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03 janvier 2006

S'en moquer comme de l'an quarante

 

 

La langue française compte quelques joyaux, parmi lesquels l’admirable expression "se soucier ou se moquer de telle chose ou de quelqu’un comme de l’an quarante". Le Dictionnaire de l’Académie, dans la sixième édition, qualifie de proverbiale et familière la phrase "Je m’en soucie, je m’en moque comme de l’an quarante" et y donne le sens de "cela m’est complètement indifférent". Elle est synonyme de "se soucier de quelqu’un ou de quelque chose comme d’une guigne", la guigne étant au sens propre une cerise et, au sens figuré, une chose insignifiante, qui n’a pas plus de valeur ou d’importance qu’un clou ou, comme on dit familièrement, des clous ! Ces expressions se disent à propos de ce à quoi on n’attache pas d’importance ou de qui laisse indifférent. Au fil des siècles, le sens de "l’an quarante" a perdu de sa force, entre autres raisons, parce que ces mots, n’étant plus compris, ont été déformés.

Littré, qui était républicain et positiviste, relève "se moquer de quelque chose comme de l’an quarante" à l’entrée "moquer" de son Dictionnaire de la langue française. Il y donne une origine fantaisiste qui est plus conforme à ses partis pris idéologiques qu’à la réalité : "Je m’en moque comme de l’an quarante, sous–entendu de la république, dicton employé par les royalistes pour exprimer qu’on ne verrait jamais l’an quarante de la république". Il est possible que des royalistes aient employé cette expression à laquelle ils ont fait dire ce qu’elle ne signifiait pas, mais ils ne l’ont pas inventée. En effet, cette expression est attestée en ancien français, alors que la possibilité que la France puisse devenir une république n’était évoquée par aucune personne sensée.

Toujours au XIXe siècle, Pierre Larousse, qui était militant anticlérical, imagine dans son Dictionnaire une acception toute différente, antireligieuse bien entendu : "On suppose que cette expression vient des craintes superstitieuses (il s’agit de la peur de l’an mil, qui a eu plus de réalité chez les historiens du XIXe s. qu’elle n’en a eu dans les faits, et qui illustre la superstition historique) généralement répandues dans le commencement du XIe siècle. On prétendait que Jésus-Christ n’avait assigné à son Eglise et au monde qu’une durée de mille ans et plus. Une opinion accréditée voulait que ce terme expirât en l’an 40 du XIe siècle (pourquoi 1040 ? En bonne logique, elle aurait dû expirer en l’an 1033). Mais lorsque l’époque redoutable fut passée, on ne fit plus que rire de ces craintes puériles". C’est surtout Pierre Larousse qui en rit, neuf cents ans plus tard, et qui, par arrogance de "libre penseur", qualifie ces craintes imaginaires de "puériles".

L’an quarante n’a rien à voir avec quelque date que ce soit. Il ne désigne pas l’an XL de la République, ni l’an 1040 de l’ère chrétienne. Il est étranger à tout calendrier ou comput. Ces deux mots sont une déformation de l’Alcoran ou d’Al Coran, le livre saint de l’islam. Celui qui dit "je me soucie du ciron comme de l’an quarante" signifie qu’il n’attache aucune importance au ciron, exactement comme s’il était Alcoran, comme on disait jadis en français, ou le Coran, comme on doit dire depuis que les savants ont francisé en "le" l’article arabe "al".

"S’en moquer comme de l’an quarante" n’est pas la seule expression française dans laquelle se trouve employé, déformé ou non, le mot Alcoran. Littré relève, à Alcoran, l’expression "je n’y entends pas plus qu’à l’Alcoran", avec la signification "je n’y entends rien", l’Alcoran étant dans les mentalités populaires le comble de l’obscurité.

Commentaires

Bonjour, je lis vos notes avec beaucoup de plaisir. Je peux vous mettre dans mes liens?

Écrit par : strand | 03 janvier 2006

Bonjour, vos notes m'intéressent...

Écrit par : all_zebest | 04 janvier 2006

Je n'ai qu'un mot : EXCELLENT !!!!!

Écrit par : Delcambre | 11 janvier 2006

Les commentaires sont fermés.