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22 mai 2006

Fini

 

 

 

 

Fini, fin, sans fin  

 

 

 

Quand le participe passé du verbe finir est employé comme adjectif, il a des sens qui se situent à l’opposé l’un de l’autre.

Dire d’un homme qu’il est fini, c’est signifier qu’il "n’a plus rien à attendre de l’avenir", écrit Littré dans le Dictionnaire de la Langue française, ou que "sa santé est détruite", ou que "son crédit est ruiné" ou que "son esprit ne produira plus rien". Mais fini signifie aussi "qui possède une qualité au plus haut degré" : un "acteur fini" n’est pas un "homme fini", mais un acteur qui maîtrise son art, comme le sont les voleurs finis ou les gueux finis.

De même, quand il est en usage dans les arts et qu’il se rapporte à des choses, fini a pour sens "soigneusement terminé" ou "en très mauvais état". Un "costume fini" est bon à jeter, mais un "tableau fini" est un tableau quasiment parfait. Dans la quatrième édition de leur Dictionnaire (1762), les Académiciens précisent que fini se dit des ouvrages d’esprit : "voilà un poème fini". En sculpture, le "marbre fini" est "celui qui est terminé avec le petit ciseau et la râpe". En équitation, un cheval fini peut être ou bien un "cheval complètement dressé" ou bien "un cheval à bout de force".

Quand fini est employé comme nom, il a aussi les deux sens opposés. Chez Littré, comme terme d’arts, le fini est "la qualité d’un ouvrage terminé avec soin". Ce sens est illustré par les deux phrases : "ce travail est d’un beau fini" et "cela manque de fini". Mais ce nom désigne aussi "ce qui a des bornes", comme dans les extraits cités de grands écrivains français, de Pascal : "dans la vue de ces infinis, tous les finis sont égaux" ; de Voltaire : "le fini est-il, dans votre esprit, autre chose que l’image de quelque mesure bornée ? l’infini est-il autre chose que l'image de cette même mesure que vous prolongez sans trouver fin ?" ; de Buffon : "l’idée de l’infini ne peut venir que du fini ; c’est (dans les espèces vivantes) un infini de succession, un infini géométrique ; chaque individu est une unité, plusieurs individus font un nombre fini, et l’espèce est le nombre infini".

Dans le Trésor de la Langue française, les deux sens opposés sont relevés aussi bien au sujet des choses que des personnes. Il signifie "achevé, arrivé ou conduit à son dernier état" en parlant d’une chose ; et, en parlant d’une personne "qui pousse une qualité (bonne ou mauvaise) à son plus haut degré". Le second sens, quasiment contraire au premier, est "qui a fait son temps", "usé", en parlant de choses ou en parlant d’une personne.

 

Les adjectifs fini et parfait ont dans ces emplois-là un sens proche. Parfait signifie étymologiquement "ce qui est fait jusqu'à son terme", c’est-à-dire ce qui est "fini" ou "achevé". En 1690, Furetière, dans son Dictionnaire, le relève au sens de "achevé", "complet". En français, il y a donc proximité - et peut-être aussi identité - sémantique entre l’achèvement et la perfection. Une œuvre d’art est parfaite quand elle est achevée. Des œuvres inachevées, c’est-à-dire de celles qui n’ont pas de fin et qui, de ce fait, devraient être dites sans fin, si cette locution avait conservé le sens propre de sa formation, les dictionnaires disent tout le contraire. Alors que l’adjectif fini, quand il qualifie une œuvre d’art, a des significations mélioratives, il en va autrement de sans fin, quand, employée comme adjectif, cette locution caractérise une œuvre ou une occupation humaine, comme dans "roman sans fin" ou "histoire sans fin" ou "discussion sans fin". Dans ce cas, sans fin signifie "sans limites, sans bornes, interminable". Les arabesques, les lectures, les discussions, les histoires sans fin sont celles dont on est très vite lassé et que l’on n’a plus envie de regarder, d’entendre ou de lire. Sans fin, appliqué à roman, n’a de sens que figuré et dépréciatif : le roman est "interminable". Au sens propre, une œuvre sans fin au sens où elle est inachevée, ou bien elle ne peut pas exister ou bien elle est impensable. Un roman sans fin ne signifie pas que le roman est inachevé (ce qui, selon l’opinion commune, est censé ne pas arriver), mais que le lecteur en attend impatiemment la fin et qu’il est prêt à sauter une centaine de pages pour que la délivrance survienne plus rapidement.

Entre les sens de "parfait" et "stérile", "ruiné" ou "sans avenir", s’étend comme un abîme. Pourtant, c’est le même mot fini qui est chargé d’exprimer ces sens contraires, sans que jamais la langue et ceux qui la parlent en soient perturbés.

En fait, l’adjectif fini a les deux sens du nom fin, deux sens, sinon contraires, du moins difficilement compatibles. Le premier sens est "achèvement", le second "but" à atteindre. Le premier sens suppose que quelque chose, un film ou un roman par exemple, est terminé ; le second est une projection dans le futur, vers quelque chose qui n’est pas. Le premier sens réfère à ce qui est fait ; le second à ce que l’on envisage de faire. Fini dans "un homme fini" ou dans "un costume fini" a le premier sens ; fini dans un "acteur fini" ou dans un "tableau fini" a le second sens. Dans le premier cas, c’est l’achèvement qui est exprimé ; dans le second, c’est une réalité qui se rapproche de sa fin, c’est-à-dire de ses objectifs, de son idéal, de son but. A y bien réfléchir, les deux sens, qui paraissaient si éloignés l’un de l’autre et presque opposés, sont étroitement liés l’un à l’autre : le but, une fois atteint, implique un achèvement. Autrement dit, la fin ou fini désigne le même processus, mais à deux stades distincts de son cours : la fin (le but) est située avant l’achèvement ; la fin (le processus qui s’interrompt) est située à l’achèvement. Tout compte fait, la langue est d'une sagesse qui laisse admiratif.

 

Commentaires

Modèle ( " modèle social français par ex ! )

avez vous déjà traité de modèle ?
A mon faible niveau je me perd et ne comprend plus

- j avais retenu que le mot modèle avait , géneralement , dans la langue courante , une connotation positive

- mon instituteur , mes parents , me disaient " de prendre modèle sur "

- bien sur , venant de moule ? se mouler sur , to mould , the mould , le modelage , the modeling

- je comprend bien qu il puisse y avoir des modèles " négatifs " ( mais l 'on parlait , AVANT , plutôt , alors

d' ANTImodèle , de CONTRE exemple , de CONTRE modèle


- bien sur , on nous a largement vanté :
- le modèle de Mao , le petit livre rouge ( les 20 millions ou 50millions de morts )

- le modèle stalinien ( jusqu en 1953 , confer Sartre, Aragon etc ... )

- mais modèle SOCIAL Français ??
5 millions de chomeurs
des retraités parasites de 48 ans ( 2000 instituteurs : )
mineurs retraités à 38 ans !

greffés sur le travail des autres !

ne faut il pas plutot un terme neutre

- " etat social francais " etc ...

Écrit par : con | 22 mai 2006

Je traiterai plus tard de ce mot.
Merci.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 22 mai 2006

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