Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

05 avril 2006

Mythologies intellotes 8

 

Le clergé nouveau est arrivé depuis longtemps

 

 

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (4e édition 1762), publié sous l’Ancien Régime, alors que la société était divisée en trois ordres, le clergé est "l’ordre ecclésiastique, le corps des ecclésiastiques". Dans le Trésor de la Langue française, c’est "l’ensemble des ecclésiastiques consacrés d’une nation, d’un diocèse, d’une ville, d’une paroisse, d’une communauté ou équipe sacerdotale". Bien que le clergé reconnu ait été le seul clergé catholique, le clergé n’est pas spécifiquement catholique. Certes, spécialement, en France, le mot désigne souvent, surtout quand il est employé à propos de l’Ancien Régime, l’ensemble des ecclésiastiques catholiques : selon G. Lefèvre, historien de la Révolution, "certains départements, malgré le concours d'anciens moines, ne purent reconstituer le clergé paroissial". C’est ainsi que l’on distingue le clergé régulier ("vivant sous une règle monastique") du clergé séculier ("vivant dans le monde"), le bas clergé (curés ou vicaires) du haut clergé (évêques, chanoines), etc.

Le mot est issu du latin chrétien clericatus, qui a signifié d’abord "l’état de clerc", puis "l’ensemble des clercs" et qui est dérivé de clericus, "clerc". Littré, dans le Dictionnaire de la Langue française, rappelle que le nom clerc désigne "par opposition à laïque, toute personne qui étudie pour entrer dans l’ordre ecclésiastique" et qu’il a désigné "autrefois", "par extension, tout homme lettré ou savant". La mention autrefois est sans doute inexacte, puisque le nom clerc est employé de nos jours encore au sens de "instruit" ou de "lettré" : ainsi, par Benda, dans La Trahison des clercs (1927), les clercs en question étant les intellectuels. De fait, il n’est pas faux de considérer l’ensemble des lettrés, savants, instruits, c’est-à-dire les intellectuels, comme un clergé ou d’affirmer qu’ils forment un clergé ou même une cléricature. Dans le Trésor de la Langue française, ce nom est relevé avec le sens de "état et condition des membres du clergé" et avec celui de "état et condition des clercs de notaire ou d'officier ministériel" et "d’ensemble de(s) clercs de notaire". Puisque la réunion des clercs de notaire est une cléricature, pourquoi les intellectuels ne formeraient-ils pas une autre cléricature, c’est-à-dire, en réalité, un clergé ? Le mot cléricalisme est apparu dans les années 1850. Block, dans le Dictionnaire général de la politique (1873), écrit : "L’introduction de ce néologisme, encore absent de nos dictionnaires, dans la langue de la politique et des polémiques religieuses, a été faite, dit-on, par des journalistes belges, vers l’année 1855". Les polémiques religieuses se sont éteintes, faute de religieux, mais le cléricalisme a survécu à la disparition des conflits entre l’Etat et l’Eglise. Il n’a pas perdu sa raison d’être, il s’est transporté dans la vie civile, il innerve le monde laïque. Le cléricalisme étant "l’attitude ou la doctrine des partisans d’une prépondérance ou d’une forte influence du clergé dans le domaine temporel et plus spécialement dans le domaine politique", il ne désigne plus de nos jours que la forte influence du clergé intellectuel dans le domaine temporel – autrement dit dans la vie civile.

La loi de 1905, en interdisant à l’Etat et aux collectivités locales de financer quelque culte que ce soit, a ôté aux membres du clergé catholique le statut de fonctionnaires et elle a fait des curés, des moines, des évêques des travailleurs ordinaires. Le clergé catholique a été durablement affaibli, mais, à la place qu’il a été contraint d’abandonner, la République, par horreur du vide ou par cynisme, a laissé prospérer, ou même a incité à prospérer, un autre clergé, plus retors, plus redoutable, plus avide, plus ambitieux que la vieille réunion des prêtres, moniales, évêques, cardinaux. Le clergé ancien a été supplanté par un clergé nouveau. Au lieu d’un clergé à soutane et portant la croix, s’est établi un clergé souterrain, invisible, revêtu de la tunique de l’idéologie. Jamais la France n’a été autant cléricale. Jamais le clergé nouveau n’y aura été aussi puissant, au sens où jamais les instruits n’ont exercé une influence aussi étendue sur les esprits. Alors que la République s’enorgueillit de ne reconnaître aucun culte, quelque culte qu’il desserve, jamais les desservants du culte idéologique n’ont été aussi nombreux à émarger au budget de l’Etat ou des collectivités locales ou à bénéficier de subventions illimitées. On évalue à un peu plus de cinquante mille le nombre de ministres du culte qui, en 1905, ont dû renoncer au traitement que leur assurait l’Etat. Aujourd’hui, le clergé sans soutane est peut-être trois ou quatre fois plus nombreux. Ses membres n’ont pas prononcé de vœux, mais ils ont suivi des études dans les écoles, lycées, universités de l’Etat. Puis, ils ont monnayé leurs diplômes contre de la puissance, non pas de la puissance financière, bien que l’Etat les mette, jusqu’à leur mort, et parfois du berceau au tombeau, à l’abri du besoin. Ce qu’ils ont obtenu, c’est le contrôle des esprits, la formation de l’opinion, la définition de la voie juste. En arabe, la voie juste se dit charia. Ils ne célèbrent pas Dieu, ils sont les baladins des droits, non pas ceux de 1789, mais ceux que les trotskistes et autres inventent chaque jour : ils célèbrent la vertu civique, l’horizon citoyen, le respect tous azimuts des différences, le vivre ensemble, l’humanitairerie larmoyante, le sac de riz pour la Somalie, la lutte contre les discriminations imaginaires. Ce clergé est formé des permanents de la Ligue de l’enseignement, des activistes de la culture d’Etat et de la HALDE, des professionnels de l’agit prop subventionnée, des associations gavées de crédits, des établis du socioculturel, des préposés à la censure dans les médias publics, des maîtres d’école dévoyés qui arasent les têtes plutôt que de former les esprits, des spécialistes en prétendues sciences de l’éducation, des experts en prévention, en assistance, en animation, en médiation, des universitaires qui s’égarent dans les impasses des "sciences socialo-humanitaires", des formateurs d’IUFM en didactique transversale, des cultureux à tout crin, des dix mille (ou plus) professeurs ou fonctionnaires mis à la disposition d'associations lucratives sans but ou de syndicats sans adhérents ou de cache sexe de partis politiques. On croit l’Etat impartial, il est militant. On le dit ou il se dit neutre, il prend parti sur tout. On voudrait qu’il soit au-dessus des factions, il est la faction la plus puissante. On le définit comme laïque, il n’a de laïque que l’étiquette. Le drame est que ce clergé est à la charge des citoyens. Ses pensions sont inscrites dans le grand Livre de la Dette. En 1789, le tiers état ployait sous le faix de la noblesse et du clergé ; en 2006, ce sont des pyramides de clercs que les citoyens portent sur le dos. Non seulement leur liberté de conscience, de pensée et d’action est limitée, mais encore ils sont contraints de contribuer à leur propre servitude. Des citoyens qui paient eux-mêmes la réduction de leurs propres libertés, cela ne s’est jamais vu dans un pays libre. C’est pourtant l’effet de la loi de 1905. Il n’y a pas de commune mesure entre les deux clergés. Les revenus d’un évêque sont de l’ordre du SMIC. Les membres du clergé idéologique, tels les journalistes de la presse subventionnée ou les profs de la LFE, ont des revenus assurés, quoi qu’ils fassent, grâce aux aides que leur prodigue une République. Un directeur de rédaction de France 2 a un salaire décuple de celui d’un évêque. Alors que celui-ci est rémunéré par les seuls fidèles, même les infidèles contribuent, mal gré qu’ils en aient, à la prospérité arrogante de celui-là. La loi de 1905 n’a pas séparé l’Eglise de l’Etat, elle a incité l’Etat à former son propre clergé.

 

 

Commentaires

Député ,députation : (et surtout " député républicain " )

- je ne comprend plus le sens de ce terme :

- origine du terme
- pour les " républicains " , à mon niveau j 'étais vaguement resté sur une vague notion de
- Constituante, " Assemblée constituante ",
" représentation des " citoyens " , porteur de la parole ou du pouvoir du"peuple"

- mais lorsque des " députés UMP" se voient confier la rédaction ( à toute vitesse ) d'une loi ( après une autre loi " promulguée-suspendue " ????? )

- quel peut être le sens de ce mot " député "

- puisque les députés des autres partis politiques ( représentant aussi d'autres citoyens, je le croyais , n'ont pas mot à dire )

- outre que des millions de citoyens n'ont même pas de représentants !

Écrit par : jos | 09 avril 2006

Les commentaires sont fermés.