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22 janvier 2006

Autisme, autiste

 

C’est le psychiatre suisse Bleuler qui a formé en 1911 le mot autisme, sous la forme autismus, à partir du mot grec autos "soi-même", pour désigner un trouble du comportement qui a été jugé proche de ce que Freud nomme auto-érotisme : "Autismus ist ungefähr das gleiche, was Freud Autoerotismus nennt". De la langue allemande, le mot est passé en français en 1923. Le philosophe Emmanuel Mounier, commentant Bleuler dans son Traité du caractère (1946), définit l’autisme comme "un psychisme qui rompt le contact vital avec la réalité et renferme l’individu sur le développement en vase clos, dans une solitude de plus en plus totale, de thèmes intérieurs progressivement mécanisés".

Longtemps, l’autisme a été l’affaire des seuls psychologues, psychiatres, psychanalystes et autres spécialistes en sciences humaines et sociales. Dans le Dictionnaire de Médecine et de Biologie (quatre volumes, Masson, 1970-1972), l’autisme n’est pas défini comme une maladie, mais comme une "attitude mentale spéciale aux schizophrènes", qui se caractérise "par le repliement sur soi-même, un mode de pensée détaché de la réalité et une prédominance de la vie intérieure" (volume 1, 1970). Les mots maladie ou désordre génétique sont bannis, bien qu’un abîme sépare une maladie d’une attitude, fût-elle de l’esprit. Maladie, affection, trouble ou désordre sont inquiétants. Attitude de l’esprit est anodin. Tout se passe comme si les mots devaient nier la maladie. Plus que les médecins, les idéologues moralisateurs ont exprimé un vif intérêt pour l’autisme qu’ils tiennent pour un trait de caractère ou un penchant. Dans son Traité du caractère, Emmanuel Mounier écrit : "Quand (l’intelligence) se replie à l’excès, elle divague bientôt vers le monde clos de l’autisme. C’est le sort de toute pensée qui s’enivre de sa suffisance et fuit la confrontation, s’amollit et glisse à la rêverie, se raidit et tourne à l’idée fixe, ou s’obscurcit et s’embrume de nuées".

L’autisme est une maladie grave qui est due, nous le savons aujourd’hui, à un désordre neurologique ou une malformation génétique qui affecte dans le cerveau la zone de l’audition. Ce dont on est sûr, c’est que l’incapacité à communiquer par quoi se manifeste l’autisme n’est pas un fait psychologique ou mental, encore moins le caprice d’un sujet replié sur lui-même. La zone du cerveau qui commande l’audition est altérée, de sorte que l’autiste est incapable de reconnaître la voix humaine et de la distinguer d’un cri animal ou d’un bruit du monde extérieur.

C’est dans les (sinistres) années 1960-1970 que l’explication psychologique de l’autisme a connu une immense diffusion hors du cercle fermé des psys, bien que cette explication ne reposât sur aucun fait établi, ni aucun examen neurologique et qu’elle fût tout entière idéologique. Pour Bettelheim, qui a été le principal diffuseur de l’explication psychologique et qui a usé de son aura chez les intellectuels pour abuser son monde, c’est la famille, et la seule famille, qui aurait été à l’origine de l’autisme de ses enfants : c’est elle qui aurait fabriqué et instillé la maladie. Elle en serait responsable et coupable. L’autisme aurait été une réaction de défense contre l’ordre familial, lequel serait tout autant répressif ou totalitaire que la prison, l’école, le droit, l’asile, la loi et que tout ce qui est institué en Occident (dans le seul Occident bien entendu) pour entraver l’épanouissement des individus et les empêcher d’être heureux. L’autiste contesterait l’ordre familial institué. De ce fait, des pères et des mères de famille ont été accusés, sans preuve, sans le moindre indice, sans le moindre témoignage à charge, d’avoir martyrisé leurs propres enfants. Le massacre des innocents a été rejoué, non contre les enfants, mais contre la famille, criminelle par essence, qui aurait transmis à ses enfants la folie qui lui serait consubstantielle et c’est elle que les experts en sciences sociales ont décidé de soigner, abandonnant les enfants à leur terrible maladie et couronnant une accusation abusive et sans fondement du crime horrible de non assistance à enfants en danger. Non seulement les autistes n’ont pas été soignés, sinon par des charlatans verbeux (et véreux), mais leurs parents ont été culpabilisés à mort.

 

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