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21 août 2006

Patrimoine

 

 

 

Il a fallu attendre le XXe siècle pour que le nom patrimoine désigne, non plus seulement des biens transmis à une personne par ses ascendants directs, mais "ce qui est transmis à une personne ou à une collectivité, par les ancêtres ou les générations précédentes, et qui est considéré comme un héritage commun" (Trésor de la Langue française, 1972-1994). Longtemps, la notion de patrimoine collectif ou de patrimoine de l’humanité ou de patrimoine national a été absente de la conscience publique. Ce n’est que depuis une date récente que les individus et les collectivités, quelles qu’elles soient, ont pris conscience qu’il était de leur devoir de ne pas faire table rase du passé et que transformer les temples ou les palais antiques en carrières de pierres à chaux ou faire d’une église une étable ou une grange était dignes de barbares et indignes de peuples qui se disent civilisés.

Le nom patrimoine est attesté en français pour la première fois au milieu du XIIe siècle au sens de "ensemble des biens et des droits hérités du père", par opposition à ce qui est hérité de la mère et qui était alors nommé matrimoine. Même quand le nom se rapporte à l’Eglise ou à la religion, il désigne des biens matériels. Le "patrimoine du Crucifié", ce sont "les biens de l’Église". Certes, dans la Rome antique, ce nom est parfois employé dans un sens figuré : le nom paternel est, selon Cicéron, un patrimoine, tandis que Florus (historien, IIe siècle après J-C) tient le trésor public pour la "patrimoine du peuple". Il semble que cet emploi figuré ait été oublié pendant près de deux millénaires.

Dans les dictionnaires antérieurs au XIXe siècle, le patrimoine désigne les biens privés, qu’ils appartiennent à une famille ou à l’Eglise. En 1762, les Académiciens dans la quatrième édition de leur Dictionnaire relèvent ce mot dans le sens "de bien qui vient du père et de la mère, qu’on a hérité de son père et de sa mère". Ils ajoutent que les biens qui ont été donnés à l’Église sont "le patrimoine des pauvres" et que le "patrimoine de Saint Pierre" est "une partie du domaine que le Pape possède en Italie et dont Viterbe est la capitale".

En 1829, à la fin de son premier et seul voyage d’étude en Egypte, Jean-François Champollion rédige, à l’intention du Vice-Roi Mehmet Ali, un mémoire dans lequel il incite ce souverain à prendre des mesures pour préserver les temples, les palais, les tombeaux et toutes les ruines antiques des pillards, vandales et autres chaufourniers ou entrepreneurs de travaux publics. Dans ce Mémoire, le nom patrimoine n’est pas employé, bien que Champollion ait conscience que ces ruines font progresser la connaissance que l’on peut avoir du passé de l’humanité. En 1823, patrimoine est attesté dans un sens figuré. Le mot désigne des biens immatériels : la bonne réputation, pensait-on alors, est "un second patrimoine". C’est Littré qui, dans son Dictionnaire de la Langue française (seconde moitié du XIXe siècle), esquisse une glose du sens moderne : "ce qui est considéré comme une propriété patrimoniale". Ainsi, selon Littré, "chaque découverte dans les sciences est le patrimoine de toutes les nations". Dans le Trésor de la Langue française (1972-1994), le sens moderne est enfin établi : "ce qui est transmis à une personne ou à une collectivité, par les ancêtres ou les générations précédentes, et qui est considéré comme un héritage commun". De fait, le patrimoine est ou peut être archéologique, artistique, culturel, intellectuel, religieux, collectif, national, social, d'une nation, d'un peuple.

Ce qui manque dans les dictionnaires, c’est de recenser précisément les édifices ou les objets ou les paysages qui font partie du patrimoine d’un pays. Heureusement, depuis quelques années, le patrimoine de la France est répertorié et décrit dans l’inventaire général qu’on peut consulter, commune par commune, dans le site du Ministère de la Culture. La base Mérimée recense tout ce qui se rapporte à l’architecture : les chapelles, châteaux, églises, fontaines, maisons anciennes, etc. En 1998, elle comprenait environ 140000 fiches ou notices. Dans la base Palissy est recensé ce qui se rapporte au mobilier : objets de culte, tableaux, meubles, etc. En 1998, elle comprenait 200000 fiches ou notices. Tout ce qui est recensé dans cet inventaire est protégé ou est censé l’être. Or ce patrimoine a beau être national, collectif ou du peuple et inventorié, il est encore trop souvent méprisé, mal entretenu ou laissé en déshérence, en particulier dans les petites communes ou dans les communes dirigées par des élus qui, mus par une idéologie sclérosée, ambitionnent toujours de faire table rase du passé.

 

 

 

 

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