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21 octobre 2006

Réfugié

 

 

 

 

Ce nom est la forme substantivée du participe passé du verbe réfugier, dérivé de refuge, "asile". En 1435, ce verbe est attesté au sens de "trouver asile". L’emploi de réfugié comme nom date de 1576 et celui du verbe réfléchi (se réfugier) de 1597. En 1572, réfugié est employé pour qualifier des choses : les biens réfugiés sont des biens "mis à l’abri". En 1636, il est attesté dans le sens, aujourd’hui désuet, de "donner asile".

Dans la quatrième édition (1762) du Dictionnaire de l’Académie française, le verbe est défini ainsi : "se retirer en quelque lieu ou auprès de quelqu’un pour être en sûreté" (id est en sécurité). Les exemples sont : "il s’est réfugié dans une église", "il s’est réfugié dans une telle ville, dans un tel royaume", "se réfugier chez un prince, auprès d’un prince". Pour ce qui est du nom réfugié, les Académiciens précisent : "on appelle absolument réfugiés les calvinistes qui sont sortis de France, à l’occasion de la révocation de l’Édit de Nantes".

Dans son Dictionnaire de la langue française (seconde moitié du XIXe s.), Littré donne à ce nom deux sens : "celui ou celle qui s’est retiré(e) dans un autre pays pour échapper à la persécution" (ainsi les réfugiés polonais) et "il se dit des calvinistes chassés de France par la révocation de l’édit de Nantes". C’est dans ce sens que Voltaire l’emploie : "il y a dix mille réfugiés français à Berlin, qui ont fait de cet endroit sauvage une ville opulente et superbe". L’adjectif réfugié qualifie aussi le "style des auteurs protestants qui, résidant en pays étranger, depuis la révocation de l’édit de Nantes, n'écrivaient pas avec pureté, ou, du moins, n’avaient pas suivi les changements de la langue" : ainsi, selon Voltaire, "Bayle n’avait pas le style réfugié".

Ces deux sens sont exposés par les Académiciens dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35) : celui qui "se retire en quelque lieu ou auprès de quelqu’un pour être en sûreté" et "les réfugiés protestants et, absolument, les réfugiés, les calvinistes que la Révocation de l'Édit de Nantes fit sortir de France", et par les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) : "personne qui a trouvé refuge hors de sa région, de son pays d’origine dans lequel il était menacé (par une catastrophe naturelle, une guerre, des persécutions politiques, raciales, etc.)" et "exilé protestant qui a quitté la France après la Révocation de l’Édit de Nantes". Le style réfugié est celui des écrivains protestants qui, exilés hors de France, ignoraient les usages nouveaux introduits dans la langue française.

C’est aussi le nom qui a été donné en mai et juin 1940 aux habitants de l’Est et du Nord de la France qui ont quitté leur village ou leur ville menacés par les armées d’Hitler. Saint-Exupéry l’emploie dans ce sens : "Leur village, depuis dix jours, était inlassablement traversé par des réfugiés du Nord. Ils ont assisté, dix jours durant, à cet intarissable exode".

Ce nom a été en usage pendant de longs siècles dans le cadre de l’histoire de France et des événements tragiques qui l’ont bouleversée. Aujourd'hui, plus de deux millions de Français ont trouvé un asile en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis, en Belgique, en Suisse, etc. soit pour fuir la misère et le chômage, soit pour ne pas finir fonctionnaire territorial végétant sous la coupe d'un quelconque politicien, soit pour exprimer leurs talents et leurs mérites, soit pour jouir des fruits de leur travail, soit pour échapper à la voracité fiscale d'un Léviathan en faillite, soit pour ne pas vivre en parasite aux crochets de leurs campatriotes laborieux. Ils sont dix fois plus nombreux à avoir quitté, malgré eux, la France que les Huguenots en 1685. Or aucun de ces Français n'est nommé réfugié. Aucun journaliste, aucun homme politique, aucun sociologue, aucun professeur d'un collège de France, etc. ne jugent juste de les désigner de ce terme juste. Réfugiés est réservé à d'autres. Seuls les ressortissants de pays du tiers-monde qui s’invitent à la table de l’Etat providence moribond et aux guichets de l’assistance sociale à l’agonie sont nommés réfugiés économiques. C'est un euphémisme. Les désigner ainsi n’est pas neutre : c’est laisser croire qu’ils ne seraient plus chez eux "en sûreté". Il est même parmi ces réfugiés des activistes qui n’auraient en rien détonné dans le troisième Reich de 1933 à 1945 (FIS, En-nahda, Sentier lumineux, Frères musulmans, Loups gris, etc.) et qui, s’ils avaient accédé au pouvoir dans leur pays natal, agiraient en tyrans ou en autocrates gloutons. En dépit de cela, ils ont obtenu l’asile politique en France où ils sont qualifiés sans rire de réfugiés politiques.

 

 

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