Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

22 septembre 2006

Législateur

 

 

 

 

 

 

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (quatrième édition, 1762), le nom législateur a un seul sens : c’est "celui (ou celle) qui établit des lois pour tout un peuple". Les exemples cités sont tous flatteurs : "Moïse est le législateur des Hébreux", il est "le législateur du peuple de Dieu" ; "Lycurgue et Solon ont été de grands législateurs". Les Académiciens, dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1935), distinguent trois sens, parmi lesquels ils citent en premier le seul sens retenu en 1762 : "celui, celle qui donne des lois à un peuple", avec les exemples suivants : "Moïse fut le législateur des Hébreux", "Lycurgue à Sparte et Solon à Athènes sont des législateurs célèbres", "Confucius, législateur des Chinois".

Ce nom est ancien. Il est attesté au sens de "celui qui fait des lois" dès 1372, et cela conformément à l’étymon latin legis lator : "celui qui propose des lois". C’est l’un des sens – le premier – que relève Littré dans son Dictionnaire de la Langue française (seconde moitié du XIXe siècle) : "celui, celle qui donne des lois à un peuple".

L’évolution, comme souvent, se fait par extension : le mot a désigné d’autres réalités que les lois donnés à un peuple ou à un Etat. Il a été étendu à la religion : en parlant de la foi, "Jésus-Christ, le législateur des chrétiens", "notre divin législateur", écrivent les Académiciens en 1935, et même à l’art : "il se dit, par extension, de celui ou de celle qui établit les principes d’un art, d’une science" (Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1935). Les exemples qui illustrent cette extension sont devenus aujourd’hui des énigmes ("Boileau fut au XVIIe siècle le législateur de la poésie française, du Parnasse français"), puisque personne, sauf quelques érudits, ne sait qui est Boileau ou ce qu’est le Parnasse et, qui plus est, le Parnasse français. Littré a noté cet emploi étendu de législateur : "par extension, celui, celle qui fait comme des lois dans le domaine intellectuel et moral". Il cite les Académiciens : "Boileau est le législateur du Parnasse", ainsi que cet extrait de Voltaire : "dans l’éloquence, dans la poésie, dans la littérature, dans les livres de morale et d’agrément, les Français au XVIIe siècle furent les législateurs de l’Europe" (Le Siècle de Louis XIV). Cette vérité, si elle était dite aujourd’hui, serait soupçonnée d’arrogance ou d’irrespect envers des cultures et des identités différentes. Le Trésor de la langue française confirme l’extension de ce sens à d’autres hautes réalités – religion et art – que la constitution ou que les lois fondamentales d’un peuple.

 

C’est en 1790, au moment des événements nommés la Révolution, qu’apparaît le sens moderne de législateur : ce n’est plus le fondateur d’un Etat qui donne des lois à son peuple, mais le "membre du corps législatif". Les Académiciens, dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1935), écrivent : "il se dit collectivement, en parlant des membres des assemblées parlementaires", qu’ils illustrent d’exemples : "c’est au législateur qu’il appartient d’expliquer la loi", "telle n’est point l’intention du législateur". Les auteurs du Trésor de la Langue française sont plus précis : ils distinguent l’emploi absolu et collectif de législateur, au sens de "pouvoir législatif", comme dans "la volonté du législateur", "les intentions du législateur", de l’emploi pour désigner les membres d’une assemblée législative.

En quelques décennies, un abîme s’est creusé entre ce que ce mot signifie vraiment - celui qui donne des lois à un peuple -, et les diverses réalités qu’il désigne. Aujourd’hui, un député ou un sénateur qui oserait être un législateur à l’instar de Moïse, Lycurgue, Solon ou Hamourabi serait pris pour un fou ou tenu pour un bouffon. En effet, les députés et les sénateurs dont la mission est de former les lois se contentent de voter les lois formées par d’autres, en particulier par les hauts fonctionnaires au service du pouvoir exécutif : souvent même ils sont contraints de traduire en français intelligible les décisions de la Commission de Bruxelles. Il suffit de lire les extraits des débats à l’Assemblée nationale ou au Sénat pour prendre conscience que les élus sont tout ce que l’on voudra, sauf des législateurs. Ils ne donnent pas des lois à un peuple : retranchés dans des forteresses vides, ils moulinent sans fin des propos insignifiants.

 

 

 

 

Commentaires

individualisme

jean françois REVEL

http://www.catallaxia.org/article.php?sid=677&thold=0

Écrit par : le comte vert | 22 septembre 2006

Arouet le Jeune étudie la novlangue et les idéologies qui la sous-tendent. Ceux qui ambitionnent d'exercer le pouvoir s'illusionnent sur la nature réelle du pouvoir politique en France aujourd'hui : ce n'est qu'une forteresse vide. A quoi bon faire la guerre pour prendre d'assaut un donjon délabré qui ne commande qu'au désert ?

Écrit par : Arouet Le Jeune | 23 septembre 2006

Un coup de mou Arouet ? Ce n'est pas le moment de déserter, mon Tartuffe, la France des Bistrots a plus que jamais besoin de toi. Hardi !

Écrit par : Gpeltier | 23 septembre 2006

Les commentaires sont fermés.