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18 avril 2006

Colonie

 

 

 

Colon, colonie, coloniser, colonisation

 

 

 

Dans le Dictionnaire de la Langue française (seconde moitié du XIXe siècle), Emile Littré définit le nom colonie comme la "réunion d’individus qui ont quitté un pays pour en peupler un autre" ou le "lieu où (ces individus) se sont transportés" ou les "gens d’un même pays habitant une localité étrangère". Dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762), ce nom est suivi de la même signification : "personnes de l’un et de l’autre sexe, que l’on envoie d’un pays pour en habiter un autre" ou les "lieux où l’on envoie des habitants". C’est ce sens que relèvent les auteurs du Trésor de la Langue française : "groupe d’émigrants qui ont quitté leurs pays pour cultiver, peupler, exploiter une terre étrangère" et "population qui se développe à l’endroit où se sont fixés les premiers colons".

Le nom colon a à peu de choses près la même signification. Pour Littré, c’est le "cultivateur d’une terre" et "celui qui fait partie d’une colonie ou qui en exploite le sol". Les Académiciens du XVIIIe siècle nomment colons les habitants des colonies et "ceux qui cultivent des terres dans quelque pays que ce soit". Dans le Trésor de la Langue française, c’est "celui qui a quitté son pays pour aller occuper, défricher, cultiver une terre de colonisation". De fait, le verbe coloniser signifie "peupler par une colonie" et la colonisation est à la fois l’action de coloniser et le résultat de cette action.

Bien entendu, ces termes ont aussi un sens politique. Littré précise qu’une colonie est un "établissement fondé par une nation dans un pays étranger". La nation qui colonise ou a colonisé des terres peut être celle que forment les Grecs, les Arabes, les Chinois ou les Italiens. Le nom désigne aussi la "possession d’une nation européenne dans une autre partie du monde" : ainsi, il a pu s’appliquer aux territoires que la France a contrôlés en Afrique ou en Asie. Mais le phénomène est caduc depuis près d’un demi-siècle. En Afrique noire, la colonisation n’a pas excédé trois-quarts de siècle ; en Algérie 132 ans, ce qui est relativement bref, comparé aux quatre ou cinq siècles qu’a duré la colonisation de l’Europe du Sud-Est (Grèce, Thrace, Serbie, Roumanie, Albanie, Bulgarie) par les Turcs ou aux six ou sept siècles qu’a duré la colonisation du Sud de l’Espagne par les Arabes ou les Berbères islamisés. Pourtant, de toutes ces colonisations, seule la Française est l’objet d’une haine sans limite, alors qu’elle est achevée et qu’elle a été moins cruelle et moins meurtrière que celles qui ont eu lieu dans l’histoire ou celles qui continuent à produire leurs effets délétères, en Chine par exemple, mais pas uniquement en Chine. Examinons cela.

Les dictionnaires établissent que la colonisation est un fait universel. Des centaines de peuples en ont colonisé d’autres, ou continuent à en coloniser d’autres. S’entre coloniser, ainsi va le monde. L’URSS a contrôlé avec une brutalité inouïe l’un des plus vastes empires coloniaux connus dans l’histoire. La Chine aussi : elle continue même à coloniser le Tibet et le Turkestan, sans que les anti-colonialistes s’en indignent ou même le constatent. Or, très étrangement, à ces deux pays, il n’a jamais été demandé de se repentir des crimes qu’ils ont commis ou qu’ils continuent à commettre encore contre des peuples innocents et faibles. Pis même, ces deux empires coloniaux sont ou ont été des modèles sacrés et intouchables pour les colonisés et pour les militants les plus hostiles ou soi-disant hostiles à toute forme de colonisation (qu’ils prétendent). Au VIIe siècle, les tribus de la péninsule arabique, sous la conduite d’Omar, successeur de Mahomet, sont parties à la conquête du monde, le sayf Allah au poing. Ce fut la plus grande razzia de l’histoire de l’humanité. Or, il ne semble pas que les descendants de ces colons ou même ceux qui en ont été les victimes réprouvent cette colonisation, soit qu’ils en profitent, soit qu’ils continuent à en subir la désastreuse tyrannie. Seuls sont haïs les colons, quand ils sont juifs ou quand ils sont ou ont été français. Les mots colons, colonies, coloniser et colonisation ne sont donc pas universels, contrairement à ce que devraient être les désignations. Ils sont à géométrie variable ou mieux à sens unique : l’emploi qui en est fait n’est pas régi par la nécessité de se conformer aux réalités du monde, mais par des a priori idéologiques et partisans. Ils ne sont pas justes, au sens de "ajustés" au réel, mais injustes, à la fois mal ajustés et sources d’iniquités.

En 1974, Boumedienne, qui présidait alors aux destinées de l’Algérie et y appliquait les bonnes et vieilles méthodes de la tyrannie fasciste, a prononcé, de la tribune de l’Organisation des Nations Unies, une prédiction martiale, menaçante et haineuse (donc contraire à la charte de l’Organisation qui lui offrait une tribune), toute à la gloire des colons, des colonies, du processus de la colonisation. En voici un extrait : "Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère sud pour faire irruption dans l’hémisphère nord. Et certainement pas en amis. Car ils y feront irruption pour le conquérir. Et ils le conquerront en le peuplant de leurs fils. C’est le ventre de nos femmes qui nous offrira la victoire". Ce "jour", auquel faisait référence Boumedienne, est arrivé, mais ce n’est pas un "jour de gloire" pour les Français ou pour le Nord. Ce que martèle Boumedienne, entre autres vérités, c’est que se sont établies en France et en Europe des colonies nombreuses venues d’Afrique du Nord, que la colonisation qui en résulte est un vrai acte de guerre et qu’elle se terminera par la victoire totale des colons sur les malheureux peuples qu’ils soumettent à leur loi. En France, seuls sont voués aux gémonies ou cloués au pilori ceux qui ont dû quitter l’Algérie en 1962 : ils n’étaient plus des colons, mais de simples réfugiés. En revanche, ceux qui ont traversé la Méditerranée dans le même sens et dont la gloire est chantée par Boumedienne ne sont jamais désignés par le nom juste et précis de colons. Bizarre, vous avez dit bizarre ? Comme c’est bizarre ! Aurions-nous peur des mots justes ?

 

 

 

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