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04 octobre 2006

Indigène

 

 

 

 

 

C’est Rabelais qui le premier a introduit en français cet adjectif latin (Pantagruel, 1532), sans en changer le sens. En latin, indigena s’applique à des personnes qui vivent dans le pays dont elles sont originaires ; en français aussi. Voltaire l’emploie dans ce sens-là : "qui est établi de tout temps dans le pays où il habite" (1769, Essai sur les mœurs). Au XVIIIe siècle, la description de la nature progressant, cet adjectif s’est dit d’une plante ("originaire du pays où il se trouve") et d’un animal : ils sont ainsi distingués des plantes et des animaux exotiques.

Au XVIIIe siècle, cet adjectif est employé pour la première fois comme nom. Il désigne dans le Dictionnaire de l’Académie française (1762, quatrième édition) le "naturel d’un pays". Quelques années plus tard, il se dit de "la personne faisant partie d’une population qui était implantée dans un pays antérieurement à la colonisation". Au cours des deux derniers siècles, le sens d’indigène n’a pas changé. Dans son Dictionnaire de la Langue française (seconde moitié du XIXe siècle), Littré y donne deux sens : "1° qui est originaire du pays" (animaux, productions, médicaments indigènes) et "2° qui est établi de tout temps en un pays, en parlant des nations". Ce sens est illustré d’un exemple éloquent tiré de Voltaire (Essai sur les mœurs) : "ce sont les peuples de l’Arabie proprement dite, qui étaient véritablement indigènes, c’est-à-dire qui, de temps immémorial, habitaient ce beau pays sans mélange d’aucune autre nation, sans avoir été jamais ni conquis, ni conquérants". Littré note que les habitants d’un village sont parfois nommés familièrement et par dérision des indigènes.

Les auteurs du Trésor de la langue française reprennent le classement établi par Littré. Indigène se rapporte aux choses (végétation indigène) et aux personnes (qui est originaire du pays où il habite) : dans ce dernier emploi, il s’oppose à étrangers, immigrants, conquérants. Quand il est un nom, indigène désigne les personnes natives du pays où elles vivent et où leurs ascendants ont vécu depuis une époque reculée.

 

De fait, en France, les indigènes sont ceux qui sont nommés parfois les Français de souche ou, tout simplement, les Français. Il n’y a pas d’autres indigènes qu’eux. Ils vivent dans le pays dont ils sont originaires depuis la nuit des temps. Ils sont indigènes au sens propre de ce terme, mais aussi dans le sens qui apparaît à la fin du XVIIIe siècle, au moment où s’observent les premiers faits de colonisation – c’est-à-dire le transport massif de populations d’un pays dans un autre. Les indigènes composent cette population qui était implantée en France antérieurement à l’arrivée massive de gens venus de pays tiers et organisés en colonies sur son sol.

 

Depuis deux décennies, les puissants de l’idéologie ont décidé de tenir les populations étrangères, venant de pays tiers, ou d’origine étrangère, récemment installées en France, pour des indigènes et même pour les seuls indigènes de France, les autres, les Français, les véritables indigènes, étant des intrus, des gêneurs ou des étrangers. Cette manipulation est manifeste dans la langue, où le mot indigène est utilisé comme une arme. Ceux qui transforment les mots en armes ont de qui tenir : le modèle, ce sont les nazis. Ces indigènes d’un nouveau genre sont nommés par les activistes de l’ultra-gauche gauchiste et gauchisante les indigènes de la république. Attention, ce n’est pas une désignation ironique : elle est à prendre au premier degré ou, comme on voudra, au pied de la lettre. Ces populations, toutes honorables qu’elles sont, ne sont en rien des indigènes. Elles sont composées d’étrangers, de colons, d’immigrants, de conquérants – d’indigènes non. C’est par abus qu’elles s’approprient la qualité d’indigènes ou qu’on les qualifie d’indigènes, sans doute pour qu’un jour, elles revendiquent à leur profit la loi du premier occupant et les droits qui y sont liés. De même, les beurs portant un uniforme dans le film de propagande Indigènes étaient, dans la réalité, entre 1943 et 1945, puis lors des guerres coloniales, les soldats de l’Armée d’Afrique, composée de Pieds-noirs et d’Européens et de soldats recrutés en effet parmi ceux que l’on appelait, à juste titre, quand ils se trouvaient dans leur pays, les indigènes : ils habitaient le pays (Maroc, Algérie, Tunisie, Mali, Sénégal) qui était celui de leurs parents et de leurs ancêtres depuis la nuit des temps. Mais débarqués en Italie et en France, ces soldats n’étaient plus des indigènes, pas plus que les soldats américains ou anglais qui ont foulé le sol de France à compter du 6 juin 1944.

De fait, ce nom est l’un des plus détestables qui soient : parce que, longtemps dans les colonies, il a été un terme de mépris et parce que, aujourd’hui, il fait l’objet d’une de ces manipulations historiques et idéologiques dont les ultras sont coutumiers, du type "parti des 75000 fusillés", "Mitterrand héros de la Résistance" ou, en 1981, "changer la vie".

 

 

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