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20 mars 2006

Lettre morte

 

 

 

Quand il est employé au pluriel, seul, sans complément ni adjectif qui le détermine comme dans les Lettres de mon moulin ou les Lettres portugaises, le nom lettres désigne la littérature. D’ailleurs, si l’on se fonde sur le mot latin littera (ou "lettre") à partir duquel il est formé, le mot littérature n’est rien d’autre que "l’ensemble des lettres". Au XVIIIe s, on ne disait pas encore littérature, mais belles-lettres. Les lettres, ce sont aussi les disciplines qui ont pour objet d’étude la littérature, les belles-lettres, la culture. Quand l’objet d’étude est la littérature écrite en français, elles sont dites modernes ; si c’est la littérature écrite en latin et en grec, elles sont classiques. Quand l’objet d’étude est la langue ou la culture écrite, elles se nomment grammaire, philologie, latin, grec, hébreu, philosophie. Longtemps, elles ont été enseignées dans les facultés de lettres. Aujourd’hui, ces facultés ont été baptisées UFR ou Unités de Formation et de Recherche. Il n’y a pas que le nom qui ait changé. Les UFR ont remplacé les lettres par les sciences sociales et humaines.

Ce qui définit les lettres, c’est l’étude et le savoir, id est les connaissances de tout ordre que l’on tire de la fréquentation assidue et laborieuse des livres écrits par des hommes comme nous, mais poètes ou écrivains. Lettres a pour synonyme humanités. L’étude des langues et lettres anciennes était la propédeutique  aux lettres, littérature et belles-lettres modernes. Cette préparation était aussi une espèce d’initiation. Humanités contient humanité. Le singulier est inclus dans le pluriel. Etudier les humanités, c’était accéder à la fois aux hommes, à tous les hommes, vivants ou morts, regroupés dans l’ensemble humanité, et au sentiment d’humanité, sentiment, au sens classique de "pensée" et moderne de "mouvement de l’âme", qui fait que nous nous sentons hommes comme tout autre et que nous tenons notre voisin pour un homme au même titre que nous, fût-il femme, noir, chinois...

Ces lettres sont mortes, toutes, ou en voie de disparaître, qu’elles soient modernes ou classiques, quelque nom qu’on y donne, philologie, humanités, grammaire. Lettre morte signifie "caduc". Une œuvre, une pensée, une doctrine qui sont lettre morte retournent au néant d’où les sortent de temps en temps les chercheurs de fossiles historiques ou les archéologues des textes. Quand une loi n'est plus appliquée, elle est lettre morte. Pour la plupart de nos contemporains, la Sainte Lettre (la Bible et les Evangiles) a précédé les lettres dans la descente au Néant. Les lettres sont mortes ; et le thiase (ou cortège) des humanités les a suivies au tombeau. Ce sont les "sciences", dites "sociales" et prétendument "humaines" qui, les ayant tuées, en tiennent lieu dans les lycées et universités. Les lettres, à la fois la culture littéraire et les études littéraires, ne signifient quasiment plus rien. Mortes, elles sont enfouies avec la Lettre dans le sépulcre abyssal et silencieux du Néant.

 

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