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09 avril 2006

Ce pays

 

 

Nommer la France

 

 

Pour la première fois peut-être dans notre histoire, le nom France ne va plus de soi pour nommer la France. Elle est l’un des rares pays dans ce cas, comme l’a été la Russie, dont le nom a été plus ou moins recouvert pendant quatre-vingts ans environ par le vocable URSS. Pourtant, le nom est riche de sens. Dérivant de l'adjectif et nom Franc qui signifie "libre", il équivaut à notre liberté moderne. De plus, il est possible de jouer avec les sonorités de ce nom : la SoufFrance (sous-France), l'a-France, la (F)Rance, etc. Ecoutez les élus du peuple, les journalistes, les élites, nos compatriotes. Ils désignent la France de plusieurs façons, mais rarement par son nom d'usage ou de baptême, comme on voudra. Nation est de moins en moins souvent employé : il est devenu désuet ou il a été proscrit, sans doute à cause du nationalisme ou du socialisme national qu’il est accusé sans raison de charrier. République, plus commun, est tout à fait honorable : pourtant, ce nom réfère à un régime, pas à un pays. Il est loisible aux Iraniens, aux Polonais, aux Irlandais, aux Sénégalais, etc. de nommer leur pays république, ce qu’ils font sans doute, mais moins souvent que les Français. Il est paradoxal et fort étrange de désigner une entité qui existe depuis mille cinq cents ans (la France) par le régime que les citoyens se sont donné (il y a un peu plus de deux siècles). Le régime est contingent par définition, il y a une essence de la France ; le régime est transitoire ou provisoire par définition ; la France est éternelle – du moins j’ose l’espérer. Le régime ne se rapporte qu’aux institutions, il est réducteur et partiel ; toute la France ne se ramène pas à la République, ni dans son histoire, ni dans ses réalités innombrables : l’art, la gastronomie, les vins, les fromages, la musique, les paysages, la littérature, l’architecture tiennent de le France, et non pas de la république. La langue est française, pas républicaine. La littérature aussi, de même que la musique. Certes, dans l’histoire de France, il est arrivé que la France soit désignée par le nom Royaume, mais il semble que l’habitude de nommer un pays par le régime politique que ses citoyens ont adopté ou qui leur a été imposé de force se soit généralisée à l’époque moderne. En Allemagne, on disait Reich ; en URSS, patrie soviétique.

La dénomination la plus fréquente est ce pays. On sait, et les grammairiens nous l’enseignent, que le démonstratif ce a, suivant les contextes, une valeur anaphorique (il réfère à ce qui vient d’être dit) ou une valeur déictique (il montre un objet proche de celui qui parle) : auquel cas, il est un signe d’ostension. C’est un équivalent de l’index pointé qui désigne directement la réalité du monde dans laquelle ou près de laquelle se trouve le locuteur. Montrer du doigt une personne qui passe dans la rue, c’est faire preuve à son égard de discourtoisie. Il était déconseillé dans les règles anciennes de politesse de faire ce geste. Ainsi, le démonstratif ce est méprisant quand il sert à montrer un individu à qui on n'accorde guère de valeur : dans "cette pute", "ce gros con", "ce salaud", "cette créature", "cet individu", "ce type-là", "ce mec", "cette meuf". Dans le Trésor de la Langue française, sont citées deux phrases dans lesquelles ce exprime le mépris, une de Montherlant : "cette vieille bête de don Christoval" et une autre de Proust : "Comment s’appelle-t-il, cet ostrogoth-là ! me demanda Albertine".

Ecoutez nos élus, les sociologues de service, les donneurs de leçons à la pelle, les journalistes bien pensants : ils disent tous ou quasiment tous, et de façon récurrente, ce pays pour désigner la France, comme si le pays dont ils parlent n’était pas ou n'était plus le leur ou qu'ils missent la plus grande distance possible entre eux et la France ou que son nom fût désormais tabou ou qu’il fût celui de cet Ostrogoth que montre Albertine ou qu’il n’eût pas plus de valeur qu’un vieux chiffon. Ils ont évité le ce de mépris à propos de l’URSS ; ils l’évitent quand ils parlent de Europe, de l’Algérie ou de tout autre pays du tiers-monde ; ils en accablent la seule France.

 

 

Commentaires

_ je me demande d'ailleurs souvent quel sera le terme futur désignant " cette entité géographique "
- pensant personnellement que " ce pays" ( dans l 'acception actuelle ) peut possiblement disparaitre
( notons aussi le terme d'hexagone , qui permettait déjà une réduction géographique simplifiée ; je crois qu 'il est d'ailleurs moins utilisé ces dernières années , ce terme ayant une connotation géographique qui devient elle-même insupportable pour un énarque
- car indiquant de fait , des frontières ," 6 angles , 6 côtés" , malvenus avec les """ accords """ ( tiens , il serait aussi intéressant d'étudier accord , qui désigne souvent des non-accords ) de Schengen .
" hexagone " ( moins utilisé , je crois, ferait implicitement nécéssité de s'occuper de " cette" frontière " .)

- le terme " France" avait de mal ,venu , qu 'il en découlait aussi le terme " Français"
- qui désignait plus ou moins ,certaines caractéristiques de "ce type d' habitants" .

- quand le terme " français " est seriné , jour après jour , avec un accent insistant par les présentateurs télé ,pour désigner
- un zaccharias Moussaoui
- ou un Fofana

je pense que s 'il est valable pour désigner ces gens ,
il n 'est alors plus valable pour me désigner , moi & ma famille
-ne parvenant plus à trouver le lien commun , entre moi , et " ces français"

- je ne dois plus être " Français " , pour ma part .

Écrit par : jos | 09 avril 2006

http://constantinia.blogspot.com/

connaissez vous
constantinia
l empire de constantin ?

ce n 'est pas mon blog , mais je serai fier d'en être l 'auteur

Écrit par : jos | 09 avril 2006

Le post d'Aouet le Jeune est génial, comme d'habitude. Je n'avais pas pensé à ça. Mais j'avais remarqué, comme l'a fait Jos (qui pourtant n'est pas français mais belge, à ce qu'il me semble) qu'on insiste beaucoup sur la nationalité acquise de gens comme Moussaoui. Quand on nous parlait de Florence Aubenas, par exemple, on ne disait pas à tout bout de champ "la Française Florence Aubenas". Il me semble qu'on le fait parce que le nom de Moussaoui ne "sonne" pas français. Insister sur sa nationalité, c'est donc quelque part reconnaître qu'il n'est pas vraiment français. C'est une forme de discrimination positive. Et comme toute discrimination positive, c'est une forme de racisme (à l'envers ou à l'endroit).

Écrit par : Marie | 13 avril 2006

Oui, vous avez raison. Ce qui est intéressant dans l'exemple que vous citez, c'est que Moussaoui a récusé la nationalité qui lui a été attribuée contre sa volonté : il a dit à deux ou trois reprises lors de son procès qu'il n'était pas français, que cette nationalité de papier lui avait été imposée, qu'il était musulman, qu'il était membre de la grande "oumma" (ou nation de l'islam) et que l'islam était sa seule identité. En dépit de ses dénégations, des journalistes continuent à lui appliquer ce "Français" qu'il considère (à juste titre, si l'on se rapporte à son "idéologie") comme infamant ou réducteur ou faux. Autrement dit, le mot Français dont les journalistes font précéder le nom Moussaoui est faux. Ce qu'il y a de révélateur dans cette affaire, c'est l'entêtement des journalistes : ils font passer l'idéologie dont ils sont imprégnés avant la vérité. Ils procèdent ainsi en toutes choses.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 14 avril 2006

Marie

je suis Français
j 'ai signalé ce blog Belge intérressant , Constantinia
en précisant qu 'il ne s'agit pas de mon blog

Écrit par : jos | 14 avril 2006

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