Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

24 mars 2006

Pogroms

 

 

 

 

Le nom pogrom est russe. Il est formé du verbe gromit’, qui signifie "détruire" et du préfixe po- qui exprime l’achèvement. Il signifie "destruction totale". En Russie, ce qui était détruit lors des pogroms, c’était les biens appartenant aux Juifs. Ailleurs, hors de Russie, les biens détruits ne sont pas nécessairement ceux des Juifs, d’abord parce qu’il n’y a pratiquement plus de Juifs dans les pays où ils vivaient nombreux au début du XXe siècle (Syrie, Allemagne, Egypte, Pologne, Autriche, Maroc, Algérie, Tunisie, Irak, Turquie, etc.), ensuite parce qu’ils ne sont pas les seuls êtres humains à servir de cible à la haine fanatique et commune. Dans Bella (1926), Giraudoux évoque ce qu’est un pogrom. Pour lui, c’est un "soulèvement meurtrier, avec pillage, suscité par le racisme". Les frères Tharaud, qui ont voyagé à travers le monde, écrivent dans Alerte en Syrie (1937), à propos de la situation explosive alors (mais elle l’est toujours) du Proche Orient, que "les chrétiens vivent sous la menace d’une sorte de pogrom musulman". En fait, les chrétiens du Proche-Orient ne vivent pas sous la menace "d’une sorte" de pogrom, mais ils étaient, ou ils sont encore, victimes de pogroms bien réels (le dernier en date a eu lieu cet automne à Alexandrie), vu que, à intervalles réguliers, ils ont à subir, dans l’indifférence générale de tous les défenseurs des droits de l’homme, et comme les juifs de Russie, de Pologne ou d’ailleurs, des pogroms, qui sont parfaitement conformes à l'essence des pogroms, à savoir la destruction de leurs biens, laquelle s’accompagne parfois de la mort violente de quelques-uns de ces propriétaires qui, outre leurs biens, perdent la vie.

Le mot pogrom a beau être russe, les phénomènes qu’il désigne se sont internationalisés et ils sont devenus français, bel et bien français. Dans ce monde sans frontières, il n’est pas étonnant que ce qui était russe à l’origine se soit diffusé partout, même là où il n’y a pas de Cosaques. Il suffit d’ouvrir grand les yeux, ou de ne pas les fermer pieusement, pour constater qu’en France, il ne se passe pas de semaine ou de mois, sans que des biens soient détruits, pillés, incendiés, que ces biens soient privés ou publics, que ce soit des écoles, des bibliothèques, des automobiles, des autobus, des magasins, par des individus regroupés en bandes, que l’on qualifie par euphémisme de jeunes, bien qu’ils se vantent d’appartenir à une ethnie différente de celle des victimes et dont, évidemment, ils prétendent qu’elle est supérieure en tout : des jeunes, à savoir, si l’on traduit en français clair cet euphémisme de la nouvelle langue française, des individus définis, non pas par l’âge (ce que sont les jeunes gens, âgés de quinze ou seize ans à vingt-quatre ou vingt-cinq ans), mais par la religion, la communauté ou l’ethnie, et qui sont maghrébins, Africains, musulmans, étrangers ou descendants d’immigrés. Se disant autres et fiers de l’être, ils se croient autorisés à détruire les biens de ceux qui ne leur ressemblent pas et qui ne sont pas de leur communauté ou de leur ethnie ou de leur religion. Voilà ce qu’est un pogrom. Il n’est pas nécessaire d’être russe ou juif de Russie pour constater que ces pogroms, spécifiquement russes il y a plus d’un siècle, ont été naturalisés et que, après avoir brassé leurs différences, ils sont devenus français par jus soli, même en Alsace, où les nuits chaudes de Strasbourg ou d’ailleurs cachent de bons et vrais pogroms.

Les commentaires sont fermés.