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20 août 2006

Tourisme, touriste

 

 

 

 

 

Le mot anglais tourist est dérivé du nom tour, emprunté au français, et attesté au milieu XVIIe siècle au sens de "circuit au cours duquel on visite différents endroits" (d’où tour), puis de "voyage". Touriste, adjectif et nom, a été emprunté à l’anglais à la fin du XVIIIe siècle. Le nom tourisme est attesté en français depuis 1811. Ou bien il est calqué sur le nom anglais tourism ; ou bien il a été formé à partir de touriste, afin de traduire le nom anglais touring, qui sert à désigner le voyage d’agrément, alors que le nom tourism a une valeur dépréciative, puisqu’il semble désigner au XIXe s les voyages de masse. Au XIXe siècle, l’association qui a été fondée en France pour développer les voyages d’agrément se nomme Touring-Club de France et non Club de Tourisme, ni Club touristique, ni Tourisme-Club de France. En anglais, le nom tourism perd au XXe siècle sa valeur péjorative, peut-être sous l’influence du français tourisme, et il désigne l’activité économique qu’est devenu le tourisme.

Le mot est anglais, la chose aussi. Le tourisme a été inventé par des Anglais argentés et oisifs qui jouissaient de revenus tirés de capitaux placés dans le commerce ou dans l’industrie ou qui bénéficiaient de rentes inépuisables. Ils pouvaient ainsi partir pendant un an ou deux, faire le grand tour, à l’étranger bien sûr, dans l’espoir de guérir de l’ennui (le spleen) ou de découvrir des pays ou des régions pittoresques sans fog qui auraient conservé leurs traditions ancestrales et qui étaient épargnés par les activités industrielles polluantes. Le tourisme consiste donc à fuir le monde du travail pour des pays ou des régions, Alpes, Pyrénées, Italie, Egypte, qui n’étaient pas touchés par l’industrie. Le tourisme a été la bouée de pays d’Europe du Sud retardés, reculés ou arriérés, Italie, Grèce, Espagne, Portugal, etc. qui ont tablé sur les devises des touristes pour financer leur développement. Les pays du tiers monde ont eux aussi opté pour le tourisme. Ils vendent leur soleil, leurs plages, leurs filles, leurs femmes, leurs enfants, leur âme, etc. pour quelques millions de $ en plus. Ils croient se développer, ils deviennent le bronze-cul ou le baisodrome des nantis.

La France est, comme disent les spécialistes, la première destination touristique du monde : plus de soixante-dix millions de visiteurs chaque année. Mais les revenus qu’elle tire de cette activité, supérieurs à ceux de l’agriculture, sont inférieurs à ceux qu’en tirent l’Espagne et les Etats-Unis : ce qui s’explique par le fait que les touristes restent moins longtemps en France et qu’ils sont moins argentés (souvent un tourisme de passage ou de traversée pour aller en Espagne, etc.). La presse évoque les résultats d’un sondage organisé sur internet (6000 votants) : les étrangers se plaignent ou se plaindraient d’être ou d’avoir été mal accueillis en France (pas de sourire, escroqueries, etc.). Cela fait parler les journalistes, bien sûr ; mais aucun d’eux n’aborde le fond ou le cœur du problème, à savoir que le tourisme est une activité typique de pays sous-développés : si les socialistes ont opté pour le tout tourisme en 1982 et 1983, c’est qu’ils se sont résignés à ce qu’il n’y ait plus en France de paysans, ni d’agriculture, plus d’ouvriers, ni d’industrie ; et qu’il ne reste plus à la patrie, pour occuper les citoyens qui ne veulent pas s’exiler dans des pays où l’on gagne encore son pain à la sueur de son front, qu’à vendre son soleil, son pittoresque, ses paysages – c’est-à-dire le capital amassé des siècles durant par des générations de Français laborieux. Sully avait fait du labourage et du pâturage les deux mamelles de la France ; Guizot avait choisi l’agriculture et l’industrie comme mamelles ; les socialistes se ont rabattus sur les restes du repas : le tourisme et la fête, les deux mamelles des pays en voie de tiers-mondisation.

 

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