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14 avril 2006

Ratonnades

 

 

 

 

Dans le Trésor de la Langue française, le nom ratonnade est défini comme suit : "violences exercées contre une communauté nord-africaine en représailles à des actions attribuées à certains de ses ressortissants". Les exemples qui illustrent ce sens sont clairs : "(à la suite d’attentats aveugles), le pire arriva bientôt. Le lynchage pur et simple, la chasse à l’arabe, la ratonnade ignoble et aveugle" (Yves Courrière, La Guerre d'Algérie, 1971). Par extension, ce nom désigne aussi les "violences exercées contre une minorité ethnique ou un groupe social". Les Nord-Africains ne sont donc pas les seuls qui soient ou aient été les cibles, dans un passé récent, de ratonnades. Les phrases qui illustrent ce sens étendu ne laissent pas de doute : "A l’approche de l’aube, tandis que Cohn-Bendit lance par la voie de la radio qui n’a pas cessé ses reportages "en direct" l’ordre de dispersion, il est cinq heures trente, les ratonnades donnent lieu à des scènes assez ignobles" (Vianson-Ponté, Histoire de la République gaullienne, 1971). Ce mot est attesté en français la première fois en 1960, dans le cadre de la guerre en Algérie, au sens de "mouvement de violence déclenché contre une communauté nord-africaine" (Le Monde, 14 décembre 1960), puis, en 1968, dans le sens étendu de "brutalités exercées contre un groupe quelconque" (Le Monde, 24 mai 1968).

En 1968, les journalistes du Monde qui sont experts en ratonnades, non pas pour y avoir participé ou les avoir organisées (encore que...), mais pour les avoir condamnées, les ont définies comme "des brutalités exercées contre un groupe quelconque". Appliquons le nom ratonnade ainsi défini à ce qui fait la sinistre réalité du pays des droits de l’homme et où, chaque jour, des pompiers se font ou insulter ou frapper ou lapider ou cracher dessus. Ils ne sont pas les seuls à subir ces agressions. Conducteurs de métro ou de bus, contrôleurs SNCF, professeurs, policiers, parfois même de simples passants, sont la cible de ces manifestations de haine viscérale. Ils ont beau être français, ils n’en sont pas moins des hommes qui, réunis, forment un groupe, ethnique, social ou quelconque, peu importe. La réalité est là. Insultés, frappés, agressés, etc. ils sont ratonnés. Il n’y a pas que les Nord-Africains qui, en France, sont l’objet de ratonnades. Il y a aussi des noirs, des jaunes, des blancs, des Français. Que des ratonnades existent dans le pays qui, le premier au monde, a déclaré l’universalité des droits de l’homme et qu’elles frappent aussi ceux qui s’en croient les autochtones n’étonnera pas ceux qui savent comment va le monde. Au nom de quoi les Français seraient-ils épargnés par une règle universelle ? Parce qu’ils sont français ? L’histoire est une succession de ratonnades réussies. Dans les pays où il se sont installés, les cow-boys ont organisé des ratonnades contre les malheureux indiens, les Espagnols contre les Incas et les Aztèques, les colons contre ceux qu’ils colonisaient, les Australiens contre les aborigènes, les Arabes d’Arabie contre les Berbères ou les Egyptiens. Les immigrés ou leurs enfants, d’où qu’ils viennent, sont des hommes comme les autres. Ils ne sont pas d’une nature supérieure ou différente. Eux aussi, comme les autres, ils organisent des ratonnades. Pourquoi se gêneraient-ils, puisque telle est la loi du monde ? Cependant, un seul fait distingue ces ratonnades des ratonnades labellisées et conformes à l’idéal ou à l’essence de la ratonnade : c’est qu’il est interdit de nommer ratonnades les exactions auxquelles elles donnent lieu. Les réalités sont identiques : les mots diffèrent. 

 

 

 

 

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