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21 janvier 2006

Moyen Orient arabe

 

Le Moyen-Orient arabe est un livre publié en l’an 2000 par l’éditeur Armand Colin dans la collection U. L’auteur, géographe, est un directeur de recherches émérite du CNRS. Le U nommant la collection est mis pour Université. L’ouvrage est destiné aux étudiants de géographie de 2e et 3e cycles ; et aussi à tous les apprenants, comme on dit aujourd’hui.

Moyen-Orient est un terme de géographie qui désigne les pays (et l’aire de civilisation) qui se trouvent au milieu du continent asiatique, et cela conformément au sens de l’adjectif moyen : "qui occupe une position intermédiaire entre ce qui est proche et ce qui est lointain (éloignement par rapport au locuteur)" (in Trésor de la Langue française, vol. 11, 1985). Les auteurs de ce dictionnaire ajoutent "Moyen-Orient (est dit ainsi) par opposition à Extrême-Orient et à Proche-Orient". Or, Le Moyen-Orient arabe ne traite pas des pays qui se trouvent au milieu du continent asiatique (Iran, Afghanistan, Pakistan par exemple) et qui ne sont pas arabes, mais de ce qui est nommé en français le Proche-Orient, car le mot français exact et reçu par l’usage est Proche-Orient ou Levant. De fait, Moyen-Orient est impropre : c’est la traduction de l’anglais Middle East. Le mot français  Orient est plus riche en significations que le mot anglais East. Il a un sens fort pour les chrétiens : l’Orient, c’est le Christ chez les mystiques. Orient a aussi un sens politique, relatif au partage de l’Empire romain en deux entités, dont les capitales ont été Rome et Constantinople. Ces deux capitales sont situées au Nord de la Méditerranée. De fait, c’est par abus que le mot Orient désigne aussi l’Afrique du Nord. Delacroix, par exemple, est qualifié de "peintre orientaliste", alors qu’il n’est pas allé en Orient, mais au Maroc seulement, Maghreb signifiant en arabe "Occident". En effet, les Arabes, après avoir conquis de 632 à 732 l’Afrique du Nord, le Proche-Orient et une grande partie de l’Espagne, ont divisé leur empire en deux parties : le Machreq (ou orient) et le Maghreb (ou occident).

Dans le titre de cet ouvrage, Moyen-Orient n’est pas le seul mot qui soit impropre. Arabe est aussi un mot piégé. La plupart des pays dits arabes ne sont pas habités par des Arabes. Ils ont été arabisés (mal) et islamisés (pas en totalité), ils sont devenus arabophones (en partie), ils ne sont pas arabes au sens propre de ce terme. Arabe est un terme ethnique qui s’applique à des populations définies par leur mode de vie nomade et leur organisation tribale et qui, d’un point de vue physique, sont plutôt minces. Ne sont habités par des Arabes que la péninsule arabique et les déserts du Sinaï, d’Irak, de Syrie, de Jordanie, d’Egypte. Dans La Terre (El Ard en arabe), roman de Charkaoui publié après la seconde guerre mondiale, les paysans égyptiens, qui ne sont pas arabes, expriment un mépris sans borne à l’encontre de ces Arabes qui habitent le désert proche et qui vivent "fil raml wal qaml" (dans le sable et la poussière). Les autochtones du Proche-Orient ne sont pas arabes, non plus que les chrétiens d’Orient, sauf en Jordanie. Les coptes ne sont pas arabes, les Egyptiens non plus ; les grecs catholiques, les melkites, les assyro-chaldéens non plus. En fait, arabe est un terme idéologique, trompeur et inexact, qui sert d’oriflamme au nationalisme pan arabe, idéologie qui a émergé dans l’Empire ottoman au milieu du XIXe siècle, pour inciter les ressortissants soumis de cet empire à renouer avec la grandeur passée et en partie fantasmée des Arabes. C’est à cette idéologie que se réfèrent les pouvoirs en Egypte, en Irak, en Syrie, en Libye, en Algérie.

L’ouvrage aurait dû s’intituler, puisqu’il prétend être objectif ou scientifique, Le Proche-Orient arabisé ou Le Proche-Orient conquis par les Arabes ou tout simplement Le Proche-Orient. On ose espérer seulement que le contenu n’est pas à l’image du titre.

Commentaires

"les paysans égyptiens, qui ne sont pas arabes, expriment un mépris sans borne à l’encontre de ces Arabes qui habitent le désert proche et qui vivent "fil raml wal qaml" (dans le sable et la poussière). Les autochtones du Proche-Orient ne sont pas arabes, non plus"


Les égyptiens ne se moquent pas de ces habitants du désert en les déisgnant par le terme "arabe" mais plutôt par le terme "a'rabiye" qui désigne les arabes nomades. Ces derniers ont toujours été sujet de moqueries des Arabes sédentaires. On trouve trace de ces moqueries dans la poésie arabes, dans les "mil et une nuit" et dans le Coran ou les hadiths,



"En fait, arabe est un terme idéologique, trompeur et inexact, qui sert d’oriflamme au nationalisme pan arabe, idéologie qui a émergé dans l’Empire ottoman au milieu du XIXe siècle, pour inciter les ressortissants soumis de cet empire à renouer avec la grandeur passée et en partie fantasmée des Arabes."

nationalisme encouagé par les pays européens à l'époque, surtout par l'Angleterre, dans le but d'affaiblir l'Empire ottoman,

Écrit par : petites précisions | 21 janvier 2006

Certes, mais (si mes souvenirs sont exacts) le texte de Charkaoui porte bien le mot "arabe", aussi bien dans la version originale que dans la traduction en anglais.

Certes, mais ce nationalisme est bien endogène. Les Anglais l'ont encouragé indéniablement au début du XXe s. Mais ils ne l'ont pas toujours fait. En 1832 ou 33 (date à vérifier), l'armée égyptienne, commandée par le fils de Mehmet Ali (Pacha d'Egypte), était près de balayer l'armée ottomane et de faire tomber le pouvoir politique dont elle émanait. Ce sont les Anglais et les Russes qui ont exigé qu'elle ne poursuive pas jusqu'à Istamboul et qu'elle se retire d'Asie mineure. Ce qu'elle a fait - sauvant de fait l'Empire ottoman. Auquel cas, c'est bien l'intervention anglaise et russe qui a sauvé cet Empire et a évité qu'il ne se disloque.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 21 janvier 2006

s'ils l'Angleterre l'a fait c'était aussi parcequ'elle n'avait pas envie de voir un grand ensemble politique arabe se constituer sur les décombres de l'empire ottoman,

je suis d'accord sur le fait que la nationalisme arabe est en partie endogène, par réaction à la domination turque et par influence de la logique nationaliste qui se développait en Europe, mais il ne reste pas moins que ce nationalisme dans un premier temps est resté cantonné au "proche orient", il n'a gagné l'Afrique du nord que pendant la période de lutte pour l'indépendance,

il faut signaler aussi que les premiers idéologues du nationalisme arabe étaient de confession chrétienne pour la plupart ou appartenant à des minorités confessionnelles comme les alaouites et Druzes,

et paradoxalement en Afrique du nord, il a été porté par des élites souvents d"origine amazigh (berbère) comme en Algérie ou au Maroc,

Écrit par : précision | 21 janvier 2006

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