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25 octobre 2006

Socialisme

 

 

Socialisme et socialismes 

 

 

 

Le nom socialisme n’existe pas dans l’ancienne langue, laquelle, pourtant, ne manque pas de monstres. Il est donc moderne : il n’est enregistré dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à compter de la septième édition (1878).

Ce nom est dérivé de l’adjectif social auquel est ajouté le suffixe isme. Littré le définit comme un "système qui, subordonnant les réformes politiques, offre un plan de réformes sociales" et il l’illustre par "le communisme, le mutuellisme, le saint-simonisme, le fouriérisme, sont des socialismes". A ce sens, il en ajoute un second, éclairant : "socialisme de la chaire, en allemand Katheder Socialism : doctrines socialistes soutenues par des professeurs d’économie politique". Le socialisme français vient aussi de la chaire. C’est un socialisme de professeur. Littré ajoute que ce socialisme de la chaire, qui "a pris naissance en Allemagne", "est favorable à l’intervention de l’État dans le règlement des questions économiques".

Les Académiciens, dans la huitième édition de leur Dictionnaire (1932-35), en font une "doctrine qui préconise un plan d’organisation sociale et économique subordonnant les intérêts de l’individu à ceux de l’État". Référée au socialisme réel, cette définition apparaît comme assez juste.

En un siècle, le socialisme réel s’est étendu à tous les pays du monde. Les auteurs du Trésor de la Langue française (1972-1994) prennent acte de ce triomphe. En politique, c’est "l’ensemble de doctrines inspirées par des sentiments humanitaires, fondées sur une analyse critique des mécanismes économiques et parfois du statut politique de l'État, ayant pour objectif la transformation de la société dans un sens plus égalitaire". Aussi distinguent-ils un "socialisme chrétien" d’un "socialisme scientifique" et ce dernier d’un "socialisme utopique" et tous ces socialismes du "socialisme industriel" ou de celui que Marx définit comme la "phase de transition entre le capitalisme et le communisme". Tous ces socialismes forment le "socialisme réel" dans les pays où le marxisme est appliqué ; ailleurs, c’est un "socialisme à visage humain" ou le "socialisme non bureaucratique" (purement fictif, comme la licorne) ou le "socialisme à la scandinave". A ces socialismes répertoriés, il faudrait ajouter ceux qui sont oubliés des auteurs du Trésor de la Langue française : les socialismes arabe, cubain, africain, chinois, asiatique, islamique, le socialisme national allemand, etc. Il n’est pas de tyrannie qui n’ait engendré son socialisme.

 

C’est au début du XIXe siècle que le mot a été défini le plus clairement.

Il est attesté pour la première fois en français en 1831 au sens de "doctrine qui sacrifie l’individu à la société". La définition est assez conforme à la réalité, si sacrifier est entendu dans un des sens que Littré y donne : "faire périr" un ou des homme(s), comme dans l’exemple "on a sacrifié les meilleures troupes pour une attaque inutile".

Le mot est attesté en italien en 1803 – trente ans avant que les Français ne l’adoptent. En italien, il désigne "un conservatisme bienveillant et éclairé". Cette définition n’est-elle pas meilleure, à condition de remplacer les adjectifs "bienveillant" et "éclairé" par leurs antonymes "malveillant " et "obscurantiste", quand on connaît le socialisme réel dans les pays de l’Est, que toutes les définitions qu’on peut lire dans les dictionnaires modernes, que ce soit le Dictionnaire de l’Académie française ou le Trésor de la langue française ?

Selon Proudhon, qui est souvent lucide, le socialisme bouleverse l’ordre métaphysique. Il n’assigne pas le Mal à l’homme, mais à la société. L’homme est innocenté : il est bon par nature. Le péché originel est transféré à la société. Si ce péché était un fouteux, son transfert aurait dépassé en dollars ceux de Zidane et Ronaldo au Real de Madrid. Proudhon écrit : "l’immense majorité du socialisme, Saint-Simon, Owen, Fourier, et leurs disciples, les communistes, les démocrates, les progressistes de toute espèce, ont solennellement répudié le mythe chrétien de la chute pour y substituer le système d’une aberration de la société". Certes, mais quelque quatre-vingt dix millions de malheureux ont été sacrifiés sur l’autel. Ont-ils été tués par un système naturellement bon ou intrinsèquement mauvais ? Et pourquoi ont-ils été sacrifiés ? Pourquoi les a-t-on fait périr, quel que soit leur âge ou leur sexe, qu’ils soient femmes, enfants ou vieillards ? N’est-ce pas parce qu’ils étaient jugés pervers, mauvais, coupables ? Le socialisme se débarrasse du péché originel, mais pour le renforcer. Avant le socialisme, le baptême ou le repentir effaçait le péché. Le socialisme triomphant ne s’embarrasse pas de ces filandreuses considérations. Il tue, il sacrifie, il fait périr les coupables – tous ceux qui ne sont pas élus par Marx ou ses disciples, tous ceux qui continuent à être jugés mauvais et qui, pour cela, paient de leur vie ce péché. Le socialisme n’est que la énième ruse de la raison grâce à laquelle les hommes accomplissent sans vergogne et sans retenue ce qu’ils se targuent d’abolir.

 

 

 

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