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01 avril 2006

Tolérance

 

 

 

 

Dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762), la tolérance est définie ainsi : c’est "la condescendance, l’indulgence pour ce qu’on ne peut empêcher, ou qu’on croit ne devoir pas empêcher". Une croyance, un culte, des mœurs, une activité, etc. qui sont contraires aux lois ou que les lois prohibent pour des raisons x ou y, bonnes ou mauvaises, peu importe, ne sont pas réprimés. Ils continuent d’exister comme ils l’ont toujours fait. Les exemples illustrant la définition sont : "ce n’est pas un droit, mais une tolérance" ou "il n’en jouit que par la tolérance de ceux qui le pourraient empêcher". Il est précisé que tolérance, en matière de religion, "signifie la condescendance qu’on a les uns pour les autres, touchant certains points qui ne sont point regardés comme essentiels à la religion". Ainsi, précisent les Académiciens, "l’Eglise latine a toujours usé de tolérance pour l’Eglise grecque sur le mariage des prêtres". Le mot tolérance est aussi en usage dans la vie publique : c’est "la condescendance politique qui fait quelquefois que les souverains souffrent dans leurs États l’exercice d’une autre religion que celle qui y est établie par les lois de l’État". Dans les faits, la règle cujus regio ejus religio (les habitants d’un pays doivent suivre le même culte que leur souverain) devient peu à peu caduque. Oubliant que les souverains de Hollande n’ont été tolérants qu’après avoir extirpé de leur pays l’erreur catholique, les Académiciens écrivent que "la tolérance est en usage en Hollande". Dans le Dictionnaire de la Langue française, Littré reprend la définition des Académiciens, l’illustrant de citations qu’il extrait des œuvres de Guez de Balzac, Madame de Sévigné, Bossuet, Voltaire. Les auteurs du Trésor de la langue française (1972-1994) distinguent deux sens, suivant que tolérance se dit de personnes ou de choses. A propos de personnes, c’est, comme l’établissent les auteurs du Dictionnaire de l’Académie et Littré, "le fait de tolérer quelque chose, d’admettre avec une certaine passivité, avec condescendance parfois, ce que l’on aurait le pouvoir d’interdire, le droit d’empêcher". Tolérance a pour synonymes compréhension et indulgence. Quand il se rapporte à des organismes vivants ou à des choses, en biologie et médecine, c’est " la faculté que présente un organisme vivant à supporter jusqu’à un certain seuil sans dommage apparent les effets chimiques ou physiques auxquels il est exposé ". Ainsi, il est question de tolérance à un médicament, aux radiations, à l’insuline, aux antibiotiques. C’est aussi, dans le monnayage, "la limite de l’écart admis entre le poids ou le titre réels et le poids ou le titre légaux d’une monnaie" et, en mécanique et en technologie, "l’écart d’inexactitude admissible, en plus ou en moins, pour la cote d’exécution d’une pièce usinée".

Il est évident que la tolérance, telle qu’elle est entendue de nos jours dans les media, chez les sociologues ou dans les discours des hommes politiques, n’a plus rien à voir avec ce qu’en disent les auteurs du Dictionnaire de l’Académie française ou Littré et qu’elle tient plus du tolérantisme que de la tolérance. Le mot s’applique même à ce qui n’est pas interdit et qui, étant permis ou légal ou inscrit dans les lois, n’a pas à être toléré. Dans le Trésor de la Langue française, tolérance est relevé aux le sens "d’état d’esprit de quelqu’un ouvert à autrui et admettant des manières de penser et d’agir différentes des siennes". Le synonyme en est libéralisme. Or, depuis la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen (1789), la "libre communication des opinions et des pensées" est un droit naturel et imprescriptible. La liberté d’opinion, de pensée ou de croyance, étant garantie par la loi, ne relève pas de la tolérance, puisqu’elle est un droit. En anglais, tolerance a aussi le sens de libéralisme. Le Oxford Advanced Learner’s Dictionnary of Current English en fait la "quality of tolerating (allowing or enduring without protest) opinions, beliefs, customs, behaviour, etc. different from one’s own".

Pourtant, le nom tolérance continue à se charger de sens qui sont situés à l’opposé du sens premier ou même de celui qui est relevé dans le Trésor de la langue française. Il en est ainsi de la conception officielle que s’en fait l’UNESCO (ou Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science, la culture). La tolérance est, selon les éminents experts de cette organisation, "le respect et l’appréciation de la richesse et de la diversité des cultures de notre monde, de nos modes d’expression et de nos manières d’exprimer notre qualité d’êtres humains". Elle n’a rien en commun avec la tolérance, telle qu’elle est définie dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762) ou dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré ou même dans le Trésor de la Langue française. Non seulement la définition est nouvelle, et même inouïe, mais encore elle s’étend à tout ce qu’il y a de positif dans les valeurs humaines et même elle se confond avec les principes universels qui sous-tendent les déclarations de 1789 et de 1948. Elle est "la reconnaissance des droits universels de la personne humaine et des libertés fondamentales d’autrui". Au XVIIIe siècle et jusqu’à une date récente, les pouvoirs étaient tolérants quand ils ne fermaient les yeux sur les entorses ou les infractions à la loi. Aujourd’hui, la tolérance a phagocyté les droits de l’homme, et jusqu’à la diversité humaine. Ce n’est plus de la bienveillance débonnaire, c’est une religion morale, sociale, mondiale, éducatrice. Jadis, la tolérance mettait un grain d’humanité dans le gouvernement des hommes. Totalitaire aujourd’hui, rien n’y échappe, même ce qui ne relève pas d’elle : "les peuples se caractérisent naturellement par leur diversité ; seule la tolérance peut assurer la survie de communautés mixtes dans chaque région du globe. Tout comme l’injustice et la violence caractérisées, la discrimination et la marginalisation sont des formes courantes d’intolérance". Ce n’est pas le principe de tolérance agité comme un drapeau blanc qui peut arrêter la violence des hommes, c’est la loi, et le recours à la force pour appliquer la loi . Laisser croire aux hommes que la seule invocation de la tolérance suffira à empêcher les massacres de minorités religieuses (ou ethniques) en Indonésie, au Soudan, aux Philippines, etc., c’est prendre ceux à qui cette leçon est assénée pour des abrutis. Conformément à ce pour quoi elle a été instituée, l’UNESCO souhaite que les jeunes gens, partout dans le monde, soient éduqués à la tolérance, afin de "contrecarrer les influences qui conduisent à la peur et à l’exclusion de l’autre (…) et de les aider à développer leur capacité d’exercer un jugement autonome, de mener une réflexion critique et de raisonner en termes éthiques".

Tout cela est bel et bon. Lénine, Mao, Trotski, Staline ont ou auraient approuvé, comme Hassan II ou le roi d’Arabie, ces belles envolées lyriques, qui sont si vagues qu’elles sont violées sans que quiconque proteste. Naturellement, comme toujours dès qu’il est question de beaux principes, ce qui se cache sous les exhortations à la Vertu, c’est la tartufferie. La règle en Arabie saoudite, chez les Pakistanais ou ailleurs dans le monde, même dans les pays membres de l’UNESCO, c’est l’éducation à la haine. Les experts de l’UNESCO n’ignorent pas que les pays qu’ils représentent ne réaliseront jamais l’ombre de l’ombre de l’esquisse du commencement de l’application du principe de tolérance. En fait, l’UNESCO s’adresse, et elle le sait pertinemment, aux pays d’Occident qui font des droits de l’homme une règle absolue et qui sont les seuls à le faire, mais que l’UNESCO soupçonne ou accuse de les violer, eux-mêmes ou certains des zombies qui y habitent s’accusant, sinon eux-mêmes, du moins leurs compatriotes, il est vrai, des pires crimes : "la diversité des nombreuses religions, langues, cultures et caractéristiques ethniques qui existent sur notre planète ne doit pas être un prétexte à conflit ; elle est au contraire un trésor qui nous enrichit tous". Les imams, les idéologues, les gouvernants saoudiens, pakistanais, marocains, turcs, syriens, etc. dont les pays sont purifiés ou en voie de l’être, doivent boire du petit lait en psalmodiant ces exhortations à la tolérance, dont ils s’exonèrent totalement.

 

Commentaires

Modeste remarque : A noter aussi "la tolérance zéro" dont on nous rebat les oreilles (sauf en période d'émeute), extraite en fait de la "théorie du carreau cassée" de James Q. Wilson et George Kelling et vérifiée avec succès par Rudy Giuliani maire de New York.

Écrit par : all | 01 avril 2006

Cher contempteur des "mots frelatés", je vous vois bien mal parti... Vous faites en effet figurer dès le sous-titre de votre page le verbe "générer", anglicisme (le Robert des difficultés va jusqu'à le considérer comme "pédant"...) pour "produire" ou "engendrer". A moins qu'il ne s'agisse d'un pastiche, auquel cas, toutes mes excuses vous sont présentées.

Écrit par : Flo | 04 avril 2006

"L"idéologie" qui "génère" : c'est effectivement une façon de parler savant ou un néologisme scientifique, comme on disait au XIXe s. C'était un emploi en mention : distancié ou ironique, comme vous voudrez.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 04 avril 2006

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