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26 mars 2006

Histoire

 

Histoire avec une H majuscule

 

 

Il arrive que le nom histoire soit écrit Histoire, avec une H majuscule, comme Dieu ou Etat. Auquel cas, l’Histoire semble être ce qui explique la marche du monde. Ecrire Histoire plutôt que histoire, c’est croire à une force que les volontés humaines ne peuvent pas dominer. Les hommes qui font l’histoire ignorent qu’ils en sont les auteurs, ou ils la font dans un sens contraire à leurs vœux. Cette force pousse dans une même direction : c’est le sens de l’Histoire, qui est toujours progressiste. Les sociétés avancent par stades successifs jusqu’à un terme final et parfait, là où l’Histoire, ayant réalisé ses buts, s’achève dans le bonheur de tous. Depuis Hegel, il est des philosophes et des historiens qui font de Histoire un nom commençant par une majuscule qui le sacralise. Personne ne croit plus à la philosophie de l’Histoire, que ce soit à la manière de Hegel ou à celle de Marx : non seulement parce que rien de ce qu’elle annonçait ne s’est produit, mais encore parce qu’elle a donné lieu dans la réalité, avec le marxisme qui la continue, à des horreurs sans nom. Les noms désignant les consonnes sont au féminin : du moins telle est la norme, qui n’est guère suivie. Il faudrait dire une H et non un H. Grâce à quoi, il est possible de jouer sur l’homophonie de H avec la hache qui coupe les têtes, celle par laquelle, justement, l’Histoire s'exprime souvent pour le malheur des hommes.

Dans le Trésor de la Langue française, ce sens philosophique de histoire n’est même pas effleuré. L’exemple cité "l’Histoire avec un grand H" (au lieu d’une grande H) pourrait laisser croire le contraire. Mais dans cet exemple, l’Histoire désigne ce qui n’est pas un tissu d’anecdotes ou de faits amusants ou de bons mots ou de coucheries royales, et non la force qui pousse l’humanité vers les lendemains qui chantent. Le sens, exposé dans la partie A, I, 2, "évolution de l’humanité à travers son passé, son présent, son avenir", pourrait être rapproché, en forçant le sens de "évolution de l’humanité" ou en le chargeant de "progressisme", de la conception hégélienne et marxiste de l’Histoire. Or, dans les exemples censés illustrer cette acception, le mot histoire ne prend pas de majuscule, sauf dans une phrase, laquelle rend inconcevable, tant elle est grotesque, toute parenté avec la philosophie de l’Histoire. L’auteur en est Mitterrand, qui fut pétainiste et collabo, avant d’être président. Voici ce qui est écrit : "L’Histoire commence ou recommence par la rencontre d’un homme et d’un événement". La phrase date de 1981, selon le Trésor de la Langue française. L’homme auquel fait allusion Mitterrand, c’est, de toute évidence, Mitterrand lui-même ; l’événement, le 10 mai 1981, le jour de son élection. Il faudrait être aveuglé par l’esprit partisan pour voir dans cette rencontre fortuite ou chanceuse une manifestation de "l’Histoire", au sens où Hegel et, après lui Marx, entendent ce terme. Dans un siècle, nos descendants, qui seront peut-être encore plus oublieux que nous (nous souvenons-nous de ce qui s’est passé en 1881 ou en 1906 ?), décideront si cette "rencontre", oubliée de tous, sera, ou ne sera pas, de l’histoire, mais avec une h minuscule.

 

 

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