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30 août 2006

Parité

 

 

 

 

Le nom parité est attesté en français pour la première fois en 1345 avec le sens de "égalité entre des êtres, des objets de même nature". C’est un emprunt à la langue latine. En effet, le nom latin paritas, dérivé de l’adjectif par "égal", "pareil", a pour sens "ressemblance, égalité". C’est au XIXe siècle que parité prend le sens qu’il a en arithmétique de "état de ce qui est divisible par deux".

Le sens en est clair. Pourtant, en français moderne, l’usage qui en est fait soulève les deux difficultés que voici.

Les Académiciens, dans les diverses éditions de leur Dictionnaire, précisent que le nom parité ne s’emploie pas à propos de personnes. Ils n’ont pas tout à fait tort, puisqu’il existe déjà le nom égalité. Dans la quatrième édition (1762), ils expliquent ainsi le sens de ce nom : "égalité entre des choses de même qualité, de même nature" et ils précisent que ce nom "ne se dit guère des personnes" et qu’il "s’emploie plus ordinairement dans la didactique". Dans la huitième édition (1932-35), ils ne citent pas les personnes parmi les "objets" sur lesquels s’applique la parité : "égalité, similitude entre des objets de même qualité, de même nature", comme le confirment les exemples "il n’y a point de parité entre ces faits", "parité de mérites", "parité de titres". Dans son Dictionnaire de la Langue française (seconde moitié du XIXe siècle), Littré reprend les définitions des Dictionnaires de l’Académie : "1° ressemblance entre des objets de même nature, de même qualité", "3° comparaison employée pour prouver une chose par une autre semblable", "4° état de ce qui est pair, c’est-à-dire divisible en deux moitiés". Dans la deuxième acception, parité s’applique à des personnes : "2° égalité entre des personnes", mais l’un des exemples cités, extrait des Mémoires du Duc de Saint-Simon, montre que cette "égalité" est en partie factice puisqu’elle ne vaut qu’entre les "pairs" du Royaume : "La parité des princes du sang et des légitimés fut exprès différée après la réception de M. du Maine au parlement". L’autre exemple est tiré des Confessions de Jean-Jacques Rousseau qui emploie parité à propos de personnes à la place d’égalité : "la parité manquait entre les personnes". Au XVIe siècle, Montaigne l’avait fait le premier sans doute : "il nous faut remarquer la parité qui est entre nous et les bêtes : nous avons quelque moyenne intelligence de leur sens ; aussi ont les bêtes du nôtre" (c’est-à-dire : nous comprenons moyennement leur intelligence ; de même les bêtes comprennent (mal) la nôtre), mais le contexte est si insolent que l’emploi fait de parité ne peut guère légitimer les usages politiques actuels dans "parité hommes femmes", par exemple.

D’où vient cet emploi ? Il n’est guère conforme au sens premier de parité, à savoir, comme l’expliquent les auteurs du Trésor de la langue française (1972-1994), le "rapport d’égalité, de similitude entre deux choses ou deux êtres (le plus souvent comptables)". Les femmes qui exigent la parité ne prétendent pas être similaires aux hommes, comme dans cette citation "métaphysique" de Maritain : "une certaine parité d’essence entre le dirigeant et le dirigé, je veux dire une parité essentielle dans la commune condition d’hommes voués au labeur, serait dans la chrétienté à la base des relations d’autorité et de la hiérarchie des fonctions temporelles". C’est l’acception 2 du Trésor de la Langue française qui explique l’usage politique actuel. L’égalité, sur laquelle est fondée la parité, n’est pas une similitude, ni même un rapport identique à la loi ("les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit"), mais une égalité dans la représentation. C’est ce qu’exigent les syndicats quand ils négocient avec les autorités : "égalité de la représentation de deux parties dans une assemblée, une commission", comme le montrent clairement les exemples : "les trois centrales C.G.T., C.G.T.-F.O. et C.F.T.C. sont à parité de représentation, ce qui ne tient pas compte de leur importance réelle dans le monde syndical" et "les décisions prises par le fond d’orientation et de la régularisation des marchés agricoles sont trop lourdes de conséquences pour l’agriculture pour que les agriculteurs ne soient pas à parité avec les pouvoirs publics dans cette instance".

La parité politique n’est pas l’égalité fondatrice de la démocratie, elle est une extension du sens arithmétique de parité : "état de ce qui est divisible en deux moitiés", écrit Littré. La revendication politique de parité entre les hommes et les femmes porte, non sur l’égalité en droit (qui est une réalité), mais sur la représentation arithmétiquement égale entre les sexes dans les instances dirigeantes ou dans les listes de candidats aux élections : une femme, un homme, une femme, un homme, etc. Il est évident que ce principe dit de parité peut s’étendre à toutes les réalités du monde : un croyant, un incroyant, un croyant ; un myope, un presbyte, un myope, un presbyte ; un valide, un handicapé, un valide, un handicapé ; un catholique, un musulman ; un protestant, un bouddhiste ; etc. Il n’y a pas de raison de fond que l’égalité arithmétique obligatoire dans toutes les instances qui représentent les Français n’inclue pas les sectes, les joueurs de football et de rugby, les francs-maçons et ceux qui ne le sont pas, les titulaires du baccalauréat et ceux qui ne l’ont pas obtenu ; les retraités et les actifs ; les plus de soixante ans et les moins de trente ans ; etc. Il n’y a aucune limite à ce principe. Le jour où il sera étendu à tout, c’est la démocratie qui aura disparu.

 

 

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