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10 janvier 2006

Violence scolaire

 

Dans les mots violence scolaire, l’adjectif scolaire n’attribue pas de qualité à la chose que désigne le nom violence, mais il établit une relation entre deux réalités, la violence et l’école. Il équivaut à un complément du nom introduit par la préposition de : c'est "la violence de l’école". Scolaire est un adjectif dit "de relation" ou un "pseudo adjectif", comme dans représentation nationale, bibliothèque universitaire ou élection présidentielle. La représentation nationale est celle de la nation, la bibliothèque universitaire celle de l’université, l’élection présidentielle celle du président.

Violence scolaire signifie donc "violence de l'école". L’école, parce qu’elle est normative ou réputée telle, qu’elle impose une discipline ou est censée le faire, qu’elle corrige ou redresse la nature ou en est accusée, agresse des enfants faibles, innocents, naturellement bons et sans défense. Ces deux mots réfèrent à la thèse, rousseauiste ou libertaire, qui sous-tend depuis vingt ans ou plus les réformes de l’école. Violence scolaire a d’abord été la violence de l’école avant de désigner les crimes et les délits qui étaient commis à l’intérieur de l’école : non les coups de poing, les bousculades, les crêpages de chignon de cours de récréation, mais les viols, le vandalisme, les incendies, les vols en bande avec violence, le racket, les injures racistes, l’apologie de crimes contre l’humanité. Ces faits étant le pire acte d’accusation qui ait jamais été dressé contre l’école (et la France), ils sont devenus tabous. Bannis, ils ont été nommés violence scolaire, dont le sens a été changé. En effet, si les mots crimes et délits avaient été d’usage courant, comme ils auraient dû l’être si la France avait été un pays démocratique, ils auraient révélé que l’Etat n’est pas capable de garantir les droits naturels dans des lieux qui dépendent de sa seule autorité. Le très anodin violence scolaire a supplanté crimes et délits, quitte à ce que la syntaxe soit forcée : l’adjectif scolaire n’est plus un adjectif de relation, mais il équivaut à un complément de lieu. Ce n’est plus la violence de l’école, mais la violence à l’école.

Violence est un nom abstrait, au sens où il désigne une catégorie ou une qualité, non des actes, encore moins des crimes. Personne n’a vu la violence. Dans la réalité, ce dont témoignent les victimes, ce sont des délits et des crimes graves qui ne se commettent pas tout seuls, par magie, enchantement ou tour de passe-passe, mais qui ont des auteurs. Or, la fausse abstraction de violence scolaire escamote les criminels et les délinquants. De même, camps de travail, de rééducation ou de liberté cache des camps de la mort, lutte contre les parasites sociaux ou conquête de terres vierges transforme la déportation massive de peuples tout entiers en épopée nationale, justice sociale oint des saintes huiles du progrès l’extermination des classes nuisibles, luttes de libération nationale cache les purifications ethniques réussies. Violence exonère les criminels et les délinquants de leurs responsabilités dans les actes qu'ils commettent. Inhérente à l’homme, le définissant depuis la nuit des temps, la violence est un fait de nature. Il est dans l’ordre des choses qu’elle s’exprime, quitte à ce que soient sacrifiés quelques malheureux. Les fabricants de fausse monnaie verbale sont si constamment obsédés par la volonté de nier les réalités qu’ils ne se rendent pas compte que, pour cacher ce qui ne leur agrée pas, ils recourent aux explications "naturelles" les plus réactionnaires qui aient jamais été avancées dans l’histoire de notre pays.

Commentaires

Superbe, votre lent et passionnant travail d'étymologie, vraiment.
A ma façon, j'essaie, d'entrelacer, pensif et pensant, les mots précieux, obscurs et colorés et je cherche avec soin comment je puis, en, les gtattant, en ôter la rouille, afin de rendre clair mon coeur obscur... Ce n'est évidemment pas de moi qui hélas, comme de plus en plus de personnes et malgré le soin que j'apporte à l'écriture de mes textes, dois contribuer à mon tour à gauchir cette magnifique langue qu'est la nôtre...

Encore bravo.

Écrit par : Stalker | 11 janvier 2006

Je me joins au concert d'éloges mérités que vous recevez. La manipulation des esprits passe par celle du langage, et votre entreprise de déchiffrement de la NLF, ou nouveau dialecte bien-pensant, est proprement une libération des esprits, quand la NLF contribue à les enfermer dans des cages idéologiques et journalistiques. Mes encouragements pour cette oeuvre si utile et si salubre.

Écrit par : Henri | 11 janvier 2006

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