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07 novembre 2006

Communicatif

 

 

En latin tardif, dit aussi, dans le Dictionnaire illustré latin français de M. Gaffiot, "décadent", il semble que l’adjectif communicativus s’applique à des êtres humains sociables qui parlent facilement avec leurs semblables. M. Gaffiot indique que cet adjectif est attesté une fois dans un commentaire (une scholie) de Lucain et il le fait suivre de la seule signification, assez vague, de "propre à communiquer".

En français, communicatif est attesté en 1282 dans le sens, disparu dans la langue moderne, de "libéral" et, à la fin du XVe siècle dans le sens, qu’il avait, semble-t-il, en latin tardif, de "qui communique avec ses semblables". Ce n’est qu’en 1690 que Furetière, dans son Dictionnaire, enregistre l’emploi de cet adjectif pour qualifier, non plus des êtres, mais des choses ; un mal communicatif, avec le sens de (mal) "qui peut être transmis à d’autres personnes". Il n’est recensé dans le Dictionnaire de l’Académie française qu’à partir de 1932-1935 (huitième édition).

Le classement pour lequel opte Littré, dans son Dictionnaire de la Langue française, est l’inverse de celui de l’histoire du mot. Le premier sens est "qui se communique" ou "qui se gagne" et il est illustré par un exemple clair : "le rire est communicatif". Le second sens s’applique aux personnes : c’est celui du latin. Communicatif signifie "qui aime à communiquer ses pensées" ou "ses sentiments" comme dans les exemples "votre tempérament peu communicatif", "un vieillard retiré de la cour, qui est le plus savant homme du royaume et le plus communicatif" ou dans cet extrait d’un auteur du XVIe siècle : "il se rendait fort communicatif à toutes personnes, et s’en trouvait bien". A ces deux sens, Littré, dans le Supplément à son dictionnaire, en a ajouté un troisième : "qui est joint par des communications", comme dans cette phrase datée de 1650 : "les cabaretiers ayant des caves chez les bourgeois, les bourgeois chez les cabaretiers, communicatives les unes aux autres".

Dans les huitième et neuvième éditions de leur Dictionnaire (1935 et en cours de publication), les Académiciens relèvent les deux sens suivants : à propos de choses, "qui se communique", "qui se transmet facilement" (le rire, le bâillement, la bonne humeur, la gaieté communicative, l’optimisme, etc. peuvent être qualifiés, dans ce sens, de communicatifs) et, à propos de personnes : "qui aime à faire part de ses impressions, de ses idées, de ses remarques" (un homme peu communicatif, être d’une nature communicative).

Il en va de même dans le Trésor de la langue française (1972-1994) : une bonne humeur, une peur, un entrain, un sommeil, des émotions, un rire, le bonheur, une allégresse, une bonté, une chaleur, une confiance, une exaltation, une ferveur, une foi, une joie, une passion, des larmes, un attendrissement, un élan, un enthousiasme, un optimisme, etc., s’ils passent facilement d’un sujet à un autre, peuvent être dits communicatifs. De même, une personne qui aime à faire part à ses semblables de ses émotions, de ses projets, de ses connaissances, peut être qualifiée de communicative. Dans le premier sens, la qualité est éphémère ; dans le second, elle est constante.

Ce qui est nouveau en français, c’est l’extension de cet adjectif à des réalités du monde qui, à la différence du bonheur ou du rire, ne sont pas nécessaires spécifiques de l’homme et se rapportent à la communication ou à la théorie qui en est exprimée. Dans ce cas, l’adjectif ne signifie plus "qui se transmet facilement" ou "qui est enclin à faire part à autrui de ses états d’âme, etc.", mais "qui facilite la communication" ou "qui y est spontanément porté". Ainsi la danse est-elle qualifiée d’art communicatif ; de même la "structure de la vie personnelle ou les intentions" de ceux qui ont peint des bisons ou des aurochs ou d’autres animaux sur les parois de grottes. C’est dans ce sens étendu que les pédagogues spécialisés dans l’enseignement des langues étrangères nomment les méthodes qu’ils ont adoptées (les méthodes ou les approches communicatives) pour apprendre à leurs clients, non pas une langue étrangère, mais à communiquer avec autrui en usant d’une langue étrangère : elles ne se transmettent pas à autrui comme le rire ou le mal, mais elles se rapportent à l’art de communiquer, id est de parler. Dans approches communicatives, le sens étendu de communicatif se rapporte à approche, au sens de "démarche" ou de "méthode", qui, dans cet emploi, est un néologisme sémantique, c’est-à-dire un sens emprunté à la langue anglaise en usage aux Etats-Unis.

 

 

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