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20 juin 2006

Symbole

 

 

 

 

 

C’est à la fin du XIVe siècle que le nom symbole est attesté pour la première fois en français sous la forme de simboles. Le sens en est religieux et propre au catholicisme. Il signifie "formulaire qui contient les principaux articles de la foi". En 1525, est attestésymbole des apôtres, qui est l’autre nom du Credo : "le Symbole des apôtres, qu’on dit vulgairement le Credo". Dans son Dictionnaire, publié en 1690, Furetière relève symbole de Nicée : Nicée étant la ville d’Asie mineure (la Turquie actuelle) où, en 325, lors d’un concile, a été formulé le dogme de la transsubstantiation.

Le mot symbole, comme l’indiquent le y et l’élément sym, est grec. A l’origine, il désigne un objet coupé ou brisé en deux, chaque morceau étant remis à une personne et devant servir de signe de reconnaissance lors de rencontres futures. Il désigne aussi les parts égales que des associés réunissent pour former une entreprise commerciale et auxquelles il leur interdit de toucher. Par métaphore, dans la langue chrétienne grecque et latine, le nom a désigné les articles de foi que les croyants ont reçus en partage, puis "la profession de foi au baptême".

C’est à juste titre que le Trésor de la Langue française (1972-1994) relève comme premier sens de symbole celui du catholicisme, à savoir "ensemble de formules résumant la foi chrétienne" et "profession de foi chrétienne" - comme si le symbole pouvait résumer la christianisme. Les exemples en sont "symbole baptismal", "symbole de la foi", "le symbole des apôtres n’a-t-il pas été écrit en grec avant de l’être en latin ?", "Quel est le principe des choses ? La doctrine catholique nous répond par ces premiers mots de son symbole : credo in Deum patrem omnipotentem, je crois en Dieu, père tout-puissant" (Lacordaire). Le sens catholique de symbole était encore connu au XIXe siècle, puisque les incroyants le prennent dans un sens antireligieux : "c’est par un symbole en douze articles qu’il faut attaquer celui des apôtres" (Proudhon).

Le sens catholique de symbole semble avoir été disparu de la langue actuelle au seul profit du sens moderne, à savoir "ce qui représente une réalité abstraite ou absente". Dans l’histoire de la langue française, ce sens est postérieur de plus d’un siècle et demi au sens premier. Il est attesté en 1541 chez Calvin (in Institution de la religion chrétienne), œuvre qui est à la source de la Réforme protestante. Ainsi dans l’exemple "le pain est un symbole, sous lequel notre Seigneur nous offre la vraie manducation de son corps".

Déjà, dans l’édition de 1762 de leur Dictionnaire, les Académiciens semblent avoir oublié que le premier sens de symbole est religieux. Ils relèvent d’abord le sens moderne de "figure ou image qui sert à désigner quelque chose, soit par le moyen de la peinture ou de la sculpture, soit par le discours". La fidélité est une réalité abstraite ; pour qu'elle soit matérialisée ou incarnée, elle a besoin d’un symbole, comme dans l’exemple "le chien est le symbole de la fidélité ". Le sens religieux n’est cité qu’en second ; encore est-ce comme une préfiguration du sens moderne : "en termes de religion, on appelle symboles et symboles sacrés les signes extérieurs des sacrements", "Jésus-Christ nous a donné son corps et son sang dans l’eucharistie sous les symboles du pain et du vin". Dans ces deux exemples, symbole a le sens moderne de "ce qui représente une réalité abstraite ou absente". Le pain et le vin tiennent lieu du corps et du sang du Christ. C’est à la fin de l’article symbole qu’est cité le sens qui est apparu le premier dans la langue : "il se dit aussi du formulaire qui contient les principaux articles de la foi", avec l’exemple suivant : "ordinairement, quand on dit absolument le Symbole, on entend celui qu’on appelle le symbole des Apôtres". Pour la plupart d’entre eux, les Académiciens étaient de sincères croyants ; ils vivaient dans un siècle où le catholicisme était de fait et en droit la religion officielle de la France. En dépit de cela, ils ignorent, quand ils établissent les sens de symbole, quelle est leur généalogie - ce qui montre que la déchristianisation de la France a commencé plus tôt qu'on ne le croit : dès le XVIIIe siècle, elle était en marche.

Littré était positiviste et incroyant. De fait, dans son Dictionnaire de la Langue française, il classe les sept acceptions du mot symbole dans un ordre conforme à ses croyances. Le sens qu’il place en première position est "signe de reconnaissance" : "on appelait symbole chez les Grecs les paroles, les signes auxquels les initiés aux mystères de Cérès, de Cybèle, de Mithra se reconnaissaien " ; et, en deuxième position, le sens moderne de "figure ou image employée comme signe d’une chose", l’illustrant par quelques citations, dont celle-ci, de Diderot : "sachez qu’en général le symbole est froid et qu’on ne peut lui ôter ce froid insipide, mortel, que par la simplicité, la force, la sublimité de l’idée". Le troisième sens recensé est "marque, figure qu’on voit sur les médailles, et qui sert à désigner soit des hommes ou des divinités, soit des contrées, des royaumes, des provinces, des villes". Ce n’est qu’en quatrième et cinquième positions qu’apparaît le sens catholique : "signes extérieurs des sacrements" et "formulaire qui contient les principaux articles de la foi". Les sixième et septième sens sont des sens modernes : "terme de rhétorique : espèce de trope par lequel on substitue au nom d’une chose le nom d’un signe que l’usage a choisi pour la désigner ; c’est une espèce de métonymie" et "symbole chimique, nom donné par les chimistes aux lettres initiales par lesquelles, pour abréger, ils désignent les corps élémentaires", comme O et S qui "sont les symboles de l’oxygène et du soufre".

De fait, le sens chrétien de symbole est peu à peu effacé dans la langue moderne. Selon les auteurs du Trésor de la Langue française, c’est un "objet sensible, fait ou élément naturel évoquant, dans un groupe humain donné, par une correspondance analogique, formelle, naturelle ou culturelle, quelque chose d’absent ou d’impossible à percevoir" ou, en littérature, un "élément textuel dont la signification concrète est liée par une correspondance analogique à une signification abstraite qu’il évoque ou représente". Il n’est pas de science, humaine ou exacte, qui n’en use : chimie, psychanalyse, géométrie, algèbre, arithmétique, informatique, linguistique, sémiotique, diverses technologies. Tout se passe comme si l’emploi de symbole dans la langue des sciences était rendu possible par l’idée d'incarnation, sans laquelle la symbolique n’aurait pas de raison d’être.

 

 

 

 

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