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26 septembre 2006

Jeûne

 

 

 

 

Ce nom est attesté en français depuis le début du XIIe siècle. C’est un déverbal du verbe jeûner, lequel continue le verbe du latin chrétien jejunare ("faire abstinence"), lui-même dérivé de l’adjectif jejunus ("affamé", "qui est à jeun", "qui n’a rien mangé"), sans que cet état ait quelque rapport que ce soit avec une obligation religieuse, le nom jejunitas signifiant "grande faim". Autrement dit, ces mots latins qui signifient "grande faim", "affamé", "ne pas manger" ont pris, avec le christianisme, un sens religieux, le nom jeûne signifiant, au moment où il est employé pour la première fois au XIIe siècle, "abstinence volontaire de nourriture pratiquée par les chrétiens". D’ailleurs, en français moderne, à jeun n’a pas de signification religieuse : comme l’adjectif latin jejunus, il signifie "qui n’a pas mangé".

Dans l’histoire de la langue française, jeûne a conservé le sens qu’il avait au XIIe s. Dans le Dictionnaire de l’Académie française (quatrième édition, 1762), il est défini ainsi : "abstinence de viande, en ne faisant qu’un repas dans la journée, soit à dîner avec une légère collation à souper, soit à souper avec une légère collation à dîner". Le jeûne peut être léger ou rigoureux : "il se dit aussi d’une grande et longue abstinence volontaire de toutes sortes d’aliments", comme le jeûne de Jésus-Christ qui a duré "quarante jours". Les Académiciens précisent que ce nom "se dit, dans une signification générale, de toute abstinence d’aliments", hors de tout cadre religieux.

Ce qu’il y a de remarquable, quand on compare diverses éditions (quatrième, huitième, neuvième, 1762, 1935, en cours) du Dictionnaire de l’Académie française, c’est que les articles consacrés à jeûne deviennent de plus en plus courts au fil du temps, comme si la brièveté croissante des articles était en rapport avec la lente disparition du jeûne religieux dans la société française. Dans la neuvième édition (en cours), jeûne est expédié en quatre ou cinq lignes et le sens religieux est présenté comme une espèce d’un sens général : "privation volontaire, imposée ou accidentelle de toute nourriture" et "spécialement : pratique religieuse, acte de dévotion qui consiste à s’abstenir de nourriture, ou seulement de certains aliments, par esprit de pénitence, de purification, etc." Ainsi, dans ce dictionnaire, il n’est plus exposé ce en quoi le jeûne des protestants diffère de celui des catholiques, comme cela était fait dans l’édition de 1762. De même, Littré, dans le Dictionnaire de la langue française, commence par définir le sens laïque ou médical de ce terme ("1° abstinence d’aliments") avant de gloser le sens religieux ("2° particulièrement : pratique religieuse, acte de dévotion qui consiste à s’abstenir d’aliments par mortification"), alors que, dans l’histoire de la langue française, c’est le sens religieux qui est le plus ancien. Les auteurs du Trésor de la Langue française reprennent l’ordre dans lequel Littré et les Académiciens, dans la neuvième édition, disposent les deux sens, laïque et religieux, de ce nom.

 

Le nom jeûne est-il adéquat pour désigner ce qui passe, pendant le mois lunaire de ramadan, dans les pays où l’islam est religion d’Etat ou dans les communautés islamiques du monde ? Certes, les dictionnaires consultés notent que ce nom se dit des musulmans et de l’islam. Dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762), jeûne désigne "pareillement l’abstinence pratiquée par les mahométans dans leur ramadan, et des autres semblables abstinences qui sont en pratique parmi les idolâtres" (nom qui désigne les hindouistes). Dans les autres éditions, comme dans le Dictionnaire de la Langue française de Littré et dans le Trésor de la langue française, il est fait allusion au jeûne du ramadan, des Turcs ou des musulmans.

Pendant le mois lunaire de ramadan, le jour et la nuit sont inversés : ils commutent en quelque sorte. Les croyants mangent et boivent, souvent beaucoup plus que pendant les autres mois de l’année. Il n’y a pas "abstinence d’aliments". Les repas se prennent la nuit ; la journée est consacrée au repos ou au travail. Dans les années 1960 et au début des années 1970, Le Monde avait parmi ses marronniers préférés la préparation des festivités du ramadan en Algérie (c’était encore le pays chéri des tiers-mondistes) et les sueurs froides que causait l’approche de ce mois de festivités aux autorités de ce pays : aux difficultés d’approvisionnement, qui étaient alors la règle dans ce pays, s’ajoutaient celles qui sont propres à ce mois, pendant lequel la consommation de sucre, de miel, de semoule, de légumes, de fruits, de viande, etc. augmentait dans d’importantes proportions (elle doublait parfois, disaient les experts). Comme la distribution était de la responsabilité de l’Etat, les autorités achetaient sur les marchés internationaux ce que les coopératives agricoles ne produisaient pas. Ces achats étaient sources d’inflation conjoncturelle et de spéculation : les boutiquiers qui disposaient de ces aliments les retenaient en stock le plus longtemps possible pour faire augmenter les prix. Dans le milieu des années 1980, les médecins et les dentistes établis au Maroc faisaient état d’une forte augmentation d’occlusions intestinales pendant le mois de ramadan et de caries après le mois de ramadan.

Autrement dit, jeûne, bien que ce nom soit entré dans les dictionnaires, désigne de façon inadéquate, donc fausse ou inexacte, les deux ou trois repas copieux pris la nuit, l’atmosphère de fête, les dépenses importantes de nourriture, toutes réalités avérées du mois de ramadan, où que ce soit dans le monde. La grande bouffe de Noël en Europe ou ailleurs n’est pas nommée jeûne. Dans la langue française (populaire, précisent les auteurs du Trésor de la Langue française), il existe le nom ramdam, déformation de ramadan, qui désigne un grand bruit et du vacarme et dont les synonymes sont barouf, boucan, chambard, raffut. Ce que disent les mots français, c’est que le mois lunaire est l’occasion la nuit de bruyantes festivités qui n’ont que de lointains rapports avec le jeûne ou la spiritualités. Tous ces faits montrent que jeûne est un mot impropre ou inadéquat quand il est appliqué à la pratique rituelle de l’islam de l’inversion entre le jour et la nuit.

 

 

Commentaires

très intéressant
je comprend ( ou comprends : je ne sais plus ! )
donc aussi l'origine probable du mot JEJUNUM !
en anatomie

- mais je ne vois pas trop le rapport ayant amené à cette dénomination !

Écrit par : le comte vert | 27 septembre 2006

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