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05 juin 2006

Cosmopolite

 

 

 

 

Cosmopolite et citoyen du monde

 

 

 

 

En 1560, cosmopolite est introduit dans la langue française et pendant près de quatre siècles, il a été employé uniquement comme nom pour désigner une personne qui "se considère comme s’il était le citoyen du monde et non d’un État particulier" (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935). Aujourd’hui, il n’est plus employé que comme adjectif. Les auteurs du Dictionnaire de l’Académie française (huitième édition) précisent que ce mot "est aussi adjectif des deux genres et, dans cet emploi, il s’applique aussi aux choses", comme dans "un quartier cosmopolite", des "mœurs cosmopolites", un "esprit cosmopolite". Dans la neuvième édition de ce Dictionnaire (à partir de 1994), les Académiciens donnent trois significations à l’adjectif. La première est "qui est propre au cosmopolite : un esprit cosmopolite, des goûts cosmopolites, une existence cosmopolite". La deuxième est "où vivent côte à côte des personnes de nationalités très diverses : un hôtel cosmopolite, un quartier cosmopolite, Paris, Londres, New York sont des villes cosmopolites" ; et, par extension, l’adjectif signifie "qui subit l'influence de plusieurs pays, de plusieurs cultures", comme dans une "ambiance cosmopolite". Enfin, en biologie animale et végétale, l’adjectif a pour sens "qui est répandu dans toutes les parties du monde : une espèce animale cosmopolite, une plante cosmopolite".

Dans ses emplois de nom, cosmopolite est considéré de nos jours comme désuet : vieilli, disent les auteurs de dictionnaires, aussi bien les Académiciens (neuvième édition : "vieilli, personne qui se considère comme citoyen du monde et non d’un État particulier") que les auteurs du Trésor de la langue française ("vieilli : personne qui, refusant les limites d’une nation, se déclare citoyen du monde"). Quand il est adjectif, cosmopolite a toujours un sens favorable, comme le montre clairement cet exemple extrait du Phénomène humain de Teilhard de Chardin : "zoologiquement considérée, l’Humanité nous présente le spectacle unique d’une "espèce  capable de réaliser ce à quoi avait échoué toute autre espèce avant elle : non pas simplement être cosmopolite, mais couvrir, sans se rompre, la Terre d’une seule membrane organisée". Quand cosmopolite est un nom, le sens est presque toujours défavorable. En 1762, les auteurs du Dictionnaire de l’Académie française le glosent par une phrase à la forme négative, comme s’il manquait quelque chose à la personne désignée : c’est "celui qui n’adopte point de patrie". L’exemple qui illustre ce sens est encore plus négatif : "un cosmopolite n’est pas un bon citoyen". En URSS, le cosmopolite était l’ennemi à abattre ou à éliminer. En effet, c’est dans la TFT soviétique que ce nom a le sens le plus méprisant : "En 1947-1948, écrit Jacques Rossi, dans le Manuel du Goulag, la propagande soviétique mène une campagne contre les cosmopolites, c’est-à-dire ceux que le Parti considère comme des partisans de la culture occidentale. Cela concerne tout particulièrement les Juifs".

Etant donné que ce sens est défavorable, on comprend que cosmopolite ait peu à peu disparu de l’usage comme nom et qu’il ait été remplacé par citoyen du monde, qui est totalement en accord avec l’idéologie du sans frontières et du mépris des nations ou des Etats. De nos jours, Pierre et Marie ne disent qu’ils sont des cosmopolites, mais qu’ils sont des citoyens du monde : ça en jette. Cosmopolite est un calque du grec kosmopolitês. Si l’on traduit en français les deux mots grecs qui le composent, le sens en est "citoyen du monde". C’est d’ailleurs le sens que le Dictionnaire de l’Académie française (1932-35) et le Trésor de la Langue française donnent à ce nom : respectivement "celui qui se considère comme s’il était le citoyen du monde et non d’un État particulier" et "personne qui, refusant les limites d’une nation, se déclare citoyen du monde". Les auteurs de dictionnaires sont prudents : ils sont intimement persuadés qu’il est plus facile de se déclarer citoyen du monde que de l’être vraiment. Essayez de devenir citoyen de Corée du Nord, de Cuba ou d’Algérie ou d’Arabie, et de participer à la souveraineté de leurs citoyens en votant dans ces pays ! Si vous y réussissez, votre exploit méritera d’être inscrit au Livre Guiness des Records.

Le cocasse dans les avatars de cosmopolite, c’est que ce sont les survivants de l’internationalisme prolétarien, nostalgiques de l’URSS ou de la Chine ou fervents militants de la Troisième Internationale qui, aujourd’hui, se déclarent à cor et à cri "citoyens du monde", ayant pris soin au préalable de ne jamais évoquer le sens qu'a cosmopolite dans la TFT communiste, soviétique ou cubaine. L'hypocrisie était le vice à la mode il y a trois siècles et demi; elle l'est encore.

 

 

Commentaires

Il faut essayer de définir exatement ce que l'on met dans espèce cosmopite.

Écrit par : Nativité | 09 juin 2006

Relisez la citation de Teilhard de Chardin. il semble que ce théologien savant fasse référence au sens que cet adjectif a en botanique ou en zoologie : "qui est répandu dans le monde". Selon lui, l'espèce humaine a même dépassé l'état cosmopolite : elle n'est pas seulement répandue dans le monde entier (à la différence de la plupart des autres espèces), elle impose à la terre entière ses propres lois ou règles en matière d'occupation du sol.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 09 juin 2006

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