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16 janvier 2006

Autogestion

 

Autogestion est un mot récent : c’est en 1960 qu’il est attesté pour la première fois dans le Larousse encyclopédique avec le sens de "gestion d’une entreprise agricole ou industrielle assurée par un comité élu par les travailleurs de l’entreprise même" (in Trésor de la Langue française, volume 3). Larousse est une maison de commerce engagée, elle porte l’autogestion aux nues. Le Traité de sociologie, publié en 1968, fait de "l’autogestion des kolkhozes" un modèle, alors qu’à l’Est et en URSS, les paysans avaient moins de valeur que leurs poules et que les ouvriers restaient muets comme des carpes de peur de finir en Sibérie arctique.

Dans les années 1960-1970, il n’y avait rien qui ne fût apparié à son contraire dans une opposition binaire ou frontale, classe contre classe, gauche contre droite, dominés contre dominants. La guerre reprenait : elle était fort "civile". C’était blanc ou noir, + ou -, 1 ou 0. Le signe versus, abrégé vs ou /, condense l’esprit de l’époque. A b on opposait p, au cru le cuit, au mal le communisme, au bien le capitalisme, aux rouges les aliénés. Eloge ou diatribe, il n’y avait pas d’alternative : Mao, Pol Pot, Castro étaient loués ; le reste était haï. De l’autogestion, il était intimé de n’en dire que du bien ; seuls les nuisibles en auraient médit. A l’Ouest, l’humanité agonisait, mais ailleurs, à l’Est et au Sud, l’autogestion forgeait l’homme nouveau.

Ce délire est attesté dans le supplément du Grand Larousse Encyclopédique, publié en 1968, année où la France a failli sombrer dans le néant qui a détruit la Russie en 1917. Réalité avérée de "pays socialistes, tels que l’Algérie et la Yougoslavie", disent les auteurs de la maison Larousse, l’autogestion est "la gestion des entreprises par leurs travailleurs". L’avenir radieux était à notre porte. Il suffisait que l’autogestion soit importée en France, et tout changerait : la vie, le monde, le réel, l’univers, les relations entre les hommes et les femmes. Autogestionnaire, le paradis se réalisait tout seul, là, sous nos yeux, hic et nunc, vite, tout de suite.

Bien entendu, en Yougoslavie, en Algérie ou dans tout autre pays socialiste, malgré l’autogestion, les travailleurs ne géraient rien, et surtout pas les entreprises qui les faisaient larbiner en échange d’un quignon de pain. Où que ce soit dans le communisme, les esclaves sont esclaves. La gestion était le privilège de l’avant-garde autoproclamée. Grâce à l’autogestion, elle faisait main basse sur les richesses produites par ses esclaves.

Aujourd’hui, le voile sous lequel les dictionnaires Larousse ont caché la réalité de l’autogestion s’est dissipé. La Yougoslavie et l’Algérie sont dans l’abîme. Leurs ressortissants se sont transformés en tueurs xénophobes. Si l’Algérie n’était pas moubaraka et que l’islam ne la rendît pas intouchable, elle serait mise plus bas que le Chili de Pinochet, l’Espagne de Franco, la Grèce des colonels. N’étant pas islamique, la Yougoslavie a été rayée de la carte. Le réel ne se venge pas au hasard. Le paradis autogéré a accouché de l’enfer. En vingt ans, deux pays qui se tenaient pour les phares de l’humanité ont été détruits. L’autogestion est efficace. Appliquée au Sahara, en dix ans, elle en aura fait disparaître tout le sable. De fait, si tant est que l’autogestion serve à quelque chose, ce n’est pas à établir le paradis, mais à dissoudre les illusions. En 1968, elle était célébrée. Elle est morte aujourd’hui. Aux trompettes de l’éloge bruyant a succédé le silence des cimetières.

 

 

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