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19 avril 2006

Sciences humaines et sociales

 

 

 

La chimie, la physique, la biologie sont des sciences : celui qui s’y adonne observe, constate, expérimente, énonce une loi, la vérifie en renouvelant les expériences, la valide ou non, suivant que les expériences ont abouti ou non aux mêmes résultats dans les mêmes conditions. Il ne se passe rien de tel dans ce qui est nommé sciences sociales et humaines. Dans ces étiquettes, les adjectifs se rapportent on ne sait à quoi : à de l’humain ou à de l’humanitaire, à du social ou à du socialiste ? En bref, c’est par abus de sens que sciences désigne la sociologie, l’ethnologie, l’anthropologie, la psychologie, l’histoire, la psychosociologie, la psychanalyse, la théologie, la linguistique, etc. Il n’y a rien de scientifique dans les matières ou les disciplines énumérées ci-dessus : un simulacre de sciences, un ersatz de sciences, un leurre de sciences, oui : de la science, non. Pour découvrir l’origine du langage, un souverain germanique a refait l’expérience du souverain égyptien Psammétique (Hérodote, Histoires, II) qui, après avoir retiré à leur mère deux enfants nouveau-nés, les a enfermés avec une chèvre nourricière. Allaient-ils bêler ou articuler des mots ? Quel serait leur premier son ou leur premier mot ? S’ils prononçaient des mots, quelle langue parleraient-ils ? Bien sûr, l’expérience a fait flop. N’importe quelle conclusion aurait pu en être tirée, tant sur la prétendue langue de la nature que sur la première langue du monde. La morale, le bon sens, le sentiment d’humanité, tout empêche de transformer un homme en cobaye.

La genèse de la dénomination sciences humaines et sociales n’est pas établie avec sûreté. Littré, dans le Dictionnaire de la Langue française, publié dans la seconde moitié du XIXe siècle, ne relève aucune occurrence de ces deux mots, sinon indirectement, dans un sens ironique, chez Voltaire. Encore est-ce sciences de l’homme, et non sciences humaines : "L’ingénu faisait des progrès rapides dans les sciences, et surtout dans les sciences de l’homme". L’Indien d’Amérique, nommé L’ingénu, beau garçon, apprend chaque jour à mieux connaître (au sens biblique de ce terme) la société française de son temps, et surtout les jolies femmes friandes d’exotisme. De cette citation, on ne peut tirer aucune conclusion quant à la date à partir de laquelle la dénomination sciences humaines et sociales est entrée dans l’usage. Il est certain, en revanche, que la transformation, abusive et qui a eu un temps du succès (seuls les sectateurs ont été abusés), du marxisme en "science des sciences", subsumant les sciences, les dépassant, les éclairant ou les transcendant, a favorisé l’ascension de sciences humaines et sociales jusqu’aux vraies sciences, les sciences dites exactes ou dures. Les pseudo sciences que sont la sociologie, l’anthropologie, la psychologie, l’ethnologie, l’histoire, etc., ont été guindées très haut, bien qu’elles eussent plus de points en commun avec l’idéologie qu’avec la géologie, la plus modeste des sciences exactes. Certes, il est arrivé, dans l’histoire de la langue française, que le nom sciences ait été étendu à toute connaissance ou à toute discipline faisant l’objet d’un enseignement raisonné, telles la rhétorique, la logique et même la théologie ou science de Dieu. Mais cet emploi ancien ne justifie pas que le mot serve à désigner ce qui n’est qu’idéologie. L’accroissement constant du nombre de sectateurs de ces idéologies n’en fait pas pour autant des sciences. Une science ne se juge pas à la masse de ceux qui s’y adonnent. Il y a des siècles, les hommes étaient quasiment tous persuadés que la terre était plate et que le soleil tournait autour d’elle, donc que ces deux propositions relevaient de la science. Le nombre élevé de croyants n’empêchait que tout cela n’était qu’une représentation (fausse) du monde.

Les étiquettes idéologies ou ignorances seraient plus pertinentes sans aucune doute pour désigner ces sciences que le nom sciences. En effet, les objets d’étude, que ce soit l’homme, objet d’étude des sciences humaines, ou la société, objet d’étude des sciences sociales, de ces sciences sont tout autant imaginaires que le statut de sciences qu’elles s’attribuent indûment. Désigné par un nom au singulier ayant une valeur générale, l’homme n’a pas d’autre existence que fictive. Dans la réalité, il n’existe que des hommes, uniques et singuliers, que nous voyons ou que nous croisons chaque jour. De plus, depuis un demi siècle, les prétendues sciences de "l’homme", après avoir célébré la mort de Dieu, c’est-à-dire de la fin de toute transcendance, annoncent la mort de ce qu’elles étudient : l’homme. L’homme n’existe plus, ce en quoi elles n’ont pas tout à fait tort. Il devrait été remplacé par les structures, lesquelles auraient seules une réalité. En conséquence, les structures seraient seules dignes de devenir des objets d’étude (cf. Foucault, Les Mots et les Choses) – ce en quoi ces sciences délirent tout autant que quand elles croient saisir l’objet "homme". Enfin, pour que les sciences dites sociales aient une raison d’être et une validité, il faudrait qu’il existe dans la réalité quelque chose qui mérite d’être nommé société et qui soit autre qu’une société de commandite par actions. La Société générale a une réalité, comme la société de chasse ou de pêche de telle ou telle commune de France. La société des sciences sociales n’en a pas. Parmi nous, des hommes vont et viennent, travaillent ou chôment, exercent ou non leurs droits de citoyen, s’ignorent les uns les autres et ne se saluent pas quand ils se croisent. Si tant est qu’il y ait quelque part une société, elle est dans la cervelle des experts ès sciences sociales. Ce n’est qu’une invention de leur idéologie, laquelle, comme toute invention, répond à un besoin ou a son utilité pratique. Sent-on l’urgence de condamner ce qui déplaît ? La société est invoquée. Elle remplace le Dieu unique des théocraties archaïques. Elle devient le sésame ouvre-toi de toute interprétation du monde. Ainsi, pour ne citer qu’un exemple, Bourdieu et ses disciples se croient autorisés par l’invocation de la société à juger les goûts, les habitus, les opinions de leurs semblables, à distribuer blâmes et bons points, à répartir les goûts et les opinions en bons ou en mauvais, à les discriminer (cf. Bourdieu, La distinction, 1979). Baptisées sciences à l’instar de la science des sciences qu’a été le marxisme, ces idéologies, bien qu’elles soient marquées du sceau de la prétention sotte, mais habilement dissimulée sous un patelin relativisme généralisé, ont éliminé les humanités, dont le mérite était de former les esprits à l’humilité.

Les sciences sociales ont pour matrices l’anthropologie et la sociologie. L’anthropologie se qualifie prudemment de culturelle et de sociale, alors qu’elle était physique et raciale il y a moins d’un siècle. C’était l’époque bénie où elle adoptait les méthodes des sciences de la nature. Elle classait donc les hommes, comme les zoologistes classaient les chevaux. Les uns et les autres étaient rangés dans une race : la percheronne, la caucasienne, l’arabe, l’aryenne, etc. C’était aussi l’époque où les anthropologues étaient persuadés que les races, qu’elles soient chevalines ou humaines, étaient naturellement inégales et n’avaient pas les mêmes talents. C’était l’époque où le racisme s’exprimait, dans la science, en toute bonne conscience, sans scrupule, sans la moindre retenue. Or, cette matrice est pieusement cachée : elle pourrait faire tache. Il en va de même de la seconde matrice. Le nom sociologie est, pour ce qui de sa formation, une chimère, un hybride de latin et de grec, puisque, à un élément latin (socio), a été ajouté un élément grec (logie). Ce mot est un monstre, pour ce qui est de la forme, mais aussi pour ce qui est de ce à quoi il réfère : c’est Auguste Comte qui l’a fabriqué. Auguste Comte était un professeur de mathématiques à demi (ou en totalité) fou, qui croyait mordicus avoir été investi de la mission sacrée de régénérer l’humanité – pas seulement en France, mais dans le monde entier, jusqu’au Brésil – en lui enseignant une nouvelle religion : la sienne bien entendu. Auteur, entre autres ouvrages désopilants, d’un catéchisme positiviste, il substituait dans ses projets fous au clergé catholique, alors attaqué de toutes parts, une caste de savants éclairés, en fait illuminés par sa propre doctrine, disposant de tous les pouvoirs pour convertir les hommes à la religion positive. C’étaient les sociologues : plus exactement, comme ils exerçaient un pouvoir totalitaire sur les esprits, ils étaient des sociocrates.

Pourvues d’une telle généalogie, ces sciences, qu’elles soient de l’homme ou de la société, n’ont rien qui justifie qu’elles fassent l’objet d’un enseignement ou d’une recherche dans les institutions d’Etat. C’est s’abaisser que d’accorder le moindre crédit à un seul article du dogme qu’elles diffusent. "Il y a des sottises qu’on respecte, attendu qu’elles tiennent à des choses respectables", écrit Voltaire dans son Dictionnaire philosophique. L’homme et la société, si tant est que ces réalités aient une existence quelque part, méritent sans doute le respect : mais les sottises qu’en disent les sciences humaines et sociales, elles, restent des sottises et, à ce titre, il appartient aux esprits libres de prendre en toutes choses le contre-pied de ce qu’elles ânonnent.

 

 

 

Commentaires

l'astronomie est née de l'astrologie, comme quoi, l'origine n'explique pas tout, et ce n'est pas parce que Comte était un allumé que la sociologie actuelle ne vaut rien.
Les sociologues ont une méthode scientifique: ils vont observer (on appele ça "le terrain") quelque chose, utilisent des théories de façon à rendre leur observation plus efficace, cherchent en quoi ce qu'ils observent semble cohérent ou incohérent avec la théorie et réélaborent les théories. C'est une démarche tout à fait banale en science (lire Khun).
Ainsi, un sociologue ne pourrait pas dire ce que vous dites dans l'entrée "humiliation". Précisemment parce qu'un sociologue a un terrain: il va voir les musulmans ou qui que ce soit qu'il veut étudier. En général il fait l'histoire des gens, il observe les relations qu'ils ont avec d'autres et interrogent ces autres, puis il confronte cela avec des théories sociologiques (il convoquerait probablement Bourdieu pour la violence symbolique, ou Elias pour la sensibilité à la violence, ou Merton pour la frustration relative ou d'autres, peu importe en fait) et il tenterait de comprendre le discours qu'il a récolté.
Je trouves assez drôle que vous tapiez sur les sociologues qui ne sont pas des scientifiques puisqu'ils n'expérimentent pas et que vous fassiez des analyses en toute ignorance de ce dont vous parlez, puisque le littré semble contenir tout ce qui vous est nécessaire pour penser: le monde n'est pas dans le dictionnaire, sans quoi on aurait pas besoin de sociologue... Je ne résiste pas au désir de vous citer:
en nous imposant des mots frelatés, vous voulez nous interdire de saisir le réel et de le penser.

Écrit par : olivier | 19 avril 2006

On ne va pas se payer de mots. Essayons de comprendre ce qui se passe. Les "sciences" "sociales" et "humaines" occupent une position dominante aujourd'hui en France et en Europe. Il n'est pas un seul journal ou média qui, pour rendre compte d'un fait, ne recourre pas aux explications fournies par ces "sciences" ou ne laisse pas une colonne ou deux à un "expert" pour qu'il expose ses analyses de tel événement. Les programmes des partis politiques sont, pour la plupart d'entre eux, d'inspiration sociologique. Les cabinets ministériels sont pleins de sociologues : on a même un ministre qui l'est. La formulation des lois (qui sont de moins en moins souvent des lois et de plus en plus souvent des professions de foi sociologiques) est elle aussi contaminée par les mots et les idées des sciences humaines et sociales. Ces disciplines ont tout phagocyté : l'art (il y a une sociologie de l'art), la science (sociologie de la science), l'éducation (sociologie de l'éducation), la littérature, les générations, l'histoire, les grandes organisations, les institutions (sociologie de l'Etat, de la SNCF, de l'EDF, etc.), les mentalités, les "représentations", les "idées", le mariage, les tâches ménagères, le linge, etc. Elle est devenue le parti unique de la France - son parti tunique obligatoire. Il n'y a plus rien qui échappe à ces "sciences", qui sont aux réalités de la France aujourd'hui ce que la théologie était aux réalités de notre pays au Moyen Age. Permettez-moi au moins de faire entendre dans ce charivari sociologique une note juste : c'est-à-dire une note qui ne doive rien aux sciences sociales. Plutôt que de hurler avec les loups, je préfère la musique : de la dissonance avant toute chose.
Les sciences sociales doivent être jugées, non à leurs (bonnes) intentions, mais aux résultats auxquels aboutissent leurs thèses quand elles sont appliquées ou deviennent des réalités tangibles. Ce sont les thèses de Bourdieu, Passeron, Meyrieu, Dubet, etc. qui ont inspiré les "réformes" de l'école et des contenus à enseigner : réforme Legrand, lois Jospin, création des IUFM - ces temples de la bêtise sociologique. Les résultats sont là, effrayants, parfaitement conformes aux thèses : illettrisme croissant, barbarie, crimes, délinquance dans l'école, etc. Les résultats scolaires des Français sont parmi les plus mauvais de tous les habitants des pays OCDE, alors que les dépenses consenties par l'Etat, les collectivités locales, les familles y sont les plus élevées. Ce désastre prouve, s'il en était besoin, l'inanité des thèses des sciences humaines et sociales quand elles deviennent le corpus de règlements, de programmes, de méthodes et de consignes de l'école.
Maintenant abordons la question de fond, celle de la scientificité des sciences sociales. Il y a dix ans, deux spécialistes de physique ont adressé à la plus prestigieuse revue de sciences sociales qui soit au monde (Social Texts) un article loufoque, inepte et faux du début à la fin, parodie de textes sociologiques, qui prétendait prouver que la science est "sociale de part en part". Bien entendu, cette parodie, non seulement, a été publiée, mais elle a été très sérieusement présentée comme une avancée majeure dans le champ de la connaissance. Sokal et Bricmont ont attendu six mois pour révéler la supercherie - depuis, ils en ont révélé d'autres. Ils ont prouvé que l'on pouvait appliquer un discours sociologique à n'importe quelle réalité, et ce en dépit du bon sens, des faits, des réalités, malgré les preuves, etc. Les enquêtes "sur le terrain" n'ont même pas la valeur d'un sondage : que recueillent les sociologues sur le terrain ? Rien d'autre que des opinions, c'est-à-dire des événements verbaux, fluants, changeants, fragiles. L'opinion est la matière plastique par excellente : on la triture, on la malaxe, on y fait dire ce que l'on veut, on en change comme de chemise, on la répète. Faire parler les "jeunes", comme le fait l'imbécile FD, c'est comme faire parler les esprits ou faisant tourner les tables. Les "jeunes" répètent ce qu'ils ont entendu dire ou ce qui vous fera plaisir ou ce qui les arrange. Fonder une science sur des opinions, c'est tomber plus bas que l'astrologie (il y a d'ailleurs une sociologie de l'astrologie et une astrologue qui, pour ses travaux de prédiction, a obtenu le grade de docteur en sciences sociales). Toutes les enquêtes sur lesquelles se fonde Bourdieu pour établir les bons et les mauvais goûts dans La Distinction sont de la même farine. Si on les refaisait aujourd'hui, on obtiendrait des résultats inverses. En bref, croire à la scientificité des sciences sociales, c'est tomber dans les mêmes errements qu'en URSS, quand le mathist et le matdial étaient les sciences de toutes les sciences.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 19 avril 2006

Il y a en effet beaucoup à dire sur les sciences molles... mais vous jetez le bébé avec l'eau du bain! L'économie par exemple fournit un exemple d'une discipline "en transition" et montre également comment une approche scientifique est possible dans des matières humaines (avec comme toute approche scientifique des limites).

Plus généralement, votre ton polémique vous emporte et vos critères de "scientificité" (heumm...) aboutiraient à l'exclusion de la cosmologie... ou des mathématiques!

Écrit par : Jerome | 19 avril 2006

Je ne pense pas avoir de "ton polémique". La démographie, qu'elle soit historique ou synchronique, est une véritable science - non seulement par son objet (non pas "l'homme", mais les populations), mais encore par ses méthodes. Mais dès que les démographes se font sociologues (Le Bras, par exemple), il ne font plus de la science, mais de l'idéologie. Je vous renvoie aux débats qui agitent depuis près de vingt ans l'INED. On peut faire les mêmes observations au sujet de l'économie. La cosmologie, quand elle est astro-physique, est de la science : on observe, on mesure, on vérifie les observations, on énonce ces lois. Une grande partie des mathématiques tient plus de la création d'un langage ou d'une symbolique, avec ses lois propres, que de l'observation scientifique. Enfin, au sujet de la distinction sciences molles vs sciences dures (à laquelle je ne crois pas), je vous renvoie à toute la réflexion épistémologique faite par les spécialistes de physique quantique à propos du réel ou de la réalité du réel - ce que Bernard d'Espagnat nomme une incertaine réalité. Dans ce cas, la méthode est scientifique, mais c'est l'objet d'étude (les flux d'électrons, les éléments ultimes de la "matière") qui se dissout et s'échappe comme une eau vive et insaisissable entre nos doigts.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 19 avril 2006

deux points:
1) dans votre texte vous dites qu'il n'y a que des individus particuliers, la société n'existe pas, raison pour laquelle on ne peut pas faire de sociologie. Avec un tel raisonnement, la science physique serait également invalidée (et la biologie, et la géologie... en fait, vous confondez science et mathématique) vous croyez que "force" "masse" "inertie" sont des réalités? en "réalité" comme vous dites, il y a des pierres, des arbres, des astres, tout un tas de trucs qui bougent pour des raisons que l'on appelé "force", "inertie" mais qui, bien évidemment n'existent pas. La "société" c'est la même chose, ça n'existe pas, mais ça nous permet de produire des analyses. D'aiilleurs, "individu" n'existe pas plus que "société", c'est, comme vous dites "une incertaine réalité"
2) ce que la polémique portant sur la publication dans une revue d'un article loufoque nous a appris, c'est qu'il y avait de mauvais sociologues... la belle affaire. Cela n'invalide pas la sociologie en général.
3) Les sociologues ne font pas la politique... par exemple, si Thélot a présidé une commission sur l'école avec Dubet, la réforme proposé n'a pas grand chose à voir avec ce qu'ils préconisaient eux! c'en est une caricature grossière! Le seul sociologue au gouvernement a un poids quasiment nul, il a été choisi pour faire figuration, moins en raison de sa profession que de ses origines. De façon général, je m'énerve à chaque fois que j'entends dire "je me refuse à suivre la pensée dominante" réunissez deux adversaires sur n'importe quel sujet, chacun va penser que l'autre est porté par "les médias dominants", je pourrais tout aussi bien dire que "l'économie est dominante" ou "la psychologie est dominante" et trouver des exemples. D'ailleurs, s'il n'y a pas de "société" expliquez moi comment il peut y avoir une "pensée dominante"? Si jamais cela "existe", le meilleur moyen de le savoir n'est-il pas de déterminer une méthodologie d'analyse (sélection de média, technique de recension des discours) et de produire un article dans lequel on aura donné sa méthode et ses résultats (probablement mitigés), plutôt que de sortir de son chapeau "les sciences humaines sont le discours dominant". Encore une fois, vous me semblez refusez tout ce qui fait la scientificité de la sociologie (l'exposition et le contrôle par les pairs des méthodes d'enquêtes et des résultats) c'est à dire tout ce qui évite à la sociologie d'être une pure idéologie, alors que votre discours ne manque pas d'idées... et d'idéologie...

Écrit par : clic | 19 avril 2006

De même, Dubet et Borudieu ne se limitent pas à faire parler. Cela fait longtemps que les sociologues ont compris que ce qu'ils entendaient était influencé par la relation qu'ils ont avec leur terrain. Du coup, ils essayent de s'en prévenir par différentes méthodes. Par exemple, Dubet multiplie les interlocuteurs auquels il confronte ses enquêteurs. De même, les discours sont confrontés aux observations, aux statistiques, aux discours ventant d'autres informateurs... vous pouvez le critiquer, mais ce faisant vous entrez dans une démarche scientifique: vous discutez des méthodes, obligez les sociologues à prendre en compte ces critiques, à élaborez d'autres gardes fous. On fait la même chose en science, on ne se fit pas à une mesure, on multiplie les mesures, on multiplie les instruments, etc. Les sociologues font ça, ils sont par ailleurs extrèmement virulent les uns envers les autres, se détestent cordiablement, et on ne peut pas dire qu'il y ait dans cette discipline (ni dans les sciences humaines en général) un défaut de réflexion épistémologique, il y en a plutôt trop à mon goût.

Écrit par : clic | 19 avril 2006

Je réagis à... la réaction d'"Arouet le jeune" à... mon commentaire précédent.

>> Je ne pense pas avoir de "ton polémique".

En plus, vous êtes pince-sans-rire!

>> La cosmologie, quand elle est astro-physique, est de la science

Certes, mais votre "post" commençait par: "sciences : celui qui s’y adonne observe, constate, expérimente, énonce une loi, la vérifie en renouvelant les expériences, la valide ou non, suivant que les expériences ont abouti ou non aux mêmes résultats dans les mêmes conditions.". Or il est bien évident que les cosmologistes ne peuvent faire d'expériences. La cosmologie est bien une science mais votre description est bien trop étroite.

>> Une grande partie des mathématiques tient plus de la création d'un langage ou d'une symbolique

En tant que mathématicien, je m'inscris en faux contre cette idée. Les mathématiques ne sont pas plus un "langage" que n'importe quelle autre science. Comme dans toute science, on y crée des concepts, des théories (un "langage" si l'on veut et si l'on accepte que ce "langage" n'a que peu à voir avec une langue) pour rendre compte de phénomènes qui sont OBJECTIVEMENT constatables. Et cette objectivité est même beaucoup plus facilement atteignable que, par exemple, en biologie - j'en veux pour preuve la facilité bien plus grande que dans les autres sciences avec laquelle un consensus sur tel ou tel fait peut être atteint.

Bon, il faut que je retourne cultiver mon jardin!

Bien cordialement

Écrit par : Jerome | 19 avril 2006

Je n'imaginais pas que ce modeste article susciterait autant de réactions.
1) La méthode : Littré et le Dictionnaire de 1762 ne sont pas ma Bible. Je ne les choisis que comme repères : des points zéro, comme pour déterminer une longitude, et à partir desquels je peux mesurer, en comparant Littré aux usages actuels, l'ampleur des changements qui affectent le sens de mots communs et qui tiennent, pour beaucoup, à des manipulations.
2) La société : elle n'a pas d'existence dans la réalité, elle n'existe que comme "concept" ou création de l'intelligence humaine, dans le but d'expliquer tels ou tels faits observés ou observables. Cela ne me dérange en rien. Les vraies questions sont ailleurs. a) Le postulat de contrat social : or, ce contrat, personne parmi nous ne l'a vu, et encore moins signé : il n'engage que ceux qui veulent bien y croire. b) Les "sciences" sociales, longtemps, se sont contentées d'expliquer le réel (Aron, Crozier, Tocqueville); elles sont devenues "actes" (comme dit Bourdieu), elles imposent des normes, elles fournissent des projets de "société" future et bien entendu parfaite : elles ne sont plus explicatives, mais prédicatrices.
3. Nous sommes quelques-uns en France qui sommes capables d'établir la généalogie des décisions, réformes, projets, etc. en matière de culture, de savoir ou d'enseignement des connaissances. Depuis 30 ans, derrière toutes les "réformes" de l'école, se trouvent les sciences sociales; et toutes ces réformes ont abouti au désastre. Il est possible que Dubet, Meyrieu, Touraine, Bourdieu, etc. aient été animés des meilleures intentions qu'eût jamais nourries l'esprit humain et qu'ils n'aient pas voulu ça. Dans ce cas, ils sont aveugles et ils n'ont même pas conscience de la nature de leur pensée ou bien ils se la cachent à eux-mêmes. Leurs "sciences" ne sont plus sociales, mais occultes.
4. Les parodies de Bricmont et Sokal n'ont pas pour but de démontrer qu'il y a de mauvaises sciences sociales ou de mauvais sociologues : n'importe qui sait aussi qu'il y a de mauvais physiciens, des mathématiciens délirants, des chimistes quelconques. Non, leur but était bien de démontrer, par l'absurde, que les "sciences" sociales avaient la fâcheuse propension à faire de tout un objet d'étude - pour Bricmont et Sokal, ces "sciences" ne sont pas modestes, mais arrogantes; elle tiennent plus de la théologie ou de la dogmatique que de l'activité libre de l'intelligence.
5. Il me semble que depuis une trentaine d'années ou plus, les spécialistes d'astrophysique ont à leur disposition des pierres lunaires, des fragments d'astéroïdes tombés sur la terre et, depuis quelque temps, des poussières d'étoiles : ils les analysent chimiquement ou spectrographiquement; ils en connaissent la composition. Etc. Ils ne se contentent pas d'observer, ils font aussi des expériences sur des échantillons.
6. Il me semble avoir entendu à plusieurs reprises des mathématiciens exprimer leur attachement à l'élégance (purement autotélique) d'une démonstration, à la beauté (spécifiquement intellectuelle) d'une théorie, à la profondeur d'une formulation. Que les mathématiques et les lois qu'elles découvrent puissent servir à comprendre le réel, à élucider d'autres lois, en physique par exemple, cela va de soi. Ce sur quoi j'ai voulu mettre l'accent, c'est la constitution d'un langage (et d'une écriture symbolique) qui soit à l'image de l'ordre du monde que les mathématiciens longtemps ont cherché à éclairer ou à montrer - ce que ne font pas les biologistes, les physiciens, les chimistes.
7. La raison d'être de ce "blog" n'est pas de polémiquer avec x ou y : ce serait pour moi déroger que de m'abaisser à combattre telle ou telle théorie. Qu'il soit insolent, j'en conviens. Ma morale m'interdit de polémiquer avec les imbéciles : je me contente de me gausser d'eux. Rabelais écrivait à une époque "charnière", dans laquelle tout un savoir, tout d'un coup, s'est révélé faux ou caduc. Voilà pourquoi Panurge n'examinait pas les thèses soutenues à la Sorbonne, mais il les compissait. Moi, je fais l'effort de les examiner. Je pense que notre époque est un peu à l'image de la sienne et que des pans entiers des savoirs en matière de "sciences" humaines et sociales (qui ont deux siècles) sont en train de s'effondrer. Si je pouvais y donner une pichenette pour les aider à tomber plus vite, j'en serais heureux.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 19 avril 2006

Bonjour,

Etant formé à la psychologie scientifique, je ne peux rester sans réagir face à votre article. Ce que je lui reproche essentiellement est sa généralisation, par définition abusive. Votre critique prend son sens au regard d'une *certaine* psychologie (psychanalytique), d'une *certaine* sociologie (bourdieusienne), d'une *certaine* anthropologie (meadienne), etc., qu'il aurait alors convenu de préciser, mais ne vaut certainement pas pour toute psychologie, toute sociologie ou toute autre discipline du champ des sciences humaines et sociales. Par ailleurs, votre objection nominaliste manque sa cible, pis, se trouve sous-tendue par une conception épistémologique erronée de la science : oui, il n'y a de science que du général, mais ce général est toujours théorique, abstrait. Empiriquement, il n'y a que du particulier qui, confronté à des expériences fondées sur des critères définis (réfutabilité, reproductibilité, entre autres) va permettre de valider le général. Bien sûr qu'il n'y a que des hommes singuliers, tout comme il y a des atomes singuliers, mais ce qui intéresse le scientifique se situe au-delà : les lois générales qui président à ces singuliers. En psychologie - je parle ici de ce que je connais -, cela ne fonctionne pas différemment. Maintenant, oui, la psychologie est une science délicate, qui s'affronte à un ensemble de difficultés : complexité de son objet d'étude, interaction avec ledit objet d'étude qui est en réalité un sujet, un "actant" (Borch-Jacobsen) et j'en passe. Mais cela ne remet pas en cause sa scientificité. Sinon, à ce compte là, la physique aurait dû basculer dans la pseudoscience à la naissance de la théorie quantique.

Cordialement.

Écrit par : L'amphisbène | 19 avril 2006

il ne s'agit pas de polémiquer. Mais je ne trouves pas vos arguments très solides alors je réagis... mais vu le ton de votre point 7 (on peut se gausser sans lire, c'est d'un suffisant!!!), je vois que je perds mon temps. Restez avec vos certitudes et vos rêves de faire s'effondrer les sciences humaines si ça vous fait du bien. Elles vont bien

Écrit par : olivier | 19 avril 2006

Je ne nie pas que telle ou telle discipline, psychologie, sociologie, linguistique, etc. puisse produire des connaissances fortes, utiles, vraies, etc. et que les méthodes qu'elles suivent puissent être raisonnées, rigoureuses, intelligibles, etc. Ce qui m'intrigue, c'est leur empressement à s'approprier les mots "sciences" et "scientifiques" et à les coller comme des étiquettes sur les connaissances qu'elles produisent ou les méthodes qu'elles adoptent, comme si ces termes brandis comme des oriflammes avaient pour raison d'être de cacher une faille, une insuffisance, un défaut. Je préfère une discipline qui reconnaît humblement que les connaissances qu'elle produit sont provisoires ou limitées ou valides dans un domaine borné aux disciplines qui se baptisent tout de go "sciences" sans avoir jamais démontré en quoi que ce fût la validité universalisable de leurs connaissances. Il y a dans ce terme "sciences" une arrogance de mauvais aloi, d'autant plus inquiétante que ces "sciences" sont puissantes et tendent à inférer dans la vie publique de notre pays pour y produire des normes restrictives.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 20 avril 2006

"""""Je préfère une discipline qui reconnaît humblement que les connaissances qu'elle produit sont provisoires ou limitées ou valides dans un domaine borné"""""

>> Voilà à mon sens où le bât blesse dans votre critique : *toute* science produit des connaissances provisoires, imparfaites et approximatives (cf. Popper : ces caractéristiques sont le propre des théories... scientifiques), ce n'est certainement pas l'apanage des sciences dites "humaines et sociales". Par voie de conséquence, je ne vois pas pourquoi les disciplines que vous fustigez ne pourraient pas s'arroger le nom de "sciences". Malgré tout, encore une fois, vous n'avez pas tort au regard d'une *certaine* psychologie, d'une *certaine* sociologie ou d'une *certaine* anthropologie, où les "vertiges de l'analogie" (Bouveresse) se cachent derrière un vernis de scientificité, le tout donnant en aval nombre d'effets pervers, ainsi que vous le soulignez. A commencer par les amalgames auxquels vous vous êtes adonné un instant.

Cordialement.

PS : sans rapport avec cet article, je me permets de vous faire part de la sortie d'un ouvrage qui, si vous ne l'avez déjà lu, vous intéressera certainement. En voici la référence :

Hazan, Eric (2006). LQR, la propagande du quotidien. Raisons D'agir.

"LQR" pour "Linguae Quintae Republicae", en hommage à Klemperer.

Écrit par : L'amphisbène | 20 avril 2006

Merci de vos commentaires, je connais cet ouvrage : il est précis, juste, excellent. La seule réserve que j'exprimerais porte sur le titre : le Troisième Reich a été une horreur de tous les points de vue, même du point de vue de la langue; la Cinquième République est démocratique, laïque, sociale : elle n'a jamais commis ou incité à commettre de crimes contre l'humanité. Etablir une analogie entre LTI et LQR, fût-ce par allusion ludique, me paraît quelque peu forcé. C'est pourquoi j'ai préféré fabriquer le signe NLF.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 21 avril 2006

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