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11 mars 2006

Mythologies intellotes 7

 

Se terrer dans un bunker

 

 

Le journal Le Monde, dans son édition du 3 mai 2005, a publié, un peu avant le référendum portant sur la Constitution européenne, la prise de position de neuf intellos sous la forme d’une "lettre ouverte". Ces intellos sont favorables à la Constitution, ce qui est leur droit. C’est même à leur honneur, et conforme à l’esprit de la démocratie, d’essayer de convaincre les citoyens de voter "oui". Les lecteurs du Monde attendaient que des hommes aussi intelligents expliquassent les raisons pour lesquelles ils approuvaient cette constitution, en exposassent les avantages ou ce qui la sous-tendait, en célébrassent les bienfaits. Eh bien, s’ils attendaient cela, ces lecteurs ont été déçus. Ce qu’ils ont lu, c’est une charge véhémente contre ceux qui avaient émis, interrogés par des sondeurs d’opinion, l’intention de voter "non" : ces citoyens, qui, jusqu’à plus ample informé, sont des hommes libres, et pas des serfs, n’avaient pas encore voté, ils envisageaient seulement de remplir leur devoir électoral. Eh bien, ils ont été accusés d’être populistes et nationalistes. Le sont-ils vraiment ? Peu importe. En URSS, l’accusation de populisme et de nationalisme valait une balle dans la tête, l’infamie à vie ou vingt ans de Goulag. Le fait est que ces citoyens, qui n’ont rien fait de mal, ont été accusés sans preuve, et avant que le vote ait eu lieu. En toute circonstance, les intellos font ce qu’ils sont programmés à faire : accuser. Telle est leur nature. Il faut qu’ils soient en tout arrogants, prétentieux, matamores, incultes, vrais Diafoirus père et fils, même s’ils s’approprient les beaux noms d’écrivains (parmi les signataires du Monde, il y en a cinq), de poète (un), historiens de l’art (deux), de philosophe (un). Il ne leur est même pas venu à l’esprit que, si des citoyens avaient l’intention de voter "non", ce n’est pas parce qu'ils sont débiles, bac – 10 et tout ce qu’on voudra d’autre, populistes, méchants, nationalistes, cathos, noirs, mécréants, chrétiens, mais parce qu’ils ont fait l’effort de lire le projet de Constitution, de l’annoter, de l’analyser, d’en débattre, bref qu’ils en ont fait un examen raisonné. "C’est avec inquiétude que nous observons le renforcement du non populiste". S’ils s’étaient enquis des raisons du "non", ils auraient appris que le populisme n’y est pour rien. Au contraire. Le populisme est chez ceux qui opinent à un texte qu’ils n’ont pas lu, il est dans l’accusation sans preuves, il est dans l’imputation de populisme. Le populisme ne suffisant pas, la grosse Bertha a été sortie : le vote non, c’est du nationalisme. Les Soviétiques n’avaient pas ces scrupules. Le nationaliste était gibier de travail forcé jusqu’à ce que mort s’en suive. Ont été ainsi trucidés non pas des Russes de race pure, mais des peuples inférieurs, des Baltes, des Ukrainiens, des Polonais, des Tatars, des Tchétchènes et même des Japonais. Et comme la grosse Bertha ne suffisait pas, le risque imminent d’apocalypse a été agité. "Ce serait la capitulation de la raison que les Français ne pourraient pas se pardonner (…) C’est pour cela qu’ils doivent s’opposer avec passion à ce que la France, patrie des Lumières, trahisse le progrès". Bientôt, ce sera la peste et le choléra, le SIDA pour tous, etc.

Dans cette "lettre ouverte", tout n’est pas qu’une suite d’accusations sans preuve. D’après ces intellos, la Constitution serait "un équilibre intelligent entre éléments d’une fédération supranationale, d’une confédération d’Etats nationaux, et la conscience croissante qu’ont les régions de leur importance". Oui, vous avez bien lu, elle serait en même temps une fédération et une confédération ! C’est comme si elle réunissait l’eau et le feu, tout et le contraire de tout, le capitalisme et le socialisme. Il faut que ces intellectuels soient les Tour Eiffel de l’intelligence pour ne pas soupçonner qu’une fédération supranationale et une confédération d’Etats nationaux sont mutuellement exclusives et que prétendre les concilier, c’est de la même veine mensongère que de croire que l’on peut grimper sur la lune avec une corde à nœuds.

La conclusion passe les bornes de l'intelligence. "La majorité des Français veut-elle réellement SE TERRER DANS UN BUNKER (oui, se terrer dans le bunker) commun aux nationalistes de droite et aux nationalistes de gauche ?". Les Français veulent se terrer dans un bunker ! Oui, se terrer dans un bunker ! Les voilà rabaissés au rang du rat Hitler mort de trouille dans son béton ! Seraient-ils des Untermenschen ou, pour parler socialo à la manière de Frèche, des "sous-hommes" ? Certes, le bunker dans lequel ils se terrent est une métaphore, mais une métaphore dit plus de choses qu’un discours plat, uniforme et sans figures. Soixante ans après le suicide d’Hitler, le tyran est ressuscité, non pas en Allemagne, mais dans le peuple français, du moins dans le seul peuple qui a l'intention de voter non à la Constitution. Hitler est sorti du néant. Il n’est plus allemand, il est le peuple français. Ces intellectuels qui s’adressent à leurs amis français sont, je vous le donne en dix, en cent, en mille, en cent mille, en un million, etc. : ils sont allemands. Pauvres intellos, qu’ils soient allemands ou français, ils se ressemblent. La Bêtise est leur invariant.

 

 

Commentaires

Très belle réflexion. Vos analyses incisives sont un régal à lire. Merci.

Écrit par : Rony | 16 mars 2006

Ah, ces gens qui résument soixante-douze ans de politique intérieure soviétique par une phrase lapidaire, et qui parle de meurtre, forcément... Tiens, au fait, vous avez entendu parler des quinze villageois irakiens, dont sept femmes et trois enfants, massacrés impunément par des soldats américains par pure vengeance contre la mort d'un des leurs? L'information est toute fraîche.

Mais faites-moi donc taire, parlez plutôt de l'URSS, cet enfer sur terre dont nous sommes bien débarrassés - remercions-en le ciel et l'Amérique. Tout va tellement mieux sans l'URSS, qu'il FAUT toujours, même si c'est un peu mentir, décrire comme une autre planète totalement soumise à l'arbitraire de quelques communistes (les journaux de l'époque ajoutaient : "juifs") n'ayant jamais eu le moindre scrupule au moment d'assassiner. L'enfer sur terre, exactement, et maintenant nous sommes au paradis - ah non, merde, voilà les musulmans... Et derrière eux, la Chine? Vous allez pouvoir en caricaturer, des régimes politiques, des peuples et des pays, soyez content! Au fond, est-ce que ça n'est pas ça, le paradis, quand le mal c'est toujours hier, ailleurs et l'autre?

Écrit par : Alfred | 20 mars 2006

L'URSS s'est effondrée d'elle-même, toute seule, sans que les régimes de l'Ouest (plutôt complices) aient contribué en quoi que ce soit à son effondrement. Si l'URSS a disparu, c'est que les premiers concernés, les prolétaires, les pauvres, les dominés, les exploités, les esclaves n'en voulaient plus et que, s'ils ne se sont pas libérés par eux-mêmes, les armes à la main, comme les Français en 1789, c'est qu'ils ont eu la sagesse de laisser le système s'évaporer de lui-même. Ne comptez pas sur moi pour faire l'apologie de l'esclavage.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 20 mars 2006

L'URSS se serait effondrée d'elle-même, sans l'aide des régimes de l'Ouest? Que vous êtes naïf. Et si on parle tant de la Biélorussie en ce moment, c'est complètement désintéressé, n'est-ce pas. De quoi ne voulaient plus "les prolétaires, les pauvres, les dominés, les exploités, les esclaves" de l'URSS? Et qu'en regrettent-ils aujoud'hui? Car nombreux sont ceux, parmi ceux-là, qui regrettent le bon temps de la sécurité sociale et des soins médicaux gratuits, vous savez... Croyez-vous vraiment que l'URSS était un grand camp de concentration? Quels livres avez-vous lus? Quel système politique "s'évapore" (merci pour la drôlerie de la formule)? Quant à l'esclavage, ne me dites pas qu'il n'existe pas sous d'autres formes, ailleurs et jusqu'ici.

Écrit par : Alfred | 20 mars 2006

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