Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

20 mai 2006

Mémoire

 

 

Guerre de la Mémoire

 

 

 

Il est aisé d’établir le sens du nom mémoire. Dans le Dictionnaire de la Langue française, Littré relève plusieurs acceptions. C’est d’abord la "faculté de rappeler les idées et la notion des objets qui ont produit des sensations". Tous les écrivains cités s’accordent sur cette définition. C’est ensuite "l’effet de la faculté qui se souvient", c’est-à-dire le souvenir lui-même et la "la réputation bonne ou mauvaise qui reste d’une personne", ou encore le "souvenir de la postérité". C’est enfin, écrit avec une majuscule, le nom adapté en français de la déesse nommée Mnémosyne.

Ce qu’oublient les dictionnaires, même les plus récents, c’est que la mémoire, au sens de "souvenir que la postérité garde de grands ou de petits événements", est un champ de bataille. On s’y bat, on s’y déchire, on s’y entretue. La guerre y fait rage. Le but de guerre est de détruire ce à quoi les hommes tiennent autant qu’à leur vie : des idées, une pensée, une histoire. La guerre de la mémoire a beau être symbolique, elle est impitoyable. Comme la guerre des armes, elle a ses objectifs, ses places fortes, ses stratégies, ses tactiques. Gagnée ou perdue, elle ne s’achève jamais, ce en quoi elle diffère de la vraie guerre. Toujours elle continue. Triomphe ou désastre, rien ne l’arrête. La paix est impossible. L’idée de mettre fin aux conflits de mémoire, en signant un traité, en consentant des concessions, par des arrangements, est étrangère à ceux qui transforment la mémoire en champ de bataille. Il en va ainsi du grand champ de bataille qu’est devenue la mémoire de la guerre de 1939-1945.

Dans Mein Kampf, Hitler ressasse sa haine de la France, une haine viscérale et sans limite, une haine raciste, une haine justifiée par de pauvres arguments, du type : pour que l’Allemagne existe, pour que l’Allemagne soit grande, pour que l’Allemagne dirige l’Europe, comme elle se croit appelée à le faire, il faut que la France soit détruite. L’obstacle est la France. L’obsession de guerre se cristallise dans un "delenda est Francia" ressassé à toutes les pages. Il faut que la France cesse d’exister. Elle est accusée de tous les maux, coupable de tous les crimes. Elle doit expier ses crimes en retournant au néant. Dans la Nouvelle Revue Française, en 1934, l’écrivain André Suarès, qui vient de lire Mein Kampf, écrit : "Un vomissement de sept cents pages, vingt-neuf mille lignes de haine, d’injures et de bave, un monument d’imposture et de bestialité (…) Dans ce livre, il y a tous les crimes d’Hitler commis cette année et tous ceux qu’il pourra commettre encore (…). Il déclare qu’il a besoin de dix ans pour rendre le peuple allemand capable de faire la guerre et d’exterminer la France (…). Que faut-il de plus que ce livre ? Il confesse les intentions. Tout y est (…). Il serait bon que tous les Français le connaissent et on les empêche de le lire. Dix millions d’Allemands ont appris à y penser, et le savent par cœur". La défaite de juin 1940 et l’occupation qui s’en est suivie ont réalisé ces objectifs au-delà de ce qui était escompté.

Dans ses Mémoires de guerre, volume III Le Salut, 1944-1946, chapitre Désunion, De Gaulle esquisse, dans une synthèse de trois pages, une mémoire de la guerre. Ce que De Gaulle retient des années noires est une France haïe, en ruines, affaiblie, bafouée, humiliée, rabaissée. En 1945, "nul, au-dehors, ne nous conteste plus l’un des tout premiers rôles du monde, écrit De Gaulle. Mais, au-dedans, l’état de la France s’exprime en un bilan de ruines" : immeubles détruits, usines hors d’état de fonctionner, "gares écroulées, voies coupées, ponts sautés, canaux obstrués, ports bouleversés", un million d’hectares hors d’état de produire, quinze millions d’autres hectares aux rendements dérisoires. Aux destructions, s’ajoutent les spoliations. En obligeant les Français à financer l’occupation, "l’ennemi s’est attribué des sommes exorbitantes, grâce auxquelles il a, non seulement entretenu ses armées, mais encore payé de notre argent et expédié en Allemagne des outillages innombrables et des quantités massives de biens de consommation". Le marché noir, les réquisitions, les amendes, les vols qualifiés ont dépouillé la France, et les milliards de journées de travail imposées au seul profit de l’ennemi ont accru le dénuement. Ces destructions s’ajoutent aux ravages encore sensibles de la première guerre mondiale : "En 1939, c’est donc une France très appauvrie et équipée d’une manière vétuste qui était entrée dans la lutte. Et voici qu’elle venait de voir, au cours de la dernière épreuve, s’engloutir une large part de ce qui lui était resté. Maintenant, pour réparer encore une fois ses ruines, elle ne dispose plus que de réserves infimes et d’un crédit terriblement réduit". Les pertes humaines sont dramatiques. "Viennent de mourir, du fait de l’ennemi, 635000 Français, dont 250000 tués en combattant, 160000 tombés sous les bombardements ou massacrés par les occupants, 150000 victimes des sévices des camps de déportation, 75000 décédés comme prisonniers de guerre ou comme requis du travail. En outre, 585000 hommes sont devenus des invalides". Certes, ces pertes sont inférieures à celles qu’ont subies les Allemands et les Russes. Mais, si on les rapporte à la population des divers pays du champ de bataille, elles sont supérieures en proportion à celles des Anglais, des Italiens, des Américains. En qualité, ces pertes sont plus graves encore que ne l’expriment les chiffres, "car c’est dans une jeunesse peu nombreuse que la mort a fauché cette moisson". "En somme, le peuple français, en moyenne le plus vieilli, le seul où, depuis le début du siècle, les décès l’aient constamment emporté sur les naissances et qui, en 1939, n’avait nullement comblé le vide de la précédente hécatombe, vient de subir une très grave amputation de ses rares éléments actifs. Naturellement, ceux qu’il a perdus étaient les plus entreprenants, les plus généreux, les meilleurs".

Voilà ce qui a formé la mémoire des Français jusqu’au milieu des années 1970. En 1945, la France siégeait avec les vainqueurs. Aujourd’hui, elle est reléguée dans le camp des vaincus, quand ce n’est pas avec les bourreaux. Elle a remporté la bataille des armes, mais elle a perdu la guerre de la mémoire. La défaite la renvoie aux jours sombres de la débâcle de juin 1940, comme si la France libre et la résistance n’avaient jamais existé. Pendant trente ans, la mémoire de la France martyre a inclus la mémoire du génocide, l’une se nourrissant de l’autre. A la place de cette mémoire, on nous enjoint de retenir un seul souvenir : Hitler n’a pas fait la guerre à la France ou aux Français, il n’a pas voulu les anéantir, il a fait la guerre aux juifs et aux seuls juifs, les Français étant même à ses côtés. Hitler a été raciste, non pas parce qu’il était convaincu d’appartenir à une race supérieure, mais parce qu’il était antisémite, comme le seraient les Français. Voilà la nouvelle mémoire gravée dans le marbre.

L’excès de mémoire ou hypermnésie n’est jamais neutre. La focalisation de la mémoire sur un seul fait, fût-il le plus horrible, cache autant qu’elle met en lumière. Au lieu d’aviver la mémoire, elle l’ampute. Et surtout, elle nourrit son contraire, ce contre quoi elle existe, à savoir l’amnésie. En effet, alors que le XVIIIe s a été le siècle des Lumières, le XXe a indéniablement été celui des Ténèbres. Outre les deux guerres mondiales, la guerre froide, des conflits en tout genre, il a été le théâtre d’au moins cinq génocides, tous plus horribles les uns que les autres, tous singuliers et exemplaires. Les voici rappelés dans l’ordre chronologique : de 1894 à 1923, et surtout en 1915 et 1916, l’extermination de la moitié du peuple arménien (deux millions d’innocents tués) par les Turcs et les Kurdes ; en 1932 et 1933, l’élimination de plus de six millions d’Ukrainiens par les communistes russes ; de 1942 à 1945, la solution finale ; depuis 1950, l’extermination lente de millions de Tibétains par les communistes chinois ; de 1975 à 1977, l’extermination de près de deux millions de Cambodgiens par les communistes khmers. Ce bilan n’est que partiel. La guerre faite à la mémoire de la France se retourne contre toutes les victimes, même celles de la Shoah, que la nouvelle mémoire, tout idéologique, tend à transformer en bourreaux. C’est la mémoire de la Shoah qui est transformée en champ de bataille. Le champ de bataille est élargi à l’infini : il touche l’esclavage, l’empire français, Napoléon, les croisades, etc. Ceux qui mènent cette guerre ont dit oui à Mao, à Lénine, à Trotski, à Pol Pot, à Castro, à Staline et autres tyrans ; désormais, ils opinent au Hamas ou au djihad, ils aspirent à la destruction d’Israël, qu’ils baptisent d’un méprisant entité sioniste. A la haine de la France et des Français, succède la haine d’Israël et des Juifs.

La France martyre était celle de toutes les victimes, juifs et ceux qui ne l’étaient pas, Français et ceux qui ne l’étaient pas, déportés et civils affamés, héros et gens ordinaires. Cette mémoire détruite, c’est à d’autres que désormais la guerre est faite. Tout souvenir est champ de bataille, puis champ de ruines. La boîte de Pandore est ouverte. Désormais, tout est possible dans l’ordre du pire.

 

 

Commentaires

après vôtre récapitulatif quantitatif sur les pertes françaises de 39 -45 , soulignons que la mémoire peut avoir aussi des fausses mémorisations , des affabulations :
- soit par erreur lors du processus initial d' archivage ( recuil des données de base )
- soit par " oubli , ou mélange , interférences, interconnexions )

- exemple
celà me rappelle le soi-disant " parti des 75 000
fusillés "
ressassé éternellement par le PC F , pendant
toutes les années 50 , 60 , 70 , périodes Thorez
Duclos Marchais

- tous les historiens sérieux
estimant ux ce chiffre comme ne pouvant pas
dépasser n, quand même , le nombre
total de fusillés , estimé lui
à 10 000 !

dans quelle catégorie se situait donc ce
FORT trouble de mémoire
du Parti Communiste ??

- qui , bizarrement , n 'avait pas archivé en mémoire
de morts dans l 'empire du
kAMARAD DJOUGACHVILI STALINE !

Écrit par : con | 22 mai 2006

Chacun savait à la Libération que les 75000 communistes fusillés étaient un énorme mensonge de la propagande du PC : d'abord parce qu'il y a eu moins de 10000 fusillés (7000 à peu près) et que la plupart de ces fusillés n'étaient pas communistes : il y avait des résistants authentiques, gaullistes ou monarchistes, quelques communistes, et surtout des otages pris au hasard.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 22 mai 2006

ce qui fut bien le cas du cousin de mon père

réfractaire du STO en fuite rattrapé par la Gestapo

après avoir été caché chez mes parents ( avec venue de la Gestapo à domicile ) ( dénonçé ? )

et Non communiste ( a la difference du volontaire MARCHAIS
Autre cas d amnesie des faits )

mon cousin n etait donc pas des """"" 75 000 "" fusillés !

Écrit par : con | 23 mai 2006

Les commentaires sont fermés.