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10 juin 2006

Management

 

 

Management, manager, ménage, ménager

 

 

 

Il est des mots anglais ou anglo-américains qui, quand ils sont employés en français, se nimbent d’une aura quasiment mystique. C’est le cas de management ou de manager. Dire de quelqu’un qu’il est un manager ou qu’il a appris le management dans les meilleures universités du monde, évidemment à Harvard, à Chicago, à Cambridge, etc., c’est lui reconnaître une compétence qui l’appelle à exercer naturellement les plus hautes fonctions dans la direction d’une entreprise ou de l’Etat.

En réalité, ces mots anglais n’ont rien de mystérieux et encore moins de mystique. Ils ne sont rien d’autre que les vieux mots français ménage et ménager. Le nom ménage, formé à partir du verbe d’ancien français manoir "demeurer", a pour sens, dès qu’il est introduit en français, dès le XIe siècle, "demeure", "séjour", "maison". Au tout début du XIIIe siècle, il s’enrichit d’un nouveau sens. Il ne signifie plus seulement "demeure" ou "maison", mais aussi "administration des biens" ou "gestion de sa demeure" et, si des terres sont attenantes à la maison, "gestion d’un domaine". Dans le Dictionnaire de l’Académie française (quatrième édition, 1762), ménage est relevé avec le sens de "gouvernement domestique et tout ce qui concerne la dépense d’une famille qu’on entretient". Illustrent ce sens les exemples : "il a un gros ménage sur les bras", "il conduit bien son ménage". Les Académiciens précisent que ce nom signifie encore "épargne", "économie", "conduite que l’on tient dans l’administration de son bien". Littré donne à ménage le sens de "ordre et dépense d’une maison, ou, dans le langage scientifique, économie domestique". A propos d’une de ses connaissances qui gérait admirablement bien ses domaines, Madame de Sévigné écrit : "C’est un homme qui ferait les Géorgiques de Virgile, si elles n’étaient déjà faites, tant il sait profondément le ménage de la campagne !". Aujourd’hui, ce Virgile moderne enseignerait le management à Harvard.

La bonne gestion a été étendue aux biens autres que la maison et le domaine attenant : le ménage, c’est aussi la "conduite économique que l’on tient dans l’administration des biens, de l’argent". Si les parents de Malherbe avaient suivi leurs études à Harvard – mais il eût fallu qu’Harvard existât -, peut-être le poète aurait-il pu vivre dans l’aisance en tirant des revenus substantiels de son ménage : "ma grand’mère paternelle était de la maison d’Ellebeuf, où il y avait alors cinq ou six terres nobles, desquelles, par mauvais ménage, il en est bien à peine demeuré une aux mains de l’héritier". Dans une remarque de l’article ménage, Littré distingue le ménage de l’épargne : "Le ménage est le bon emploi de l’argent ; par le ménage on ne dépense pas plus qu’il ne faut ; par l’épargne on met de côté, en réserve, certaines sommes d’argent". Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), le sens de "bonne gestion des biens" est encore relevé, mais il est suivi, hélas, de la mention vieux : il est vrai qu’il a été remplacé dans ce sens-là par le nom anglais management.

C’est pourquoi le verbe ménager qui dérive du nom ménage a, dans l’ancienne langue, le sens de "gérer avec soin". C’est ainsi qu’il est défini dans le Dictionnaire de l’Académie française (quatrième édition, 1762) : "user d’économie dans l’administration de son bien, le dépenser avec circonspection, avec prudence" et dans le Dictionnaire de la Langue française (Littré) : "employer, dépenser avec économie, comme on fait dans un ménage bien conduit".

Le management qui est enseigné à Harvard ou ailleurs et dont on fait grand cas en France, sans doute pour justifier les coûts très élevés de ce cursus, n’est rien d’autre que le ménage de la vieille langue française. Manager, c’est faire un bon ménage de ses biens ; un manager est une bonne ménagère ; le management, c’est l’art de ménager ses biens ou ceux des autres. Si les Français qui ont oublié leur langue et leur histoire se souvenaient de ce qu’ils furent, ils apprendraient à leurs enfants à faire le ménage plutôt que de les inscrire loin à Harvard ou à Stanford – et bientôt à Shanghai. Ainsi, ils appliqueraient les règles de bonne gestion d’abord à ce qu’ils possèdent ou ce dont ils ont hérité de leurs ancêtres, puis à l’Etat ou à tout ce qui est public. Car la langue française dit qu’il suffit d’un savoir de bonne ménagère pour ménager l’Etat, une entreprise ou un pays.

 

 

 

 

Commentaires

et si , après s'être " mis en ménage " ( par exemple avec la clique Chie rac UMPS )

- le " ménage " est très mal fait


- il reste " à faire le ménage chez soi"

- à faire " un bon coup de ménage " en 2007 !

Écrit par : con | 17 juin 2006

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