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08 avril 2006

Signes 4

 

Comment le journal Le Monde manipule ses lecteurs

 

Le chef de la diplomatie palestinienne, qui est aussi un des responsables du Hamas ou branche palestinienne de l’organisation islamique des Frères musulmans, M. Zahar, aurait adressé le mardi 4 avril une lettre au secrétaire général de l’ONU, M. Annan. L’Agence France Presse en a obtenu une copie, qu’elle s’est empressée de diffuser à ses abonnés. Il n’y a rien d’anormal qu’un ministre des affaires étrangères ou qu’un individu faisant fonction de ministre écrive à l’Organisation des Nations Unies. M. Annan reçoit chaque jour des milliers de lettres, que le journal Le Monde ne publie pas ou dont il ne publie pas des extraits et dont il ne fait jamais état. D’ailleurs, Le Monde n’a pas l’habitude de publier les lettres du Hamas. De plus, une lettre n’est qu’une lettre : ce n’est ni une déclaration, ni l’affirmation d’un point de principe, ni le rappel d’une doctrine. Ce n’est en rien un fait qui mérite de devenir une nouvelle.

Cela n’a pas retenu le journal Le Monde, dans son édition datée du 5 avril 2006, de publier trois phrases extraites de cette lettre. Voici la première : "notre gouvernement, écrit M. Zahar, souhaite sérieusement travailler avec le Quartet pour un dialogue sérieux et constructif avec l’Autorité palestinienne et son nouveau gouvernement". Le "Quartet sur le Proche-Orient" est composé, précise Le Monde, des Etats-Unis, de la Russie, de l’ONU et de l’Union européenne. Dans la deuxième phrase, M. Zahar accuse Israël de refuser toutes les solutions préconisées par l’ONU depuis 1947, à savoir créer, dans l’ancien territoire ottoman sous mandat britannique, deux Etats. L’accusation est-elle nouvelle et fondée ? Israël refuse-t-il vraiment aux Palestiniens le droit d’avoir un Etat ? Cela n’est pas prouvé. Pourtant, M. Zahar est cité, comme si son accusation était vérité de Coran : "Les initiatives d’Israël dans les territoires occupés vont mettre fin à tous les espoirs de parvenir à un règlement final et pacifique sur la base d’une solution prévoyant deux Etats". Certes, les mots "deux Etats" sont dits, mais à la fin d’une phrase dans laquelle Israël est accusé de mettre fin à "tous les espoirs" de créer "deux Etats". Dans la troisième phrase, M. Zahar exprime un souhait. Or un souhait n’est qu’un souhait. S’il devait publier tous les souhaits exprimés par des Etats ou des gouvernements ou des organisations qui ambitionnent de gouverner un pays, Le Monde compterait chaque jour des centaines de pages. Le souhait est publié quand même : "Nous souhaitons, comme tous les Etats du monde, vivre en liberté et en sécurité, et que notre peuple puisse jouir de la paix et l’indépendance, côte à côte avec nos voisins dans ce lieu saint du monde". Les "voisins" en question ne sont pas désignés avec précision. Ils peuvent être la Jordanie ou l’Egypte. Nulle part, M. Zahar n’affirme que les Palestiniens souhaitent vivre paisiblement aux côtés des Israéliens.

Telle est la lettre, qui n’apporte rien de nouveau à ce que l’on sait du Hamas. Voici comment Le Monde l’interprète. La première interprétation, écrite en gros caractères, sert de titre à l’article : "Mahmoud Zahar reconnaît implicitement le droit d’existence d’Israël". Dans aucune des phrases de sa lettre, M. Zahar n’a reconnu Israël, ni implicitement, ni explicitement, encore moins le droit que ce pays aurait "à l’existence", comme si l’existence d’un pays ou d’un peuple n’était pas un fait et bien que, de tous les pays du monde, seul Israël doive se prévaloir à tout moment d'un droit à l’existence qui lui serait reconnu par ses voisins pour continuer à exister. Le Monde reconnaît d’ailleurs benoîtement qu’il a diffusé une interprétation mensongère : "Un responsable du ministère palestinien des affaires étrangères a, en revanche, démenti, dans une déclaration à l’AFP, que M. Zahar ait reconnu le droit d’Israël à l’existence". Non seulement le démenti est formel, mais il est parfaitement conforme au contenu de la lettre : "C’est exact, a dit ce responsable palestinien, M. Zahar a bien envoyé une lettre à M. Annan. Mais il n’a pas reconnu Israël et n’a fait aucune mention du droit d’Israël à l’existence, ni l’a suggéré". Cela n’a pas empêché des journalistes de diffuser à la radio la nouvelle manifestement fausse que Le Monde a publiée. La seconde interprétation sert d’introduction à l’article : "Le chef de la diplomatie palestinienne et un des chefs du Hamas, Mahmoud Zahar, a reconnu implicitement et pour la première fois le droit d’Israël à l’existence, dans une lettre adressée mardi 4 avril au secrétaire général de l’ONU, dont l’AFP a obtenu une copie". Or, de toute évidence, du moins pour ceux qui sont encore en mesure de lire une phrase écrite en français, dans aucune des phrases citées, M. Zahar n’a reconnu quoi que ce soit, ni l’existence d’Israël, ni le droit des Israéliens à vivre dans leur pays.

On a appris vendredi 7 avril, trois jours après que la lettre de M. Zahar a été envoyée à l’ONU et deux jours après que Le Monde en a fait état, que l’Union européenne s’apprêtait à suspendre les aides de plusieurs millions d’euros qu’elle prodigue à l’Etat palestinien en gestation, et cela, parce que le Hamas, qui exerce le pouvoir, refuse de reconnaître l’existence d’Israël et qu’il préconise comme seule solution la poursuite de la guerre, afin que toute la Palestine revienne à son seul légitime propriétaire : la oumma islamique. Autrement dit, Le Monde a pris parti. Si une fausse interprétation de la "lettre" a été diffusée, ce ne fut pas pour informer les lecteurs, mais seulement pour empêcher ou retarder la suspension de l’aide européenne attribuée à l’Etat palestinien. Le journal Le Monde vit d’aides publiques très importantes. A quoi sert-il de payer des impôts, si c’est pour financer la diffusion de fausses nouvelles ou pour s’ingérer de façon aussi partiale dans un conflit ? Faut-il que Le Monde méprise ses lecteurs pour fabriquer des faux, comme d’autres jadis en ont fabriqué à foison pour nuire aux Juifs ? Le mot quartet qu’emploie Le Monde a deux sens : c’est "l’ensemble de deux protons et de deux neutrons dans le noyau d’un atome" ou bien, en informatique, la "chaîne de quatre éléments binaires, équivalente à un demi octet". Le Monde aurait dû écrire quartette, conformément à l’usage (un quartette, par francisation de l’italien quartetto, est un "petit quatuor"), ou il aurait dû écrire quatuor, conformément au sens figuré de quatuor : "ensemble de quatre personnes, de quatre choses". Non seulement, Le Monde diffuse de fausses nouvelles, mais encore il les diffuse dans une langue "approchative" (cet adjectif ironique est mis pour "flottante"), les deux tares, désinformer et user de mots trompeurs, se mariant manifestement à merveille.

 

 

06:55 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : Langue française

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