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07 avril 2006

Lumière des livres 7

 

 

Florilège de liberté

 

 

 

Pendant des siècles, le peuple français, qui est sage et avisé, a affirmé avec force qu’il n’accordait pas plus importance à l’Alcoran (l’an quarante) qu’à un ciron et les élites, qui ne se croyaient pas supérieures au peuple, ont partagé la même indifférence, allant même jusqu’à se moquer du messager d’Allah et des croyances des musulmans. Pendant des siècles, les écrivains français ont exprimé sur l’islam, sur Mahomet, sur les musulmans, sur la Turquie, sur les Turcs, etc. des critiques qui seraient jugées islamophobes par le pouvoir en place en Iran et les thuriféraires de l’islam Wieviorka, Roy, Burgat ou Mucchielli. Cette insolence ancienne, qui s’enracine dans les profondeurs de notre histoire, est d’autant plus précieuse qu’il se pourrait qu’un jour, plus proche qu’on ne le croit, les livres où elle s’exprime ne soient mis à l’index, id est interdits, l’index étant "le catalogue des livres suspects de mauvaise doctrine dont le Saint Siège interdit la lecture, quoiqu’ils ne soient pas encore condamnés juridiquement".

 

Dans La Légende des Siècles (Partie III l’Islam), Victor Hugo condense en quatre vers insolents et féroces ce qu’il pense du divin Mahomet, dont il dit qu’il était aussi têtu que sa mule et aussi ignorant que son âne. : "Le divin Mahomet enfourchait tour à tour / Son mulet Daïdol et son âne Yafour ; / Car le sage lui-même a, selon l’occurrence, / Son jour d’entêtement et son jour d’ignorance". Un siècle auparavant, dans la tragédie Mahomet ou le fanatisme (Acte II, scène 5), Voltaire avait fait de Mahomet le prototype du tyran barbare et sanguinaire : "Le glaive et l’alcoran dans mes sanglantes mains / Imposeraient silence au reste des humains". Nos grands écrivains, comme le bon peuple de France, ont fait, pendant des siècles, de "l’an quarante" l’aune à partir de laquelle est étalonnée l’insignifiance. Sur le thermomètre du rien, il marque le zéro. Il n’est pas possible de leur donner tout à fait tort, n’en déplaise aux islamologues bien pensants, et l’on aimerait que nos contemporains, tout confits en dévotion islamique, sortent des ténèbres où ils végètent. Dans le Discours sur les sciences et les arts (1750), Jean-Jacques Rousseau, qui pensait bien en toute occasion et dont le Contrat social a inspiré et inspire les progressistes de tout poil, marxistes ou non, n’est pas en reste, pour une fois, avec Voltaire, son ennemi. Selon lui, le facteur déterminant, qui a causé, à la fin du XVe s, la renaissance des arts et des lettres, est la stupidité islamique, ce qui l’amène à remercier, ironiquement bien entendu, les Turcs d’avoir ressuscité l’Europe qu’ils tentaient de mettre aux fers. "L’Europe était retombée dans la barbarie des premiers âges. Les peuples de cette partie du monde aujourd'hui si éclairée vivaient, il y a quelques siècles (comprendre : au Moyen Age), dans un état pire que l'ignorance. Je ne sais quel jargon scientifique, encore plus méprisable que l’ignorance, avait usurpé le nom du savoir, et opposait à son retour un obstacle presque invincible. Il fallait une révolution pour ramener les hommes au sens commun ; elle vint enfin du côté d’où on l’aurait le moins attendue. Ce fut le stupide Musulman, ce fut l’éternel fléau des lettres qui les fit renaître parmi nous. La chute du trône de Constantin (id est la prise de Constantinople en 1453) porta dans l’Italie les débris de l’ancienne Grèce. La France s’enrichit à son tour de ces précieuses dépouilles. Bientôt les sciences suivirent les lettres ; à l’art d’écrire se joignit l’art de penser ; gradation qui paraît étrange et qui n’est peut-être que trop naturelle ; et l’on commença à sentir le principal avantage du commerce des Muses, celui de rendre les hommes plus sociables en leur inspirant le désir de se plaire les uns aux autres par des ouvrages dignes de leur approbation mutuelle".

L’histoire, hélas, est souvent plus ironique que nos meilleurs écrivains, au point que ce qui était inconcevable il y a trois siècles finit par se réaliser sous nos yeux. Le 16 décembre 2004, la presse turque en liesse n’a pas salué la résurrection de l’Europe, mais sa fin, en conférant au wahhabite Erdogan le titre de "conquérant de l’Europe", dont était affublé en 1453 Mehmet II. Dans trois ou quatre siècles, un autre Rousseau, tout autant lucide que Jean-Jacques, fera peut-être de 2004 un autre 1453, mais alors que l'Europe a ressuscité en 1453, elle risque de disparaître au XXIe siècle. Sur la Turquie et les Turcs, les écrivains romantiques sont plus éloquents encore que Rousseau. Voici le poème intitulé 1453 que Hugo consacre, dans la partie VI de la Légende des siècles, au siège de Constantinople et dans lequel il prédit (ce en quoi il s’est trompé) que la France libèrera les territoires byzantins que Mehmet (Mahomet en turc) a conquis cette année-là : "Les Turcs, devant Constantinople, / Virent un géant chevalier / A l’écu d’or et de sinople, / Suivi d’un lion familier. / Mahomet Deux, sous les murailles, / Lui cria : " Qu’es-tu ? " Le géant / Dit : " Je m’appelle Funérailles, / Et toi, tu t’appelles Néant. / Mon nom sous le soleil est France. / Je reviendrai dans la clarté, / J’apporterai la délivrance, / J’amènerai la liberté". Ce dont on est sûr, c’est que cette prédiction ne sera jamais réalisée et que ni Chirac, ni Moscovici, ni Mamère, ni Guigou, ni Cohn-Bendit ni leurs amis "n’amèneront la liberté", ni "n’apporteront la délivrance", où que ce soit, surtout pas en Arménie ou en Thrace.

Quand ils étaient grands, cultivés, épris de vérité, soucieux d’histoire, les écrivains de France savaient ce dont les Turcs étaient capables. Voici les crimes que Victor Hugo, le barde de l’école qui éclaire, le héraut de la République qui libère, le visionnaire de l’histoire, le chantre de l’Europe, le progressiste invétéré, met au compte, dans La Légende des siècles, de l’un des conquérants turcs, le Sultan Mourad : "Dans son sérail veillaient les lions accroupis ; / Et Mourad en couvrit de meurtres les tapis ; / On y voyait blanchir des os entre les dalles ; / Un long fleuve de sang de dessous ses sandales / Sortait, et s’épandait sur la terre, inondant / L’Orient, et fumant dans l’ombre en Occident". Le recueil poétique Les Orientales, publié en 1829, est un inventaire des crimes commis par les Turcs, non plus aux XVe et XVIe siècles, mais au début du XIXe siècle, dans les territoires grecs qu’ils ont régis pendant quatre siècles. C’était l’époque où les écrivains soutenaient la guerre qu’engageaient les Grecs, les Serbes, les Roumains, les Bulgares, les Macédoniens, les Egyptiens, pour se libérer du joug turc. Les Massacres de Chio sont célèbres grâce au beau tableau de Delacroix et aussi grâce au poème L’enfant que cet événement a inspiré à Hugo. Le premier vers dit, en deux phrases, tout ce qu’il y a à dire des Turcs et qui illustre la situation actuelle de Chypre : "Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil". Le poème se termine par ces deux vers : "Ami, dit l’enfant grec, dit l’enfant aux yeux bleus, / Je veux de la poudre et des balles". Deux siècles plus tard, ce sont des montagnes d’euros dont les dirigeants européens dépouillent leurs citoyens pour alimenter le budget de l’Etat turc. Ce ne sont pas des aides qui sont versées, c’est l’impôt de dhimmitude ou jiziya qui est acquitté. Les écrivains européens ont imité Voltaire, Rousseau ou Hugo. Parmi ceux qui ont dit non, il y a le Bulgare Ivan Vazov, auteur de Sous le joug (paru en 1889), un beau roman qui raconte les crimes abominables que les Turcs ont commis pour maintenir sous leur sabre sanglant les courageux habitants de Bulgarie. C’est un roman dont la lecture devrait être rendue obligatoire à l’Assemblée nationale, au Parlement européen, à la Commission de Bruxelles et dans toutes les institutions de l’Europe. Il éclairerait peut-être les quelques aveugles volontaires qui veulent recouvrer la vue, bien que vivre couché soit plus reposant que de marcher debout.

Les faits, qu’ils soient relatifs à la Turquie ou à l’islam, n’ont guère changé depuis Rousseau, Voltaire ou Hugo. Hugo est mort en 1885. Dix ans plus tard, a commencé le génocide arménien : le grand massacre de 1896, celui d’Hadana en 1909, le génocide de 1915-1916, les tueries des années 1920-1923, la guerre menée par l’armée turque à partir de 1920 pour ne pas appliquer le traité de Sèvres que les dirigeants politiques ottomans avaient ratifié, guerre qui a abouti à la purification ethnique et religieuse d’un territoire que les Turcs devaient partager avec les Arméniens, les Kurdes, les Grecs, la répression féroce à compter de 1927 des Kurdes dont le seul crime était de vouloir parler leur langue et de la transmettre à leurs enfants, l’invasion en 1974 de Chypre, pays libre, souverain et indépendant, et l’occupation d’un tiers du territoire de l’île, laquelle s’est accompagnée du cortège habituel de meurtres et destructions, et du remplacement des populations grecques chassées de leurs terres par des familles immigrées de Turquie, etc. Pour ce qui est des autochtones assyriens, chaldéens, maronites, coptes, melkites, grecs catholiques, etc. qui ont refusé de se convertir à l’islam - vivant dans une terre qui est devenue, malgré eux, "terre d’islam" (comme disent les cyniques, sans que quiconque proteste), leur situation n’est pas meilleure qu’elle ne l’était du temps de Hugo ou de Voltaire. Depuis 1860, aux pogroms succèdent les pogroms. Depuis plus de vingt ans, les thèses de l’islam politique (salafiste, wahhabite, frère musulman, etc.) inspirant de plus en plus de musulmans, les appels au djihad se multiplient, et de plus en plus de moudjahidin y répondent en Indonésie, en Malaisie, aux Philippines, au Pakistan, en Inde, en Egypte, en Irak, au Nigeria, etc. La guerre qu’a faite le régime du Soudan contre les populations noires du Sud de ce pays, animistes ou chrétiennes, a tué près d’un million de malheureux et a contraint des millions d’autres à quitter leur terre. Il a même été décidé de rétablir l’esclavage comme une "solution finale". En 1940, on dénombrait près d’un million de juifs vivant dans les pays arabes : tous sont partis, même les Caraïtes qui vivaient en Egypte depuis la haute Antiquité. S’ils avaient eu lieu au XVIIIe et au XIXe siècles, ces crimes auraient suscité l’indignation, la protestation, la colère, la réprobation de Voltaire, de Rousseau, de Hugo. A la fin du XXe siècle, les écrivains se taisent ou ferment pieusement les yeux. Personne ne bronche. Sollers ne dit rien, Ernaux reste coite, Orsenna pérore sur la grammaire. Il est vrai qu’ils ne sont ni Voltaire, ni Rousseau, ni Hugo. Raison de plus. Aux médiocres, il reste l’indignation : l’os est bon à ronger. Pis, certains approuvent. Foucault, professeur au Collège de France, qui prétendait se faire l’avocat des fous, des homos, des femmes, des prisonniers, s’est pâmé devant le régime de Khomeiny. Bourdieu, l’ami du FLN, n’a pas élevé la voix pour protester contre les égorgements d’étrangers en Algérie dans les années 1990-1997. Tout est fait pour que cesse l’insolence passée de Hugo, Voltaire, Rousseau. Le préambule de la "Constitution pour l’Europe" (première version, celle de 2003) commence ainsi : "Conscients que les habitants (de l’Europe), venus par vagues successives depuis les premiers âges, y ont développé progressivement les valeurs qui fondent l’humanisme". Ce qui est affirmé solennellement, c’est qu’il n’y a pas en Europe de peuple qui puisse invoquer le "droit du premier occupant". Contre toute vérité, les Européens sont assimilés à des immigrés, bien que leurs ancêtres aient été inhumés, il y a plus de cent mille ans, dans la terre d’Europe, qu’ils aient gravé, il y a plus de trente mille ans, sur les parois de grottes, leurs propres représentations mentales et qu’ils se soient mis à cultiver la terre il y a plus de six mille ans. En conséquence, les Européens sont de simples locataires, et le bail dont ils jouissent pourrait être résilié au bénéfice des nouveaux venus d’Asie ! Si les Européens viennent de partout, sauf d’Europe, pourquoi les Turcs, qui vivent en Asie, ne seraient pas des Européens ? Un autre fait est encore plus éloquent. Dans Mahomet ou le fanatisme, Voltaire exprime sans fard ce qu’il pense de l’islam. En 1993, des comédiens de la ville de Genève, Genève la tolérante, Genève l’ouverte au monde, Genève la multiculturelle, etc. ont projeté de représenter cette tragédie. Mal leur en a pris. Ils ont été menacés de brûler dans le théâtre où ils auraient joué. En 1993, des Européens ont été empêchés de représenter une œuvre qui fait partie de leur patrimoine littéraire., parce que les frères Ramadan, les bons apôtres de la lapidation des femmes, le leur ont interdit, comme leurs frères en islam prohibent dans l’oumma ou dans les daoula islamiyya d’Arabie, Algérie, Iran, Irak, etc., partout où ils écument, la musique, l’art, la peinture, le cinéma, la photo, la liberté de penser, le tabac, le vin, le savoir, etc. Il y a deux siècles, quand les Européens se moquaient de l’an quarante, ils auraient fait taire ces censeurs. Aujourd’hui, ce sont les censeurs qui les font taire. Cette vilenie n’a pas valu aux frères Ramadan l’indignité, mais des excès d’honneur. Ils sont devenus les interlocuteurs de Sarkozy, de l’Unesco, de l’Union européenne, de l’Etat français, du PC, des gauchistes.

Au train où vont les choses, un jour viendra, plus proche qu’on ne croit, où les audacieux, les impertinents et les insolents, qui "se moqueront de l’an quarante", comme Voltaire, Rousseau, Hugo le faisaient jadis, seront menacés de connaître le sort de Van Gogh ou celui de l’admirable et déjà oublié écrivain égyptien Farag Foda.

 

 

Commentaires

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vous pourriez peut -être m 'expliquer le terme "
poignée :
- j 'étais resté à une étymologie ayant lien avec le poing , avec ce qui est centenu dans un poing humain ,voire par extension une main ( de femme ) : " une poignée d'amour" , une poignée de grains ..
- lors de la manifestation des NAZIS TURCS place Bellecour à lyon

- je poursuis sur un 2ème commentaire ...

Écrit par : jos | 08 avril 2006

suite de commentaire :
me SCHOENBERG BORLOO sur Antenne 2 week end :

- n 'a pas signalé ces defilés le samedi soir !!! ( tenus le samedi apres-midi )

- a signalé dimanche
" une poignée de manifestants ( d'association """"" franco-turque """" là aussi , m expliquer le terme SVP )

- les autres souces d information internationales ont décrit entre 2000 & 4000 nazis turcs des LOUPS GRIS ANTI ARMENIENS

- j 'ai du mal à me representer 2000 à 4000 NAZIS TURCS dans le contenu d'une poignée !?

MERCI

j ai ecrit au """""" médiateur A2 """""""""""""""

AUCUNE REPONSE RECUE SUR LE SENS DE POIGNEE

Écrit par : jos | 08 avril 2006

merci de vôtre réponse :

- j 'ai eu l 'agréable sentiment de me retrouver en cours de Latin

- délicieux sentiment avant la probable mise à l 'index ( i.e interdiction /suppression ) de la langue latine ( qui a la désagréable particularité de véhiculer une grande part de nos racines ; en contradiction avec l 'absence de racines chrétiennes de l'Europe selon Saint Jacques CHIRAC Le renieur )


- donc je peux rester , pour ma gouverne personnelle , sur la définition de " poignée " que m 'avait enseignée mon instituteur républicain

- ou qu 'utilisaient mes grand-pères paysans lors des travaux

- je ne retiens donc pas la définition de me Béatrice SCHOENBERG-BORLOO , " présentatrice Antenne 2 " , qualifiant 3 à 4000 partisans du génocide arménien de " poignéée " ( sic )

merci
- jos

Écrit par : jos | 09 avril 2006

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