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01 février 2006

Martyr, martyre

 

 

Les noms martyr (sans e, il désigne une personne) et martyre (se terminant par un e, c'est un acte), qui sont grecs, signifient "témoin" et "témoignage". Forcé d’abjurer, torturé, battu à mort, un martyr se laisse mourir plutôt que de renier sa foi. Dans le Dictionnaire de l'Académie française (4e édition, 1762), le martyr est "celui ou celle qui a souffert la mort pour la véritable Religion". L'acception est illustrée de la phrase "l'Église honore la mémoire des Martyrs". Dans le Trésor de la Langue française (16 volumes, 1973-1994), le nom est présenté comme propre à l'histoire du christianisme. Un martyr est une "personne à qui on a infligé des supplices et/ou la mort parce qu'elle a refusé d'abjurer sa foi". C'est dans ce sens que les écrivains emploient ce mot. Ainsi Chateaubriand dans Les Martyrs : "Les femmes, les enfants, les jeunes hommes entouraient les vieillards qui rappelaient les exemples donnés par les plus fameux martyrs : Laurent de l'Église romaine, exposé sur des charbons ardents; Vincent de Saragosse, s'entretenant dans la prison avec les anges; Eulalie de Mérida, etc." Même quand le nom martyr est employé dans un sens étendu, hors de tout contexte chrétien ou religieux, il désigne une personne "à qui on a infligé des supplices et/ou la mort pour une cause, un idéal".

Le sens de martyr et de martyre est bien établi. En dépit de cela, les journalistes bien pensants et tous les savants à qui l'Université a conféré le grade de docteur ès sciences sociales, islamologiques, orientales, etc. se croient autorisés, sans doute sous l'effet de la peau d'âne, à changer du tout au tout le sens de ces mots et à les utiliser pour désigner, non pas ceux qui sont tués, mais ceux qui tuent, non pas les victimes, mais leurs bourreaux. Il est question d'attentats martyres, de martyrs de l'islam qui font sauter un camion plein d'explosifs au milieu d'une foule d'innocents, d'aides financières attribuées aux familles de ces martyrs, etc. "L’endoctrinement (…) convainc chaque auteur d’attentat suicide qu’il devient un martyr à qui s’ouvre tout grand le paradis" (Le Figaro, 26 juil. 2005, cf. aussi Le Monde, 11 sept. 2004). Le mot arabe que Kepel et alli traduisent par martyr est chahid. La traduction est fausse et abusive. En effet, le chahid énonce "il n’y a de dieu qu’Allah et Mahomet est l’envoyé d’Allah". Il professe sa foi dans l’islam, dans Allah, dans Mahomet. Personne ne le contraint à renoncer à ce qu'il croit. Personne ne lui interdit de se prosterner devant sa divinité. Personne ne le met en demeure d'apostasier. Pourtant, la liberté dont il jouit ne le dissuade pas de tuer dix, cent, mille êtres humains, dont le seul crime est de ne pas être des musulmans ou d’être de faux musulmans. Ce chahid est tout ce que l’on veut, un tueur psychopathe, un fanatique, un malade mental, un auteur de crimes de guerre et contre l’humanité. En aucun cas, il n’est un martyr. C’est comme si l’on nommait martyrs les autorités qui ont livré Blandine aux lions. Dans les crimes de masse qui font depuis trente ans l’actualité de l'islam, les martyrs ne sont pas les tueurs, mais leurs victimes. Ce n’est pas Ben Laden ni ses sbires ni le dénommé Moussaoui ni Fouad Saleh, mais les malheureux qui se sont précipités du sommet des deux tours de New York, pour que leurs proches aient un corps à inhumer, la première des libertés de l’homme étant l’habeas corpus.

Baptisés martyrs par les docteurs ès sciences islamologiques, les tueurs passent de fait pour des victimes ou des héros.

 

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