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17 juin 2006

Gouvernance

 

 

Gouvernance, governance 

 

 

Dans le Trésor de la Langue française, publié entre 1972 et 1994, il n’y a pas d’article gouvernance. La seule mention qui soit faite de ce mot se trouve à l’entrée gouverner, dans laquelle il est précisé que le substantif féminin gouvernance est propre à l’histoire de la Flandre et de l’Artois et que, dans ces deux anciennes provinces, le mot était un synonyme de bailliage : c’était une juridiction administrative placée sous la responsabilité d’un gouverneur.

Littré y consacre une entrée dans son Dictionnaire de la Langue française et il distingue même deux sens. Le premier est "juridiction qui existait dans quelques villes des Pays-Bas et à la tête de laquelle était le gouverneur", comme dans les gouvernances d’Arras et de Lille ; le second est "place de gouvernante", comme dans cette lettre de Mme de Sévigné : "nous fûmes hier, monsieur le comte, chez vos amies de Leuville et d’Effiat ; elles recevaient les compliments de la réconciliation et de la gouvernance (des enfants de Monsieur)".

De fait, l’emploi actuel de gouvernance, dans le sens assez vague de "gouvernement", "contrôle", "art de gouverner" un Etat, une entreprise ou une organisation internationale, est très récent : postérieur en tout cas à la rédaction du Trésor de la Langue française. En revanche, le mot existe en anglais sous la forme governance. Dans le Oxford Advanced Learner’s Dictionary of Current English, troisième édition, 1974, ce nom est relevé, suivi de la mention formal (laquelle signifie que le mot appartient à un niveau de langue élevé), avec deux sens. Le premier est "act, fact, manner of governing" (action, fait, manière de gouverner) ; le second est "sway, control", c’est-à-dire, en français, influence, contrôle.

Il ne faut pas inférer de cela que gouvernance soit un de ces innombrables emprunts à la langue anglaise, dont on se demande à quelle utilité pratique ils répondent. En effet, de très nombreuses occurrences de gouvernance ou governance, entendues dans le sens de "gouvernement", de "juridiction", de "puissance" ou même de "conduite" ou de "règle de conduite", c’est-à-dire dans un sens proche du sens moderne, sont attestées dans la langue française des XIVe et XVe siècles. Ainsi : "Chevalier, dit la voix, la male gouvernance (id est la mauvaise conduite) de la personne la mène à puante fin" et "Amour ne veut autre pâture que douce et loyale gouvernance : c’est sa paix, et c’est sa substance, c’est tout son bien, je vous le jure".

Godefroy, dans son Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXe au XVe siècle (10 volumes, publiés de 1881 à 1902) cite plusieurs autres extraits, parmi lesquels ceux-ci, extraits d’œuvres d’Oresme (1348), qui ne dépareraient pas dans la langue française actuelle : "Quand la nature d’aucune (id est d’une) planète aura seigneurie en la gouvernance du monde" ; ou : "Selon les lois de Socrate, l’ordonnance et le gouvernement de la cité ne seraient ni la démocratie, ni l’oligarchie, mais elles seraient une gouvernance moyenne, laquelle on appelle par nom commun police (id est politique)" ou encore, dans une lettre d’un noble du XVe siècle (1422) : "Il est nécessaire de pourvoir de bonne gouvernance au dit office". Aujourd’hui, comme il y a six siècles, les modernes disent à nouveau gouvernance du monde ou gouvernance mondiale, bonne gouvernance ou mauvaise gouvernance.

Il semble, en effet, que les Anglais aient emprunté gouvernance au français et que les Français, depuis une vingtaine d’années, aient récupéré ce mot, mais dans le domaine des idées politiques ou dans celui de la gestion des entreprises. Quoi qu’il en soit, le mot, en français moderne, tient en partie son renouveau du succès du suffixe – ance, qui, après avoir servi à former un très grand nombre de noms au Moyen Age et être tombé en désuétude au XVIIe siècle, est en vogue depuis quelques décennies, surtout dans les domaines techniques ou scientifiques (impédance, efficience, fluorescence, interférence, phosphorescence, radiance, réfringence, arborescence, virescence, conductance, brillance, impédance, congruence, équipollence, tangence) et même moraux ou politiques : repentance, résilience, nuisance, ingérence, maltraitance, etc.

Que signifie gouvernance, si tant est que le mot ait un sens différent de "gouvernement", "gestion" ou "contrôle" ? A quelle nécessité pratique répond sa soudaine résurrection ? Dans un article publié dans la revue Le Débat (n° 115, mai août 2001), un politologue "s’efforce de rendre compte de (notre) époque à partir du langage qu’elle parle". Du succès des noms formés avec les suffixes – ance et – ing qui expriment une action ou un mouvement, il conclut que notre époque aime les "processus" et le mouvement (elle est le siècle du bougisme, pourrait-on dire ironiquement). La conclusion inverse pourrait en être tirée : notre époque prend le masque verbal du mouvement pour mieux cacher son immobilité. La gouvernance valorise les sondages, les référendums, les consultations, les procédures qui rapprochent les gouvernants et les gouvernés. Elle feint de ne rien imposer, elle "négocie" tout, elle multiplie les médiateurs, les groupes qui prétendent représenter la population, les organisations non gouvernementales, tout ce qui s’interpose entre les gens et le pouvoir élu, prenant la place des uns et de l’autre, qu’elle soit la gouvernance d’entreprise (ou corporate governance) ou la gouvernance globale. Les élus de la gouvernance sont les puissants du monde : s’ils sont puissants en affaires ou dans les media, c’est qu’ils ont fait leurs preuves. Ils n’ont pas reçu de mandat des électeurs, mais ils se substituent aux pouvoirs régulièrement élus. La gouvernance à toutes les sauces prospère sur les ruines de la représentation politique et sur l’impuissance des gouvernements à régler les difficultés. Elle élimine les gouvernants élus au profit des experts ou des puissances occultes qui contrôlent l’économie, les flux d’argent, les media, l’opinion, etc. Oresme vivait au XIVe siècle. Pourtant, il annonce notre époque : la gouvernance est le gouvernement par d’autres moyens que la démocratie.

 

 

Commentaires

ceci explique celà
- gouvernance , qui ne peut être que " Nouvelle " ( il n 'y a jamais d'Ancienne gouvernance )

- serait donc liée à GOUVERNORAT ! ( terme qui exprimait plûtôt toute l ' horreur d'une gestion
- soit horriblement " coloniale "
- soit " Non-démocratique "

- un "" acteur "" de la nouvelle gouvernance " fait -il du " gouvernorat" ???


- pourtant la "" nouvelle " gouvernance est en général coupléé à :

- un " LARGECONSENSUS "
- par des décisions " CONSENSUELLES "
à " LUNANIMITE "

- découlant souvent de plusieurs heures de

REUNIONITE

- intéressant cette maladie de la " réunionite "

Écrit par : con | 17 juin 2006

Royal ce moment passez en votre entreprise, merci bien pour cette excellente.

Écrit par : site de pari sportif | 27 mai 2014

J'aime bien votre blogging, il vous laisse cette remarque pour vous aidée à le prendre soin de à jour.

Écrit par : parier france honduras | 12 juin 2014

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