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04 février 2006

Fondamentalisme

 

 

Le nom fondamentalisme n’existe pas dans le Trésor de la Langue française (16 volumes, 1971-1994). Il n’y existe pas non plus d’entrée consacrée à l’adjectif fondamentaliste qui est cité certes, mais dans une remarque de l’article fondamental, et avec le seul sens de "qui se livre à la recherche fondamentale" et qu’illustre la citation : "Le sentiment de frustration ressenti par certains scientifiques s’exprime en termes plus généraux qui opposent souvent chercheurs fondamentalistes et appliqués" (in La Recherche). Les auteurs du Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours) sont plus complets, puisqu’ils donnent à fondamentaliste deux sens distincts : "Adj. Vingtième siècle. Dérivé de fondamental. 1. Relatif au fondamentalisme ; qui adhère au fondamentalisme ou s’y rattache. Une thèse, un mouvement fondamentaliste. Subst. Un fondamentaliste. 2. En sciences : un chercheur fondamentaliste ou, subst., un fondamentaliste, qui se consacre à la recherche fondamentale ".

En réalité, fondamentalisme est un mot emprunté à la langue anglaise, auquel le Oxford Advanced Learner’s Dictionnary of Current English (1974) donne le sens : "Fundamentalizm, maintenance of the literal interpretation of the traditional beliefs of the Christian religion (such as the acuracy of everything in the Bible), in opposition to more modern teaching".

Fondamentalisme et fondamentaliste désignent des doctrines ou des idéologies élaborées à partir du milieu du XIXe siècle ou antérieurement par des protestants anglo-américains qui ont pris la Bible au pied de la lettre, comme la parole intangible de Dieu. Ces mots sont inadéquats pour désigner des musulmans, les croyances qu’ils professent, les idéologies qu’ils diffusent, les organisations qu’ils ont fondées. Pourtant, c’est par ces mots dénotant des réalités spécifiques à l’Europe ou aux Etats-Unis et fabriqués pour cela que les musulmans ou les organisations qu’ils forment sont désignés, bien que ceux-ci n’aient rien en commun, ni dans leur histoire, ni dans leur doctrine, ni dans les actes qu’ils accomplissent, avec ceux qui se sont dits eux-mêmes, librement, en toute connaissance de cause, fondamentalistes. Ces mots ne traduisent même pas des mots arabes.

On comprend que les islamologues et les orientalistes aient le souci d’expliquer à leurs concitoyens ce qui se passe dans les pays musulmans ou chez les musulmans établis en Europe, en présentant ce qui est spécifique de l’islam avec des mots familiers aux lecteurs ou en laissant croire que les musulmans ne pensent ou ne font rien de différent de ce que pensent ou font les protestants anglophones, alors qu’un abîme sépare Ben Laden, Zarqaoui ou les théologiens saoudiens des protestants qui font une lecture littérale de la Bible, par opposition aux modernistes et à la longue tradition des Pères de l’Eglise qui donnaient quatre sens (littéral, allégorique, moral, mystique) aux Saintes Ecritures. L’analogie est un piège, surtout dans le domaine des idées, dans la mesure où, en ramenant l’inconnu au connu, elle gomme ce qu’il y a de propre ou d’inouï dans ce qui est inconnu. Elle est donc réductrice. Ce n’est pas par hasard qu’elle est jugée comme le mode d’expression le mieux adapté à la poésie.

Les mots fondamentalisme et fondamentaliste sont le précipité d’une langue transposée, dans laquelle le rapport juste que les noms ont ou sont censés avoir ou devraient avoir avec les choses est brouillé. Ces analogies sont comme des écrans qui cachent ou dénaturent les réalités de l’islam. L’effacement des différences ne fait pas progresser la connaissance, mais l’aveuglement.

 

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