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01 janvier 2006

Les stigmatisés de la sociologie

 

Stigmatiser, stigmatisation

 

Il n’est pas de sociologue ou de journaliste qui n’évoque les populations "stigmatisées" de banlieue ou la stigmatisation qui humilie, ou humilierait, les jeunes gens originaires d’Afrique ou dont les parents sont originaires de ce continent. Seuls seraient stigmatisés les Africains qu’ils soient du Nord ou noirs : les populations venant d’Amérique ou d’Asie ne le sont pas, ou ne le seraient, à l’exception des Turcs et des kurdes, qui sont musulmans.

"Autrefois, écrit Littré dans son Dictionnaire de la Langue française (XIXe s.), on brûlait au fer rouge la peau des esclaves fugitifs", le fer rouge étant un morceau de métal porté à une température élevée, qui laisse, quand on l’imprime sur le corps, des marques indélébiles. Stigmatiser, c’est rabaisser les hommes au niveau d’animaux et en faire les choses d’un propriétaire qui en dispose à son gré. La punition est l’une des plus humiliantes qui soient.

Or, comme chacun sait, les populations de banlieue et les jeunes issus de l’immigration ne sont pas marqués au fer rouge : ils ne sont la propriété de personne et il ne leur est pas infligé de punition – à moins que vivre en France n’en soit une. Auquel cas, il leur suffit d’un billet d’avion aller simple pour y échapper. Les présenter comme des stigmatisés ou faire d’eux les victimes d’un processus de stigmatisation qui n’existe que dans la tête des sociologues, c’est user de mots mensongers. Il est vrai que le mensonge peut être efficace. Littré nous apprend qu’il est arrivé à des hommes, qui se croyaient stigmatisés, d’avoir des stigmates sur le corps. Ainsi "certains extatiques, par une contemplation assidue de la passion de Jésus-Christ, finissent, dit-on, par éprouver des douleurs, des manifestations pathologiques, des stigmates dans les parties du corps où les clous furent enfoncés et où le coup de lance fut porté". Littré est agnostique : de toute évidence, il ne croit pas à la réalité de ces plaies. Il se contente de préciser que ce sont des "on dit".

On comprend les raisons de l’invention sociologique de la stigmatisation. Il faut être deux pour qu’elle ait lieu : une victime et un bourreau. La victime est nommée : elle est, ou elle serait, arabe et musulmane. Le bourreau, lui, reste anonyme, son nom est tu. Il reste dans l’ombre menaçante. C’est la France ou les Français. La stigmatisation n’existe pas dans le monde réel, elle existe dans les seuls mots ou dans les on dit de Littré. Pourtant, elle a beau ne pas exister dans le réel, elle a une réalité verbale : et là, dans les discours, les stigmatisés de la sociologie ne sont pas les jeunes musulmans, mais la France, ses naturels ou la République haïe. Ce que nous apprennent les mots frelatés, c’est que, comme les trains de la SNCF, une stigmatisation en cache une autre. La première est fausse, la seconde est vraie. La première, étant imaginaire, ne porte pas guère à conséquence ; la seconde, étant réelle, transforme les naturels de France en une espèce de sous-hommes cruels et inhumains. Les barbares, c’est nous.

Les stigmates, nous apprend Littré, sont aussi "les marques des cinq plaies de Notre Seigneur Jésus-Christ qu’on prétend avoir été imprimées par faveur du ciel, sur le corps de Saint François d’Assise". Littré ne croit pas que Saint François ait été "marqué des stigmates de la crucifixion". Il transforme ce fait en un "on prétend". Quoi qu’il soit, les mots stigmates, stigmatisés et stigmatisation appartiennent au christianisme. Les stigmates sont les marques d’une élection divine, le stigmatisé le plus célèbre de l’histoire étant le Christ. On voit mieux maintenant les buts des sociologues. Ces gens-là ne croient ni à Dieu, ni au Diable, ils n’en recourent pas moins au vocabulaire christique qui fait des stigmatisés de banlieue les messies de l’ordre nouveau islamique. Jésus désormais se nomme Mahomet. Voilà ce que cachent les mots frelatés de la sociologie.

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