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07 mars 2006

Protégé

Dhimmi

Le mot arabe dhimmi désigne ceux qui, dans les pays d’islam, ne sont pas musulmans et professent le judaïsme, le christianisme, le mazdéisme, ces religions qui étaient en vigueur dans les pays qu’ont conquis, à partir de 635, les Arabes islamisés. Il est traduit en français par protégé. Il n’y a pas de traduction plus trompeuse – sauf peut-être martyr.

Littré, dans le Dictionnaire de la Langue française (seconde moitié du XIXe siècle) relève le verbe protéger avec les deux sens suivants : c’est ou bien "prendre la défense de quelqu’un, lui prêter secours et appui", ou bien "prendre soin des intérêts, de la fortune d’une personne". En apparence, le sens de ce verbe est favorable ou positif. La réalité est tout autre. Le verbe protéger et le nom ou adjectif protégé dissimulent un pur et simple rapport de forces, en faveur de celui qui protège et au détriment de celui à qui la protection est imposée, comme les noms protectorat et protecteur l’indiquent clairement. Littré définit protectorat ainsi : "situation d’un gouvernement à l’égard d’un autre moins puissant auquel il prête son appui". Il est sûr que les Marocains, dont le pays a été pendant près de cinquante ans un protectorat français, s’indigneraient que cette définition soit appliquée à ce qu’ils ont connu ou à ce dont ils se souviennent. Ce que le nom et adjectif protecteur désigne en fait dans un "air protecteur" ou dans un "ton protecteur", c’est de l’arrogance ou de la condescendance. Selon les auteurs du Trésor de la langue française, un protecteur est un "homme qui entretient une femme galante" et, si cette femme "galante" fait commerce de son corps, il est le souteneur qui fait travailler à son seul profit et par la contrainte cette femme : en français populaire, on dit que c'est un maquereau.

Dans les pays arabes et musulmans, les dhimmis sont en effet protégés, au sens où il ne leur est pas fait la guerre sainte. Ils sont protégés certes, mais des seules règles et des lois du djihad. Tant qu’ils se résignent à la domination de l’islam et à condition qu’ils paient un tribut ou une contribution spéciale ou jiziya en échange de leur sécurité ou de celle de leur famille, ils ont droit à la vie sauve et peuvent alors jouir des biens qui ne leur ont pas été confisqués ou qui n’ont pas été détruits. Bien entendu, la protection qu’ils paient est précaire ; à tout moment, elle peut être interrompue unilatéralement. Le principe ainsi exposé est énoncé dans des versets du Coran, dont le verset 29 de la sourate 9 : "Combattez ceux qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre (sans majuscule, normalement : el kitab "l’écriture"), jusqu’à ce qu’ils versent la capitation (jiziya en arabe) de leurs propres mains, après s’être humiliés".

Les théologiens de l’islam, qui ont légiféré en la matière et cela, dès le VIIIe siècle, divisent le monde en deux zones : dar el islam ("maison de l’islam") et dar el harb (tout ce qui n’est pas d’islam et qui est "maison de la guerre"). Les ahl el kitab ou "détenteurs de l’écriture" (mots traduits par gens du Livre, mais la majuscule est abusive), juifs et chrétiens sont dhimmis, quand ils vivent dans le dar el islam, et harbis quand ils vivent dans le dar el harb. Entre le dar el islam et le dar el harb, s’étend la zone de la trêve. La trêve ne dure pas plus de dix ans. Le monde, selon les théologiens de l’islam, est régi par le djihad, cet "effort" que doivent s’imposer les musulmans pour islamiser le monde, faire entrer tous les pays dans le dar el islam et soumettre l’humanité à la loi d’Allah. Les dhimmis sont des vaincus : ce sont d’anciens harbis qui ont accepté la victoire des armées de l’islam. Dès lors, il sont protégés des lois du djihad qui autorisent l’esclavage, les massacres, les pillages, le butin. Il leur est interdit de construire, agrandir, restaurer leurs lieux de culte ; leur culte, quand il n’est pas interdit, doit être discret (les cloches ne sonnent pas) ; leur témoignage contre un musulman n’est pas recevable ; ils sont condamnés à mort s’ils épousent une musulmane ou s’ils font du prosélytisme ; ils ne peuvent pas accéder à des postes honorifiques ; il leur est fait obligation de financer le djihad pour conquérir de nouveaux territoires. C’est l’islam victorieux qui décide de ces interdits et des droits qui sont abandonnés aux dhimmis : la négociation n’est pas possible. En cas de rébellion, le djihad est déclenché. De ces turpitudes, les belles âmes déduisent sans vergogne (et cyniquement) que l’islam est "tolérant".

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