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28 juillet 2006

Combat

 

 

 

Combat, lutte, conflit et autres mots de la guerre

 

 

 

Le nom combat, qui dérive de combattre, est relativement récent en français. Il est attesté pour la première fois au XVIe siècle : d’abord en 1538 au sens de "action de se mesurer avec un adversaire" ; puis en 1549 au sens de "exercices de jeux publics où les champions disputaient un prix" ; enfin en 1564, il s’étend à des réalités inanimées pour désigner la "lutte de forces physiques contraires". Dès le XVIe s, il est employé dans des sens figurés. Dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762), outre "l’action par laquelle on combat contre quelqu’un", qui "est moins que bataille", ce nom se dit, dans un sens figuré de "certains états d’agitation, de trouble et de souffrance" (comme dans la phrase "la vie de l’homme est un combat perpétuel"), de "contrariétés" et "oppositions qu’on éprouve", de "contestation et de dispute", de "certains jeux publics des Anciens, comme les Jeux Olympiques, les Jeux du Cirque, etc." On combat les difficultés, les tentations, les raisons, les sentiments, les opinions d’autrui, les passions, les vices, l’hérésie, une doctrine. Combattre peut être suivi d’un complément direct ou d’un complément introduit par la préposition contre. On combat les vents, contre la faim, la soif.

Ce qui caractérise ce nom, c’est son extension à toutes sortes de réalités qui n’ont pas de rapport avec l’action de se battre. Dans le Trésor de la Langue française, c’est le "moment de la bataille le plus intense où peuvent s’affronter des troupes et des matériels très spécialisés". Il peut être naval, terrestre, aérien, de chars, d’infanterie, à l'arme blanche. En dépit de cela, ce nom s’est étendu aux domaines de l’esprit, du cœur, du comportement humain, aux forces morales, aux principes, aux idées philosophiques, à la vérité, au mensonge. Un magazine de télévision citait sur la couverture de son édition du 25 mars 2006 une phrase de Mlle Béart, la Madonne à l’enfant noir dans les bras :  Mon combat contre le SIDA". Mlle Béart n’est pas biologiste, ni médecin, ni chercheur à l’INSERM. Elle n’est pas non plus disciple de Montagnier. Les lecteurs ont dû croire, lisant ce titre, qu’elle était atteinte du SIDA et qu’elle racontait aux lecteurs ses souffrances ou son désespoir ou sa volonté de rester en vie. Bien entendu, dans les quatre ou cinq pages qui lui sont consacrées, il n’en est rien. Quoi qu’en dise le magazine, Mlle Béart ne combat pas le SIDA, mais elle est l’Ambassadrice de l’UNICEF en Afrique noire où elle se rend en avion et où elle se déplace en 4 x 4 climatisé. L’objet de cette agitation médiatique est de remplir les caisses vides de l’UNICEF, officiellement pour aider les enfants orphelins ou les enfants qui ont été contaminés quand ils ont été conçus. La réalité est tragique : on peut légitimement penser que les actions de l’UNICEF sont honorables. L’imposture moderne est dans l’emploi du nom combat pour désigner une campagne de pub.

La France n'est plus en guerre. Les pacifistes en trépignent de satisfaction béate. Pourtant, la guerre perdure. La chose n’existe plus certes, mais les mots qui la désignent, eux, prospèrent. Ou bien la langue n’est pas conforme à la réalité, ou bien c’est l’analyse que nous faisons de la réalité qui est fausse. Si les mots de la guerre prospèrent, c’est que les maux de la guerre sont là et que, tout simplement, la guerre a pris d’autres formes, insidieuses et cachées, que celles qui étaient familières à nos ancêtres.

 

 

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