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05 juillet 2006

Mythologies intellotes 15

 

 

 

Ethnocentrisme

 

 

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (neuvième édition, en cours de publication), il est indiqué que le nom ethnocentrisme, composé de l’élément ethno emprunté au grec et de centrisme, dérivé de centre, est attesté pour la première fois au XXe siècle : c’est un mot moderne. C’est la "tendance, plus ou moins consciente, à privilégier les valeurs et les formes culturelles du groupe ethnique auquel on appartient". Alors que le Dictionnaire de l’Académie française, supposé frileux ou réservé en matière de mots nouveaux, consacre une entrée à ethnocentrisme, il n'en est consacré aucune dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), que ses auteurs présentent volontiers comme un modèle d'audace : le nom est relevé et défini dans l’entrée ethno, élément grec entrant dans la composition de nombreux mots français. Il est suivi de la définition "comportement social et attitude inconsciemment motivée qui conduisent à privilégier et à surestimer le groupe racial, géographique ou national auquel on appartient, aboutissant parfois à des préjugés en ce qui concerne les autres peuples" et il est illustré par un exemple tiré d’un ouvrage sur le tiers-monde publié en 1956. Le second élément qui compose ce mot, en l’occurrence centrisme, n’est pas relevé non plus dans le Trésor de la Langue française, sinon sous la forme du nom centrisme, d’usage courant dans le jeu politique en France, alors que cet élément sert à composer de très nombreux mots : héliocentrisme, anthropocentrisme, logocentrisme, etc. 

C’est un mot récent et moderne, puisqu’il est lié à l’obsession moderne de l’origine et de la dévalorisation de soi. C’est la glorification de l’ethnie ou de la race à laquelle appartient ou est censé appartenir celui qui parle et que l’on peut accuser, s’il est occidental, d’ethnocentrisme. Le moi se gonfle jusqu’aux proportions du groupe. Il est la grenouille qui veut se faire plus grosse que le troupeau de bœufs. La glorification de sa propre ethnie, race, lignée, etc. se fait au détriment des autres lignées, races, ethnies. C’est sans doute par ethnocentrisme que les Allemands ont chanté jadis à tue-tête Deutschland über alles. L’Allah akbar des musulmans est de la même farine.

C’est en 1956, dans Tiers Monde de Linton, que le mot ethnocentrisme est attesté. Le contexte est éclairant. En usant de ce mot, Linton entend dénoncer – travers moderne, s'il en est - les préjugés méprisants que nourriraient les Occidentaux envers les pays pauvres, par exemple quand ils les qualifient de pays sous-développés. Ces préjugés feraient leur ethnocentrisme. Centrisme, qui sert à former de nombreux mots accusateurs, vaut condamnation sans procès. Pourtant, il n’y a aucune raison objective, sinon l’idéologie, laquelle n’est pas une raison, mais une Bête, pour que ce centrisme équivaille à une inculpation – pardon à une mise en examen. En effet, il tient à une propriété du langage qui consiste, de la part d’un sujet parlant, vous, moi, n’importe qui d’autre, à s’approprier la langue et en disant je, à poser en face de soi l’existence d’autrui : tu, qui, à son tour, dit je. C’est en énonçant – en faisant de lui-même le centre du monde - que n’importe quel homme (ou femme, bien entendu), fût-il noir ou afghan, pose que ses semblables existent et que le monde a une réalité. Il en va ainsi dans toutes les langues et pour tous les hommes, à quelque race, groupe, ethnie, nation, religion, civilisation, etc. qu’ils appartiennent. Même les Bororos se placent au centre du monde quand ils parlent. La réalité, quelle qu’elle soit, existe dans les discours à partir de ce je qui énonce. Parler, c’est faire exister le réel et autrui. Telle est notre condition. Le centrisme n’est pas propre à l’Occident, c’est un universel. Et contrairement à ce que pensent ceux qui ont fait de l’ethnocentrisme un crime, les Occidentaux ne sont pas différents des autres hommes. Parlant des autres, ils se contentent d’énoncer un jugement sur le réel dont ils sont persuadés qu’il est vrai. Ils font comme les Bororos ou les Papous, ni plus ni moins. De plus, de tous les hommes qui peuplent la terre, ils sont les seuls qui, depuis des siècles, fassent l’effort de mieux connaître les autres et d’assouplir leur point de vue. En Chine ou en Arabie saoudite, un point de vue décentré, qui ne serait pas chinois ou qui échapperait à l’islam, est impensable. Les Chinois, qui sont persuadés de former l’Empire du Milieu, jugent que le monde qui entoure ce Milieu est un satellite de la Chine. Quant aux musulmans, ils jugent que rien n’a de valeur, hors l’islam, et que rien ne devrait exister à côté de l’islam.

 

Ce qui ne cesse d’étonner, c’est l’ampleur du succès que connaît ce mot. A peine fabriqué, il apparaît sous toutes les plumes de soi-disant penseurs qui voient de l’ethnocentrisme partout, même là où il n’y en a pas. Ainsi, en 1965, Derrida en a mis jusque dans l’écriture. Dans l’article "de la grammatologie" publié dans la revue Critique, il tire à boulets rouges sur "l’ethnocentrisme qui, partout et toujours, n’a pas pu ne pas commander le concept d’écriture" et sur "l’écriture alphabétique, qui n’a été que l’ethnocentrisme le plus original et le plus puissant, en passe de s’imposer aujourd’hui à la planète, et commandant en un seul et même ordre : 1) le concept d’écriture, 2) l’histoire de la métaphysique, 3) le concept de la science...". Rideau.

Leiris, qui fut ethnographe ultra gauchiste, mais écrivain talentueux, dans l’introduction aux Cinq Etudes d’ethnologie (1969), résume son programme de militant radical par liquider l’ethnocentrisme, employant le verbe des tyrans qui liquidaient les opposants en leur tirant une balle dans le dos. Il oppose à l’ethnocentrisme, pensant ainsi s’en débarrasser, son supposé contraire, auquel tous les hommes cultivés, en France, au moins depuis Montaigne, souscrivent sans réserve : "faire admettre que chaque culture a sa valeur et qu’il n’en est aucune dont, sur certains points, une leçon ne puisse être tirée, tel est, en tout cas, le programme minimum qu’un ethnologue conscient de la portée de sa discipline se voit poussé, par la nature même de sa recherche, à mettre en pratique de son mieux".

L’inauguration du Musée Branly a donné lieu à un feu d’artifices de perles en matière d’ethnocentrisme. Sur FR3, dans "Des racines et des ailes", le responsable du département Amérique de ce musée a apporté sur le plateau où il était invité une massue rituelle avec laquelle les Indiens du Brésil assommaient leurs prisonniers avant de les manger. Cette massue avait été apportée en France au XVIe s. par ces Français oubliés qui ont fondé Rio (dont Villegagnon) pour être offerte à Henri II. Ce responsable aurait pu profiter du quart d’heure qui lui était donné pour expliquer ce qu'était le cannibalisme. Aucun téléspectateur n’en aurait été choqué et personne n’en aurait tiré d’autre conclusion que celle-ci : autres temps et autres lieux, autres mœurs. Mettant ces mœurs en relation avec les mentalités, les croyances, les systèmes de valeurs, il aurait fait acte de savoir. Au lieu de cela, il a cru qu’il était de son devoir (politique et moral, bien entendu) de donner des gages à notre temps : il s’en est pris à la France et à son (supposé) ethnocentrisme impénitent, disant que nous n’avions pas de leçon à donner à ces Indiens, comme si la seule activité digne de nous était de donner des leçons à la terre entière (d’ailleurs comment pourrions-nous donner des leçons à des malheureux morts depuis cinq siècles ?), puisque, au même moment, nous faisions brûler des femmes accusées de sorcellerie, qu’il y avait l’Inquisition, etc. etc. etc. Il n’y a pas de rapport entre le bûcher et le cannibalisme, mais le docteur de l’Université en a vu. J'ignore si le grade de docteur a une valeur : je sais seulement qu'il améliore l'acuité visuelle des mal-voyants. En apportant sur le plateau le "clou" de sa collection, il a fait de son musée un magasin de curiosités rares et pittoresques, s'abîmant dans l’ethnocentrisme contre lequel il prétend mettre en garde les Français. De fait, il ne s’est même pas rendu compte qu’il trahissait la raison d’être du musée où il exerce.

Le feu d’artifices a continué dans le discours que Chirac a prononcé, en particulier dans la condamnation qu’il a faite de l’ethnocentrisme, quand les Français se croient supérieurs à tous les autres hommes et méprisent les cultures qui sont différentes des leurs. J’ignore si, dans le passé, il a existé des Français conformes à cette caricature ; je sais seulement que je n’ai jamais rencontré de ces hurluberlus, sous quelque latitude que ce soit. Mais même quand ethnocentrisme est entendu ainsi, il n’a rien de criminel, bien qu’il soit criminalisé : c’est une stupidité, haïssable certes, mais qui n’a rien en commun avec la mise à mort de millions d’innocents. A l’occasion de cette inauguration, on a appris incidemment que la France possèderait dans ses collections publiques plus de 300000 objets, du type de la massue rituelle, provenant d’Asie, d’Afrique, d’Amérique, d’Océanie ; et que les collectionneurs privés possèderaient sans doute autant d’objets. C’est plus que n’en possèdent tous les pays d’Afrique, d’Asie, d’Amérique, d’Océanie dans leurs collections publiques. Pendant des décennies, ces objets ont été étudiés comme des objets ethnographiques, dignes d’un savoir et illustrant ce que sont ou ce qu’étaient de grandes civilisations. Au Musée de l’Homme et au Musée des Arts d’Asie et d’Océanie, ils n'étaient pas des oeuvres d'art, mais des objets de culte ou des objets rituels, un peu comme les bénitiers, les tabernacles, les crucifix, les jubés, les vierges sculptées, les tableaux pieux, etc. de nos églises (tous objets méprisés et qui ne font jamais l’objet d’expositions nationales). En les exposant comme des objets beaux en eux-mêmes, sans autre raison d’être que la satisfaction du plaisir esthétique du bobo parisien et de l’homme occidental, ces objets sont extraits de la culture où ils ont un sens pour être intégrés à la culture occidentale qui leur est étrangère. En devenant des œuvres d’art à la manière occidentale, ces objets, intégrés à un marché, pourvus d’un prix, achetés pour une bouchée de pain, parfois obtenus de façon frauduleuse, sont en train d’enrichir les collectionneurs privés : comme le Loto, ça rapporte gros pour une mise dérisoire. Chirac et ceux qui ont rédigé son discours se targuent d’être à la pointe de la lutte contre l’ethnocentrisme ; ils ne sont que la pointe émergée de l’ethnocentrisme impénitent des imbéciles.

 

 

 

Commentaires

- la manoeuvre de Chierac est effectivement le pire des BOBOCENTRISMES ( ?!)

- violant massivement le sens culturel des ces objets ( sens qui était respecté au musée de l 'Homme , par exemple ) pour le transformer en valeur marchande ( suivant " l 'ami Kerchache" )

- d'une économie faussée et folle , dans ses fondamentaux

- monsieur Chierac , tant esbaudi ( soi-disant ) devant le masque africain de la danse du viol , la massue pour repas de cerveau de vierge , le porte-pénis etc...

-est totalement ignorant ( bizarre pour ce formidable ami du monde agricole et de la Corrèze ? !!!! ) des collections ethnographiques et religieuses françaises qu 'il laisse crever

- et donc , en fait , les respectant par son mépris et ignorance
-les tenants éloignées des " marchands d'art "

Écrit par : Le Ducvert( con ) | 05 juillet 2006

pair , paire , parité
( " parité hommes-femmes " , ou parité homme-femme que faut-il écrire , d'ailleurs )

j'entends , ce 5 au matin france-désinfo , nous déblatérer sur le fait que mr Chierac tiendra un important discours le 14 de ce mois 7

sur -- la parité hommes-femmes !

au fait , c'est quoi !

probablement issu de pair ( pairs de France ? )

ou de paire de c........( est -ce le rapport entre homme et femme ? )

parité de quoi ?

moi , président de la RF ,
je proclame
qu 'un testicule EST un ovaire ?


En effet , monsieur Chierac est "" président ""
( présidant quoi ? ) depuis 11 ans !

bien sur ,en 11 ans ,
il n 'a pas eu le temps d'établir cette parité ????????????????????

- en 2002 , son groupe surgonflé de députés UMP

A PREFERE PAYER UNE AMENDE
PLUTOT QUE DE PRESENTER DES FEMMES DEPUTEES !!!!!!


- ce monsieur , 4 ans plus tard , va nous pérorer sur cette " parité "


- comment comprendre alors ce terme ?

- merci

Écrit par : Le Ducvert( con ) | 05 juillet 2006

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