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02 octobre 2006

Islamisme

 

 

 

Retour sur islamisme  

 

 

 

Ce nom apparaît pour la première fois en 1697 dans un ouvrage, Bibliothèque orientale (ou Dictionnaire universel contenant généralement tout ce qui regarde la connaissance des peuples de l’Orient, leurs histoires et traditions, véritables ou fabuleuses, leurs religions, sectes et politique, leurs gouvernements), dont l’auteur, dénommé Barthélemy d’Herbelot de Molainville fut longtemps, au Collège de France, titulaire de la chaire de langues orientales. C’est donc un mot savant et d’usage longtemps restreint. Herbelot, en 1697, n’aurait sans doute pas osé imaginer que ce mot factice devînt un jour populaire. Il est formé par adjonction du suffixe isme au nom islam. Le suffixe est français, le nom est emprunté à l’arabe : le mot obtenu n’existe pas en arabe, il est français. Herbelot l’a fabriqué pour intégrer le nom islam, devenu islamisme, à la série de noms désignant des religions et tous terminés par isme : christianisme, athéisme, catholicisme, protestantisme, hindouisme, bouddhisme, etc.

Il est relevé dans les différentes éditions du Dictionnaire de l’Académie française à partir de la quatrième édition en 1762, toujours avec le même sens : "nom que prend le mahométisme". Il est précisé aussi que ce nom "se dit aussi relativement aux pays mahométans dans le même sens que chrétienté par rapport aux chrétiens". Dans la huitième édition (1935) de ce même Dictionnaire, la définition est, à quelques mots près, identique : "nom que l’on donne quelquefois au mahométisme" et "il se dit aussi relativement aux pays mahométans, dans le même sens que chrétienté par rapport aux pays chrétiens".

Littré, dans son Dictionnaire de la langue française (publié dans la seconde moitié du XIXe s.), reprend la définition de ce mot qu’il scinde en deux acceptions : "1° la religion de Mahomet" et "2° l’ensemble des pays où règne cette religion, dans le même sens que chrétienté par rapport aux pays chrétiens".

Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994, 16 volumes, des dizaines de milliers de pages) réduisent ces deux acceptions à une seule. De fait, ils reviennent à ce qui était la norme dans la quatrième édition du Dictionnaire de l’Académie française (1762) et à la volonté d’Herbelot, qui a fabriqué ce mot. Dans le volume 10 (publié en 1983 – il y a donc vingt-trois ans, et non pas trois siècles), ils écrivent à l’entrée islamisme "religion des musulmans. Synonyme islam". Les exemples cités confirment la définition : "le pacha, d’après un texte du Koran qui était favorable à l’accusé, lui donna l’alternative ou d’être pendu une seconde fois, ou de se faire turc. Aboulias préféra ce dernier parti, et pratiqua pendant quelque temps l’islamisme" (Lamartine, 1835) ; "l’islamisme, par la plus flagrante contradiction, n’a-t-il pas vu dans son sein un développement de science purement rationaliste ?" (Renan, 1890) ; "après la conquête de Jérusalem par les Arabes, la plupart des Chrétiens durent se convertir à l’islamisme pour échapper aux supplices" (Adam, 1902).

Voilà ce qu’il en est d’islamisme.

Cependant, depuis quelques années, des idéologues, qui se plient aux diktats des muftis, imams, ayatollahs, cheikhs exerçant en France et en Europe, enjoignent de distinguer l’islamisme de l’islam, parce que ces hiérarques se sentiraient insultés ou stigmatisés ou victimes d’on ne sait quel complot quand ces deux mots sont synonymes. Il est des auteurs de dictionnaires, Petit Larousse par exemple, qui se sont soumis à l’injonction, à dire vrai menaçante. C’est aussi le cas des Académiciens, dans la neuvième édition de leur Dictionnaire (en cours de publication). A islamisme, ils donnent, en dépit de l’histoire, deux sens : "1. Religion musulmane, islam" et "2. Mouvement politique et religieux prônant l'expansion de l'islam et la stricte observance de la loi coranique dans tous les domaines de la vie publique et privée. Aujourd’hui, (ce mot) désigne plus particulièrement un mouvement politique et idéologique se réclamant des fondements de l’islam et qui peut prendre un caractère extrémiste". Les Académiciens ont accepté de raser les murs. En dépit de cela, ils ne tranchent pas le nœud gordien des liens étroits et serrés entre l’islamisme (dans le nouveau sens 2.) et l’islam. Pour eux, il est évident que les réalités désignées par ces deux noms sont si étroitement liées qu'elles ne peuvent pas être séparées. "Expansion de l'islam" et "stricte observance de la loi coranique dans tous les domaines de la vie publique et privée" sont deux des fondements du droit musulman et deux des piliers de la politique islamique de l'Arabie saoudite, pays mosquée.

 

 

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