Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

12 juin 2006

Maître

 

 

 

 

 

Le nom et adjectif maître est l’un des mots les plus riches de sens de la langue française. Ainsi, à l’article maître, Littré, dans son Dictionnaire de la langue française, distingue vingt-trois sens, qui vont de "1° celui qui commande soit de droit soit de fait à "23° petits-maîtres", terme en usage pendant les troubles de la Fronde et par lequel on a désigné ensuite "la jeunesse avantageuse et mal élevée". Certains de ces sens peuvent être situés à l’opposé l’un de l’autre. Il en va ainsi du maître "qui possède des esclaves" et du maître "qui enseigne quelque art ou quelque science", tel le maître d’école, ou du maître "qui est savant, expert, éminent en quelque art ou science". Dans la civilisation occidentale - disons : depuis Socrate -, le maître a pour raison d’être d’émanciper les esprits, ce qu’il peut faire, en initiant les êtres humains aux savoirs qu’il maîtrise. En français, le mot maître est ambivalent. Il vient du latin magister, "chef, directeur, celui qui enseigne", mais il a fini par supplanter comme nom commun le nom dominus, qui subsiste dans l’appellatif dom : dans Dom Pérignon par exemple, l’inventeur de la méthode champenoise. Pour ce qui est du sens, il continue les deux mots latins magister et dominus, celui qui enseigne et celui qui exerce un pouvoir sur autrui. Dans la mythologie de l’école, même dans les petites écoles ou dans les collèges d’Ancien Régime, il était entendu que les instituteurs, maîtres, régents étaient des magisters, pas des dominus. Il leur était confié des élèves (le nom élève est lui aussi chargé d’un sens fort : ceux que le maître élève au-dessus d’eux-mêmes) à qui ils apprenaient à se libérer par le savoir de ces maîtres de pouvoir ou dominus.

Les modernes ont cru qu’ils devaient bouleverser cet édifice conceptuel. Aujourd’hui, les pédagogues, didacticiens, experts en sciences de l’éducation accusent les maîtres d’école d’être ou d’avoir été des dominus, de sorte que le processus d’émancipation des esprits qu’ils ont assumé pendant des siècles est grimé en vil asservissement. Les maîtres seraient des tyrans : tout est retourné, chamboulé, mis cul dessus tête.

Comme, dans un pays démocratique (la France l’est encore, mais pour combien de temps ?), on ne peut pas tolérer que des enfants, qui sont des êtres humains faibles et sans défense, soient placés sous la coupe de tyrans, les maîtres à l’ancienne ont été remplacés par des éducateurs ou des animateurs socioculturels, qui n’ont plus pour mission d’instruire ou d’émanciper les élèves, mais de les maintenir dans la prison des communautés auxquels ils appartiennent, sinon en droit, du moins en fait. Jusqu’à une date récente, l’école était centrée sur les savoirs qui émancipent ; elle l’est aujourd’hui sur les "enfants", qui ne sont plus des élèves. Les maîtres sont abaissés ; les enfants ont grimpé sur le piédestal. Ils sont les nouveaux maîtres de l’école, non pas les magisters, mais les dominus. Placés au centre du système éducatif, ils règnent sur l’école, à la fois clients rois et rois soleils, autour de qui tourne le système scolaire. Pour justifier cette centration d’un nouveau type ou pédatropisme, il est un argument, mille fois entendu et répété : en entrant en classe, les enfants savent ce qui va leur être appris. C’est ce qu’a écrit en 1962 Martinet, qui fut professeur à La Sorbonne : "(l’enfant) a appris tout seul sans en prendre conscience" "la grammaire de la langue parlée" ; "la langue que l’on cultive à l’école n’est pas autre chose que celle qu’il apporte avec lui" ; "en matière de langue, l’action de l’école peut consister à faciliter pour l’enfant la satisfaction de ses besoins communicatifs à partir de ce qu’il sait en entrant en classe, et non point à freiner les automatismes précieux qui commençaient à s’établir chez lui et qui sont le fondement même du maniement satisfaisant de toute langue". Les enfants n’ont plus besoin de maîtres, mais de copains grands frères ou de domestiques (ne sont-ils pas les nouveaux dominus ?), qui soient membres comme eux de la communauté éducative. Le savoir aboli ou oublié, l’école se transforme en lieu de libre expression (id est d’ânonnement des slogans ineptes forgés par les puissants), de convivialité et de célébration d'elle-même.

 

 

 

Commentaires

je reporte là des extraits de mail reçus de mon fils ( élève-ingénieur !!!!! )

- elle est pas eMcore arrive

- il s 'entendErait bien avec...

- desole pour le mEanque d accent ( c est un clavier ricain )

- il est 9h50 , il y a 6h de decalLage

- on est bien installe ( ou est le S ??? )

- vous dire QUE ON est bien arrive ( pas de S )

- l entretien a dureE moins d une minute !!!!!!!!

IL S AGIT D UNE EMBAUCHE D UN JEUNE FRANCAIS
( POSITIVE ) en juin 2006 en FLORIDE

( pas besoin de CPE etc ... )

- les horaires sont nickels ( adapteE aux ...)
-
on prendrEra pas

- hier on est alleR faire un tour


c 'est effarant de lire celà de son propre fils !


je ne parviens pas à comprendre comment l on peut ensuite être bachelier et ingénieur ?

Écrit par : con | 17 juin 2006

Les commentaires sont fermés.