Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

19 mai 2006

Cas

 

 

 

 

 

Littré, dans le Dictionnaire de la Langue française (seconde moitié du XIXe siècle), définit cas ainsi : "ce qui est advenu ou peut advenir, circonstance, fait, histoire, hypothèse". C’est aussi un terme de jurisprudence, qui signifie "cause", "délit", "crime". D’un homme "en danger pour un crime" ou pour "une mauvaise affaire", on dira que "son cas va mal", que "son cas n’est pas net", que "son cas est véreux", que "son cas est sale". En médecine, c’est une "maladie considérée dans le sujet particulier qui en est affecté", comme dans l’exemple : "il y a eu dans la ville des cas nombreux de choléra".

En un siècle, le sens de ce mot n’a pas évolué. Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) répètent les définitions de Littré. Il est un domaine cependant où les emplois de cas se sont étendus et enrichis : c’est la médecine. Non seulement c’est la "maladie considérée dans la personne qui en est atteinte", mais encore c’est parfois "le malade lui-même", comme dans cet extrait de Lourdes de Zola (1894) : "Sœur Hyacinthe entama les cures immédiates et radicales de phtisie (...) que la sainte Vierge guérissait (...) Cent cas, plus extraordinaires les uns que les autres, se pressaient, débordaient. Marguerite Coupel, phtisique depuis trois ans, le sommet des poumons mangés (...) se lève et s’en va, éclatante de santé". De la médecine, le sens déborde sur la psychologie (un cas est une "personne qui se fait remarquer par son caractère, par sa conduite") et sur la sinistre pédagogie : la méthode des cas "dégage des enseignements généraux à partir de l’étude de cas concrets".

Le jeudi 12 février 2004, le quotidien Le Monde a titré une page entière "le cas Dantec". Cas  est en usage en psychiatrie et dans la justice pénale. Un cas est un malade mental dont le destin est de finir interné dans un asile sordide. C’est aussi du gibier de justice expéditive. Qualifié de "cas", Maurice Dantec, écrivain de talent, "réfugié" au Québec, est en fait considéré au mieux comme fou, au pis comme malfaiteur. Des nuages annonciateurs de procès, de mises en cause, d’inculpations sans fondement, de censure immédiate, s’amoncellent au-dessus de sa tête. Alerté par Le Monde, un responsable des éditions Gallimard qui ont publié ses livres déclare que les manuscrits de Dantec seront désormais passés au peigne fin, au peigne très fin, celui qui ne laisse rien passer, surtout pas les idées qui mettent en émoi les vestales de la Vertu. Une nouvelle fois, un écrivain français est soupçonné de propager le crime. Une nouvelle fois, les commissaires du Bien s’arrogent le droit de chasser le Mal de tous les livres. Ils sont à la fois enquêteurs, juges d’instruction, commissaires de police, OPJ, censeurs, juges, substituts du procureur, procureurs, avocat général, etc. Pourquoi se gêner ? Le Monde est coutumier des "cas" : il a persécuté Camus, il va persécuter Dantec. C’est écrit. Tant de plumitifs ont été dressés à révérer les puissants qu’il va s’en trouver des centaines pour relayer les délateurs. Le crime de Dantec est d’annoncer l’apocalypse : c’est le saint Jean du XXIe siècle. Dans "théâtre des opérations" II, 2000-2001, ouvrage dont le titre est Laboratoire de catastrophe généralisée, journal métaphysique et polémique, Dantec ose écrire que l’islam est en guerre ou que l’islam fait la guerre à l’humanité. Il va à contre-courant. La révérence hurle : maladie mentale, islamophobie, racisme et tout le tralala, qu’on l’interne, qu’on lui passe une camisole de force, qu’on extirpe en lui la syphillis, le SIDA, le scorbut, la peste et le choléra, qu’on rétablisse le pilori, qu’il lui soit interdit d’écrire, de publier, de lire, de rire, de respirer, etc.

Jadis, on jugeait les livres au pifomètre. Le Monde a institué le baromètre, mais un baromètre négatif, qu’il faut lire à l’envers ou dont il faut intervertir les pôles afin que soient rétablies une échelle de valeurs.

 

 

Commentaires

Peut être faut-il préciser qu'il s'agit de Renaud Camus (!)

Écrit par : phineus | 20 mai 2006

Les commentaires sont fermés.