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04 mai 2006

Signes 7

 

 

Culture bourgeoise

 

 

 

Ce que Littré, au XIXe s, définissait, conformément au sens juste et ancien de ce mot, comme la culture, à savoir la seule culture des lettres, des sciences et des beaux-arts, est devenu dans le jargon marxiste et chez les sociologues inspirés par Bourdieu la culture bourgeoise. Elle est toujours de la culture, mais elle est disqualifiée, rabaissée, attachée à une seule classe sociale. C’est celle que les dominants, ayant leurs intérêts propres et défendant par cupidité leurs seuls biens, richesses, avoirs, terres, valeurs mobilières, auraient imposée par la contrainte ou la violence symbolique, aux pauvres, ouvriers, paysans, employés, afin que ceux-ci ne regimbent plus contre l’exploitation dont ils sont ou seraient les victimes et qui bénéficierait aux seuls exploiteurs.

En bon jargon marxiste, la bourgeoisie étant la classe qui possède les moyens de production et d’échange, le vocable culture bourgeoise désigne donc, en toute bonne logique, les activités de ceux qui possèdent les moyens de production et d’échange des idées, des concepts, des images, des sons, des symboles, et qui en font un commerce rentable.

Qui est cette bourgeoisie ? Les rares professeurs qui enseignent encore, mais pour plus longtemps, le latin, le grec, la littérature de l’époque classique, la philosophie, en échange d’un salaire mensuel de mille fois inférieur aux gains hebdomadaires ou même journaliers d’un Debbouze ? Soyons sérieux. Ce sont de faux bourgeois ou de prétendus bourgeois. Ils ne possèdent pas de capital qu’ils feraient fructifier aux dépens de leurs élèves, quoi qu'en disent les crétins de la sociologie, et encore moins de capital culturel. Les bourgeois, les vrais, ceux qui font de la culture une activité économique, qui vendent les idées, les concepts, les symboles, les œuvres de l’esprit, sont Bouygues, Pinault, Suard, Tapie, Lagardère, Vernes, Rousselet, Séguéla, Bleustein-Blanchet, Badinter, Gallimard, la FNAC, Depardieu, TF1, Endémol, Arthur, les télés publiques, Canal +. Ils possèdent des entreprises de com, des chaînes télé, des agences de pub, des sociétés de prod. Ils produisent des films, ils éditent des journaux, ils publient des livres, ils mettent en vente des CD et des DVD, ils enregistrent de la musique rap ou du hip-hop. Ils accèdent sans difficulté aux media qu’ils contrôlent, ils sont quasiment les seuls à jouir de la liberté d’expression. Ce qu’ils diffusent sous le nom de culture rapporte gros : la pub, la com, la télé, les media, l’audiovisuel, le multi-media, le cinéma, les feuilletons, les événements medias, les variétés ; pas la littérature, la philosophie, le latin, le grec, qui ne rapportent rien. Publiez Racine, la vente des livres paiera à peine le prix du papier. Autant construire des châteaux en Espagne. En revanche, investissez votre capital dans une société de prod - feuilletons, docus, films pub -, il vous rapportera des milliards. Bouygues l’a compris ; Badinter aussi. La bourgeoisie sait d’expérience que les investissements dans le charbon ou l’acier ne rapportent rien, elle fait donc dans la culture, dont elle a changé la nature, transformant la vie de l’esprit, ce qu’a été naguère la culture, en manipulation de symboles, ce qu’est la culture bourgeoise. Elle a compris que ce qui fait la différence entre Racine et la com, c’est d’un côté l’effort désintéressé, de l’autre le fric facile à gagner.

Les marxistes au pouvoir, la culture, accusée sans raison d’être un complot occulte ourdi par de voraces bourgeois pour maintenir les dominés sous leur coupe, a été peu à peu chassée de l’école et reléguée dans les culs de basse-fosse d’un passé révolu. C’en est fini d’Homère, de Virgile, de Racine, de la belle langue, de la grammaire, du latin. La com, la pub, la BD, les media, l’audiovisuel, les parlers banlieue les ont remplacés. L’école résistait aux forces brutes du fric : c’était même sa raison d’être. Depuis 1981, les humanités éliminées, en se baptisant démocratique ou nouvelle ou socialiste, elle est devenue la forteresse de la vraie culture bourgeoise, la pire, celle qui n’a de culture que le nom, celle du fric et de l’Afrique, du Fritz et de la frime, du vide et de la poudre aux yeux, de l’image facile et du son bruyant, la culture à Nanard ou au papivore. La culture bourgeoise qui nourrit l’école, fait rêver la gôche, enrichit Canal +, émerveille les intellos, enchante les sociologues, légitime les docteurs ès sciences de l’éducation, est tout ce que l’on voudra, sauf de la culture : elle est cupide, elle abaisse, elle produit de la barbarie. Elle n’émancipe pas, elle asservit. Elle ne libère pas l’esprit, elle l’enchaîne. Les sociologues qui se prenaient pour Marx ont fait de la modeste culture des lettres, des sciences et des beaux-arts un épouvantail ; ils y ont mis à la place un monstre édenté, vorace et venimeux. C'est sans doute ce que les marxistes nomment eux-mêmes une ruse de l'histoire.  

 

 

 

 

08:35 Publié dans Signes | Lien permanent | Commentaires (0)

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