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23 septembre 2006

Légende dorée 2

 

La légende dorée 2 : Saint Jean Jaurès 

 

 

 

Il naquit bourgeois à barbe, haut-de-forme, redingote et lavallière. De cette classe malfaisante et nuisible, il avait tout à profusion : la montre, l’argent, la morgue, la suffisance, la rhétorique ampoulée, la cupidité, la vocation à exercer le pouvoir, un appétit féroce. Il apprit le grec et le latin, il fut bon élève, il intégra l’Ecole Normale Supérieure de Paris, il fut agrégé au corps des professeurs de lycée, avant d’être nommé dans une faculté de province. Il a même professé un cours de psychologie au lycée de jeunes filles de Toulouse : il fut cette année-là la comtesse de Ségur, née Rostopchine. Rien ne le destinait donc à porter les bannières dans les processions syndicales et pacifistes : ni les idées, ni la carrière, ni l’origine sociale, ni l’expérience. S’il avait été chinois, il aurait été naturellement mandarin.

Les lumières du siècle lui furent révélées lors de banquets où les positivistes célébraient les noces de la raison raisonnante et de l’Etat étatisant. Il soutint une thèse dont le titre annonçait les bouleversements de sa pensée : les "fondements du socialisme chez Luther". La thèse était rédigée et soutenue en latin, Jean Jaurès marchait sans le savoir sur les pas de Saint Thomas d’Aquin. En 1895, dans un article de La Dépêche de Toulouse, il se lamenta que les pogroms fomentés en Algérie par des colons français contre de malheureux Juifs n’eussent pas été plus sérieux et plus politiques : "Pourquoi n’y a-t-il pas eu en Algérie un mouvement anti-juif sérieux tant que les Juifs appliquaient, surtout au peuple arabe, leurs procédés d’extorsion et d’expropriation ?". La lumière ne perçait pas encore les vapeurs d’obscurantisme qui embrumaient son cerveau bourgeois.

Un événement lui valut le titre envié de bienheureux : ce fut une grève de mineurs dans un bled proche de chez lui. Juché sur un tonneau, il enchaîna de longues phrases, bien pompeuses. Les mots sortaient de sa bouche en cascades sibyllines, comme le Nil des cataractes ou comme la lave de l’Etna. Les braves bougres qui l’écoutaient furent submergés. Jean Jaurès était doté de l’éloquence ampoulée et rocailleuse des prophètes. Ils ne cherchèrent pas à comprendre ce qu’il disait : "Le courage, c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques" ; "je n'ai jamais séparé la République des idées de justice sociale, sans laquelle elle n’est qu’un mot", "on n’enseigne pas ce que l’on sait ou ce que l’on croit savoir : on n’enseigne et on ne peut enseigner que ce que l’on est" - slogan que les fondateurs des IUFM ont entendu. Les mineurs de fond n’avaient jamais vu la mer ; ce jour-là, ils entendirent le fracas des tempêtes. Elu, Jean Jaurès se fit le bon apôtre des coopératives ouvrières ou autres, seule alternative au Mal.

Pourtant, jusqu’à sa mort, son esprit resta offusqué par le soleil noir de la bourgeoisie. Quand le capitaine Dreyfus fut condamné aux travaux forcés, il approuva la sentence, qu’il jugea même trop clémente : il eût préféré l’exécution. S’il avait été sous-officier, Dreyfus aurait été condamné à mort ! En 1904, il fonda L’Humanité qui fut, comme chaque sait, le porte-parole des opprimés et des humiliés de l’ancien empire colonial soviétique et de ses satellites. Bien entendu, comme les hommes, où qu’ils vivent, sont hostiles à la guerre, il se prononça pour la paix – c’est-à-dire pour que de malheureux peuples continuent à souffrir sous la schlague du Reich allemand, de l’Empire austro-hongrois et de l’Empire ottoman - formant ainsi ses futurs disciples à la collaboration (ce qu’ils firent en 1940).

Pourtant, le miracle finit par se produire. Il fut tardif certes, mais il eut lieu à la veille de la guerre – dont on ne savait pas encore qu’elle serait une guerre mondiale ni qu’elle serait la première des guerres mondiales du XXe s. Un exalté assassina Jaurès, qui, de fait, fut déclaré " martyr " et santo subito. C’est ainsi qu’il entra sous le nom de Saint Jean Jaurès dans le synaxaire de l’Eglise occulto-socialiste.

 

 

 

Commentaires

A vous lire, on peut penser que l'assassin fut un sauveur de l'humanité, ayant compris l'appel au meurtre de saint Péguy, maître penseur (entre autres) et rédacteur de vos évangiles préférés et tolérants, sans doute.

Écrit par : Rony | 23 septembre 2006

Vous vous méprenez sur les notes intitulées "légende dorée moderne". Ce ne sont que des parodies de parodies, à savoir les "vies de saints" qui sont publiées régulièrement dans le "Nouvel Observateur". L'auteur de ces vies de saints n'a aucun mérite : aucun moderne n'accorde de crédit aux anciennes vies de saints, celles de Voragine ou autres. Au Moyen Age, c'est le merveilleux qui garantissait la véracité des faits; de nos jours, le merveilleux est une marque de mensonge ou de manipulation. En revanche, se gausser des vies de saints modernes, celles qui sont le seul produit de l'idéologie, est salutaire : l'idéologie a remplacé le merveilleux. Elle est notre merveilleux.
En outre, Arouet le Jeune a horreur de tous les exaltés, de tous les fanatiques, de tous les tueurs, etc. qu'ils se nomment Villain, Ravachol, Robespierre, Lénine, Pol Pot, Hitler, etc.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 23 septembre 2006

Vous vous méprenez sur les notes intitulées "légende dorée moderne". Ce ne sont que des parodies de parodies, à savoir ces vies de saints qui sont régulièrement racontées dans "Le Nouvel Observateur". L'auteur de ces parodies de vies de saints n'a aucun mérite. Nous, modernes, nous n'accordons plus de crédit à ces vies : au Moyen Age, le merveilleux garantissait la véracité des faits; de nos jours, le merveilleux est la marque de la manipulation et du mensonge. C'est l'idéologie qui a remplacé le merveilleux comme garant de la véracité des faits. Se gausser de ces vies de saints modernes est donc salutaire : c'est tourner en dérision l'idéologie - le merveilleux des Modernes.
De plus, Arouet le Jeune a horreur des exaltés, des fanatiques, des tueurs, des prophètes, etc. qu'ils se nomment Villain, Ravachol, Robespierre, Lénine, Pol Pot, Mao, Hitler, etc. etc. etc.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 23 septembre 2006

C'est malin les gars. A vouloir répondre à Arouet, le voilà contraint de lever des barricades, le voilà assigné à sa place idoine, dans un mirador. The right man in the right place.

Écrit par : DM | 23 septembre 2006

A la bonne heure ! Il suffit de contester ou même d'émettre de simples opinions, lucides et dépassionnés, sur l'idéologie dominante (et ses multiples visages) pour être automatiquement étiqueté homme d'extrême-droite ; chose qui relève, comme chacun sait, du Mal absolu. Comme si l'usage de la raison était devenue suspecte dès lors qu'on s'en prend au dogme ou à l'émotion, c'est-à-dire aux seuls modes d'expression tolérés de l'époque.
J'en viens à penser que certains commentateurs de ce weblog auraient pu être des Savonarole, des Torquemada à la petite semaine, en d'autres temps et en d'autres lieux. Qualifier son prochain d'hérétique en se bouchant les yeux et le nez est certes plus aisé que d'accepter et d'analyser le monde tel qu'il va vraiment.

Écrit par : Toc toc, c'est la Gestapo | 24 septembre 2006

Cette "légende dorée" moderne est tout entière ironique. Autrement dit, Arouet le Jeune se contente de rapporter des propos, des idées, des illusions, des falsifications, sans les assumer. Il n'est pas de meilleur test pour connaître son monde que l'ironie. Dans "l'Esprit des Lois" (XV, 5), Montesquieu se lance dans une apologie vibrante de l'esclavage - toute en ironie : il se contente d'exposer comme absurdes les thèses des partisans de l'esclavage. Trois siècles plus tard, il est encore des excités du bulbe rachidien qui lisent ce passage sur l'esclavage au premier degré et accusent Montesquieu de "racisme" et de tout ce qu'on voudra d'autre. Arouet le Jeune se réjouit que dans trois siècles encore les mêmes excités, incapables de percevoir l'ironie dans un texte, lui colleront l'étiquette "droite extrême", 'esclavagiste", "cannibale", "mangeur d'hommes", "producteur de grenouilles" et autres conneries de ce type.

Écrit par : Arouet Le Jeune | 24 septembre 2006

les commentaires sont de nouveau impossibles
depuis 2 semaines environ

ce lundi matin 09.10
à 5 h45 , en roulant vers mon job, sur france-infos

j'ai entendu parler de REFUGIES sic

pour des clandestions de Cachan

qui n'étaient pas satisfaits d'obtenir en urgence un logement gratos à PORCHEVILLE

je m 'interroge sur ce " réfugiés " ,
devenant par ailleurs exigeants

clandestins posant leurs conditions

Écrit par : lecomte vert | 09 octobre 2006

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