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02 juillet 2006

Signes 13

 

 

Fiertés (suite)

 

 

Ce qui donne un sens à la fierté ou aux fiertés, ce sont ses ou leurs causes ou son ou ses origines. En un mot : de quoi ou de qui est fier celui qui affiche sa fierté ? De son nom, de ses ancêtres, de sa "race", de son "ethnie", d’avoir réussi aux examens, de sa réussite professionnelle, de son argent, etc. ? Etre fier d’avoir accompli des actes méritoires peut se justifier. Pendant des siècles, il a été entendu que la cause, le facteur ou l’origine de la fierté, ce en quoi elle s’origine (formulation moderne) ou ce sur quoi elle s’ente (formulation ancienne), était quelque chose de positif ou de valorisant. Personne n’est fier de ses échecs, de ses avanies, de ses insuccès. Au fil des siècles, les facteurs de fierté ont évolué : les héros épiques, Roland et Olivier, étaient fiers de leur férocité intrépide devant l’ennemi. Aujourd’hui, ils passeraient au mieux pour des fiers-à-bras, au pis pour des fascistes. Ce qui faisait la fierté de Rodrigue, à savoir sa gloire, l’honneur de son nom, sa fidélité au Roi, son sens du devoir, etc. serait de nos jours source de ricanements ou de honte. Aujourd’hui, ceux qui affichent leurs fiertés sont fiers d’être ce qu’ils sont : c’est s’enorgueillir de rien.

Ce qu’il y a de nouveau dans le mot fierté, c’est le pluriel. Certes, il arrive que les noms, dits abstraits, au sens où, dérivant d’un adjectif, ils signifient la qualité exprimée par l’adjectif, soient employés au pluriel. On dit les vanités, les futilités, les beautés, etc. Auquel cas, ces noms ne désignent plus la qualité, mais les réalités ou les actes ou les faits qui attestent cette qualité. Les beautés d’une cathédrale gothique sont les vitraux, les arcs, les gargouilles, les sculptures du porche et autres parties, etc., tous beaux ou jugés beaux, et qui contribuent à former la beauté de l’ensemble. Il semble qu’il en aille autrement du pluriel de marche des fiertés. Ces fiertés ont pour cause les mœurs ou les modes de faire société par union des mêmes, des semblables, des identiques, ce en quoi le terme identité est employé à bon escient dans ce contexte, l’identité étant la propriété qu’ont deux ou plus de deux choses, personnes, concepts, notions, grandeurs d’être identiques ou de se ressembler. Le pluriel, dans cet emploi, renvoie à la thèse plurielle des idéologues post-modernes de la déconstruction ou, comme on voudra, des hyper-modernes de la critique institutionnelle, pour qui les institutions, quelles qu’elles soient, loi, Etat, école, nation, mariage, culture, morale, valeurs, etc. sont des constructions imposées par un Ordre injuste, bourgeois ou occidental, et auxquelles ils opposent le désir, le plaisir, leur arbitraire, leur bon plaisir, la nature ou leur nature. Le pluriel fiertés est, dans ce cas, la partie émergée de l’iceberg post-moderne et le papier de tournesol qui révèle l’idéologie plurielle qui avance, pour la saper, sous la société actuelle.

Il reste enfin l’étymologie du nom. En latin, feritas (ou "fierté"), qui dérive de ferus, au sens de "propre aux bêtes sauvages", a pour sens premier "mœurs sauvages, barbarie, cruauté". Le regretté Philippe Muray définit, dans ses Exorcismes spirituels, la modernité par l’indissociation ou par le rejet des distinctions premières de sexe, d’espèce ou de genre : les animaux ont des droits, comme les hommes ; la terre aussi ; la nature aurait signé un contrat ; les parents se comportent comme des enfants gâtés et immatures ; ils tiennent leurs enfants pour des adultes ; la culture n’est plus distincte de la nature ; tout est culture ; hommes et femmes, c’est du pareil au même, etc. Il y a de la malhonnêteté à faire parler un penseur mort. Il est sûr qu’il verrait dans la marche des fiertés un triomphe, au sens antique de ce terme, tel que le définit Littré dans son Dictionnaire de la langue française : "honneur accordé chez les Romains à un général qui avait remporté une grande victoire ; il consistait en une entrée solennelle et pompeuse, où marchaient le vainqueur, l’armée victorieuse, les captifs et les dépouilles". La marche des fiertés a tout d’un triomphe. Ce sont les vainqueurs qui défilent et qui exhibent leurs trophées pour célébrer, non seulement un retour à la nature, mais aussi le triomphe de la nature sur la culture ou sur le lent processus de civilisation, lequel a consisté, pendant des millénaires, pour l’humanité à s’arracher à la nature.

 

 

 

Commentaires

- au moins ,vous pouvez avoir de la fierté
pour ces 2 articles signe 12 & 13 !

- et même , des fiertés ! ( s'agissant de 2 articles qui constituent une entité )

- pour les pride et fiertés dans les rues des mégalopoles
je n 'ai toujours pas compris !

Écrit par : Con | 02 juillet 2006

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