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18 juin 2006

Echec scolaire

 

Echec de l'école ou échec à l'école ?

 

 

Le nom échec est attesté en français au tout début du XIIe siècle au sens de "jeu", puis de "pièces du jeu". Le mot est emprunté au persan shah "roi", par l’intermédiaire de l’arabe, le c final d’échec résultant sans doute du croisement avec le vieux mot français eschec, "butin", aujourd'hui disparu. Dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré, c’est le "terme qu’on emploie au jeu d’échecs chaque fois qu’on attaque le roi ou qu’on met la reine en prise".

Au XIIIe siècle, ce mot a pris, par analogie avec le jeu d’échecs, le sens moderne de "revers".

Les auteurs du Trésor de la Langue française, considérant que les sens de "jeu" et de "revers" sont trop éloignés l’un de l’autre pour être les deux acceptions d’un même nom polysémique, les ont répartis en deux homonymes : le premier avec le sens de "jeu", le second avec le sens de "résultat négatif, et généralement d’une certaine gravité, d’une entreprise". Dans ce dictionnaire (1972-1994, 16 volumes, des milliers de pages, près d’un million de mots définis), il est indiqué que les emplois les plus courants de ce nom sont "échec affectif, complet, définitif, double, électoral, final, grave, moindre ; échecs politiques, successifs ; grand, petit, premier, rude échec ; échec à l’académie ; causes d’échec ; expliquer, réparer, un échec ; en cas d’échec, d’échec en échec, échec sur échec, échec pour échec ; aller au devant d’un échec, courir à un échec, être en échec, faire échec à quelqu’un ou aux projets de quelqu’un, mettre ou tenir quelqu’un en échec, vouer à l’échec".

Il n’est pas recensé d’occurrence d’échec scolaire, bien que ce nom soit fréquemment employé suivi de cet adjectif. D’où vient l’échec scolaire ?

L’adjectif scolaire n’est pas un adjectif qualificatif (il n’attribue pas une qualité à l’échec), mais un adjectif dit de relation, ce qui signifie qu’il établit un lien entre le nom échec et le nom école dont scolaire dérive. De fait, échec scolaire a pour sens "échec de l’école". Le "résultat négatif" est celui de l’école, et non celui de quelque élève que ce soit. C’est l’école qui est, comme on dit, "en situation d’échec". Bien entendu, quand les hommes politiques, les parents, les citoyens et quelques maîtres évoquent l’échec scolaire, ignorant ce que sont ou ont été les thèses gauchistes sur l’école, ils l’entendent dans le sens de l’échec à l’école, l’échec, dans leur esprit, étant celui des élèves ou éventuellement celui des maîtres.

L’échec de l’école n’est pas l’échec à l’école. La thèse de l'échec de l'école s’ancre dans la critique institutionnelle, id est la critique des institutions qui ont été établies, à la suite d’un débat public, en France, en Europe et en Occident en général. Cette critique, toujours radicale, quelle qu’en soit la cible : armée, justice, Eglise, prison, asile, école, s’est diffusée dans les années 1960-70. C’était l’époque où les lycées étaient des casernes, les asiles des mouroirs, les prisons des camps de concentration et les éducateurs des éducastreurs. Ce jeu de mots est éloquent. L’école, en tant qu’institution, serait, selon les partisans de cette thèse, une bureaucratie sclérosée qui répond aux seules exigences des nantis qui en vivent, l’ayant colonisée à leur profit, et qui, par nature, ne peut rien apprendre aux enfants et encore moins les éduquer. Elle ne remplit aucune des missions que le peuple lui assigne, sinon dresser, castrer, réprimer, abêtir. Cette thèse a été exprimée, entre autres penseurs, par Ivan Illich, qui, à la différence des idéologues anti-institutionnels, avait du talent, de la générosité et des mérites prouvés. Le plus connu de ses livres est Une société sans école (1971).

 

 

 

Commentaires

Votre analyse est intéressante, mais il se peut qu'elle ne soit pas exacte dans sa conclusion. "Le "résultat négatif" est celui de l’école, et non celui de quelque élève que ce soit" : ceci serait le sens /subliminal/ du syntagme "échec scolaire". Mais si l'on considère cet autre, "vie scolaire", utilisé pour désigner la vie des élèves /à/ l'école et non pas, comme votre examen morphosyntaxique vous conduirait à le conclure, la vie /de/ l'école, on peut douter de la validité du lien que vous établissez entre cette expression anodine et ce qu'elle semble cacher.

Par ailleurs, merci pour NLF.

Écrit par : paratext | 22 juin 2006

J'ai consulté votre blog. Il est juste. Vous avez raison de citer Péguy et son De Jean Coste. Je crois que nous partageons la même analyse du désastre que connaît, hélas, l'école publique.
Il est évident que, dans ses emplois actuels, "échec scolaire" signifie "échec à l'école". A mon sens, l'expression prend son sens dans les critiques qui ont été adressées il y a près de quarante ans à l'école en tant qu'institution.
Le sens exact de "vie scolaire" est ambigu. Vous écartez le sens "vie de l'école" un peu trop rapidement. Je ne sais pas ce qu'est "l'inspection générale de la vie scolaire" : on peut contester l'emploi du terme "vie" dans cette expression. Vous auriez pu objecter l'expression "résultats scolaires" où "scolaire" équivaut à un complément de sens locatif : "à l'école".

Écrit par : Arouet Le Jeune | 22 juin 2006

Oui, j'ai pensé à "résultats", "comportement", en relisant mon commentaire immédiatement après l'avoir posté. Et il est manifeste que cela n'enlève rien à la justesse du rapprochement avec la critique institutionnelle que vous évoquez. Même si ceux qui prononcent ces mots ne leur confèrent pas ce sens d'échec /de/ l'école, ce à quoi ressemble l'école aujourd'hui résulte en grande partie de cette idéologie gauchiste qui clamait cet échec là.

"Je crois que nous partageons la même analyse du désastre que connaît, hélas, l'école publique."
Je suis moi-même issu de cette "nouvelle" école publique et je commence à peine à mesurer avec effroi et colère ce que ne m'a pas transmis l'école française.

Écrit par : paratext | 23 juin 2006

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