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13 novembre 2006

Repentance

 

 

 

 

 

 

Ce très vieux mot français est enregistré dans toutes les éditions du Dictionnaire de l’Académie depuis 1694. Dérivé du participe présent de repentir, il est attesté dès le début du XIIe siècle au sens de "regret de ses fautes" : c’est à Judas que se rapporte la repentance. Au début du XIIIe siècle, il apparaît dans l’expression être en repentance : "regretter une action commise". En 1681, Bossuet, qui fut un grand écrivain chrétien, semble être le seul Français à l’employer au sens de "changement de résolution" que relèvent Littré et les auteurs du Trésor de la Langue française : sans repentance aurait pour sens "sans changer de résolution".

Dans le Dictionnaire de l’Académie française (quatrième édition, 1762), il est défini comme le "regret, la douleur qu’on a de ses péchés". Dans le Dictionnaire de la Langue française (seconde moitié du XIXe siècle), Littré y donne le même sens : "douleur qu’on a de ses péchés, de ses fautes". Dans la première moitié du XXe siècle, les Académiciens (huitième édition de leur Dictionnaire, 1932-35), se contentent de répéter la définition de 1762 : "regret, douleur qu’on a de ses péchés". Les exemples illustrant repentance ne changent pas, d’un siècle à l’autre. C’est "il est mort avec beaucoup de repentance, avec une grande repentance de ses péchés". Les remarques des Académiciens, elles aussi, ne changent pas. En 1762, c’est "on ne s’en sert guère qu’en termes de dévotion" ; en 1935, c’est "il ne s’emploie guère que dans le langage de la piété". Seul Littré illustre ce sens d’exemples tirés de l'oeuvre de grands écrivains : "ils continuent leurs fautes, à cause qu’ils ne pensent pas qu’on se contentât de leur repentance" (Guez de Balzac), "ô Jésus, faites que je ne pèche plus, et que j’efface par la repentance mes péchés, qui vous ont couvert de tant de plaies" (Bossuet), "ne dédaignons pas la bonté de Dieu qui nous attend à repentance depuis longtemps" (Bossuet), "il quitta toutes ses bombances et pompes, pour épouser une repentance tranquille, sainte et religieuse" (Brantôme).

Dans le Trésor de la Langue française, repentance est suivi de la mention vieilli ou littéraire. Il est précisé aussi que le mot appartient en propre à la religion – catholique ou chrétienne, bien entendu, pas à l’autre, qui se sentirait offensée à l’idée même de se repentir de ses crimes innombrables. Pour ce qui est du sens du nom, les auteurs du Trésor se contentent d’un centon de Littré et des Académiciens : c’est le "regret douloureux que l’on a de ses péchés, de ses fautes" - ce à quoi ils ajoutent "et le désir de se racheter". Le synonyme en est repentir. Les exemples sont "il demanda et obtint l’absolution avec de grands sentiments de piété et de repentance" (Joseph de Maistre) et un extrait du Judaïsme d’Epstein traduit par un dénommé L. Jospin en 1959 (si c’est celui dont parlent les gazettes depuis 1981, la traduction d’un ouvrage sur le judaïsme par un trotskiste, qui ne croyait ni à Dieu, ni à diable, mais à Lutte des Classes ou à Révolution permanente, mérite d’être lue – serait-ce pour s’en gausser) : "le Jour du Grand Pardon est un jour de "tourment de soi" (abstention totale de nourriture et de boisson) et de contrition, de repentance et de confession". Ce sens propre au catholicisme s’est étendu à des réalités "laïques" au point de signifier "regret d’une action quelconque". Le sens et l’exemple qui l’illustre ("on lui a pardonné son égarement, parce qu'il a témoigné beaucoup de repentance") sont extraits du Larousse encyclopédique, ce qui, quand on connaît les engagements anticléricaux de la maison de commerce Larousse, en limite la pertinence.

Naguère, repentance était un "terme de dévotion" ou il appartenait "au langage de la piété". Tout cela est terminé. La dévotion et la piété se sont amuïes, remplacées par les mises en examen et les accusations sans preuve. Aucun des dictionnaires cités ci-dessus n’enregistre les emplois actuels et modernes, c’est-à-dire politiques et sociaux, de repentance : à savoir les mises en demeure comminatoires de tyrans ou d’organisations racistes qui obligent la France (et les Français) à se repentir d’exister et de refuser le sort des Arméniens de 1894 à 1923. Repentance était l’un des derniers mots du catholicisme qui ait conservé un sens religieux. C’est terminé. Il a basculé, comme militant, manifestation, création, propagande dans le social, le sociétal, le sociologique et, bien sûr, l’inévitable culturel – toutes réalités qui ont pris la place de la religion. Ce en quoi repentance est désormais haïssable, c’est que, d’individuel et privé, il est devenu collectif et public. Dans la religion, la repentance touche une personne : c’est l’acte par lequel un individu, qui a commis une faute, se repent de la faute qu’il a commise. Le social a collectivisé tout ça : désormais, c’est un peuple – soixante millions d’individus – qui est contraint de se repentir de crimes - celui d'exister par exemple - dont, bien entendu, il est totalement innocent et que même ses très lointains ancêtres du paléolithique n’auraient pas eu l’idée de commettre.

 

 

 

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