait pas si bien dire ; mais plutôt que d’apprendre l’allemand, il aurait mieux fait de savoir le français. Il n’aurait pas été minable, c’est-à-dire près d'exploser avec les mines qu’il a lui-même posées.
Au début du XIXe siècle, l’adjectif prend un sens figuré, dont le sens moderne se démarque nettement. C’est un terme par lequel on exprime sa compassion ou sa pitié. En 1842, dans le Complément du Dictionnaire de l’Académie française, Barré le définit ainsi : « il se dit vulgairement pour misérable, qui fait pitié, qui indique une grande misère ». De même Littré : « par extension, dans le langage populaire, misérable, qui fait pitié, qui indique une grande misère » et les académiciens (1932-35) : « qui semble être miné, usé par la misère, par le chagrin ».
Ce n’est pas dans ce sens « compassionnel » que M. Ayrault de Saint-Herblain l’a employé. Il n’a pas voulu dire que le comportement ou la personne de M. Depardieu indiquait une grande misère ou lui faisait pitié. Car, cet adjectif, à compter des années 1910, prend un second sens figuré : « très médiocre ». C’était un terme d’humanité, ça devient un terme d’inhumanité, comme l’indiquent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « Par extension, péjoratif, très mauvais, très médiocre » (en parlant de choses et de personnes). Dans ce sens, il est même employé comme un nom. Un (ou une) minable est, par péjoration, une personne très médiocre, l’important dans ces articles de dictionnaires étant l’intensif très, qui véhicule la plus forte charge possible de mépris. Un minable n’est pas médiocre, mais très médiocre. Les académiciens (neuvième édition, en cours de publication) renchérissent sur les lexicographes du TLF : « Par extension, familier et péjoratif, qui inspire le mépris par sa médiocrité, son insuffisance, sa bassesse » (des propos minables. Mener une existence minable. Des excuses minables. Un acteur minable) et substantif : un, une minable (populaire) : « une personne à qui on ne peut reconnaître aucun talent, aucun mérite ».
M. Ayrault de Saint-Herblain ressemble aux momies poudrées de la Restauration. Son vocabulaire qui suinte le mépris exprime d’abord le mépris des gens du peuple, des pauvres, de ceux qui ne gagnent pas leur vie par le vol, la corruption ou en occupant des sinécures publiques.
19:46 Publié dans Chroniques de la Restauration, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, france
13 décembre 2012
Lutter contre les déserts
Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762), lutte est suivi d’une seule signification : « sorte d’exercice, de combat, où l’on se prend corps à corps, pour se terrasser l’un l’autre » (« s’exercer à la lutte » ou « être fort adroit à la lutte »). Quant au verbe lutter, il a pour seul sens « se prendre corps à corps avec quelqu’un pour le porter par terre », comme dans « Jacob lutta avec l’Ange ». Un siècle plus tard, dans le Dictionnaire de la Langue française (1863-77), Littré relève six significations. Les métastases ont commencé. Ce qu’il y a de nouveau, ce sont les nombreux sens figurés de lutte : il signifiait au XVIIIe siècle « exercice où l’on se prend corps à corps » ; au XIXe siècle, il a pris, par analogie, le sens de « guerre », de « dispute », de « conflit », de « controverse » et même, suivi de l’adjectif amoureuse, « ébats et plaisirs de l’amour ». Chez Littré, le verbe lutter a aussi des significations nombreuses : il a le sens de « combattre » et de « résister ».
Dans la langue moderne, s’ajoutent les sens figurés, tels que « l’opposition entre deux personnes ou deux groupes de personnes cherchant à faire triompher leurs intérêts, leurs idées, leur cause, à imposer leur volonté, leur suprématie » ou « l’action de rivaliser avec quelqu’un pour l’emporter, dans une épreuve physique ou intellectuelle, dans un domaine quelconque » (Trésor de la langue française, 1971-94). C’est aussi ‘l’effort individuel ou collectif énergiquement soutenu pour vaincre quelque chose (un obstacle, une difficulté, un mal), ou pour obtenir, faire triompher quelque chose », comme la lutte des classes, prétendu moteur de l’Histoire (toujours en panne dans les pays socialistes), la lutte biologique (destruction des nuisibles) ou la lutte chimique (le fait d’user de substances chimiques pour tuer les organismes nuisibles) ou la lutte génétique (traitement pour réduire le potentiel reproductif des organismes nuisibles) ou la lutte physique (réduction des populations d’animaux ou de végétaux nuisibles) ou la lutte pour la vie menée par chaque individu, chaque espèce en concurrence avec les autres individus ou les autres espèces, pour assurer sa propre survie, ou efforts pour survivre.
La lutte ne s’arrête pas là. La modernité fait de toute action, même verbale, une lutte. La loi sur l’égalité des chances de 2005 luttait elle aussi. Mortes aux frontières, les vertus guerrières de la France renaissent dans les lois. Certes lutter n’est jamais intransitif, il est suivi de compléments qui désignent tantôt le Mal, tantôt le Bien. Tantôt c’est contre, tantôt pour. A un contre, correspond un pour : lutte contre les incivilités et pour la cohésion sociale, contre les discriminations et pour l’Egalité. La cohésion réunit ce que l’incivilité sépare et l’égalité restaure ce que la discrimination anéantit. A grands coups de clairon, la loi se fait martiale. C’est dans le nom même de « Haute Autorité de Lutte contre les Discriminations et pour l’Egalité » ou HALDE que se cristallise l’air du temps. Le comique de l’affaire est que, pour lutter, il soit institué une haute autorité. En Iran, en 1979, une des premières décisions prises par Khomeiny fut de créer une Commission pour la Prohibition du Vice et pour la Propagation de la Vertu. C’était déjà la lutte contre le Vice et pour la Vertu. Le Monstre a traversé les frontières pour atteindre la France, où il mêle la lutte contre le Mal ou sa proscription à la lutte pour la Vertu ou sa prescription : le Bien comme remède au Mal ou l’Egalité comme remède aux discriminations : tous égaux dans la discrimination.
Il suffit d’établir l’histoire du nom lutte ou du verbe lutter pour constater que ces mots, quand ils sont employés par les chefs d’escadrille et leurs célébrants des médias, désignent aujourd’hui des réalités qui sont dénuées, de quelque côté qu’on les examine, de toute idée de lutte. La Ministresse MST affirme qu’elle lutte contre les déserts médicaux ; non seulement elle lutte contre les déserts, mais elle les combat. Comment ne se rend-elle pas compte de l’absurdité de ce qu’elle dit ? Lutte-t-elle contre les déserts médicaux – c’est-à-dire contre l’absence de médecins – ou contre les médecins ? Ma chi lo sa. M. Ayrault de Saint-Herblain prétend qu’il lutte contre la pauvreté et les journaleux de sa bannière (autant dire tous les journaleux) d’applaudir aux exploits de ce nouveau saint Georges, sans se demander s’il combat les pauvres ou la pauvreté, ce qui n’est pas du tout la même chose. Si la réalité n’était pas dramatique, tout cela serait risible et digne de nourrir une nouvelle Batrachomyomachie célébrant les combats du Mal contre le Bien.
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11 décembre 2012
Décrocher
Décrocher, décrochage, décrocheur
Le verbe décrocher, dérivé du nom croc, est attesté en français à compter du milieu du XIIIe siècle. Pendant de longs siècles, le sens de ce verbe transitif est resté stable : c’est « détacher une chose qui était accrochée » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1718, 1740, 1762, 1798, 1835, 1878, 1932-35). On décroche une tapisserie, un tableau, un rideau, un vêtement et même la timbale (« atteindre le prix au jeu du mât de Cocagne » ; « obtenir un succès dans une lutte, dans un concours »), mais aussi la lune, les étoiles, une bonne note, le récepteur, le combiné, le baccalauréat, le téléphone, l’appareil.
Pour des chefs d’escadrille qui, faute de savoir voler, sont devenus ministres de la République, décrocher est désormais un verbe intransitif. On ne décroche plus les vêtements, ce sont les élèves qui décrochent. L’origine de cet emploi, c’est l’armée, non pas l’armée qui lance un assaut, mais l’armée qui se replie ou qui refuse le combat : elle décroche. D’une retraite militaire ou d’un refus de combat, le verbe intransitif décrocher passe dans le vocabulaire pédagogique. Décrocher, c’est abandonner une activité et s’en désintéresser et dans le domaine de l’aéronautique, c’est « commencer à ne plus pouvoir voler ».
Ce sont donc les élèves qui décrochent. Ils ont douze ou treize ans, mais ils ne vont plus au collège ou même à l’école élémentaire. Il y a un demi-siècle, on aurait dit qu’ils font l’école buissonnière. Aujourd’hui, les buissons se sont éloignés des cités et des quartiers. Plus de nature, plus d’école buissonnière. Les décrocheurs sont choufeurs à 100 € par jour. Ou bien ils font du bizness ; ils décrochent les marchandises du camion ou les sacs à main des vieilles dames. Payons le ministre verse des torrents de larmes, non pas sur les vieilles dames, mais sur leurs bourreaux. Il est pour le mariage gay, c’est dans l’ordre de son monde à lui, où tout est inverti. Le mal, c’est le bien ; la crapulerie, c’est l’avenir de la France. Les enfants ont décroché depuis longtemps, mais les parents continuent à percevoir des allocations pour leurs enfants qui gagnent en choufant ou en trafiquant des milliers d’euros par mois.
17:47 Publié dans Chroniques de la Restauration, Dictionnaire critique de la NLF, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
28 novembre 2012
Normal
En latin, norma, auquel est emprunté norme, désigne une équerre, grâce à laquelle un maçon peut construire des angles droits. La norme, c’est de la géométrie pratique des métiers et des savoir-faire. L’adjectif normalis, dérivé de norme et que la langue française a emprunté sous la forme normal, e, aux, es, a pour sens « fait à l’équerre ». Monsieur de Hollande se vante d’être un président normal. La belle tartarinade ! Il n’est pas en angles droits, mais tout en rondeurs. S’il a été fait à l’équerre, c’est avec une équerre molle à la Dali. Quoi qu’il en soit, équerre molle ou équerre dure, personne ne s’abuse sur la normalité du président. Il n’est normal que parce que le prédécesseur ne l’était pas. « L’Autre » ou le « sale mec », comme il l’a nommé en public (il n’a pas osé dire « sale juif », mais c’est tout comme), ou « le salopard », comme il le nommait en privé, était réputé « anormal ». Par opposition ou pour faire la paire, comme dans le structuralisme élémentaire cher aux germanopratins, lui, il se vante d’être « normal ».
En français, ce qui a été retenu de ces deux mots latins, le nom et l’adjectif, ce sont les sens figurés : « règle » ou « modèle » et « qui sert de règle » ou « conforme à la règle », que les auteurs de dictionnaires relèvent au XIXe siècle, car norme et normal sont des mots modernes. En 1835 ou en 1872, les articles consacrés à l’un et à l’autre sont très courts ; à partir de en 1971 (Trésor de la langue française et Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition), ils sont interminables et même sans fin, puisque M. de Hollande, avec son « président normal », a inventé un nouvel emploi que les auteurs de dictionnaires recenseront jusqu’à la fin des temps.
En 1835 (Dictionnaire de l’Académie française), sont relevés deux emplois de normal. Le premier est glosé ainsi : « il se dit principalement des écoles destinées à former des maîtres pour l'enseignement public », une école normale (il y en avait une seule par département) servant de règle pour les autres écoles. Le second emploi est illustré par état normal (« état » avec un E minuscule – ce n’est pas l’Etat, dont le chef est M. de Hollande), qui "s’emploie surtout en termes d’anatomie") : « état d’un être organisé ou d’un organe qui n’a éprouvé aucune altération ; état ordinaire et régulier ». M. de Hollande n’a subi aucune altération visible (pour ce qui est des invisibles, seule Mme de Maintenant peut en juger). Ce n’est pas sans raison qu’il se targue d’être un président normal. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) expose ces deux sens : « qui est conforme à la règle, régulier » (état normal) et « qui sert de règle » (école normale).
Le « président normal » est normal pour deux raisons. Il est conforme à la règle. A peine élu, il prodigue avantages et privilèges à sa clientèle ; il a même offert un TGI à sa bonne ville de Tulle. Et il sert de règle : tous les courtisans se plient à ses consignes et il trace même, comme un bon rédacteur en chef, la ligne politique des médias de France. Que l’on ne s’inquiète pas trop : tout cela n’est que feu de paille et la normalité affichée va vite virer à la pire des anormalités.
09:44 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
24 novembre 2012
Le Grand Remplacement
A porpos de Renaud Camus, Le Grand Remplacement, David Reinharc, 117 pages, 13 €.
Il est quelques ouvrages qui ont façonné la pensée morale ou politique de la France et que l’on peut lire ou relire avec profit même un siècle après qu’ils ont été publiés pour la première fois. Ce sont De la démocratie en Amérique, Les Conséquences politiques de la paix, L’Opium des intellectuels, Race et culture, Histoire de la folie à l’âge classique, Le Bouc émissaire, Cours familier de philosophie politique, La Raison des nations. Espérons que Le Grand Remplacement prendra dans les décennies qui viennent autant d’importance dans la pensée morale et politique que chacun des ouvrages cités ci-dessus. L’ouvrage le mérite. Non seulement dans ces quelque cent vingt pages, Renaud Camus s’exprime dans une langue lumineuse d’élégance et de netteté, mais encore il a le courage de dire sans tabou les bouleversements qui affectent la France et l’Europe et, plus que ces entités juridiques et administratives, les populations qui y sont établies et s’y succèdent depuis la nuit des temps.
La nature de ces bouleversements est condensée dans le vocable « Grand Remplacement », dont la signification est expliquée pages 15, 16, 79, 80, 82, 112. Ainsi, page 112 : « Vous avez un peuple et presque d’un seul coup, en une génération, vous avez à sa place un ou plusieurs autres peuples (…) Le Grand Remplacement, le changement de peuple, (….), est le phénomène le plus considérable de l’histoire de France depuis des siècles, et probablement depuis toujours ». Par ces deux mots, Renaud Camus reprend une boutade de Berthold Brecht, lequel, constatant qu’un gouvernement était mécontent de son propre peuple, s’exclamait : « Dans ce cas, ne serait-il pas plus simple pour le gouvernement de dissoudre le peuple et d’en élire un autre ? » Ce que Brecht prêtait ironiquement à des gouvernants bornés, autoritaires, despotiques, c’était du cynisme et l’absence de tout scrupule. L’ironie de l’histoire est que ce sont les lointains disciples et admirateurs de ce même Brecht qui mettent en œuvre la politique que celui-ci suggérait d’appliquer. Ceux qui, dans les années 1960 et 1970, tenaient la « distanciation » brechtienne pour le nec plus ultra de l’esthétique du théâtre, ont appliqué sans distanciation aucune, cyniquement, brutalement, la politique contre laquelle s’insurgeait leur maître.
Ce phénomène est plus « considérable », pour reprendre le jugement de Renaud Camus, que l’Occupation, la guerre de 1914, la Révolution ou les révolutions de 1789 à 1876, le règne de Louis XIV, et pourtant, de ce grand phénomène historique, il n’est question nulle part dans les médias, essais et discours des hommes politiques. Il est même interdit de le voir, bien qu’il saute aux yeux, et pas seulement dans le 9–3. Chacun le constate et des millions de citoyens en font une expérience ou dramatique ou tragique. Et pourtant, ce phénomène est censé ne pas avoir lieu et il a été décidé une bonne fois pour toutes qu’il ne s’est jamais produit. Le constater serait une illusion des sens… Ce qui se joue en France, c’est, près de quatre siècles après la première représentation, la tragédie de Calderon La vie est un songe, dans laquelle il est montré que le monde n’est qu’illusion, étant tout autre chose que ce que les yeux voient. La différence pourtant est grande. Les spectateurs savent que ce qu’ils voient sur une scène, ce n’est pas « pour de vrai » ; c’est du théâtre ou de l’illusion, ce n’est pas la réalité. Il en va tout autrement du Grand Remplacement. Aux citoyens de ce début de millénaire, ce qui est exigé, c’est de se croire au théâtre et de tenir les réalités qu’ils voient pour les ombres fugitives et éphémères d’une scène, de théâtre public et subventionné, évidemment.
Pourquoi, comment, par quel biais, à la suite de quels bouleversements il est fait interdiction aux citoyens de voir ce qui leur crève les yeux ? La principale cause tient à l’idéologie. Le Grand Remplacement va à l’encontre de l’idéologie dominante, laquelle, bien qu’elle soit fausse, totalitaire et source de malheurs innombrables, s’est guindée au rang élevé de la morale, de la seule morale qui vaille et donc de la seule morale qui soit. L’idéologie est devenue la seule morale dans cet Empire du Bien qu’est la France fantasmée des médias, des politiciens, des inquisiteurs, des commissaires politiques, des contrôleurs de discours, des chausseurs de lunettes roses et des négateurs du réel. La moraline idéologique justifie la nocence, les nuisances, les crimes, les malheurs : elle approuve donc le remplacement sur le territoire de la France par d’autres peuples, comme elle a célébré naguère les purifications ethniques de l’Algérie et des pays arabes, de l’Allemagne nazie, de la Russie soviétique…
L’occultation de la réalité est la grande spécialité des « chercheurs » en sciences sociales et autres, lesquels, à force de « chercher », ont fini par trouver un écran qui masque le Grand Remplacement : c’est l’adjectif « français ». Tous ceux qui viennent en France pour se substituer au peuple français sont immédiatement français. N’importe qui peut l’être : il suffit d’un coup de tampon sur un morceau de papier, et une fois l’étranger grimé en naturel, il s’affirme plus français encore que les Français dont les ancêtres sont présents en France depuis des centaines de générations. Si un Français disait en Algérie qu’il est algérien et plus algérien que les indigènes, il se ferait traiter de « raciste » et serait expulsé sur le champ. Donc puisque tous les remplaçants sont français, il n’y a pas de lieu de voir de Remplacement, Grand ou Petit, là où il y a seulement des papiers en règle ou en voie d’être réglés. Cette manipulation s’accompagne d’innombrables mots mensongers : incivilités, quartiers populaires, cités, quartiers sensibles… Tout est pipé : les statistiques, qui servent à cacher dans les chiffres ce que l’on pourrait voir dans la réalité si l’on ouvrait les yeux ; l’histoire de France entièrement réécrite (il n’y a pas de peuple français, c’est l’immigration qui a fait la France, nous sommes tous des immigrés ou des enfants d’immigrés, etc.) afin que soit justifié et accepté le Grand Remplacement, le vocabulaire, qui sert à ne pas dire ce qu’il est interdit de voir.
Pour Renaud Camus, qui se fonde sur des injonctions de Boumediene appelant ses coreligionnaires à conquérir la France et l’Europe, le Grand Remplacement est de la contre colonisation et même de la colonisation au sens propre de ce terme, c’est-à-dire un transfert de populations importantes dans un pays donné. Certes, il reste un abîme entre la colonisation, qui a été, dans l’histoire récente, une mise en valeur de terres incultes, et la contre colonisation, qui est une razzia : on s’empare par cupidité de richesses que leurs détenteurs historiques croient naïvement défendues par le droit ou la morale. La « nocence », la délinquance, les incivilités, la criminalité et les innombrables infractions à la loi, celle de la France, pas celle d’Allah, etc. sont le carburant du Grand Remplacement. Combien d’indigènes, exaspérés par la délinquance les visant, ont-ils été contraints de quitter leur immeuble HLM, leur quartier, leur ville, leur département, pour s’établir ailleurs, laissant le champ libre aux délinquants et à leurs potes ? Des millions ? De cette purification ethnique, qui n’existe pas, il est évidemment interdit de parler. Le changement de peuple n’est pas le fait du hasard. Le phénomène a des causes, lesquelles ne tiennent pas au passé colonial de la France. La Suisse, le Danemark, les pays scandinaves, Norvège, Suède, Finlande, n’ont jamais eu de colonies ; et pourtant, ces pays sont exposés, autant que la France, au Grand Remplacement. La collaboration non plus n’est pas en cause. La Grande-Bretagne qui a résisté dès juin 1940 est touchée elle aussi, plus que les autres pays d’Europe, plus que l’Allemagne. Pour Renaud Camus, ce qui rend possible le Grand Remplacement, c’est la reductio ad Hitlerum : Hitler a commencé dès 1945 une seconde carrière qui dure encore. Il est invoqué à tout bout de champ, en particulier contre ceux qui voient le Grand Remplacement là où il se produit et qui sont assez téméraires ou inconscients pour dire ce qu’ils voient. En un instant, les voilà nazifiés, tandis que les remplaçants, eux, qui vomissent les Juifs, sont assimilés aux Juifs persécutés par Hitler et ses séides. On comprend que, pour Renaud Camus, il n’y ait de pensée libre en France aujourd’hui que dans l’absence, dans l’ailleurs ou dans l’a-topie ou dans le non-lieu, dans les blancs des cartes, puisque la classe dominante et englobante, à savoir la petite bourgeoisie qui régit la France se conçoit sans extérieur : il n’y a rien d’autre qu’elle et ceux qui n’en sont pas sont condamnés au silence, à ne rien voir, à vivre dans les marges, à rester dans la nuit.
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17 novembre 2012
Coran ou Alcoran
Le religieusement correct ou la rectitude idéologique ou le catéchisme bien pensant, etc. et tous ces carcans qui emprisonnent le langage et la pensée en obligeant les Français (ou les Européens) à tourner mille fois leur langue dans la bouche avant de s’aventurer à parler de l’islam et de l’Islam, des musulmans ou des mahométans, du Coran et de la Sunna, etc. tous terrains mouvants, minés, interdits, piégés, plus périlleux que les « maelstroms furieux » du Bateau ivre, n’ont cours en France que depuis quelques décennies, plus exactement depuis que les soixante-huitards, prétendument insolents ou anticonformistes, qui interdisaient jadis d’interdire, ont pris le contrôle des media, des lieux de parole autorisés, des associations lucratives sans autre but qu’inquisitorial, etc. où ils imposent leur novlangue doucereuse, mielleuse, toute en euphémismes gluants comme des loukoums et d’où ils interdisent toute pensée qui contreviendrait à leur catéchisme.
Il n’en allait pas ainsi avant Mitterrand, avant la gauche plurielle, avant les socialos à l’Elysée et avant l’invasion des media par les gauchistes. Alors, chacun avait le droit de dire ce qu’il pensait de l’islam ou de l’Islam, même s’il en pensait beaucoup de mal, sans que des hordes d’inquisiteurs avinés ou haschichés à mort menacent de procès à répétition ou de mort sociale les récalcitrants. C’était le temps, hélas révolu, où la France était un pays libre habité par des hommes libres. Les auteurs des anciens dictionnaires n’étaient pas confits en dévotion islamique et ils ne craignaient pas l’inquisition. Aussi disaient-ils les choses sans fard, comme le montrent les articles qu’ils consacrent au livre sacré des musulmans, l’Alcoran, comme ils l’écrivent, et que les Turcs nomment Alfurcan ou Alforcan. Ce que les auteurs anciens ont compris, c’est la nature juridique de l’islam : « le livre de leur loi », disent-ils à propos de l’Alcoran. Henri Estienne (1549) définit Alcoran ainsi : « il vaut autant à dire comme vraie loi », ce que reprennent Nicot (Le Thresor de la langue francoyse, 1606) et Cotgrave (1611, Dictionarie of French and English Tongues : « the word (Alcoran) signifies a true law »). Dans le Dictionnaire de l’Académie française, de la première à la huitième édition, de 1694 à 1932-35, l’Alcoran est le livre de la loi et la loi est celle de Mahomet : « livre qui contient la loi de Mahomet ; il signifie figurément la loi même » (1694, 1718, 1740, 1762, Féraud, Dictionnaire critique de la langue française, 1788, 1798, 1832-35, Littré, Dictionnaire de la langue française, 1863-77, 1879, 1932-35). Nulle part, il n’est question d’Allah, qui aurait dicté ou soufflé à Mahomet ce livre. Les lexicographes des siècles passés n’étaient pas tenus ou ne se sentaient pas tenus de se plier à une vérité imposée. Pour eux, Allah est muet. Il en va différemment dans la neuvième édition, en cours de publication, où les académiciens montrent patte blanche ou font amende honorable. Ils ne disent plus l’Alcoran, comme au XIXe siècle encore et avant le XIXe siècle, mais le Coran, qu’ils définissent comme le « livre sacré des musulmans » et la « parole d’Allah révélée à Mahomet », se pliant de fait à l’orthodoxie islamique, révérence dont s’abstenaient leurs prédécesseurs. A partir de la cinquième édition (1798), est relevée cette expression : « on dit familièrement, en parlant d’une chose à laquelle on n’entend rien je n’y entends pas plus qu’à l’Alcoran », qui est un peu moins insolente que « se moquer de quelque chose comme de l’Alcoran », où l’Alcoran a été transformé en l’an quarante. L’expression disparaît de la neuvième édition.
Voltaire, dans sa tragédie Mahomet ou le Fanatisme, fait parler Mahomet en ces termes : « Le glaive et l’Alcoran dans mes sanglantes mains // Imposeraient silence au reste des humains ». Au XVIIIe siècle encore, un Français n’était pas obligé de multiplier les circonvolutions pour dire ce qu’étaient l’Alcoran et Mahomet. Ainsi, Thevet, voyageur du XVIe siècle, résume cavalièrement la conquête par l’islam d’immenses territoires : « Omar, disciple de Mahomet, les subjugua et leur enseigna les folies de l’Alfurcan ». De tous les lexicographes anciens, Furetière (Dictionnaire universel, 1690) est sans doute le moins obséquieux : l’Alcoran est le « livre qui contient la loi du faux prophète Mahomet (« faux prophète », il a écrit « faux prophète », le saint homme !). C’est une prétendue conférence de Mahomet avec Dieu et les Anges, dont il dit qu’il a reçu sa loi ». Thomas Corneille (Dictionnaire des arts et des sciences, 1694) est peut-être plus féroce encore : « on peut dire que c’est un galimatias continuel, et sans aucun ordre. Il y a des titres fort extravagants dans la plupart des chapitres, comme des Mouches, des Araignées, et autres semblables ». Dans L’Encyclopédie (1751-65), cette bible des Lumières, le mépris est patent : « c’est le livre de la loi mahométane ou le livre des révélations prétendues et de la doctrine du faux prophète Mahomet ». « Dans toutes les fausses religions, le mensonge a affecté de se donner les traits de la vérité », ajoutent-ils. Il est vrai que les hommes des Lumières avaient en horreur le fanatisme et les fables, sentiment que leurs lointains descendants semblent avoir remplacé par la complaisance ou la dévotion ; ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94), où est énoncée la vulgate moderne : « livre sacré des musulmans, recueil de prédications de Mahomet, à caractère à la fois prophétique et législatif, qui constitue la base de la vie religieuse et politique de l’État théocratique musulman ».
Les encyclopédistes ont le mérite d’esquisser les grandes lignes de la genèse du Coran : « l’opinion commune parmi nous sur l’origine de l’alcoran est que Mahomet le composa avec le secours de Batyras, hérétique jacobite, de Sergius, moine nestorien, et de quelques Juifs ». Ils se réfèrent à l’admirable savant qu’était M. d’Herbelot (Bibliothèque orientale, 1697), lequel « conjecture qu’après que les hérésies de Nestorius et d’Eutychès eurent été condamnées par des Conciles œcuméniques, plusieurs évêques, prêtres, religieux et autres, s’étant retirés dans les déserts de l’Arabie et de l’Egypte, fournirent à cet imposteur (comprendre Mahomet) des passages défigurés de l’Ecriture Sainte et des dogmes mal conçus et mal réfléchis, qui s’altérèrent encore en passant par son imagination : ce qu'il est aisé de reconnaître par les dogmes de ces anciens hérétiques, dispersés dans l’Alcoran. Les Juifs répandus dans l’Arabie n’y contribuèrent pas moins ; aussi se vantent-ils que douze de leurs principaux docteurs en ont été les auteurs (…) Mais les Musulmans croient comme un article de foi que leur prophète, qu’ils disent avoir été un homme simple et sans lettres, n’a rien mis du sien dans ce livre, qu’il l’a reçu de Dieu par le ministère de l’Ange Gabriel, écrit sur un parchemin fait de la peau du bélier qu’Abraham immola à la place de son fils Isaac, et qu’il ne lui fut communiqué que successivement verset à verset en différents temps et en différents lieux pendant le cours de 23 ans. C’est à la faveur de ces interruptions qu’ils prétendent justifier la confusion qui règne dans tout l’ouvrage, confusion qu’il est si impossible d’éclaircir que leurs plus habiles docteurs y ont travaillé vainement ; car Mahomet, ou si l’on veut son copiste, ayant ramassé pêle-mêle toutes ces prétendues révélations, il n’a plus été possible de retrouver dans quel ordre elles ont été envoyées du Ciel ».
Arrêtons-là le massacre. On l’a compris, et tous les extraits le disent avec éloquence, jadis les Français se moquaient des fables à dormir debout ; ils étaient volontiers impertinents, insolents, anticonformistes, persifleurs ; ils ne se prosternaient pas devant les récitants du Coran. Tout cela est révolu. La main mise des socialos et des gauchistes sur l’université, la presse, les media, l’opinion, etc. a mis fin à la pensée libre et à l’expression juste. Les soixante-huitards n’ont pas interdit d’interdire, ils ont interdit de dire et pour cela, ils ont emprisonné la langue afin de tuer dans l’œuf toute pensée libre.
14:08 Publié dans Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, islam, france
12 novembre 2012
Musulman
Ce mot, nom ou adjectif, est relativement récent dans l’histoire de la langue française. Il est attesté dans la seconde moitié du XVIe siècle et les académiciens l’enregistrent dans la quatrième édition de leur dictionnaire en 1762. L’islam commence au début du VIIe siècle, le mot qui désigne ses sectateurs apparaît en français neuf siècles plus tard. Ce long silence n’en est pas un. Jusqu’au XVIe siècle, et même jusqu’à une date récente, les musulmans n’étant pas désignés par le nom musulmans ou qualifiés de musulmans, mais ils étaient des mahométans, c’est-à-dire des sectateurs de Mahomet, ou des macommetistes, machommetistes, mahometicques, mahumetiques, macometicques, mahumediques. Le mot est emprunté au turc, lequel l’a emprunté du persan (c’est en persan qu’il prend le suffixe –an), lequel l’a emprunté de l’arabe ou, plus dire les choses plus exactement, c’est l’arabe, langue impériale et impérialiste, qui l’a imposé aux peuples non arabes que les arabes ont soumis. En arabe, musulman, c’est muslim.
Pour les auteurs de dictionnaires anciens, le mot n’est pas un nom, mais un titre : « titre que prennent les mahométans et qui signifie vrai croyant, qui met toute sa confiance en Dieu », non pas en Dieu, mais en Allah (DAF, 1762) ; « titre par lequel les mahométans se distinguent des autres hommes et qui signifie dans leur langue vrai fidèle, vrai croyant » (DAF, 1835). Un titre n’est pas un nom. Un nom désigne une réalité du monde, personne ou chose ; un titre est une dignité : « qualité honorable, nom de dignité » (DAF, 1762). Les académiciens, en 1762, illustre ce sens de titre des exemples suivants : « ce Seigneur a le titre de Duc, de Marquis ; cette terre porte titre de Comté ; il se dit héritier d’une telle Maison, Duc d’un tel lieu, mais ce n’est qu’un vain titre, il n’en a que le titre ». Autrement dit, en français, il faut les désigner par le nom de mahométans, musulmans étant le titre (de noblesse) qu’ils se donnent eux-mêmes ou la dignité qu’ils s’attribuent. Mahométan est neutre, musulman est mélioratif. Il y a de l’objectivité dans le premier de ces deux noms, de l’arrogance dans le second.
Apparemment, au terme objectif, les Français préfèrent le mot frelaté pour passer de la pommade dans le dos de ceux qu’ils courtisent ou devant lesquels ils s’aplatissent. Tous les Français ? Non, bien sûr, mais les seuls instruits (de la veille), les docteurs Diafoirus, les sciencieux du social, les prêts-à-tout et surtout au pire. Comme ils sont partout, ils ont imposé leur propre vocabulaire à un peuple, qui n’en peut mais. Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-1877) fait la différence entre mahométan et musulman, lequel est le « nom que les mahométans se donnent » ; de même les académiciens en 1932-1935 : « nom que se donnent les disciples de Mahomet et qui désigne les vrais croyants ».
Cette distinction a fini par s’effacer dans les dictionnaires actuels. Les auteurs du Trésor de la langue française (1971-1994) ne la font plus : « (adjectif) qui se réclame de la religion islamique, qui professe cette religion » et « (emploi substantif) adepte de l’Islam », mot qui aurait dû être écrit sans majuscule, la majuscule distinguant la civilisation (Islam) de la religion (islam). Mais ce Trésor étant l’organe du progressisme bien pensant, ses contributeurs ne s’embarrassent pas de distinctions, du moins quand elles les gênent ou pourraient aller contre leurs engagements, même s’ils citent un extrait « islamophobe » (comme on dit aujourd’hui, quand on exerce le pouvoir) de Guizot, « islamophobe » peut-être, mais objectif et juste : « Les Arabes (...) étaient conquérants et missionnaires (...). Plus tard ce caractère a déterminé le tour fâcheux de la civilisation musulmane ; c’est (...) dans la confusion de l’autorité morale et de la force matérielle, que la tyrannie, qui paraît inhérente à cette civilisation, a pris naissance... ». En 1935, les académiciens distinguaient encore le nom du titre ; dans la neuvième édition en cours de publication de leur dictionnaire, ils renoncent à cette salutaire distinction : « qui professe la religion islamique » (substantif : un musulman, une musulmane ; les musulmans des républiques anciennement soviétiques de l’Asie centrale sont en majorité sunnites).
Il n’en allait pas ainsi au temps où les écrivains, philosophes, savants de France pensaient que le devoir de tout « intellectuel » (pardon pour cet anachronisme) était de dire les choses telles qu’elles sont, sans les enrober de miel ou sans essayer d’en faire des villages Potemkine. C’était à la fin du XVIIe et au XVIIIe siècle, le siècle des Lumières. Elles brillaient alors ; elles sont bien éteintes aujourd’hui. Pour Furetière (Dictionnaire universel, 1690), musulman est « le titre que les mahométans prennent abusivement, qui veut dire en leur langue vrai croyant. Un Turc se fait grand honneur d’être appelé musulman ». Pour Thomas Corneille (Dictionnaire des sciences et des arts, 1694), c’est le « nom qu’on tient avoir été donné premièrement aux sarrasins et que les Turcs se font un grand honneur de porter ; il veut dire en leur langue vrai croyant ». Gilles Ménage (Dictionnaire étymologique, 1694) écrit : « nous appelons ainsi un mahométan. C’est un mot turc, qui signifie un homme qui croit ce qu'il faut croire ». L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (mazette !) est sans doute l’un des ouvrages les plus « islamophobes » (pardon pour cet anachronisme) qui soient. Alors, elle combattait l’obscurantisme, les ténèbres, l’ignorance. Pour les auteurs de L’Encyclopédie (1751-1772), musulman est le « titre par lequel les mahométans se distinguent des autres hommes ». En d’autres termes, ils chantent Islam über alles. « Les mahométans, ayant établi leur religion par le fer et le feu, massacrant ceux qui ne voulaient pas l’embrasser, et accordant la vie à tous ceux qui l’embrassaient, les appelaient musulmans, c’est-à-dire exempti è periculo (ou soustraits au danger ou arrachés du danger) ; de là il est arrivé par la suite des temps que ce mot est devenu le titre et la marque distinctive de cette secte et a été attaché par eux à ce qu’ils appellent vrais croyants ».
On peut gager qu’aucun écrivain actuel n’osera mettre dans ses écrits sur les mahométans et le mahométanisme le millième de la vérité et le centième de l’insolence des philosophes des Lumières.
15:29 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : france, société, christianisme
09 novembre 2012
Refondation
Le verbe fonder, qui, en latin, signifie « bâtir », mais aussi « établir » et « instituer », fait partie du vocabulaire, riche de significations puissantes, qui définit ou caractérise une civilisation, en l’occurrence celle dont nous sommes les héritiers : la civilisation chrétienne ou judéo-chrétienne et gréco-romaine.
Le sens propre de fonder, attesté au début du XIIe siècle, à savoir « bâtir » ou « mettre les premières pierres ou les premiers matériaux pour la construction d’un bâtiment » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), n’appelle guère de commentaires. Il en va différemment du sens figuré, attesté dès 1160 : « établir, instituer » (une ville, une religion, etc.). Il est exposé ainsi dans le DAF (1694) : « figurément (on dit) fonder un empire, un royaume, un Etat pour dire être le premier à le former, à l’établir, et, fonder un ordre religieux pour dire en être le premier instituteur ». Les académiciens ajoutent que ce verbe se dit « des choses d’esprit, des choses morales et signifie établir sur quelque principe, appuyer de raisons ». Les compléments de ce verbe, employé dans ce sens, sont opinion, prétentions, demandes, espérance en Dieu ». Enfin, « fonder signifie aussi donner un fonds suffisant pour l’établissement, pour la subsistance d’une Eglise, d’une communauté, etc. pour l’exécution, pour l’accomplissement de quelque œuvre pieuse, de quelque chose de louable ». On fonde une église, une chapelle, une messe, un hôpital…
Ces divers emplois sont relevés dans les éditions successives du DAF, comme dans celle de 1835 : « Fonder signifie au figuré établir le premier quelque chose, créer, instituer » (empire, royaume, Etat, république, colonie, ordre religieux, académie, manufacture, religion, doctrine, système…) et « il signifie particulièrement donner un fonds suffisant pour l’établissement et l’entretien de quelque chose de louable, d’utile » (une église, une chapelle, un hôpital, un collège, etc.). Ces sens, tous liés à ce qui s’est fait de grand en deux millénaires en Europe et en France ou ailleurs dans le monde, sont enregistrés dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77) de Littré : « figuré, faire le premier établissement d’une chose ; fonder une académie, une colonie, un ordre religieux » ; « léguer, donner un fonds pour l’établissement d’une œuvre religieuse, charitable, littéraire ; fonder une église, un couvent, une chapelle » ; « figuré, établir d’une façon permanente ». Le nom fondation, emprunté au latin, langue dans laquelle il est dérivé du verbe fundare, reprend les divers sens de fonder. Voici quelques-uns de ceux que Littré relève : « Figuré, action de créer quelque établissement » (fondation d’une colonie, d’un hôpital, d’une société savante) et « fonds légué pour une œuvre pieuse ou charitable ou louable d’une façon quelconque ».
Parmi les chefs d’escadrille qui composent le gouvernement de M. de Hollande, il en est un qui n’a que le mot fondation ou, mieux encore, refondation à la bouche. C’est l’homme de la boutique et des boutiquiers, qui porte mal son patronyme. Il s’écrie partout « payons », payons », « payons », mais il veut dire « payez », « c’est vous qui paierez » ou « payer, c’est l’emploi de votre avenir ». Sa tâche est de fonder et de refonder l'école, non pas avec son argent, mais avec celui des autres et, parmi les autres, les plus pauvres, les riches s’étant exilés depuis quelque temps vers des cieux moins incléments. La refondation de l’école est son slogan. L’école existe depuis vingt-cinq siècles au moins. Elle a été fondée par les centaines de générations qui se sont succédé en deux mille cinq cents ans. Eh bien, ce ministre se donne pour objectif de refaire ce que des millions d’hommes ont fait - mal selon lui. On se dit qu’il va rétablir la connaissance, le savoir, l’instruction publique, l’accès aux grandes œuvres, etc. Que nenni. Sa refondation, c’est la reprise de la démolition commencée sous Savary, Jospin et Lang. Tout cela serait tragique, si l’on prenait les chefs d’escadrille de M. de Hollande pour autre chose que ce qu’ils sont. Et le tragique s’évanouit d’un coup quand on apprend que la refondation de l’école consiste à ajouter trois jours de congés supplémentaires à la Toussaint aux chers camarades du clergé enseignant et à multiplier les emplois factices pour remplacer les innombrables enseignants absents pendant les semaines qui précèdent ou qui suivent les vacances légales. Pour un ministre, ça, c’est un chef d’escadrille !
15:19 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, société
06 novembre 2012
Pacte
En latin, pactum, auquel est emprunté pacte, a pour sens « traité », « accommodement », « convention ». C’est dans ce sens que le nom pacte, écrit souvent pact ou pat (Furetière, en 1690, continue à l’écrire pact, bien que Vaugelas, en 1647, ait décidé que « pact ne valait rien du tout » et qu’il fallait y préférer pacte), est attesté au début du XIVe siècle : « li pat vainquent les lois » (les accords sont au-dessus des lois) et qu’il est défini dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française ; en 1694 et 1762 (première et quatrième éditions), « convention » (« il y a pacte entre eux ») ; 1835 (sixième édition) : est ajouté l’emploi de pacte de famille ou « accord fait entre les membres d’une famille souveraine occupant des trônes différents », que Littré définit plus explicitement ainsi : « traité conclu en 1761 entre la France et l’Espagne, par lequel toutes les branches de la maison de Bourbon s'obligeaient à se soutenir mutuellement », emploi qui n’est plus relevé dans la huitième édition (1935) du Dictionnaire de l’Académie française, sans doute parce que les affaires royales étaient devenues désuètes dans une République triomphante. Dans cette édition, le mot n’est plus défini par le seul équivalent convention, mais par la description : « convention qui est, en général, accompagnée d’actes publics qui lui donnent un caractère d’une importance particulière ».
Ce que les académiciens notent en 1694, ainsi que dans les éditions suivantes de leur Dictionnaire, c’est, dans les exemples cités (« cela ne se peut sans pacte avec le diable »), l’emploi de pacte dans un contexte de diableries, cet emploi étant attesté (entrer en pacte avec le diable) au début du XVIIe siècle. Contrairement à ce qui en a été dit, le XVIIe siècle n’a pas été seulement le siècle de la raison, de la mesure, de l’ordre ; il a été aussi celui de l’omniprésence du diable, de l’usage abusif des poisons, du recours à la magie et des croyances superstitieuses. Furetière, bien qu’il fût membre de l’Académie française, n’est pas retenu par les scrupules bienséants de ses collègues. Dans son Dictionnaire universel (1690), il s’étend longuement sur le sens sulfureux de pacte : « il se dit particulièrement des consentements qu’on donne aux impostures et sortilèges de ceux qui prétendent faire des choses merveilleuses par la puissance ou le ministère du Diable : et en ce cas, on distingue un pact exprès, quand on donne un consentement formel à ces impostures ; et un pact tacite, quand on pratique leurs enseignements ou cérémonies sans faire une renonciation expresse à tout commerce avec les puissances infernales », confirmant de fait que le siècle du Roi Soleil a pactisé avec le Diable d’abondance.
C’est au XVIIIe siècle, chez Rousseau, que la diablerie entre dans le social et même, comme on dit aujourd’hui, le sociétal : « le pacte social établit entre les citoyens une telle égalité qu’ils s’engagent tous sous les mêmes conditions et doivent tous jouir des mêmes droits » (in Contrat social). Alors se déclenche l’extension de ce nom à toutes les réalités imaginables, à condition qu’elles soient sociales : pacte pour l’emploi, pacte pour le logement, pacte écologique et pacte présidentiel de Madame Royal en 2007 et le maintenant célébrissime PACTE pour la COMPETITIVITE du sieur Gallois, PDG de toutes les entreprises nationalisées ou d’Etat qui sont, ont été ou seront en France. Selon les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-1994), à l’origine, pacte serait un terme de droit (« convention expresse ou tacite, en principe immuable, entre deux ou plusieurs parties »), ce que les exemples cités ne confirment pas : « on viole le pacte non écrit qui lie les gens d’une certaine caste ; on devient celui contre qui, s’il s’obstine, tout sera permis » (Mauriac, 1940) ; « l’amitié est un pacte, où l’on fait la part des défauts et des qualités » (Maupassant, 1884). Du droit civil (pacte de préférence, « convention par laquelle le propriétaire d’un bien, pour le cas où il le vendrait, le réserve au bénéficiaire de la clause, de préférence à toute autre personne, pour un prix déterminé ou déterminable ») et du droit international (« accord conclu entre Etats » ; pacte de non-agression, pacte de la Société des Nations, pacte atlantique), le nom pacte passe à l’histoire économique (pacte de famine, « accord qui aurait été conclu entre des financiers au XVIIIe siècle pour s’assurer le monopole des grains »), à la société (pacte social, « convention par laquelle les hommes sont unis en société et défèrent pouvoir et autorité à certains d’entre eux »), à l’économie (pacte colonial, « système élaboré pour régler les relations douanières entre les colonies et les puissances européennes, par lequel le marché colonial est réservé à la métropole et le monopole du pavillon est réservé à la marine métropolitaine »). Outre « convention », les auteurs du Trésor de la Langue française donnent à pacte le sens de « résolution par laquelle quelqu’un décide de rester fidèle à quelque chose » et, par métonymie, celui de « accord constant » avec la chance, l’enfer, la lâcheté, la mort.
Soit le pacte pour la compétitivité. Ce serait de l’impiété inutilement insolente que de supposer que le bureaucrate qui a rédigé ce pacte pour les chefs d’escadrille qui ne volent pas et qui, ne volant plus, sont ministres, députés, sénateurs, maires, présidents de CG, de CR et autres conseils, commissions, comités à jetons de présence, mais tous du même bord que le chef des chefs d’escadrille, a passé un pacte avec le diable ou avec d’autres forces malfaisantes. Il est évident aussi qu’aucune convention n’a été signée entre ce bureaucrate et les citoyens, ni accord, ni traité, ni accommodement. Ce pacte est un énième rapport qui, enfonce les portes ouvertes et qui, pour cacher qu’il les enfonce, est baptisé pacte.
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01 novembre 2012
Couac et couacs
Ce mot est une onomatopée, c’est-à-dire que les sons dont il est formé imitent un bruit, un cri ou un son discordant. Il est attesté dans la première moitié du XVIe siècle chez Marot et Palissy : « Le renard d’une vitesse soudaine empoigne la grolle (le corbeau ou la corneille), laquelle ne sut tenir aucune contenance que de faire coua ».
Il n’est enregistré dans les dictionnaires qu’à compter de 1872. Littré le relève dans le Dictionnaire de la langue française (1863-77), en indiquant que le pluriel est couac : « Onomatopée burlesque qui se dit pour exprimer les fautes que font avec les instruments à anche ou à bocal les débutants qui n’ont pas l’embouchure ; on le dit aussi des chanteurs ». Le couac était un cri d’animal ; il devient une fausse note. C’est ce que confirment les académiciens (1932-35) : « onomatopée qui s’emploie pour désigner une fausse note rendue par une voix ou par un instrument de musique », et dans la neuvième édition (en cours de publication) : « son discordant et désagréable émis fortuitement par un chanteur ou par un instrument à vent (on dit aussi canard) ».
Dans le Trésor de la langue française (1971-94), les deux sens, cri d’un animal et fausse note, sont exposés : « Onomatopée du cri du corbeau et, par analogie, d’autres oiseaux » et « note fausse, discordante, produite par un instrument à vent ou un chanteur ». Comme couac est le cri du corbeau, cette onomatopée est aussi employée comme un nom pour désigner un « cri de moquerie dont on poursuit les ecclésiastiques en raison de leurs vêtements noirs comme le plumage du corbeau » et, par métonymie, en argot, un « prêtre » : enfin, ce peut être «un « calembour de mauvais goût ».
Dans aucun de ces dictionnaires, n’est enregistré le sens « figuré » qui obtient un vaste succès chez les mondains et les journaleux au sujet des chefs d’escadrille qui nous gouvernent : « nous », pas d’exagération, ils sont seulement membres d’un gouvernement de la République. Ces gouvernants ne sont ni des corbeaux (encore que quelques-uns d’entre eux croassent quand ils parlent), ni des prêtres (essayez de croasser au passage de Peillon Payez), ni des musiciens, ni des chanteurs, et pourtant ils font couacs sur couacs (au pluriel, couacs prend un s, quoi qu’en ait dit Littré) et vice versa couacs sur couacs, sur tout sujet, à tout moment, à tout propos, comme des chefs d’escadrille apprenant à jouer du pipeau. Certes, M. de Hollande est célèbre par les blagues stupides qu’il raconte à tout moment. Pour lui, un couac est sans doute un calembour « de mauvais goût ».
Si le sens dans lequel est entendu couac dans les médias n’apparaît pas dans les dictionnaires, c’est qu’il est tout moderne : il est juste de la veille. Les académiciens le signalent, mais dans la neuvième édition du DAF : « figuré et familièrement : dans cette alliance, on percevait déjà quelques couacs, quelques dissonances ». Chacun au gouvernement tire à hue et à dia et dissone à la diable.
Il est un autre couac, emprunté aux langues des Caraïbes, qui a pris la même forme que le cri du corbeau. Littré le relève dans le sens de « terre argileuse dont les nègres sont très avides ». Littré, qui est un vrai progressiste, emploie sans retenue le mot nègre et prête aux noirs, qu’il ne connaît ni d’Eve ni d’Adam, des habitudes alimentaires étranges : ils mangeraient de la terre. Il faut vraiment être progressiste, autant que les ministres à couacs, pour croire que les noirs mangent de la terre. Et pourquoi pas des pierres ? Les auteurs du TLF (1971-94) lèvent le mystère. Cette « terre argileuse » est de la « fécule de la racine des maniocs amers, légèrement torréfiés ». Les auteurs de couacs produisent donc de la terre argileuse dans laquelle, par temps de pluie, ils pataugent, s’enfoncent ou glissent. Voilà qui ravit sans doute les rieurs, mais qui désespère ceux qui se font une idée de la France qui ne se réduit pas aux couacs, quelque sens que l’on donne à cette onomatopée.
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07 octobre 2012
Compétitivité
Voilà un mot de la dernière modernité, et si moderne qu’il a fini par entrer au gouvernement de la France. On aurait pu croire les ministres de la Restauration socialiste ringards, sortis d’un bocal de formol ou préservés de la pourriture par la naphtaline, que nenni ! Ils sont vivants et branchés ; la dernière langue à la mode leur est aussi familière qu’elle ne l’est à Rey.
L’adjectif compétitif, dérivé de la base nominale compétition, est attesté depuis un peu plus d’un siècle. Il a été fabriqué, peut-être sur le modèle de l’anglais competitive, plus ancien, en 1907 pour signifier ce qui « se rapporte à la compétition » (sportive, évidemment) et, en 1954, il a été étendu à l’économie avec le sens de « qui est susceptible d’affronter la compétition » (Trésor de la langue française, 1971-94). Sa modernité explique qu’il ne soit relevé que dans la neuvième édition du Dictionnaire de l’Académie française (en cours de publication depuis 1994). Encore est-ce dans le seul emploi propre à l’économie : « qui peut soutenir la concurrence ; qui est à même de soutenir la concurrence ».
C’est de cet emploi que dérive le nom compétitivité, attesté au début des années 1960 et qui est tenu pour un néologisme par les lexicographes du TLF (1971-94) : « aptitude d’un individu ou d’un groupe à affronter la concurrence » et « le fait de pouvoir soutenir la concurrence » (DAF, neuvième édition). Le mérite de compétitif et de compétitivité est leur clarté ; ils ne sont pas polysémiques ; leur sens ne présente aucune ambiguïté ; l’emploi qui en est fait est à la portée d’un enfant de dix ans, mais apparemment il pose des problèmes insurmontables à un ministre de la Restauration socialiste.
M. le Baron de l’Economie socialiste, ministre placé sous les ordres de M. Pigasse, banquier chez Lazard, grand maître des fusions et acquisitions, et rédacteur en chef du Monde et des Incorruptibles (c’est un éloge ironique !), est le seul qui pourrait dire, s’il parlait latin, « j’ai vaincu à Moscou » ou « j’ai vaincu Moscou » (c’est ironique !). Devant des centaines de micros et de caméras ébahis, il s’est lancé il y a deux ou trois jours dans une longue explication alambiquée de compétitivité. La France a, depuis x années, un déficit commercial de plusieurs dizaines (ou même centaines) de milliards d’euros ; elle importe de plus en plus de biens et en exporte de moins en moins. A n’importe quel citoyen prenant connaissance de ces données, il apparait que la France a un déficit de compétitivité ou qu’elle est moins compétitive que ses concurrents ou encore qu’elle est faible dans la concurrence internationale. Certes, il y a toujours la possibilité de supprimer cette concurrence; pour le moment, celle-ci existe. Mais quand on est ministre du gouvernement de la Restauration socialiste et que l’on est le pantin que fait parler M. Pigasse de Lazard, il est impossible de reconnaître la réalité de cette perte de compétitivité. Alors on louvoie, on hésite, on trébuche, on cache la vérité, on nie le réel, on refuse d’employer tel ou tel mot et on s’installe dans le charabia, qui est le dernier refuge des crétins. Donc, il n’y aura pas de « choc de compétitivité », s’exclame le vainqueur de Moscou, près de s’indigner, parce que choc n’est pas le mot adéquat et que lui, il condamne ce mot. Non, il y aura un « accompagnement de compétitivité », sans doute comme il y a un accompagnement pour les malades à l’agonie, ou mieux, comme l’a déclaré doctement M. Ayrault de Saint-Herblain à la bannière socialiste gouvernementale, une « trajectoire de compétitivité » – oui, une « trajectoire de compétitivité ».
Ce dont on est sûr avec les chefs d’escadrille, c’est qu’ils ne toucheront jamais le fond ou que, s’ils le touchent, ils sont capables de creuser encore pendant des siècles pour éviter des milliers d’autres fonds. En bref, on n’a pas fini de rigoler.
17:25 Publié dans Chroniques de la Restauration, Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, économie
12 septembre 2012
Parasite
C’est un mot qui appartient à la vieille civilisation de l’Antiquité. Il a été emprunté au tout début du XVIe siècle du latin parasitus (« invité », « convive », mais aussi « écornifleur » ou « pique-assiette» »), mot qui est emprunté au grec, langue dans laquelle il a pour sens « qui mange avec quelqu’un d’autre », « commensal » et même « parasite payant son repas de flatteries et de bouffonneries ». C’est dans ce sens latin et grec de « pique-assiette » qu’il est employé en français : « écornifleur, qui fait métier d’aller manger à la table d’autrui » (Dictionnaire de l’Académie française, 1694, 1762, 1798, 1835, Féraud 1788, Littré 1872-77). « Il désigne simplement aujourd’hui celui qui cherche à se nourrir, à vivre aux dépens d’autrui » (DAF, 1932-35), une « personne qui vit aux dépens d’autrui » (DAF, neuvième édition, en cours de publication).
Quelques auteurs de dictionnaires tentent de distinguer l’emploi « moderne » de parasite des emplois que l’étymon latin ou grec avait dans l’Antiquité, comme le fait Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77). Le sens moderne (« aujourd’hui celui qui fait métier d’aller manger à la table d’autrui ») est distingué des sens historiques : « chez les anciens, sorte d’écornifleur qui faisait métier de manger à la table de quelque riche en l’amusant par des flatteries et par des plaisanteries » ou « nom officiel des hommes qui, dans certaines républiques de la Grèce, étaient admis à partager les victimes avec les prêtres et à s'asseoir à la table des magistrats ». Il en va de même dans le Trésor de la langue française (1971-94). Dans l’Antiquité, c’était « l’assistant d’un prêtre, qui prenait soin des provisions des dieux et qui était invité à prendre part aux repas communs » ou, dans un sens péjoratif, une « personne qui recherchait les repas publics au Prytanée et, par la suite, les tables bien servies chez les riches, payant son écot en empressements, en complaisances, en bassesses » et, au théâtre, un « type de personnage de la comédie gréco-latine ». Dans la France moderne, c’est ou bien une insulte ou bien une « personne qui vit prospère aux dépens d’une autre personne ou d’un groupe de personnes » ou encore, quand il est employé adjectivement (industrie parasite), quelque chose « qui coûte plus qu’il ne rapporte, qui exploite, tire profit sans rien rapporter, qui se pratique au détriment de la société ». Dans ces deux sens modernes, les emplois sont innombrables, comme si la France n’était peuplée que de parasites (sociaux, économiques, du budget, du pouvoir, etc.), ce succès expliquant peut-être les innombrables emplois métaphoriques de ce terme en biologie, parasitologie, minéralogie et dans les télécommunications, etc.
Les politiciens et les journaleux en raffolent aussi. Ils ont l’injure facile. En conséquence de quoi ils tiennent tous ceux qui leur déplaisent – soit x % des Français – pour des parasites et ils les accusent de parasitisme. C’est sur cette pente glissante que se sont hasardés récemment M. Mélenchon et les journaleux de Libé. Pour eux, M. Arnaud est un parasite. Pourquoi pas dans l’absolu ? Mais en décider est impossible. En revanche, il est possible de dresser un parallèle entre M. Arnaud et M. Mélenchon et entre M. Arnaud et les journaleux de Libé. M. Arnaud a, semble-t-il, toujours travaillé ; M. Mélenchon n’a jamais travaillé, sinon maître (d’école) auxiliaire pendant deux ou trois ans. M. Arnaud emploie plusieurs dizaines de milliers de personnes à qui il donne chaque mois un salaire correct ; M. Mélenchon n’emploie personne et il a toujours vécu avec l’argent des autres – en particulier celui des pauvres. M. Arnaud est peut-être un parasite, mais M. Mélenchon est un parasite à la puissance mille. Il en va de même des journaleux de Libé dont le salaire, très confortable, vient des aides et subventions de l’Etat. Autrement dit, ils vivent aux crochets des travailleurs – c’est sans doute pour cette raison qu’ils les haïssent.
18:42 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
05 septembre 2012
Esclavage
C’est en 1599, chez un écrivain méconnu, Blaise de Vigenère, que le nom esclavage, dérivé de l’adjectif et nom esclave, est employé pour la première fois. Malherbe disait et écrivait esclavitude, qu’il préférait à esclavage, sans doute parce que le suffixe age sert à former des noms d’action à partir d’un verbe (nettoyer, nettoyage ; brosser, brossage ; etc.) ou à former des noms désignant un ensemble (feuilles, feuillage ; branches, branchage ; langues, langage ; etc.). C’est oublier que age peut former aussi des noms, à partir d’adjectifs ou de noms, tels serf, esclave, veuve, pour désigner un état : servage, esclavage, veuvage. Vaugelas n’aimait ni esclavage, ni esclavitude. On ne sait si son aversion était due aux mots mal formés ou à la chose, l’état d’esclave, qu’ils désignent : « il faut éviter l’un et l’autre, tant qu’il est possible, et je ne suis pas seul de cet avis », écrit-il dans ses Remarques sur la langue française. De cela, Littré conclut triomphalement que « le puriste s’est trompé sur le sort d’un de ces mots ; esclavage est entré pleinement dans l’usage ». Pour les malheureux qui ont eu à endurer l’état d’esclave (certains l’endurent encore), il eût mieux valu que le nom n’entrât point dans l’usage : cela aurait signifié que la chose n’a pas existé.
Le nom esclavage est enregistré dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie française, de la première (1694) à la neuvième, celle qui est en cours de publication. D’une édition à l’autre, la définition est identique : en 1694 comme en 1932-35, c’est « état, condition d’un esclave ». Les adjectifs qui qualifient esclavage sont « rude, dur, cruel, perpétuel » (de 1694 à 1935). En revanche, dans l’édition en cours de publication de leur Dictionnaire, la neuvième, les Académiciens donnent des gages à leur époque. Ils se croient obligés de « généraliser ». L’esclavage n’est plus la « condition d’un esclave », mais la « condition de l’esclave ». Un esclave, c’est un homme (ou une femme) réel, vivant, en chair et en os. L’esclave, c’est déjà une idée. On voit un esclave, on ne voit pas l’esclave. De l’abstraction, la définition bascule dans le sociologisme : « condition de l’esclave et, par extension, institution sociale fondée sur l’existence d’une classe d’esclaves », avec les trois mots fétiches, institution, sociale, classe, de la grande religion sociale moderne.
En revanche, ce qui a changé, surtout à compter du milieu du XIXe siècle, ce sont les exemples qui illustrent l’esclavage. De 1694 à 1798, dans les cinq premières éditions, la définition est suivie de ces deux phrases : « il était en esclavage en Turquie » et « il aima mieux mourir que de tomber en esclavage » ; dans la sixième édition, en 1832-35, la Turquie est remplacée par Tunis : « il était en esclavage à Tunis », mais le second exemple est maintenu : « il aima mieux mourir que de tomber en esclavage ». Autrement dit, pendant près de deux siècles, les seuls exemples d’esclavage qui vinssent à l’esprit de nos ancêtres étaient ceux de chrétiens, français, italiens, espagnols ou autres, capturés, mis aux fers et vendus dans les pays d’islam : Turquie et Tunisie. Il y a deux siècles, l’infibulation, que l’on peut résumer par la maxime motus et bouche cousue, n’était pas obligatoire : on était autorisé à dire les faits, tels qu’ils étaient établis. Aujourd’hui, ces faits vaudraient à l’imprudent qui oserait les rappeler procès à répétition, mise au pilori à vie, séjour prolongé dans les camps de rééducation forcée du PCF, de la LCR, de Sauce raciste, du PS, de la HALDE ou du MRAP.
Dans L’Encyclopédie de d’Alembert et Diderot (1751-65), un long et très bel article, inspiré par De l’esprit des lois de Montesquieu est consacré à l’esclavage. Toutes les formes d’esclavage, religieuses ou profanes, antiques ou modernes, sont jugées contraires à l’état de nature, au droit naturel, à la bonne marche de la société et sont condamnées au nom de la morale, du droit, de la politique, de l’économie. « La loi du plus fort, le droit de la guerre injurieux à la nature, l’ambition, la soif des conquêtes, l’amour de la domination et de la mollesse, introduisirent l’esclavage, qui, à la honte de l’humanité, a été reçu par presque tous les peuples du monde ». Voilà qui est bien. Pourtant, l’auteur, qui s’étend longuement sur l’esclavage dans la Grèce, l’Italie, Israël, l’Europe antiques et sur l’esclavage des Noirs, est discret sur l’esclavage islamique, auquel il ne consacre qu’un seul court paragraphe. Cet esclavage qui a duré près de quatorze siècles et qui a touché au moins près de vingt millions de malheureux est réduit au seul esclavage des femmes dans les harems : « dans tous les états mahométans, la servitude est récompensée par la paresse dont on fait jouir les esclaves qui servent à la volupté. C’est cette paresse qui rend les sérails d’Orient des lieux de délices pour ceux mêmes contre qui ils sont faits. Des gens qui ne craignent que le travail, peuvent trouver leur bonheur dans ces lieux tranquilles ». Passées à la trappe les formes multiples de l’esclavage islamique (travail, humiliation, domesticité, mines, guerre, etc.), le rapt d’enfants d’infidèles, les garçons, pour en faire des janissaires ou des mamelouks ; les fillettes, des putes.
Littré (Dictionnaire de la Langue française, 1863-77) est l’un des premiers lexicographes qui aient renouvelé les exemples d’esclavage au sens de « état d’esclave dans l’antiquité » ou « état d’esclave chez les modernes » : ce sont « l’esclavage chez les Grecs et chez les Romains, emmener, réduire en esclavage des femmes, des enfants » et « l’esclavage des nègres », qui efface la Turquie ou Tunis. A partir de la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), les Académiciens lui emboîtent le pas. Il est vrai que l’affaiblissement, puis la disparition, de l’Empire ottoman a rendu impossible, en Méditerranée du moins, l’esclavage arabe et islamique, qui a perduré en Mauritanie, au Niger et, bien entendu, dans la péninsule arabique et dans la chère Arabie saoudite de la tolérance obligatoire. Le sens « état, condition d’un esclave » n’est plus illustré par « il était en esclavage en Turquie », mais par « l’esclavage chez les Grecs et les Romains, l’esclavage des nègres, emmener, réduire en esclavage, l’abolition de l’esclavage » et, dans la neuvième édition, par « l’esclavage chez les Grecs et les Romains, l’esclavage des Indiens d’Amérique, l’esclavage des Noirs, du XVIe siècle au XIXe siècle, emmener, réduire en esclavage des ennemis vaincus, la lutte contre l’esclavage, l’abolition de l’esclavage ». Ces exemples, en particulier « l’abolition de l’esclavage », laissent accroire que l’esclavage est une réalité disparue ou historique, propre à une période close de l’humanité, laquelle aurait avancé en un siècle sur le chemin du progrès infini. Rien n’est moins vrai. L’esclavage prospère un peu partout, même en France. Les associations qui viennent en aise à ceux ou à celles qui tentent de se libérer de ce joug évaluent à plusieurs dizaines de millions les enfants, les femmes, les vieillards, même les hommes dans la force de l’âge, qui endurent une condition d’esclave, et non pas la « condition de l’esclave », sans que l’esclavage soit, comme l’écrivent si joliment les Académiciens, une « institution sociale fondée sur l’existence d’une classe d’esclaves ». Même les auteurs du Trésor de la Langue française (1971-94), qui se réclament d’une science objective et impartiale, occultent, dans les exemples qui illustrent le sens « état d’esclave », les formes d’esclavage moderne (« l’esclavage antique, l’esclavage des nègres, abolir l’esclavage ») et la réalité, pourtant attestée pendant près de quatorze siècles, de l’esclavage arabe ou islamique. Ils citent « l’esclavage aux Etats-Unis » ou « la transformation de l’esclavage antique en servage », comme sous la plume de Jaurès, l’incontournable : « quand, après l’effondrement de la société antique et du régime romain fondé sur la conquête, l’esclavage fut amendé en servage, les serfs aussi furent sur la glèbe objets de quelque propriété individuelle » (1901). Même dans la liste des syntagmes ou groupes de mots dans lesquels s’emploie le nom esclavage (« esclavage civil, domestique, dur, pénible, vil, les chaînes de l’esclavage, abolition, suppression de l’esclavage, partisans de l’esclavage, tomber, réduire, soumettre en esclavage, affranchir de l’esclavage, arracher à l’esclavage »), il n’est fait aucune allusion à l’esclavage arabe et islamique, qu’une fatwa a rétabli au Soudan dans les années 1980-90 lors de la guerre faite aux populations animistes ou chrétiennes du Sud, ni même à l’esclavage moderne, pourtant avéré par d’innombrables faits.
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01 septembre 2012
Cet éloge de Richard Millet n'est pas littéraire
Il y a plus de deux siècles, à toute menace de procès ou d'interdiction de publier ou d'emprisonnement ou de limitation de la liberté d'expression, les philosophes des Lumières rétorquaient : "Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dîtes, mais je ferai tout pour que vous puissiez le dire, l'écrire, le publier". Depuis 1750, la liberté d'expression n'a cessé de régresser en France. Désormais, la règle est la suivante : "Ce que moi, journaleux, ou moi, plumitif, ou moi, commissaire politique, ou moi, flic de l'opinion, dis, pense, écris, publie, est ce qu'il faut dire, penser, écrire, publier et tous les écrivains qui y contreviennent doivent être interdits, réprimés, sanctionnés, brûlés vifs". C'est ainsi qu'en usent les crétins, dont de vrais racistes, comme le censeur du NO, les plumitifs du Monde, dame Ernaux de la Bourdivinité, Ben Jelloun, les journaleux de France Cul, les flics de Libération, etc. quand ils exigent du patron de Gallimard qu'il licencie son employé Millet ou que les livres de celui-ci soient brûlés devant l'Arche des Droits de l'Homme, comme les nazis brûlaient les livres écrits par des juifs ou les musulmans détruisent tous les livres autres que le Coran.
Richard Millet aurait, aux dires de ces sbires, commis deux crimes : fait un éloge de Breivik et décrit l'antiracisme comme la forme moderne de la Terreur.
A cela, on peut répondre ceci : Millet n'approuve en rien Breivik, il en fait un éloge ironique ou distancié ou à contre-courant. Cet éloge s'inscrit dans son oeuvre, laquelle est, depuis plus de trente ans, une exploration du Mal et du Mal moderne. Breivik étant une figure du Mal, Millet s'y est intéressé. Son analyse, littéraire ou métaphysique, fait trop grand cas de Breivik.
Je me réjouis qu'elle soit publiée, mais je ne la partage pas. Pour deux raisons. Ce que prouve le coup que Breivik a réussi, ce n'est pas son génie, génie du Mal en l'occurrence, mais la nullité crasse des services de police et de renseignements norvégiens. N'importe quel service de police, faisant correctement son travail, aurait empêché Breivik de passer à l'acte ou, s'il était passé à l'acte, l'aurait arrêté : il y aurait eu dix morts, pas 77.
Les crimes de Breivik ne sont pas politiques. Le père de Breivik est un militant social-démocrate; il a fait une belle carrière dans la diplomatie grâce à son parti; sa mère est une militante social-démocrate, son beau-père aussi. Breivik a fait exploser le siège du gouvernement social-démocrate et il a assassiné 70 jeunes militants de ce parti. Il n'a pas assassiné des étrangers, mais les siens. Il n'y a ni racisme, ni haine de l'Autre dans ces tueries, mais haine de soi : c'est à lui-même, à ce qui lui a été enseigné pendant des années, à sa famille qu'il s'est attaqué. Il aurait pu comme Pierre Rivière tuer père, mère et beau-père ; il s'en est pris à ce que l'on a voulu faire de lui. Voilà qui tient d'une tragédie à l'antique et qui est à mille années lumière de la politique. C'est ce en quoi Millet s'abuse.
Quant aux thèses que Millet développe sur l'antiracisme, comment ne pas les approuver ? Il n'y a pas de racisme en France, et pas de raciste non plus, du moins chez les Français de souche. Si les lois et les moeurs de France comportaient 1% du racisme en vigueur en Arabie, en Iran, au Mali, en Algérie, au Maroc, en Indonésie, etc. on pourrait dire que la France est un peu raciste, pas beaucoup, un tout petit peu seulement. Or, il n'en est rien : pas de trace, pas de vestige, pas le début de la moindre esquisse de racisme. La seule réalité, c'est l'accusation de racisme. Si la France et les Français sont stigmatisés comme racistes, c'est que les mots racisme et raciste ont changé de sens : ils ne signifient plus "qui est persuadé de la supériorité de sa religion, race, nation, peuple, civilisation, etc. et qui, au nom de cette supériorité fantasmée, s'arroge le droit d'estourbir ou d'égorger tous ceux qui ne sont pas de cette religion, race, nation, etc.", mais "qui est d'une sale race, d'une race inférieure, d'une race à exterminer". C'est cette accusation de racisme qui, elle, non seulement est inspirée par un racisme primaire, viscéral, pulsionnel, mais aussi diffuse et répand partout en France ce racisme.
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28 août 2012
Raccommoder
"Raccommoder ce pays", dixit Dame Aubry à La Rochelle (PS).
« Raccommoder la France », tel est l’objectif que Dame Aubry, fille de l’Or, Chef de la Bannière socialiste de Lille, des Flandres et du Hainaut, vient de fixer au gouvernement de Monsieur de Hollande. Rien que ça, pourrait-on dire. Voilà qui ne monte pas très haut : il est vrai que Dame Aubry est courte sur pattes et que des hauteurs où elle se tient, elle voit surtout des bas à raccommoder.
Raccommoder (Dictionnaire de l’Académie française, 1694), c’est « refaire, rajuster, remettre en état » une maison, un mur, un plancher, un habit, un bas de soie, des bottes, des portes, des vitres, un pistolet, une selle, une coiffe. Il ne serait pas venu à l’esprit de nos ancêtres que l’action de raccommoder pût s’appliquer à la France : ils raccommodaient leurs chaussettes, pas un pays. Dans ce même dictionnaire, un autre sens est indiqué. Raccommoder, c’est aussi « remettre d’accord des personnes qui se sont brouillées après un (premier) accommodement » : apparemment, telle n’est pas l’intention de Dame Aubry. Elle n’entend réconcilier personne et surtout pas se réconcilier avec ceux avec qui elle s’est brouillée naguère, ni avec les ouvriers, ni avec les prolétaires, ni avec les travailleurs, ni avec les chômeurs. Elle ne se raccommode qu’avec les camarades de sa Bannière – à peine cent personnes, pas plus.
Sauf à laisser accroire que ces cent camarades sont la France, elle ne raccommodera rien, même pas sa perruque ou ses jupes, car raccommoder, c’est aussi « remettre dans une situation plus convenable, plus propre et plus selon la bienséance » (DAF, 1762) – ce qu’elle ne fera sans doute pas, à moins qu’elle ne confie à ses amis musulmans le soin de faire à Lille ou ailleurs cette opération de raccommodage par l’imposition de la loi islamique. Auquel cas, tout sera parfaitement accommodé ou raccommodé, surtout la tenue indécente des « femelles de France », comme on dit dans les parages de l’islam.
13:01 Publié dans Chroniques de la Restauration, Mythologies intellotes, Signes, Vieille langue française | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, ps, france
09 août 2012
Terrorisme
Le mot terrorisme est attesté en 1794 et il désigne la « doctrine des partisans de la Terreur » en 1793 et 1794. Le phénomène est spécifique de la prétendue Révolution – « française », hélas, car si l’on peut contester que ce qui s’est passé entre 1792 et 1815 ait été une révolution, puisque les révolutionnaires n’ont fait qu’achever le processus de centralisation administrative commencé par la monarchie de droit divin au XVIIe siècle, on ne peut pas contester que ces événements aient été « français ». Ce n’est pas seulement une « doctrine », c’est aussi un mode de gouvernement, fait de « mesures d'exception pour maintenir un gouvernement, s'emparer du pouvoir, atteindre un but politique ».
C’est ainsi que les auteurs de dictionnaires définissent le mot terrorisme, et cela dès 1798 (cinquième édition du Dictionnaire de l’Académie française : « système, régime de la terreur ») chez Barré (Complément au DAF, 1842) et chez Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) : « système de la terreur, pendant la Révolution française ». C’est aussi la définition qu’en donnent les auteurs du Trésor de la langue française (1971-94) : « politique de terreur pratiquée pendant la Révolution », lesquels font de cette définition une définition historique, donc close. Hors de cette période de l’histoire, c’est « l’emploi systématique par un pouvoir ou par un gouvernement de mesures d’exception et/ou de la violence pour atteindre un but politique » et surtout, c’est, entendu dans un sens atténué ou dégradé « l’ensemble des actes de violence qu'une organisation politique exécute dans le but de désorganiser la société existante et de créer un climat d'insécurité tel que la prise du pouvoir soit possible ». De fait, le terrorisme n’étant plus spécifique de la France ou n’étant plus propre à une période de l’histoire, il peut désigner un peu n’importe quoi, même le prétendu terrorisme intellectuel, celui dont Sartre aurait été la victime.
En fait, c’est au XIXe siècle que les progressistes (prétendus, vrais ou faux), les révolutionnaires (en herbe ou de pacotille) et, plus généralement, tous les républicains se sont évertués à effacer le lien consubstantiel entre terrorisme et Révolution française. Il fallait nettoyer cette Révolution des taches qui la souillaient. C’est l’entreprise à laquelle s’adonne l’instituteur et lexicographe Pierre Larousse dans son Grand (et très engagé) Dictionnaire du 19e siècle. Pour lui, le terrorisme est un « régime de terreur politique » certes, mais qui n’a ni racine, ni origine, et qui n’est pas propre à la France. D’ailleurs dans l’exemple qui illustre cette définition, objectivement très sommaire, surtout dans un dictionnaire qui tient d’une encyclopédie, le terrorisme est renvoyé à un parti polonais dont les militants luttaient pour l’indépendance de leur pays, celui-ci ayant été dépecé et partagé entre les grandes puissances impériales du XIXe siècle, Russie, Prusse, Autriche. « Le gouvernement prussien se crut obligé de prendre des mesures énergiques contre le terrorisme du parti d’action polonais ». Le terrorisme n’est plus une affaire française ; ce n’est même plus l’affaire d’un Etat, mais de citoyens qui s’assemblent pour arracher à un Etat étranger leur liberté. Ou encore, dans cet exemple qui illustre le sens du verbe terroriser (« tenir sous un régime de terreur »), la terreur n’émane pas de l’Etat, ni d’un gouvernement, mais de l’Eglise (évidemment) qui fait un excellent bouc émissaire : « L’Inquisition terrorisait le pays » (le pays des chimères, sans doute).
La manipulation de l’histoire est plus flagrante encore dans l’article consacré à terroriste, au sens de « partisan ou agent du terrorisme », sens illustré par cet exemple qui tient de la plaisanterie de potache ou de l’hagiographie : « les terroristes de 93 étaient d’une bénignité de mœurs extraordinaire ». Ils ont fait tuer et massacrer des dizaines de milliers (et même des centaines de milliers, en incluant les paysans de l’Ouest de la France) de citoyens innocents, et ils auraient eu des « mœurs » extraordinairement « bénignes ». Ils tuent plus férocement que des loups et ce sont des agneaux. Comprenne qui pourra. Cet article sinistre est suivi d’un bref exposé à prétentions « encyclopédiques », dans lequel les terroristes ne sont plus ceux qui ont « gouverné » la France par la terreur en 1793 et 1794, mais ceux qui, quelques mois après le 9 thermidor, c’est-à-dire après la chute de Robespierre, ont été emprisonnés et égorgés dans les prisons par des hordes de royalistes ivres de vengeance. Libérés bientôt pour ne pas mettre la « République » en danger, ces survivants se sont illustrés ensuite par leur patriotisme. La conclusion de M. Larousse, qui tient l’histoire pour un tour de passe-passe ou de l’escamotage magique, est lumineuse : « Là finit la dénomination de terroriste, qui fut remplacée, sous le Directoire, par celle d’anarchiste ». Le terroriste a imposé la République par la terreur ; il est désormais l’ennemi de la République. Voilà pourquoi la République est muette.
12:34 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, société, france
31 juillet 2012
Jeûne et ramadan
Jeûne
Ce nom, qui dérive du verbe jeûner, est attesté au début du XIIe siècle comme propre à la religion chrétienne. C’est une « abstinence commandée par l’Eglise » (Richelet, 1680, Dictionnaire français des mots et des choses), qui ne se rapporte pas à tous les aliments, mais à la viande. C’est « un espace de temps pendant lequel la Religion nous défend de manger de certaines choses et à certaines heures » (Furetière, 1690, Dictionnaire universel). « Le vrai jeûne consiste à ne faire qu’un repas par jour en vingt-quatre heures » (Ibid.). Les auteurs de dictionnaires anciens confirment cette définition : « abstinence de viande, en ne faisant qu’un repas dans la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner » (Dictionnaire de l’Académie française, 1762, 1798). A partir de la sixième édition du DAF (1835), ce qui prime, c’est le sens « général » du mot jeûne qui n’est plus spécifique de la religion chrétienne : « pratique religieuse, acte de dévotion, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification ». Dès lors, le mot peut s’appliquer à toute sorte de pratique alimentaire, médicale, diététique ou autre, le sens propre aux chrétiens et aux catholiques (« le jeûne des catholiques (…) consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ») n’étant cité qu’en second et même, chez Littré (Dictionnaire de la langue française, 1863-77) en troisième et dernière position dans l’article consacré à ce mot : « Abstinence d’aliments » (un trop long jeûne est nuisible à l’estomac) ; « Particulièrement, pratique religieuse, acte de dévotion qui consiste à s’abstenir d’aliments par mortification » (sont cités en exemple tous les jeûnes possibles) ; « Le jeûne des catholiques, qui consiste à s'abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner ». En 1879, 1932-35 et dans la neuvième édition du DAF (en cours de publication), les académiciens reprennent cet ordre, faisant de fait du jeûne chrétien, le premier qui ait été désigné par le mot jeûne et longtemps le seul, un sens particulier, inclus avec le sens général d’abstinence d’aliments dans une relation de partie à tout et même de sous-partie à partie et à tout, si l’on tient de l’extension de l’abstinence d’aliments (pour quelque raison que ce soit : diététique, médicale ou autre) à la dévotion : « Abstention totale d’aliments » ; « Pratique religieuse, qui consiste à s’abstenir d’aliments par esprit de mortification » ; « Jeûne des catholiques, qui consiste à s’abstenir de viande en ne faisant qu’un repas dans toute la journée » (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1832-35). Il en est ainsi dans le Trésor de la langue française (1971-94) : « Privation partielle ou totale (à l’exception, le plus souvent, d’eau), forcée ou non, de toute alimentation pendant un certain temps » ; « Acte de dévotion consistant à s’abstenir d’aliments dans un esprit de mortification et de pénitence » ; « (Religion catholique) Pratique religieuse consistant à ne faire qu’un seul repas important par jour dans lequel on s’abstient le plus souvent de viande, à certaines périodes fixées par le calendrier liturgique » ; « Au figuré, abstinence ou privation physique, morale ou intellectuelle ».
Il est légitime, au vu de ces définitions, de s’interroger sur le prétendu jeûne du mois lunaire de ramadan. D’abstinence de nourriture ou de viande, il n’y a pas ; de modération, encore moins. Pendant ce mois-là, les musulmans mangent plus que pendant les autres mois ; mangent, que dis-je ? bâfrent. C’est digne de La Grande Bouffe, ce film totalement oublié aujourd’hui qui a fait ricaner grassement les soi-disant rebelles des années 1970 - c’est-à-dire les bien pensants d’aujourd’hui. Tout l’atteste, ne serait-ce que l’augmentation du chiffre d’affaires des commerces implantés dans les quartiers islamiques et la croissance colossale des importations de nourritures (viandes, miel, sucre, blé, farine, etc.) dans les pays arabes et musulmans. Dans les années 1960 et au début des années 1970, le quotidien très bien pensant Le Monde avait parmi ses marronniers préférés la préparation des festivités du ramadan en Algérie : c’était (et ça l’est toujours) le pays chéri des tiers-mondistes. L’approche de ce mois de festivités donnait des sueurs froides aux autorités de ce pays. Aux difficultés d’approvisionnement, qui étaient alors la règle, s’ajoutaient celles qui sont propres à ce mois, pendant lequel la consommation de sucre, de miel, de semoule, de légumes, de fruits, de viande, etc. augmentait dans d’importantes proportions (elle doublait parfois, disaient les experts). Comme la distribution était de la responsabilité de l’Etat, les autorités achetaient sur les marchés internationaux ce que les coopératives agricoles ne produisaient pas. Ces achats étaient sources d’inflation conjoncturelle et de spéculation : les boutiquiers qui disposaient de ces aliments les retenaient en stock le plus longtemps possible pour faire augmenter les prix. Dans le milieu des années 1980, les médecins et les dentistes établis au Maroc faisaient état d’une forte augmentation d’occlusions intestinales pendant le mois de ramadan et de caries après le mois de ramadan. Autrement dit, jeûne désigne de façon inadéquate, donc fausse ou inexacte, les deux ou trois repas copieux pris la nuit, l’atmosphère de fête, les dépenses importantes de nourriture, toutes réalités avérées du mois de ramadan, où que ce soit dans le monde. Il n’y a pas de jeûne, simplement une inversion des repas. Pendant un mois, ils ne sont plus pris le jour, mais la nuit. Le beau jeûne que voilà, la belle épreuve aussi ! Le résultat est que ce beau mot des chrétiens et catholiques sert, à force de manipulations sémantiques, à désigner le contraire de ce qu’il signifie : non plus la modération de nourriture, mais les grandes bâfreries.
La grande bouffe de Noël en Europe ou ailleurs n’est pas nommée jeûne. Dans la langue française (populaire, précisent les auteurs du Trésor de la Langue française), il existe le nom ramdam, déformation de ramadan, qui désigne un grand bruit et du vacarme et dont les synonymes sont barouf, boucan, chambard, raffut. Ce que disent les mots français, c’est que le mois lunaire est l’occasion la nuit de bruyantes festivités qui n’ont que de lointains rapports avec le jeûne ou la spiritualités. Tous ces faits montrent que jeûne est un mot impropre ou inadéquat quand il est appliqué à la pratique rituelle de l’islam de l’inversion entre le jour et la nuit.
19:10 Publié dans Dictionnaire critique de la NLF, Mythologies intellotes, Signes | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (1) | Envoyer cette note | Tags : politique, islam, religion



