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02 mai 2006

Révolution

 

 

 

Au cours de son histoire, ce mot a pris deux sens situés à l’opposé l’un de l’autre. L’Académie française, dans la quatrième édition de son Dictionnaire (1762), définit la révolution comme "le retour d’une planète, d’un astre au même point d’où il était parti". C’est dans ce sens qu’il est employé dans "la révolution des planètes" ou "la révolution des siècles, des temps, des saisons". Les saisons sont cycliques comme les planètes : elles arrivent, elles passent, elles se succèdent, elles reviennent. Ainsi va le monde depuis la nuit des temps. C’est l’éternel retour. Il n’y a que les êtres vivants qui, eux, ne reviennent pas, sauf si l’on croit à la métempsycose, là d’où ils sont partis. Ils naissent, ils grandissent, ils vieillissent, ils meurent. S’ils renaissent, c’est dans l’autre monde, pas ici-bas. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, Littré relève le nom révolution dans le sens de "retour" ou de "cycle", conformément à l’emploi qu’en font les écrivains des siècles classiques. "Toutes les planètes font certainement leurs grandes révolutions autour du soleil ; mais ces révolutions sont inégales entre elles, selon les distances où les planètes sont du soleil", écrit Fontenelle ; "la révolution de Mars se fait autour du soleil en deux ans et en 24 heures autour de son axe", écrit Condillac.

Dans les domaines techniques, révolution a aussi le sens de "rotation". C’est, écrit Littré, "l’état d’une chose qui s’enroule", comme le fil de soie, qui trace "autour de la coque" "une infinité de zigzags, qui composent différentes couches de soie". En géométrie, le mot se dit d’un mouvement de rotation qu’une ligne ou un plan déterminé décrit autour d’un axe. La "surface de révolution" est engendrée par une courbe qui tourne autour d’une droite fixe, de manière que chacun de ses points décrive un cercle dans un plan perpendiculaire à l’axe.

L’étymologie confirme ces sens. Révolution est emprunté au latin revolutio dont le sens est "retour (du temps)", "cycle", "retour" (des âmes par la métempsycose) et qui, en latin médiéval, signifie "révolution (d’un astre)". Il est dérivé du verbe revolvere : "imprimer un mouvement circulaire à", "faire revenir (quelque chose) à un point de son cycle" et, au passif, "revenir à son point de départ".

Il n’y a pas de conception plus conservatrice ou même, pour employer un terme politique inadéquat, plus réactionnaire que cette conception cyclique du temps. L’étrange dans l’histoire de révolution est que ce mot, dont le sens suppose le retour de quelque objet que ce soit au point d’où il était parti, comme si rien n’était advenu ou comme si la mise en mouvement avait été inutile, a désigné des événements qui sont censés changer ou avoir changé le monde et qui reposent sur une conception opposée du temps, une conception "progressiste" : non pas le retour au point de départ, mais une avancée décisive, le fait de parvenir, à la suite d’une rupture brutale, à une sorte de stade définitif et, bien entendu, parfait. "D’une façon abstraite, écrit Littré, la révolution est un système d’opinions composées d’hostilité au passé et de recherche d’un nouvel avenir, par opposition au système conservateur". Ainsi, ce que Littré nomme opinions hostiles au passé et prônant un nouvel avenir cachent en réalité, si l’on se fonde sur le sens étymologique et premier de révolution, un retour au point de départ. Ce sens est illustré par des phrases comme "la perte d’une bataille cause souvent de grandes révolutions dans un État" ou "les choses de ce monde sont sujettes à de grandes révolutions", ainsi que par des citations de Montesquieu "il arrive tous les dix ans des révolutions qui précipitent le riche dans la misère, et enlèvent le pauvre avec des ailes rapides au comble des richesses", de Voltaire "tout ce que je vois jette les semences d’une révolution qui arrivera immanquablement, et dont je n’aurai pas le plaisir d’être témoin ; les Français arrivent tard à tout, mais enfin ils arrivent", de Condillac : "les révolutions des opinions suivent les révolutions des empires", de Rousseau : "nous approchons de l'état de crise et du siècle des révolutions ; qui peut vous répondre de ce que vous deviendrez alors ?". Employé sans épithète ou sans complément du nom (les dictionnaires disent absolument), le mot désigne les ruptures les plus mémorables survenues dans un pays : en Angleterre, celle de 1688 ; en Suède, celle de 1772 ; en France, celle de 1789. Dans le Trésor de la Langue française (16 volumes, 1972-1994), sont recensés les divers emplois de révolution, aussi bien en astronomie qu’en sylviculture, aussi bien en géométrie qu’en mécanique, aussi bien en géophysique qu’en médecine ou en physiologie ("trouble, dû à un choc, à une émotion violente, bouleversement intervenant dans la santé"). Dans ces emplois, ce qui prime, c’est l’idée d'un retour au point de départ.

Et s’il en était de même dans les révolutions sociales ? Et si le mot révolution appliqué à un pays, un ordre politique et social, un système économique cachait que rien n’avait changé ? Ce qui étonne, c’est la déférence avec laquelle les auteurs actuels de dictionnaires recensent les événements qualifiés de révolutionnaires en citant, sans distance critique, les innombrables domaines dans lesquels a lieu ou aurait lieu une révolution (sexe, cuisine, agriculture, technique, journalisme, automobile, etc.) et même les assertions des révolutionnaires les plus extrémistes. Ainsi, les changements "des institutions politiques et sociales par des moyens radicaux" sont illustrés dans le Trésor de la Langue française par une longue citation de Georges Sorel ("la théorie marxiste de la révolution suppose que le capitalisme sera frappé au cœur, alors qu’il est encore en pleine vitalité, quand il achève d’accomplir sa mission historique avec sa complète capacité industrielle, quand l’économie est encore en voie de progrès, etc.") et par une allusion à la "révolution permanente" prônée par Trotski ("la révolution, pour l’avènement de la dictature du prolétariat, ne doit pas cesser lors de la prise du pouvoir par les socialistes dans un pays"), sans que ces assertions soient jamais mises en doute ou nuancées par une assertion contraire. Il suffit de comparer ce que la théorie annonçait aux résultats auxquels elle a abouti pour prendre conscience à quel point le sens premier de révolution est juste et à quel point le sens moderne est spécieux. La révolution d’octobre a été un coup d’Etat et, l’URSS disparue, la Russie est revenue d’un coup soixante-dix ans en arrière, là où elle se trouvait en 1917, le tsar et quelques millions de malheureux en moins. Mao mort, c’est l’affairisme sauvage de la Chine éternelle qui submerge le pays, comme si rien ne s’était passé pendant un demi-siècle, sinon des successions de crimes inutiles. En France, la révolution a achevé la centralisation conçue par Louis XIII et Richelieu et poursuivie par Colbert et Louis XIV. A peine commencée en 1789, elle a été "retournée" par le Directoire et par le coup d’état de Bonaparte.

Révolution est un mot qui cache que rien ne change vraiment ou que, si des changements interviennent, ils ne sont pas de la volonté des révolutionnaires.

Commentaires

La charia est un ensemble de lois que les musulmans ont élaborés à partir de diverses interprétations de leurs textes sacrés.
La charia est donc une production humaine, elle n'est sacrée qu'aux yeux des musulmans "traditionalistes" qui s'attachent à une lecture littéraliste du Coran et de la Sunna.

La charia n'est plus appliquée que dans une poignée de pays musulmans tel l'Arabie saoudite ou le Soudan.

Le statut de dhimmi n'est plus applicable depuis longtemps. Déjà au temps des Ottomans, le satut des minorités avait été réformé.

Une question mon cher Arouet : A l'époque ou le statut de dhimmi était appliqué en terre d'islam, les minorités avaient-elles un statut juridique en Europe définissant clairement leurs droits et leurs devoirs ? en particulier les minorités religieuses ?
quel était le statut des Juifs en Europe à l'époque ?

Écrit par : précision | 03 mai 2006

La charia est la "voie". Certes, elle a été élaborée par des hommes, mais pas à partir de rien, et en respectant des principes énoncés ou révélés.
Les dhimmis sont des autochtones (Assyriens, Maronites, Grecs d'Asie Mineure, Juifs, Coptes, etc.), dont le pays a été conquis par des armées étrangères, puis occupé, et intégré à un empire. Mutatis mutandis, ce fut une colonisation longue qui a duré du VIIIe au XIXe s, mais sans espoir de retour, à la différence de ce qui s'est produit en Algérie en 1962. Les dhimmis n'avaient pas de "droits" - il leur était concédé seulement quelques facilités. Certes, le statut de dhimmi a peu à peu été démantelé dans l'empire ottoman à partir de 1830, sous la pression des puissances occidentales : c'était ça, ou l'empire ottoman était balayé. Mais le démantèlement a eu de très nombreux opposants : en Macédoine et en Bosnie, en 1880, il n'était pas encore effectif. Le premier pays où le démantèlement de la dhimmitude s'est produit, c'est l'Egypte, alors province ottomane en droit, mais autonome en fait. Il a été effectif à partir du moment où ont été établis des tribunaux mixtes qui n'appliquaient plus la loi islamique.
Mais il ne faut pas se leurrer, les témoignages venant d'Egypte ou de Syrie ou d'Irak sont formels : le statut de dhimmi peu à peu refait surface, appliqué non pas par les autorités légales, mais par des groupes dits islamistes qui estiment être les seules autorités légitimes du pays. Il ne faut pas se leurrer non plus : sous le couvert de "socialisme arabe" ou de "révolution socialiste arabe", ce sont les étrangers et les minorités qui ont vu leurs biens mis sous séquestre, leurs activités réduites au minimum, leurs familles contrôlées. Ils en ont tiré d'ailleurs la conclusion qui s'imposait : leur présence n'étant plus souhaitée dans leur propre pays, ils se sont exilés - et sans doute pour toujours préférant vivre libres à l'étranger que soumis ou quasi dhimmis chez eux.
Cette situation de dhimmi n'a eu d'équivalent que dans les pays colonisés (comme l'Algérie) ou dans les toutes les provinces européennes de l'Empire ottoman. En Europe, sauf cas exceptionnels, il n'est pas de peuple qui ait vécu soumis à une puissance étrangère, sur son propre territoire historique pendant dix siècles, comme des sous-hommes, sans droits, sinon quelques droits concédés par les vainqueurs. De fait, il n'y a pas eu de problèmes de minorités, du moins pendant une si longue période.
Les Juifs en France n'ont pas toujours été bien traités, certes. Mais il suffit de comparer les situations actuelles : dans les pays arabes et musulmans vivaient en 1945 de très nombreux Juifs (on évalue leur nombre à un million) : soixante après, il n'en reste plus : tous sont partis, volontairement ou sous la menace. Je ne sache pas que - sauf pendant la période de l'occupation - ils aient été obligés de fuir la France.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 03 mai 2006

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