Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12 février 2006

Intégrisme

 

Les mots intégrisme et intégriste sont récents. Ils ne sont pas relevés par Littré dans son Dictionnaire de la Langue française. Ils sont empruntés à la langue espagnole. La première attestation en français date de 1913. Le nom a alors le sens de "conservatisme intransigeant de certains catholiques" (in La Pensée catholique contemporaine). Il est propre à la religion catholique. Dans le Trésor de la Langue française, il est défini comme un "courant d'opinion du début du vingtième siècle qui se répandit chez les catholiques adversaires du modernisme" et, par extension, avec une nuance péjorative, il désigne l’attitude des chrétiens attachés "à la doctrine et à la tradition" et qui s’opposent à toute évolution dans la doctrine. Certes, le mot peut sortir du catholicisme. En ce cas, il désigne par analogie les attitudes de "conservatisme intransigeant dans une religion, un parti, un mouvement". C’est un terme qui porte un jugement hostile sur ce qu’il désigne. Dire d’un homme politique qu’il est un intégriste, c’est le couvrir d’opprobre.

Ni intégrisme, ni intégriste ne sont adéquats pour désigner des musulmans, les croyances qu’ils professent, les idéologies qu’ils diffusent, les organisations qu’ils ont fondées. Pourtant, c’est par ces mots, dénotant des réalités propres au catholicisme de l’Europe du Sud, que les musulmans sont désignés, alors que ceux-ci n’ont rien en commun ni dans leur histoire, ni dans leur doctrine, ni dans les actes qu’ils accomplissent, avec les catholiques qui se sont dits eux-mêmes, librement, sciemment, en toute connaissance de cause, intégristes.

Ces mots ne traduisent pas des mots arabes. Ils forment une langue frelatée, dans laquelle le rapport juste que les noms ont ou sont censés avoir ou devraient avoir avec les choses est brouillé. Ce sont des écrans qui déforment les réalités du monde. Les catholiques qui se réclamaient (et qui, parfois, mais rarement, se réclament encore) de l’intégrisme n’ont jamais attenté à la vie de qui que ce soit, ils n’ont jamais appelé à tuer leurs ennemis (catholiques comme eux) qui osaient pactiser avec le monde moderne, ils n’ont jamais commis ni meurtres, ni crimes de masse ou contre l’humanité. Ils s’en tenaient à la doctrine, ils diffusaient des idées, ils cherchaient à convaincre par la parole. Désigner de ce nom des auteurs de crimes de masse perpétrés dans le but insensé de conquérir le monde, c’est aussi afficher a posteriori un mépris sans borne à l’égard des catholiques espagnols ou français du début du XXe siècle.

 

Les commentaires sont fermés.