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14 juin 2006

Senior

 

 

 

 

En français, senior est attesté pour la première fois comme adjectif dans l’expression "coureurs seniors" : c’est un journaliste, écrivant en 1884 dans Le Sport vélocipédique, qui l’a introduit en français. Employé comme nom, senior est attesté en 1892 : c’est le seul sens qui soit relevé dans la huitième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1932-1935) : "il se dit, en termes de sports, des joueurs plus âgés, par opposition aux juniors". Ainsi, aujourd’hui, les sportifs qui font de la compétition sont classés dans des catégories d’âge qui vont des plus jeunes, les pupilles ou les benjamins, aux plus âgés, les vétérans : benjamins, minimes, cadets, juniors, seniors, vétérans. Au tennis, la catégorie vétéran commence à 35 ans. Au football, on est senior à 19 ans. Dans le Trésor de la Langue française, le senior est le "membre de la catégorie de sportifs dont l’âge se situe entre celui des juniors et des vétérans".

Les Académiciens précisent que le mot vient du latin, où il est la forme comparative de d’adjectif senex "âgé" : il signifie donc "plus âgé". Selon les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994), senior a été emprunté à l’anglais, lequel, il est vrai, le tient du latin. En anglais, il a pour sens, quand il est adjectif, "older in years" (plus âgé) et aussi "higher in rank, autority, etc." (c’est-à-dire " supérieur "). Le contraire est junior.

Le Trésor de la Langue française est plus précis et plus complet que le Dictionnaire de l’Académie française. Il y est indiqué que, adjectif, senior est invariable et que, employé après un patronyme, il sert à distinguer le père de son fils ou le fils aîné de son frère cadet, généralement "par plaisanterie", comme l’attestent les exemples cités : "L’aîné est toujours (...) le plus Européen (...), le cadet a un teint foncé (...). Tenez, exactement comme les deux Iturria; vous vous les rappelez bien ? Et, à propos, il est venu, lui aussi, M. Iturria senior" (Valéry Larbaud, 1911), ou encore : "Je veux dire : Me Méliset senior, membre du conseil de l’ordre et Me Méliset junior, Maurice pour ses intimes, robin comme son père" (Hervé Bazin, 1956).

L’emploi du nom senior pour désigner les vieux est récent. Il n’est relevé ni dans le Dictionnaire de l’Académie française, ni dans le Trésor de la Langue française. C’est aussi un emprunt à l’anglais. Dans le Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English (troisième édition, 1974), il est relevé sous la forme senior citizen. Il est donc adjectif. Le sens est "person over the age of retirement ; old age pensionner". Autrement dit, ce citoyen est une personne qui a dépassé l’âge de la retraite ou qui, très âgée, perçoit une pension de retraite. Il est précisé que ce mot est un euphémisme, c’est-à-dire un de ces mots trompeurs qui ont pour raison d’être d’adoucir ou de cacher les réalités désagréables. Il appartient à ce que l’on nomme en anglais le politicaly correct.

En français, pour désigner ce que l’on nomme aujourd’hui par euphémisme les seniors, on devrait dire, comme on a longtemps dit, vieux, anciens, vieilles gens ou vieillards. Pendant de longs siècles, les Français ont dit ces mots, sans qu’ils aient jamais senti leur bouche écorchée saigner pour autant. Naguère, dans les communes, étaient organisés au début du mois de janvier les repas des vieux, à la fois pour rendre hommage aux vieux et effacer, sous un banquet laïque, la signification chrétienne de l’Epiphanie. Ce serait politiquement incorrect ou reçu comme une injure que de dire aujourd’hui les vieux ou les anciens ou les vieilles gens ou les vieillards. Ces mots justes ont été remplacés par des ersatz : personnes âgées, grand âge, troisième âge. Mais les euphémismes ont un défaut : ils s’usent très vite, si vite qu’ils doivent être remplacés dès qu’ils commencent à être démonétisés, les citoyens n’étant pas assez sots pour utiliser des mots frelatés ou sans valeur. Après une ou deux décennies d’utilisation abusive, le troisième âge tend à sortir de l’usage : senior s’y substitue. Jusqu’à quand ? Déjà, les vieux sont de plus en plus souvent nommés, par plaisanterie, les tamalous (tu as mal où ?) ou les gébobolas (j’ai bobo là), surtout quand ils voyagent en car (les cars de tamalous, dit-on dans mon village) : deux mots dont le principal mérite est de tenter de dire, sans euphémisme, le réel tel qu’il est, et non tel qu’il est fantasmé. Il n’y a pas de raison, sinon idéologique (mais l’idéologie est une bête, pas une raison), pour que la vieillesse soit taboue.

 

 

 

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